Podlacha, Walovidla scienne w cerkwiach-Bukowiny
respect et la crainte de Dieu augmentent aussi à mesure que les regards s'élèvent de terre vers le ciel, jusqu'à ce qu’ils s’arrêtent sur les célestes cohortes au mieu desquelles apparaît — terrible et doux — le Pantocrator.
S1, ainsi que nous le voyons, la peinture religieuse moldave suit les règles de l’Herméneia et les préceptes athonites, 1l ne faut pas croire qu’elle soit prise dans des formules immuables. Bien au contraire, dans le cadre général que nous venons de tracer, les variations sont infinies et les règles fixées servent plutôt à guider le peintre dans la composition des différentes scènes qu’il a à traiter.
Ce n’est pas la perfection de la technique, évidemment, que recherchaient, en premier
Pobrata : voûte de l’exonarthex
lieu, nos peintres. Pour eux, la forme était secondaire; c’est l’idée qu'il fallait exprimer.
Mais, en même temps, un profond sentiment de la décoration murale — peut-être insinctif, — leur était resté, héritage lointain des merveilles des grandes époques byzantines. Et, à ce point de vue, les fresques de plusieurs de nos églises moldaves ne sont point indignes de ces grands souvenirs (1). |
En ce qui concerne la partie purement ornementale, il faut remarquer la grande
1. Läpédatu, Bulletin de la Commission des Monuments historiques, 1972.
place que tient, à côté des motifs byzantins connus, l'élément oriental — au moins pendant la belle période (XVI° et XVII° siècles).
Nous ne connaissons que très peu de noms de peintres de cette époque. On connaît celui du peintre Georges de Trikala, qui mourut vers 1500 et est enterré à Hârläu, dans l'église construite par Étienne-le-Grand (qu'il a peut-être décorée) et un Thomas « de Cochavia » (Suceava), qui vécut à l’époque de Pierre Rares. Une inscription grecque au monastère de Râsca, qui porte la date de 1592, indique le nom de Stamatel Costona, peintre de Zante (1).
Nous avons vu qu’à l’occasion de la construction de l’église des Trois-Saints, le prince Basile Lupu a obtenu du grand-prince l'envoi de quelques-uns de ses peintres officiels dont on a les noms. Parmi eux, Sidor Pospéev était un des plus renommés. Mais il faut voir 1c1 qu'une exception, causée par le désir d’un prince fastueux qui voulait faire quelque chose sortant de l'ordinaire et qui avait les yeux naturellement tournés vers la nouvelle puissance qui grandissait dans le monde orthodoxe.
Jusqu'’alors, et probablement aussi après, c’est du Sud et de l’Athos que devaient venir les maîtres qui ont décoré nos églises.
Les grandes analogies que l’on peut remarquer entre certaines fresques athomites et les fresques moldaves du XVI‘ siècle en sont une preuve. Ces peintres ont dû former évidemment des élèves et l’on peut — sans exagération — hasarder l'hypothèse qu’à côté de ces peintres grecs, 1l y en a eu d’autres autochtones. Jusqu’à présent, le manque de documents ne permet pas de trancher cette question.
On trouve, dans chaque église, généralement sur la paroi ouest du proanos et sur les côtés du compartiment des tombeaux, le portrait du fondateur et de sa fanulle présentant au Christ le modèle de son église.
Ces tableaux sont d’un grand intérêt, autant au point de vue historique qu'au point de vue artistique. Le peintre, plus bre ici, a pu donner une plus juste mesure de son talent et quelques-uns de ces portraits sont d’une vérité d’expression et d’une vie qui contrastent avec le ton général du reste des fresques.
Parmi les principales décorations que nous possédons encore, nous citerons celles de Saint-Georges de Suceava (commencement du XVI° siècle) — restaurée récemment — celles de Bälinesti, d’'Arbora, de Voronet (milieu du XVI‘ siècle), de Probota, de Humor, de Moldovita, de Sucevita, etc.
ruse
Le procédé employé est la fresque habituelle sur enduit de chaux mélangé de paille hachée ou d’étoupes. L’excellence de ce procédé apparaît d’une façon d’autant plus frappante que le climat du nord de la Moldavie est très extrême et présente de grands écarts de température, très chaud en été, très froid en hiver, ce qui n’a pas empêché certaines fresques extérieures d'atteindre près de quatre cents ans et de présenter, après ce long temps, des teintes d’une fraicheur parfaite, à peine estompée par l’âge, et des inscriptions qu'on peut encore
lire sans difficulté.
1. Prêtre Bobulescu, Bulletin de la Commission des Monuments historiques, 1915.
Si nous pouvons, avec quelque certitude, connaître l’époque à laquelle ont été exécutées les fresques de plusieurs de nos églises, il n’en est pas de même des icônes. Il y en a peu de datées et celles qui le sont, sont récentes (une ou deux du XVII° siècle).
Apparemment, il y en a de plus anciennes, mais aucun document ne permet de fixer leur âge.
Les influences étrangères les plus diverses se font sentir dans cette branche de la peinture religieuse, — aussi bien l’influence russe que l’influence grecque, l’influence italienne
et même allemande, et ceci d'autant plus les icônes sont moins audacieuses.
Avant de quitter ce sujet, nous citerons aussi un passage d’un article du savant byzantinologue Strzygovsky, publié en 1913 (1) sur les monastères de Bucovine :
« Qu'est-ce qui peut attirer dans ces vallées lointaines, le connaisseur d’art ancien ? Ce sont des trésors qu’il ne peut voir nulle part ailleurs. Ce sont d’abord ces curieuses églises qui, dans la polychromie de leur aspect extérieur, se peuvent comparer avec les façades de Saint-Marc de Venise ou le dôme d’Orvieto. En Bucovine, naturellement, la plastique ne joue aucun rôle... La peinture seule jette sur les façades des églises de Sucevita, Voronet, Humor, Moldovita cet étonnant et riche réseau de figures tirées de la théologie orthodoxe, qui, dans la variété de son coloris, donne l'impression d’un tapis oriental. Aucun autre pays du monde ne peut nous offrir quelque chose de pareil. Et cette richesse de couleurs enchaîne encore plus les regards étonnés, lorsqu'il s’y ajoute à l’intérieur des églises l'éclat de l'or, dont l'effet atteint son maximum d'intensité quand les rayons du soleil se glissent à l’intérieur.
» Celui qui se donne la peine d'étudier ces cycles d'images, qu’on peut encore comparer aux mosaïques de Saint-Marc ou — en ne considérant que l’intérieur — aux églises du Mont-Athos, celui-là reconnaîtra tout de suite la grande erreur qu’ont commise jusqu’à présent les recherches scientifiques qui n’ont vu dans ces fresques qu'un rejeton de l’art athonique.
» On en jugera autrement, lorsqu'on tiendra compte de la très grande influence qu’ont eue sur l'Art de l’Athos, les Voévodes moldo-valaques, par leurs institutions, leurs fondations et leurs donations et lorsqu'on songe, d’autre part, à la richesse des idées propres théologiques qui se fait jour dans les manuscrits et les peintures murales des monastères de Dragomirna et de Sucevita. Celui qu’une longue expérience a habitué à saisir d’un coup d’œil les rapports généraux, sera obligé d’admettre que ce n’est pas tant l’Athos qui a influencé la Moldavie, que la haute culture des monastères bucoviniens qui a eu sa répercussion sur la Sainte-Montagne. »
Que dire — après cette constatation -—de la valeur matérielle des trésors des couvents de Putna, Sucevita et Dragomirna… Les monastères, pris dans leur ensemble, offrent des trésors qu’on peut comparer aux trésors impériaux.… S1 ces trésors étaient réunis, on en pour-
rait composer un Musée d’art oriental des XVI' et XVII siècles, incomparable.
1. Traduit dans le Bulletin de la Comnussion des Monuments historiques, 1913, par G. Murnu.