‹ Histoire de l'art roumain ancienChapitre 47 sur 207 · Cfle Bulletin, IV,' p · texte numérisé non relu

Cfle Bulletin, IV,' p

Le successeur de Radu, Neagoe ou Basarab III, était apparenté à une famille qui, dans les derniers temps s'était élevée à une grande importance. Fondateurs de la ville de Craiova, les frères Barbu, Radu, Pârvu, Danciu, Preda et Mircea (ces derniers portant un nom habituel dans la dynastie valaque), disposaient de grandes richesses. Habitant sur leurs terres en Olténie, ils avaient des relations étroites avec la Serbie, et le moine Maxime Brancovitsch, descendant des despotes de Belgrade, était leur ami (1). On retrouve leurs noms comme premiers fondateurs à Strehaia, à Saint-Georges-de-Craiova, à Caracäl, à Sadova (2), etc.

Ce fut donc dans des traditions serbes que ces frères bâtirent l’ancien monastère de Bistrita, dont la construction actuelle, due à des architectes allemands qui travaillaient vers la moitié du siècle passé, ne reproduit aucun des caractères distinctifs. On n’a pas même une bonne description avec au moins un plan quelconque de l’ancienne bâtisse.

Dans des aquarelles du XIX° siècle, se sont conservés cependant d'importants éléments de décoration. Ainsi le cadre en pierre sculptée de la porte principale, à fleurons compris dans des rhombes arrondis et avec des plaques carrées à la base : on y lit, dans des lettres du XVII siècle — voyez surtout la forme de l’a — Mane Mester », maître Mané (Manuel). Ce nom est roumain. La pierre, qui porte l’aigle à deux têtes surmontée d’une couronne, et les initiales de « Pahomie ctitor » (Pacôme fondateur; c'était le nom de moine pris par Barbu), est de travail serbe, et une autre pierre porte, avec des volutes, des ornements linéaires et une couronne — dans le style pur de la Renaissance, — ainsi que les lettres « Ph. kt. mst »;, « Pacôme, fondateur du monastère » et la date de 7025, 1517, à laquelle fut

terminée la bâtisse (3).

On sait que les premiers murs furent détruits par les boulets du prince Mihnea, le successeur de Radu et l'ennemi de cette famille ambitieuse ; revenu de son ex1l, Barbu la refit dans de plus belles proportions. Heureusement, on a conservé dans le dossier de la « restauration » la première inscription, datée du 1* octobre 1519, sous l’hégoumène Marc, peut-être un Serbe; elle donne aussi les noms des architectes, et, si Dobromir peut être un Serbe aussi, on ne peut pas le dire pour le second, Démètre, et surtoutl’admettre pour le troisième, Chirtop (4).

Barbu est enterré à Bistrita, en 1505, de même que le prince Moïse, fils du Vladislav, tué en 1455, et lui-même tombé dans la mêlée en 1532 (5).

Les vases sacrés et les parements de ce couvent ont été depuis longtemps soumis à un examen attentif par Alexandre Odobescu (6).

On a sans doute la forme primitive de Bistrita dans le tabernacle en métal représentant une église carrée avec une tour au milieu, deux de face et une seule sur le sanc-

tuaire; sur les murs, six icônes de chaque côté.

1. Des Serbes, Radivoi le Katépan et sa femme Givana, donnent une veilleuse à Tismana (catalogue du Musée de Bucarest, p. 113).

2. Nos Znscripiii, TI, p. 211; II, p. 60; Ghenadie, ouvr. cité, p. 196. Une icône représentant Barbu et Saint Procope, Bulletin, V, p. 38.

Cegäneanu, dans le Bulletin, III, pp. 44-47.

Nos Znscriptu, II, p. 8o et suiv. Cf. 1b14., I, p. 194 et suiv. TOITS Sp ee Dans la Æevista Romäânä et dans ses œuvres (Scrieri), III.

ou À L&

Un autre vase de cette espèce contient aussi des icônes et, sur un plateau à deux cer-

cles concentriques, qui y adhère, une représentation de l’Assomption et une double série

MONASTÈRE DE BISTRITA

(Olténie, xve siecle)

Porte d'entrée avec des ornements

en style vénéto-dalmate ( ><

19 { ” ii | PAT AANPN

En bas l'inscription :

MANEA MESTER

(Maitre Emmanuel)

d’autres images, le tout gravé à l'italienne de la façon la plus délicate, du plus beau style; cà et là des oiseaux, des colombes. C’est sûrement un travail vénitien. Comparée à un objet

semblable, qui vient de la Moldavie presque à la même époque, on sent aussitôt la diffé-

rence (1). Les noms de Barbu, Pârvu, Danciul et Radu comme fils de Neagoe figurent dans l'inscription. De même fabrication est le ciboire, absolument occidental, ainsi que d’autres qui viennent de Tismana sans appartenir à l’époque de la fondation (2). Un troisième vase venant de Tismana, un quatrième reproduisent le type, inconnu à la Moldavie. De même un panagiaire, daté 1521 de Bistrita, ainsi qu'un autre de Tismana, ont d’autres caractères que ceux d’Étienne-le-Grand. Les saints qui se succèdent gauchement sur Ia frise, les lignes entortillées des couvercles, les lettres slavones d’un caractère moins nettement gothique paraissent indiquer lori-

gine vénitienne ou ragusane : on reconnaît limitation du

type de 1431. Un vase pour le pain bénit, aux belles lettres

allongées d’allure latine, ressemblant à celui que le futur

Pierre sculptée de Bistrita.

prince Neagoe devait donner à Tismana, fait partie aussi de ce chapitre d'influence italienne. On y voit en marge une belle aigle valaque, comme au clocher de Dealu (3).

En fait de tissus, un épitrachile de Bistrita, en fil d’or sur soie, donne le portrait de Barbu, devenu le moine Pacôme, et de sa femme Ilinca, vêtue en costume populaire roumain à deux pièces, le tablier bleu à raies rouges verticales (4).

De petites pièces couvrant les bras du vêtement du prêtre officiant (ro#kavitza) ont, en dehors du beau tissu de base et des frises, de très fines figures de saints (5).

Nous ajouterons que Barbu et ses frères figurent comme donateurs à Athos, au monastrès de Xénophon, qu’un autre Barbu de Craiova et un boïar Gabriel faisaient travailler en 1537 au Pantokrator. Des nobles valaques continuèrent jusque vers 1550 à embellir la Sainte Montagne. Radu Païsius protégea le couvent de

Simopétra (6).

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