MONASTÈRES
Les inscriptions dédicatoires des églises (f:sarte), d’une forme rectangulaire, sont rarement ornementées. Quelques simples moulures les encadrent, souvent même un simple rebord, Beaucoup de ces inscriptions, dont les lettres sont en relief sur un fond en creux. (ce n’est qu'à une époque plus récente qu'apparaît la gravure en creux), sont de vrais chefs-d'œuvre et d'une pureté de travail remarquable. Jusqu'au XVIII siècle ces inscriptions sont en slavon d'église, qui était la langue officielle des documents, comme le latin en Occident. Au XVII siècle apparaissent les inscriptions roumaines et grecques.
Certaines inscriptions de monuments autres que les églises, cellès: des - tours "d'entrées
monastères, sont plus ornementées. Elles ont quel-
: AT CAE ù quefois une forme quadrilobée inscrite dans un Cetätuia : inscription à l'entrée ; ù carré et portent les armes du pays, la tête de bison. Telles sont celles des monastères de Pobrata, Moldovita, Sucevita, Cetätuia et
d’autres.
Putna : baldaquin du tombeau d’Étienne-le-Grand
La peinture recouvre d’une parure continue tout l’intérieur de nos églises. Lorsqu'elle manque, c’est qu’à la suite d’une réparation, un badigeonnage l’a recouverte. A l'extérieur, les niches des églises de l’époque d’Étienne-le-Grand sont peintes et, à peu près dès le premier
tiers du XVI‘ Siècle et jusqu'à sa fin, la fresque recouvre toutes les parois extérieures.
Eglise de Humor
Beaucoup de ces peintures ont certainement été refaites, et probablement à plusieurs reprises ; mais elles n’en présentent pas moins un très grand intérêt, l'habitude constante ayant été de repeindre fidèlement les sujets existants, en sorte qu'au point de vue iconographique, tout au moins, le mal causé par les retouches n’est que relatif. Il faut faire exception, bien entendu, pour les peintures exécutées à une époque plus récente, au XVIH° et au xIX° siècle, qui n’ont plus respecté la vieille décoration et, où, pleins de mépris pour elle, les peintres, pénétrés des nouvelles méthodes, ont cru bien agir en faisant quelque chose d’absolument neuf.
Néanmoins, des lavages nettoieraient facilement ces couches superposées et ainsi
Peintures de Pobrata (pronaos)
que de récents exemples l’ont prouvé, on retrouverait les couches de peinture primitives, et
nous ne croyons pas exagérer en affirmant que, ce jour-là, la Moldavie (avec la Bucovine)
serait un des pays les plus intéressants pour l’étude de la peinture byzantine à partir du XV° siècle et constituerait, à ce point de vue, un vrai musée.
La peinture moldave a été très peu étudiée. À part un ouvrage de Podlacha (1), qui en a parlé au point de vue iconographique, et qui n’a traité que quelques points spéciaux, il n’y a que quelques passages dans les ouvrages de Jorga ou dans quelques monographies ou quelques articles de revue. On peut dire que ce vaste champ d'étude est encore vierge.
Néanmoins, les fresques qui existent encore aujourd’hui, et dont quelques-unes datent sans doute de la première moitié du XVI° siècle, permettent de nous faire une idée générale assez complète.
Ce qui frappe au premier abord, c’est l’heureuse harmonie des tons de ces revêtements qui fait que, malgré [a diversité des sujets et la division de certaines parois en compartiments géométriques, renfermant chacun une autre scène, on a l'impression d’un tout sans heurt et d’une douce tonalité de vieux tapis oriental. Et ces couleurs fondues, plus foncées dans le haut, plus effacées dans le bas, se combinent s1 bien avec les lignes de la construction, que l’œ1l, négligeant les détails, ne garde que l’impression d’une harmonie parfaite, à laquelle, du reste, le temps a apporté sa contribution. |
Du reste, du point de vue artistique, ce n’est pas tant la qualité de la peinture qu’il faut rechercher — ainsi que dans tout le domaine de l’art byzantin — que la beauté du profond sentiment religieux qui l’anime.
Nous ne chercherons pas, ici, comme dans les peintures occidentales, des tableaux, des représentations de scènes en rapport plus ou moins serré les unes avec les autres. Ici, c’est une seule idée qui a conduit toute la décoration d’un bout à l’autre de l’église et du haut en bas. La peinture s'accorde dans chaque partie de l’église à sa sigmification et à ,son emploi religieux.
Dans la voûte de l’autel, domine la figure, mystérieuse et grave, de la Mère de Dieu qui représente le mystère fondamental de la religion. Suivent la sainte liturgie et des sujets qui, par leur nature, doivent être présents à l'esprit des prêtres pendant les services des diverses grandes fêtes de l’année.
Dans le naos où se rassemblent les fidèles pour écouter la parole de Dieu, le Pantocrator apparaît dans toute sa splendeur et sa puissance, entouré des chœurs des anges. Le peuple en prières sent ici toute la sainteté du lieu où 1l se trouve et sa petitesse en face du Créateur.
Les apôtres, les prophètes, les martyrs occupent le pronaos, de façon à ce que les yeux du fidèle qui s’avance dans l’église soient frappés par des représentations d’un sens de plus en plus élevé, de plus en plus saint.
Mais, ce n’est pas tout : dans chaque partie de l’église, la voûte, — le ciel — représente celui d’'En-Haut, le Sauveur, avec les chœurs saints des anges, et, rangés de haut en bas, dans leur ordre hiérarchique, les apôtres, les prophètes, les saints et jusqu'aux fondateurs humblement placés dans les rangs les plus bas.
Ainsi deux idées prédominent : de l’entrée au naos, la peinture guide l’esprit vers des
idées de plus en plus saintes, le sentiment religieux va en croissant et en même temps, le