II. DEUXIÈME PÉRIODE OU PÉRIODE DE FLORAISON
Les monuments de cette deuxième époque ont déjà, dans les grandes lignes, les principaux éléments caractéristiques du style moldave.
Avant de procéder à l'examen de ces caractéristiques et de l’évolution de l’architecture qui nous occupe, examinons comment se sont traduites, dans le domaine constructif, les diverses influences que nous avons passées en revue.
Au domaine byzantin appartient, en première ligne le plan. La séparation classique en autel (altar) — avec ses annexes, le diaconicon et la proscomidie (prothesis), — naos et pronaos, se retrouve 1ci comme dans toutes les régions byzantines ; puis le plan triconque dont nous avons parlé. De même les voûtes sont du même domaine constructif. Les arcs sont en plein cintre; nous ne trouverons pas d’arcs brisés (ogivaux) si ce n’est dans les détails ornementaux. Les voûtes sont en calotte sauf quelques exceptions — plutôt rares, — et la construction gothique des voûtes soutenues par des nervures ne se rencontre que tout à fait exceptionnellement.
En ce qui concerne certains détails des mé-
thodes constructives, nous citerons encore le mode byzantin de construire les arcs en retrait du pare- Église de Pobrata : arcade ment des murs que nous observons en Moldavie,
quoiqu'il ne soit toutefois pas très fréquent. Lé x x
Après l’art byzantin, c’est l’art gothique dont l’empreinte est la plus marquée dans le style moldave et suffisamment pour qu’on ait pu caractériser l’église moldave en disant que c’est un plan byzantin exécuté d’après des méthodes et par des mains gothiques.
Il se manifeste par les proportions plus allongées et plus sveltes de la bâtisse et par l'apparition des contreforts extérieurs, principe en opposition avec l’esprit byzantin qui concentre à l’intérieur de l'enveloppe des murs toutes les constructions destinées à contrebuter la poussée des voûtes.
Enfin la façon dont est traitée la pierre sculptée, les profils des socles, les tablettes des contreforts, les encadrements des portes et des fenêtres, est entièrement gothique et rappelle la manière dont ces motifs sont traités en Transylvanie.
Quant à l'influence arménienne, nous avons émis plus haut l'hypothèse qu’on pourrait lui attribuer à l’époque qui nous occupe les deux systèmes d’arcs croisés du naos. Plus tard, nous pourrons peut-être en trouver d’autres traces.
Nous pouvons subdiviser encore la deuxième période de l’évolution de l’architecture
moldave en trois parties,
a) D’abord le règne d’Étienne-le-Grand 1457-1504); b) Puis celui de ses successeurs jusqu’après la mort d'Alexandre Läpusneanu (1558);
c) Enfin, la centaine d’années qui s’écoulera jusque vers le milieu du XVIT siècle.
Les églises construites sous ce règne sont, sauf de rares exceptions, de petites dimensions. Elles sont nombreuses et, aujourd’hui encore, des quarante-trois églises qui ont été édifiées par ce prince, il n’en subsiste pas moins de vingt-deux, dont la plupart ont été élevées pendant les quinze dernières années de son règne.
L'église est partagée en trois parties — ces trois parties indispensables l'autel, le naos et le pronaos.
L’autel, séparé du naos par l'iconostase (catapi-
teasma), se compose d’une
absidesemi-circulaire,couverte d’un ou deux arcs Église de Päträuti (plan)
transversaux. À droite et
à gauche se trouvent la proscomidie (prothesis) et le diaconicon, qui se réduisent à de
très petites pièces ouvertes vers l’autel et qui ne sont souvent même que de simples niches.
Nous ne trouverons jamais d’espaces nettement séparés comme dans les types classiques byzantins.
Souvent de petites niches ménagées dans l'épaisseur du mur servent à placer les divers objets nécessaires au culte.
Au milieu se trouve la table de pierre de l’autel proprement dit.
La lumière entre par une seule fenêtre placée dans l’axe principal de l’église, tandis que la prothesis et le diaconicon prennent jour par de très petites ouvertures donnant sur les côtés Sud et Nord de la bâtisse et quelquefois vers PEst.
L’autel est toujours surélevé d’une ou deux marches au-dessus du niveau du reste de l'église.
Le naos se compose en plan d’un espace rectangulaire. Deux arcs doubleaux larges et deux arcs longitudinaux (quelquefois davantage), plus étroits et collés aux murs extérieurs, tous en plein cintre, soutiennent une voûte sphérique par l'intermédiaire de quatre pendentifs. Mais cette voûte n’est pas immédiatement posée sur tel cercle formé par les pendentifs, ainsi que c’est l’usage constant dans tous les autres pays : sur ce cercle s'élève un court tambour cylindrique sur lequel s'appuie un second système de quatre arcs diagonaux placés à 45 degrés des premiers et qui supportent à leur tour par quatre pendentifs la voûte
sphérique,
Dans les églises qui possèdent une tour sur le naos, le cylindre de la tour s’intercale entre la seconde rangée de pendentifs et la calotte sphérique. Habituellement, la tour est éclairée par quatre fenêtres hautes et étroites, correspon-
dant aux axes du naos.
Sur les côtés sud et nord du naos se placent dans la grande majorité des cas les deux absides latéralees qui complètent le
le plan triconque dont nous avons
déjà parlé.
dd)
. meme 4 Cé absides sont lemént marquées à l'intérieur par #/ \ 7 / / LA une légère concavité ménagée dans l'épaisseur du mur; mais habituellement elles sont assez accentuées.
Le naos est éclairé par deux fe-
A LA 5.) nêtres placées dans l’axe transversal
de l’église.
Le pronaos — rectangulaire — est séparé du naos par une paroi dans laquelle est percée une porte ou quelquefois trois arcades. La porte a un cadre rectangulaire, à moulures gothiques et à baguettes entrecroisées.
Au-dessus se trouve une lunette
où se place habituellement l’image
à fresque d’un saint.
Porte intérieure, église de Räzboieni On trouve aujourd’hui cette paroi fréquemment remplacée par un grand arc largement ouvert sur toute la largeur de l’église, permettant ainsi à ceux qui sont dans le pronaos de voir sans difficulté le naos et les prêtres qui officient. Cette disposition est cependant toujours dûe à des transformations ultérieures.
Le besoin d’augmenter la capacité de l’église en a été la principale cause et ces remaniements, dont les uns sont déjà anciens, se sont continués jusqu’à nos jours.
Le pronaos est souvent plus large que le naos, disposition d’origine probablement monastique, le naos étant réservé aux moines et le pronaos au reste des fidèles; lorsque leur nombre augmente, il devient nécessaire d’augmenter la capacité de l’espace qui leur est réservé.
La voûte est sontenue par quatre arcs en plein cintre, dont les deux transversaux sont plus larges que les longitudinaux. Fréquemment cependant, il y a un plus grand nombre de ces arcs de telle façon que le carré qui résulte de cette combinaison, — et par conséquent
la voûte — est d’une largeur beaucoup plus réduite que le carré initial.
Les retombées de ces arcs sont le plus souvent soutenues par des consoles.
La voûte est presque toujours en calotte sphérique. Quelquefois, cette calotte est directement posée sur le cercle formé par les quatre pendentifs; quelquefois sur le deuxième système d’arcs à 45 degrés dont nous avons parlé. Nous avons enfin des voûtes sur nervures d’un aspect gothique comme à Päpäuti et Bälinesti.
On trouve aussi des pronaos couverts par deux voûtes que sépare un grand arc transversal. C’est, du reste, le parti qu’adopte presque toujours l’architecture moldave — conformément aux principes byzantins -— lorsque le rectangle est trop allongé, à moins qu’une série de larges arcs ne réduise suffisamment le carré dans lequel s'inscrit la voûte.
On trouve souvent dans les pendentifs des pots de résonnance, vases de terre cuite placés dans la voûte et dont l’ouverture, qui reste libre, est placée au ras de l’enduit. Leur but serait de renforcer les sons ou bien d'améliorer l’acoustique.
Le pronaos est éclairé par une ou deux fenêtres sur chacune des parois nord et sud. Les fenêtres du côté nord sont fréquemment murées aujourd’hui.
L'entrée dans le pronaos se fait par une porte placée dans l’axe de l’église sur la paroi ouest, ou bien par une porte percée du côté sud ou, enfin, par deux portes sur les
côtés sud et nord, dont la dernière a été fréquemment murée ultérieurement.
Cette porte extérieure est en arc brisé et orné de moulures.
On a souvent ajouté — au cours des ans — un deuxième pronaos — exonarthex ou pridvor — du côté ouest, dans le but d’agrandir l’espace de l’église ou de protéger en hiver contre le froid pénétrant par la porte les fidèles groupés dans le pro-
naos.
Cette addition s’est, en général, faite en même temps que la sup- ONE
pression de la paroi qui séparait le naos du pronaos, ce qui se démontre par le fait que la porte de cette paroi est réemployée pour servir de porte au nouveau compartiment.
Les murs ont des grosseurs considérables eu égard aux faibles - Voûte de pronaos
dimensions des églises. Nous trouvons, par exemple, à Reuseni, des murs MT Te ; d à Bälinesti
de 1 m. 30 pour une largeur de 5 m. 50;à Voronet, 1 m. 60 sur 6 m. 80. (Au XVII° siècle nous trouvons, à Solca, 1 m. 00 sur 6 m. 30.) Le sol de l’église est pavé en
dalles de pierre.
Le clocher, suivant l’usage méridional et oriental, adopté anciennement en Moldavie, ne fait pas (sauf de rares exceptions) partie intégrante de l’église, mais constitue une construction séparée.
Du reste, des deux seuls clochers anciens qui sont actuellement collés à l’église, Bälinesti et Miräuti, le premier a certainement été ajouté ultérieurement. En effet, le parement du mur sud se continue sous la maçonnerie de la tour.
Il y a cependant quelques églises qui possèdent un plan plus développé, qui ont une subdivision de plus, c’est-à-dire un exonarthex ou bien un compartiment supplémentaire
intercalé entre le pronaos et le naos.
C’est le plan de deux églises plus importantes, de dimensions plus grandes que les
autres, Neamt et Dobrovät. Ces églises annoncent celles des règnes suivants avec lesquelles
Église de Saint-Élie
elles ont plus de rapport qu'avec les autres églises du règne d’Étienne-le-Grand. Une étude plus approfondie de ces monuments, devrait, du reste, examiner jusqu’à quel point ces deux édifices ont conservé leurs formes primitives.
Les façades sont en matériaux apparents, en pierre à peine travaillée. Sous le rebord
de la toiture se trouve une rangée de petites niches de bri-
ques apparentes, tout autour de l’église. Aux absides, immédiatement en dessous, se place une seconde rangée de lon-
gues niches qui atteignent généralement le socle.
Quelquefois, comme à Saint-Élie, une seconde rangée de petites niches se trouve intercalée. À Saint-Nicolas de
Jassy, 1l y a même trois rangées de petites niches.
Le socle de l’église est largement profilé.
Les ‘angles des parties saillantes sont en pierre de
taille.
Piarra
ne À droite et à gauche des absides latérales se trou-
| vent des contreforts qui montent jusqu’à la rangée supé-
one ricure des niches. Ils se réduisent vers le haut, par des
ressauts successifs, couverts de dalles inclinées à profils
gothiques. Un contrefort bas se trouve souvent placé sous la fenêtre de l’abside principale.
Quelquefois d’autres contreforts contrebutent à 45 degrés les coins ouest de l’église. Ils sont,
+ Ë : À + en général, en pierre de taille, ou tout au moins leurs parties extérieures le sont.
Leur présence n’est cependant pas une règle générale; ils manquent quelquefois et c’est alors le cas des églises sans absides latérales et sans tour.
Les absides sont polygonales ou cylindriques. La tour est presque tou-
jours polygonale, rarement cylindrique.
Elle est posée sur un socle étoilé à huit pointes ou plus quelquefois simple- Plan de socle
ment polygonal. Ce socle est à son tour placé sur un autre soubassement carré.
de tour
Cette disposition correspond d'une façon rationnelle à la disposition des arcs du
Petite fenêtre d'église
naos. Le socle à quatre pans correspond au
carré des quatre grands arcs principaux et
l'étoile du second cercle superposé (lorsqu'elle
est à huit pointes, ce qui est la forme type) au
carré des arcs diagonaux complété par les côtés
du carré qui parfont l’octogone.
De cette forme type, la fantaisie des cons-
tructeurs à fait dériver les autres, à un nombre plus grand de pointes.
La tour et
les socles sont
ornés — à ni (d’après Romstofer)
de rares exceptions près — de même que les absides — de niches allon-
gées et de petites niches.
La tour a quatre fenêtres étroites; elle est quelquefois,
mais rarement, étayée par quatre petits contreforts placés dans
l'intervalle des fenêtres.
L'église est éclairée par des fenêtres dont nous avons vu
plus haut la disposition. Ces fenêtres sont rectangulaires,
circulaires ou en arc brisé.
Elles sont de petites dimensions aux absides et à
l'autel. Celles du pronaos sont presque toujours sensi-
blement plus grandes. Les unes comme les autres sont de
formes gothiques et présentent fréquemment de beaux enca-
nn |
Petite fenêtre d'église (Räzboieni)
drements profilés. Mais, tandis que les petites fenêtres n’ont que de simples moulures, celles
du pronaos ont des meneaux et des ornements en forme de rosaces, de trèfles et de ventres
de poissons, des époques rayonnantes et flamboyantes.
Les fenêtres, presque toujours au ras du mur extérieur ont de larges embrasures, for-
tement échancrées à l’intérieur, de façon à faciliter autant que possible l’accès de la lumière.
Les portes extérieures, disposées comme nous l'avons vu, soit latéralement, soit sur le côté ouest, sont rectangulaires et prises dans un cadre en arc brisé, à moulures très accentuées.
Un second rectangle les circonscrit quelquefois.
Cette forme ogivale est la règle générale; lorsqu'on trouve — ainsi que cela se ren-. contre assez fréquemment — une porte à cadre rectangulaire — ainsi que nous les avons décrites aux parois du naos, — placée sur la façade, on se trouve avoir à faire à un remaniement. La porte a été enlevée lors du percement de cette paroi et réemployée à l’entrée du nouvel exonarthex, l’ancienne porte extérieure, en arc brisé, devenant de ce fait une porte intérieure entre le pro naos et l’exonarthex.
Les dimensions des portes sont toujours très restreintes; elles sont en général de un mètre sur deux.
Près de la porte extérieure — audessus ou à côté — se trouve presque toujours l'inscription dédicatoire, d'habitude en forme de rectangle allongé horizontalement ou verticale-
ment.
Lé x x
Les façades sont ornées de briques
émaillées de couleur placées surtout aux
Porte extérieure (Dobrovät)
montants des niches, aux arcades et sous la corniche, ainsi que sous la rangée supérieure de niches. Ces briques sont colorées en vert, Jaune, brun.
Un élément de décoration bien plus important sont les disques de terre cuite émaillée qu’on trouve à de nombreuses églises de cette époque et qui sont une de leurs caractéristiques. Ils forment des bandeaux tout autour de l'édifice ou marquent les tympans des arcatures des niches. Ils portent divers ornements, mais surtout des représentations d'animaux plus ou moins fantastiques, tels que griffons, cerfs, lions à queue fleuronnée, êtres humains à corps de quadrupède ailé ou à double queue de poisson, et aussi les armes du pays.
Les couleurs sont les mêmes que celles employées pour les briques; les diamètres de ces disques vont de 16 à 20 centimètres. Quelquefois, et pour orner l’espace triangulaire resté entre les disques, nous trouvons de petites pièces de forme adaptée à l’espace libre. Ces terres cuites sont prolongées à l’intérieur par des queues cylindriques d’une longueur approximative de 15 centimètres pour pouvoir être solidement encastrées dans la maçonnerie,
Quelle peut être l’origine de ces disques?
Nous ne pensons pas qu’ils puissent avoir quelque rapport avec les terres cuites qu’on trouve au XIV° siècle dans toute la péninsule balkanique et très exceptionnellement en Valachie. Ces dernières ont d’autres formes, sont plus petites et ne portent aucune décoration.
Cette ornementation paraît toute orientale d’ins-
piration et pourrait être rapprochée, comme point de
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comparaison, des animaux sculptés dans la pierre des façades des églises de Saint-Démètre de Vladimir et de Youriev Polski.
Ceci, sans vouloir en rien dire qu'il y aurait ic une influence de la région souzdalienne. Au contraire, nous pensons qu'il y aurait lieu de chercher
ailleurs la source commune.
Les légendes du moyen-âge et les‘ bestiaires pourraient être consultés avec fruit. Cette étude, à Disposition des briques. apparentes
: : à l’église de Piatra (Neamt) peine effleurée, est encore à faire.
Nous avons dit plus haut que les façades sont en matériaux apparents, pierre brute ou peu travaillée, interrompue de temps en temps par des assises de trois à quatre rangs de briques. Il est vrai qu’actuellement la plupart de ces églises sont enduites; mais ces enduits ont été sûrement exécutés à une époque ultérieure. En effet, le fait que les façades étaient ornées de briques et de terres cuites émaillées,
ainsi que de pierre taillée, indique suffsam-
ment qu'il ne pouvait être dans l'intention du Lie constructeur de les enduire; d’autre part, | : e comme leur surface est au ras du mur, on ne peut pas non plus faire la supposition que les espaces restés entre ces éléments apparents
/ £ LA e étaient crépis.
Il est extrêmement probable pourtant que, dès lorigine, des peintures, représentant des saints, ont occupé l’espace des niches supé-
. . . , , 4 7 rieures, ainsi que l’usage s’en est perpétué.
Les corniches supérieures manquent pres-
que toujours, c’est-à-dire que la verticale du
Disques émaillées mur s'arrête net à la toiture. Nous trouvons (d’après Istrati) £ ; à ;
quelquefois une corniche extrêmement simple. Il
existe parfois sous la corniche, dans'les arcades, de petites ouvertures circulaires de très petites
dimensions et qui communiquent avec l’intérieur. On les considère comme des trous d’aération.
Les toitures des églises à tour présentent des formes plus compliquées et ont été l’occasion de longues discussions.
La présence de la tour placée sur les socles dont nous avons parlé ne causait aucune difficulté pour la mise en place de la toiture, tant que celle-ci était assez basse pour que son arête ne dépassät pas la hauteur du premier socle carré.
Avec les matériaux qu’on pouvait se procurer du temps d’Étienne-le-Grand, ceci
n’était possible qu'avec le plomb et les tuiles creuses. Le premier de ces matériaux a été
&æ ds
Église de Saint-Jean à Piatra
certainement employé. Nous possédons plusieurs documents, sinon de l’époque même d'Étienne-le-Grand, du moins de celle de ses successeurs immédiats, et desquels il résulte que c'était une habitude de faire venir du plomb de l'étranger pour la couverture des églises princières. Nous savons de même que les Cosaques, au XVII° siècle, ont enlevé le plomb de la toiture de l’église du monastère de Putna (fondé par Étienne-le-Grand) pour en faire des balles.
Le plomb était employé d’une manière générale pour les couvertures des édifices religieux dans tous les Balcans, en Italie, en Occident et jusque dans les pays allemands. Il était donc bien naturel que ce fût le premier matériel auquel on dût penser lorsqu'il s’agissait de faire une toiture qui devait durer.
Les tuiles creuses ont été de tout temps employées dans tout le sud de l’Europe et spécialement dans les régions grecques.
Ce matériel, sûr contre l’incendie, bon marché, a néanmoins l’inconvénient de ne pas se prêter aux pentes accentuées.
Nous n'avons aucun indice qui permettrait de conclure que ce genre de couverture ait été employé chez nous à l’époque qui nous occupe. Nous savons qu'Alexandre Läpusneanu, vers 1564, a demandé des maîtres tuiliers à Bistrita de Transylvanie, pour fabriquer des
tuiles (à Baia, en Moldavie), destinées au monastère de Slatina dont on refaisait la toiture;
le plomb dont était faite la première couverture avait été enlevé au cours des troubles qui suivirent le premier règne de ce prince.
Mais les toitures en usage en Transylvanie étaient des toitures à tuiles plates et il est probable que c’est toujours de ces tuiles dont il s’agit ici, et non de tuiles creuses.
Nous pensons donc pouvoir affirmer que toutes les églises importantes du règne d’Étienne-le-Grand ont été couvertes en plomb et qu’elles avaient des toitures relativement
basses, laissant dégagés les socles de la tour dont l'aspect et la silhouette étaient ainsi mis en pleine valeur.
Mais la question change lorsque, par manque de moyens financiers, ou pour tout autre motif, 1l faut chercher des matériaux meilleur marché ou plus faciles à trouver. Or, ce matériel, dès cette époque, et jusqu’à nos jours, c’est le bardeau.
Mais les bardeaux demandent des pentes plus fortes. Il en est de même pour la tuile plate, si commune en Transylvanie et en Galicie et qui. a été peut-être employée, ainsi que nous venons de le voir, par Alexandre Läpusneanu.
Avec ces matériaux, il n’y a que deux solutions possibles. La première sera de faire un seul toit de l'autel au pronaos analogue à celui des églises sans tour, toit duquel la tour et ses socles à demi-noyés ne sortiront que partiellement.
Cette solution n’a jamais pu — à notre avis — exister dans les projets de l’architecte qui a conçu ces bâtisses, Il devenait dès lors inutile de recourir à la combinaison de socles que nous avons décrite et 1l était superflu de les orner. Tout l'effet de sveltesse et d’élancement qu’on devait obtenir par la construction de la tour est perdu et on n’arrive qu’à une construction difforme. Les plans de la toiture rencontrent, de plus, la tour et ses socles absolument sans aucune règle, au hasard, ce qui, au point de vue constructif, ne crée que des difficultés.
Cette couverture — que nous trouvons actuellement très répandue, — n’est qu’un pisaller, un expédient, de la part d’un constructeur dans l’embarras, pour recouvrir une église qui avait possédé primitivement une autre forme de toiture qu'on n’a plus pu ou su refaire d'une façon satisfaisante.
L'autre solution consiste à couvrir séparément chacun des éléments de la bâtisse par des toitures à pentes raides. Le naos sera ainsi couvert par la tour et ses socles qui ont chacun leur toit. Le pronaos aura une couverture à quatre pans et l’autel en aura une conique, ainsi que les absides latérales. La difficulté est de raccorder convenablement ces différentes toitures de façon à ce que les eaux de pluie et surtout la neige puissent s’écouler sans venir buter contre la tour.
On a placé, dans ce but, de petites couvertures à deux pans entre la tour et les grandes toitures. C’est ici, évidemment, le point faible de la conception et c’est à cette difficulté, pensons-nous, qu’il faut attribuer le fait de la disparition des formes primitives, au cours de réparations successives et l'adoption des formes bâtardes que nous avons décrites plus haut.
Néanmoins, nous pensons que la preuve a été faite que la toiture dont nous parlons a bien été la toiture adoptée à l’époque. M. Romstorfer, anciennement conservateur des monuments historiques en Bucovine, qui a étudié cette question en détail l’a, croyons-nous,
démontré. Nous reproduirons ici quelques-uns de ses arguments, complétés par nos observa-
tions personnelles, et qui s'ajoutent aux arguments purement constructifs, énoncés plus haut.
Les tableaux votifs que nous retrouvons dans de nombreuses églises représentent le donateur offrant, suivant l’usage, le modèle de son église, avec une toiture telle que nous l’avons décrite (1). On pourra objecter que ces peintures votives, que nous voyons aujourd’hui, ont été refaites et ne datent pas du temps d’Étienne-le-Grand; c'est vrai pour un certain nombre d’entre elles tout au moins; mais il y en a qui — si elles ne datent pas de la fondation de l’église — ont été refaites à une époque assez rapprochée de celle-ci ou à l'époque de pleine floraison de l’art moldave, alors que la tradition était encore intacte.
Dans de nombreuses églises dont les socles des tours sont aujourd’hui ensevelis sous la toiture, on voit au-dessous de son niveau actuel l’ancienne ligne de la petite toiture de raccord marquée par les enduits et la peinture.
Les bardeaux se prêtent, du reste, bien à recouvrir des surfaces irrégulières et peuvent facilement s'adapter à des courbures variées, ce qui permet de concevoir la possibilité d’une exécution satisfaisante de ce genre de toiture.
Du reste, si — ainsi que nous l'avons vu — des architectes de nos églises appartenaient à l’école gothique, 1l n’y a rien d’étonnant à ce qu'ils aient pensé à une so-
lution de ce genre, si souvent employée
dans leurs pays d’origine — surtout dans les constructions civiles —, où les tourel- Église de Milisäuti (Bädäuti)
les et les clochetons si fréquents produisent un effet qui n’est pas sans analogie avec celui que produisent nos églises couvertes de
cette façon.
II nous faut pourtant avouer que les essais de reconstruction de cette forme de toit faits par Romstôrfer n’ont pas donné des résultats très heureux ni très élégants; mais la cause doit en être cherchée autre part et dans d’autres erreurs qu’il a commises.
En tout cas, cette question, qui a soulevé de nombreuses controverses, est encore très
discutée aujourd’hui et l’accord est loin d’être fait sur ce point.
1. Milisäuti, Peträuti, Voronet, Moldovita, Dorohiu, Saint-Élie, Saint-Nicolas de Jassy, Saint- Georges de Suceava, Sucevita, etc.
En résumé, nous pensons que les églises à tour de l’époque d’Étienne-le-Grand, étaient t lomb, 1 1] s'agissait de bâti l l
1 couvertes en plomb, lorsqu'il s’agissait de bâtisses riches et importantes et que celles
de tenue plus modeste étaient couvertes en bardeaux suivant les formes que nous venons de
décrire.
Les églises d'Étienne-le-Grand sont presque toutes de dimensions restreintes. Elles
Église de Baia
varient comme longueur de 16 m. 70 (Pärhäuti) à 24 mètres (sans compter les exonarthex ajoutés ultérieurement). Les largeurs vont de 6 m. 60 (Pärhäuti) à 10 mètres. Les hauteurs sous corniche vont de 6 m. 80 à 12 mètres.
Les plus grandes églises sont celle du monastère de Neamt (qui a 40 m. de long, ou 34 m. sans l’exonarthex, sur 10 m. de large) et celle de Dobrovät (29 m. de long, 9 m. de large et 11 m. 50 de haut sous la corniche. L’église du monastère de Putna, la prinaipale fondation d’Étienne-le-Grand, ne peut pas être prise ici en considération, car elle date, sous sa forme actuelle, de la deuxième moitié du XVII° siècle.
Nous savons que le prince Basile Lupu a démoli l’église d’Étienne jusqu’à ses fondations et en a commencé la reconstruction qui ne fut, toutefois, terminée que sous le règne d'Istrati Dabija.
Nous ignorons si le plan primitif a été respecté, mais c’est peu croyable. L’habitude de ces époques était de construire ou de restaurer sans avoir les considérations que nous
avons aujourd’hui et le respect des formes du passé; ce respect et l’imitation ou le pastiche
sont de sentiments plus modernes. Tous les détails du reste sont de l’époque de la recons-
Église de Voronet
truction. Nous citerons quelques-unes des églises les plus intéressantes de cette époque, avec la date de leur construction.
Baia (1467);
Re TON ERIUAS DES
La même, plan
Saint-Élie (1470) (voir p. 326); Milisäuti (Bädäuti) (1487) (voir p. 332);
Päträuti (1487) la plus petite de toutes ;
Voronet (1488), auquel un exonarthex a été ajouté en 1546;
La même, section longitudinale
ADD 2 + y
Uu
ÎNÎNÎi