‹ Histoire de l'art roumain ancienChapitre 48 sur 207 · IL. Neagoe, le successeur de Radu, l'élève et l'ami du · texte numérisé non relu

IL. Neagoe, le successeur de Radu, l'élève et l'ami du

Patriarche déposé Niphon, un Serbe, ancien moine du Mont

Athos, voulut surpasser tout ce que ses prédécesseurs avaient

Pierre sculptée de Bistrita.

essayé avant lui en bâtissant l’église dite « épiscopale » — car, plus tard, ce fut le siège d’un évêque — d’Arges. La nécropole de Dealu, en relation avec les descendants de Vlad l'Empaleur, ne pouvait pas être acceptée par quelqu'un qui, comme Neagoe, faisait parti de la branche dynastique rivale, dont l'ancêtre était Dan IL. fils du « vieux » Mircea. À côté des anciens tombeaux, oubliés, de l’église princière — qu’on se rappelle les pieux sentiments d’Étienne à l’égard des morts de Rädäuti — la seconde nécropole valaque surgissait ainsi en 1517 pour rejeter dans l’ombre la fondation des princes

moldaves à Putna.

1. Cegäneanu, Obiecte, pp. 16-18. La forme de ,la lettre A, qui est un o# cyrillien, nous empêche aussi d'y voir un travail des maîtres saxons, qui connaissaient bien l'alphabet slave. Tbid., p. 19 et suiv.

Ibid., p. 38 et suiv.

Îbid., pp. 29-30.

lbid., pp. 61-63.

Builetin de la Section historique de l'Académie roumaine, Il, pp. 184-185

Qu Re

On a discuté sur le caractère de ce brillant édifice qui, de fait, couronne le développement de l'architecture et des arts collatéraux dans la péninsule des Balcans. Y a-t-il une influence arménienne? Une imitation de l’art musulman dans les détails de l’ornementation? Faut-il y distinguer plutôt ce courant de la Renaissance vénitienne — car la Dalmatie slave n'avait plus, dans sa décadence, le rôle d’intermédiaire — que nous avons remarqué dans les sculptures du clocher de Dealu, dans les pierres ouvragées de Bistrita? Ne peut-on pas y retracer même les innovations, en fait de peinture surtout, de l’art allemand à l'époque d’un Peter Vischer et d’un Dürer? Sy nil |

De fait dans cet admirable monument il y a du tout, dans une forme Rens harmonieuse, mais trop dispendieuse pour pouvoir servir de type aux architectes des époques ? suivantes.

La forme en trèfle ne se distingue en rien de celle des églises moldaves du Xv° siècle. Mais, comme le but principal était celui d’abriter les tombeaux de toute une dynastie, les chapelles latérales qu'on trouve dans l’ancien édifice de Tismana sont réunies sous le même toit et le narthex gagne, avec son puissant rectangle, précédant les bras de la croix, des dimensions extraordinaires. Comme ceci devient la partie la plus importante, l'église n'étant pas destinée aux fidèles d’une grande ville et l’évêque-hégoumène représentant plutôt le gardien des tombeaux, on lui accorde trois tours, les deux caractéristiques pour l’église serbe de la dernière époque et la troisième tout au milieu de ce narthex, énorme. Pour la soutenir, on éleva douze puissantes colonnes aux chapiteaux puissants, représentant, comme les douze marches de l'escalier, dans l'interprétation mystique, qu’on rencontre dans la Vie de Niphon, aussi bien que dans la description de voyage de Paul d'Alep, au XVII‘ siècle —, les douze apôtres. Le reste de l’église, la nef avec ses absides pentagonales, paraît un appendice rituel à la chambre des tombeaux. Au fond, où le sanctuaire, fermant la croix, a la même forme pentagonale, la prothèse et le diakonikon se signalent à peine par des angles sortants, comme ceux qui indiquent la fin des absides latérales.

Le vrai narthex est rejeté en dehors sur une surface de baucoup inférieure à la façade de l’église; c’est un péristyle ouvert .Il faut monter un escalier de marbre pour arriver devant la grande porte d'entrée que protège un petit toit spécial.

Deux tours donc s'appuient sur les côtés de la chambre des tombeaux; une troisième surgit au milieu de cette partie de l’édifice; elle est dépassée par une quatrième un peu plus large et plus haute, qui surplombe la nef; on n’a pas, comme dans l’édifice central de Tismana, les deux petites tours du sanctuaire.

Il y avait jadis un clocher séparé, réuni aux murs qu’une ignorance totale des conditions naturelles pour tout cloître oriental, qui était en même temps une citadelle, fournie de canons et capable d’être pendant longtemps défendue, a fait disparaître. On y distinguait — comme on le voit par des estampes du commencement du siècle passé — lhabitation de l’évêque, l’hospice, le trapéza, les magasins (1). Le clocher lui-même, d’une belle structure, avait, comme celui de Câmpulung, trois étages, sur une puissante base à deux registres d’arcatures, avec, au-dessus du portail, comme une loge; les cellules offraient un mur de pierres,

au-dessus duquel, comme à Tismana, se rangeaient des fenêtres oblongues à lextérieur, de

1. Voy. Luigi Mayer-S. Gosnell, Views in Turkey in Europe and Asia, comprising Roumelia, Bulgaria, Valachia, Syria and Palestine, London s. a. Cf. Lugosianu, dans le Bulletin, IV, p. 24 et suiv.

ligne romane à l’intérieur. À droite, on distingue les deux tours pointues d’une chapelle aujourd’hui détruite (elle ne datait que de 1789) et la tourelle d’une cuisine carrée; au coin de gauche, une balustrade à petites colonnes s’enlève sur une base saillante au second étage. Dans une collection d’estampes publiée en 1801 1l est question aussi d’un château, dis- tant d’une lieue et sis sur une hauteur; mais on doit y reconnaître, sans doute, le palais des vieux princes près de leur église ou bien la tour de Saint Nicoarä. Venant aux ornements, qui forment la grande richesse de cette fondation, pour laquelle la Serbe Militza, une « despina », descendante des Brancovitsch, nièce du Métropolite Maxime, aurait sacrifié ses bijoux, il n’y en a pas d’absolument nouveaux. Des influences que nous connaissons déjà s’y

entremêlent.

La base, en trois assises de belles pierres, est large; elle avance en saillie, donnant un caractère de solidité à l'édifice entier. Sur la façade, une puissante ligne de démarcation en relief, formée de lignes entre-tissues en corde, sépare les deux registres, se relevant au-dessus de la porte. Le cadre qui entoure celle-ci est double, composé de lignes qui s’entrecroisent et de festons à la mode de la Renaissance; d’autres festons en dérivent, pendant vers l’intérieur. Dans le registre inférieur, à la place des arcatures de Dealu et des deux cartouches au fronton arrondi, on a de chaque côté deux

; ee SE carrés, au milieu desquels s'ouvrent

FR. deux fenêtres en parallèlogrames

accouplés, dont les rebords sont cou-

Eglise épiscopale d’Arges. verts de la même sculpture soignée.

Sur les carrés sans sculptures, il y

avait, comme à Dealu, les inscriptions commémoratives; l’une d’elles a été remplacée par

Serban Cantacuzène, le prince valaque qui fit réparer l’église au XVII° siècle. Le registre su-

périeur, avec des arcatures comme dans la fondation de Radu, a des rosettes très finement

travaillées, où on reconnaît des motifs serbes, à la place des disques d’émail moldaves; dans

l’arcature elle-même, il y a des rosettes plus grandes: deux d’entre elles sont prises dans

un cadre carré. Sous la corniche, une riche frise triple de sculptures. Sur les côtés, en haut

et en bas de la ceinture, on a les mêmes éléments; des linteaux lissés encadrent de loin les fenêtres; par endroit aux fenêtres sont mêlés des cadres de sculptures aveugles.

Comme à Dealu, la base de la tour principale est sculptée et, en plus, ornée de la

triple frise; des arcatures qui s’enjambent distinguent cette partie de la tour. centrale du

narthex. Des linteaux désignent les surfaces et entourent discrètement les fenêtres; l’espace intermédiaire est fleuri de délicates sculptures; les deux plus grandes forment sous la corniche une rangée de fleurons; sur les tourelles d’en face, la ligne des fenêtres est tordue.

L'œuvre sculpturale est infiniment inférieure dans les tombeaux de Neagoe et de sa famille. Le cadre d’entrelacs se rencontre une fois; les lettres de trait vénitien sont belles, mais le champ central n’est occupé que par une grande croix double et des dessins en écailles (sur certains des tombeaux de Neagoe, il y a une grande rosace); les pierres tombales de « maître Jean », en Moldavie, les dépassent beaucoup. Sur la sépulture de Radu d’Afumati, gendre et successeur de Neagoe, l’inscription en largeur occupe toute la pierre, et au milieu on a donné, sous la même croix, dans un cadre orné sans trop grand souci d'art — c’est probablement le travail d’un sculpteur indigène — le portrait du prince, couronné, à cheval, le manteau gonflé par l'élan, la masse d’armes dans la main. C’est un exemple qui sera su1vi.

Des travaux en orfèvrerie — « les vases d’or et d’argent ornés de pierres et de perles précieuses » de l’inscription, — des tissus, rien n’est resté, sauf « la ceinture de Neagoe », une étoffe achetée à Luck,

en Pologne, et deux icônes, dont l’une —

représentant dans l'attitude de la Vierge Éléoussa Militza pleurant son enfant, le prince Théodose (1). À Putna, se conserve cependant un Évangile envoyé par Neagoe, dont l'étude montrerait sous ce rapport aussi le caractère de l’art valaque

à cette époque.

On n’a plus la représentation de l’église en métal qui ornait l’offertoire dans ER nctuiire Eglise épiscopale d’Arges (façade).

En fait de tissus, Paul d'Alep mentionnait encore au XVII* siècle un rideau d’autel en fil d’or représentant l’Assomption, avec les portraits de Militza, à laquelle on attribuait même le travail, et de sa famille. Le parement sacerdotal qu'on montre à Krouchédol, portant la date de juin 1519, doit provenir aussi de cette fondation d’Arges (2).

La peinture, terminée en 1526 par Radu, successeur de Neagoe, a été remplacée par

une autre, due à un maître français. On connaît l’ancienne d’après la description de Reissen-

1. Voy. Odobescu, /storia archeologiei et nos /nscriptii, 1, p. 153 et suiv. 2. Tocilescu, Curtea-de-Arges, p. 41.

berger, qui a donné la première étude scientifique de léglise (1). Refaite en partie par

l’évêque Joseph, vers la fin du XVII siècle, elle avait

cependant gardé généralement ses caractères distinc-

tifs. On y voyait les peintures prescrites par l’« Herménéia », mais aussi d’autres, qui n’apparaissent qu’à cette époque, sous l'influence de l’art occidental Pierre et Paul présentant une église, Jacques et Barthélemy ayant entre leurs mains l’évangile survolé par une colombe dans le nimbe, Thomas et Philippe, puis André et Simon tenant le voile de sainte Véronique, le Christ comme évêque (1).

On a conservé certains des principaux portraits de

saints, qui se trouvent aujourd’hui au Musée de Buca-

. à - rest. Il n’appartiennent pas par la facture à l’art by-

ce D 2 ! zantin seul. Ceci est bien certain. Saint Georges, par

CI. Reissenberger exemple, la tête nue, entourée d’une coiffure arrondie,

RENE Dcopele Ae UIaRE porte sur l’épaule un heaume; son bouclier rond n’ap-

paraît pas dans la peinture orientale, non plus que l’épée appuyée sur la main gauche. Ses vête-

ments, d’une exécution minutieuse, ont des plis dont le É naturel témoigne de l'influence d’un autre art.

Les portraits des princes furent terminés peut-être un peu plus tard, car à côté de Radu I° et de sa femme Marguerite — n'est-il pas question de figures intercalées d’après une légende bien connue? —, à côté d'Alexandre, représenté, de même que Mircea et son fils Michel (d’après les fresques de Cozia), en vêtement occidental, « en costume hongrois, avec des cnémides vertes, un dolman vert et un manteau rouge », à côté de Lazare et de sa femme Militza (2), qui, avec les autres, a dû être, ici encore, comme à Tismana, un des fondateurs, à côté de la famille de Neagoe lui-même, on a les portraits des princes Vlad et Vintilä, qui régnèrent sur la Valachie peu après. Dans de longs vêtements rouges, recouverts de manteaux ornés d’or, la couronne sur leurs têtes, Neagoe, sa femme, leurs enfants sont peints certainement

d’après nature : le prince a les cheveux en boucles qui des-

cendent sur les épaules : rasé comme Étienne, il porte, comme

Mircea, de longues moustaches tombantes; de lourdes nattes, Cl, Reise des boucles d'oreilles compliquées de chaînettes distinguent Église épiscopale d’Arges (plan).

le portrait de Militza. Le cadre qui les surmonte et les entoure est bien de l’époque; on y recon-

ee Le an re Klosterkirche bei Kurtea d'Argysch (extrait du vol. IV de l « Jahrbuch des

. k. Central Commission) », Vienne 1860, p. 13 et suiv. (il a une versi f ise); é 1

Klosterkirche von Curtea-de-Arges, Berlin 1910. te RES

: 2. « Komilitza » ce serait la « comtesse » Militza; elle porte ce titre dans les documents de aguse.

naît ces ornements en ailes déployées qui ornent le tombeau de Marie, fille d’Étienne-le- Grand, dans les angles d’une riche décoration qui correspond aux lignes de rosettes extérieures.

. À qui faut-il attribuer ce beau travail (1)? Les comptes des Saxons de Hermannstadt- Sibuiu, consignent l'envoi en Valachie,

le 16 décembre 1522, puis le 23 jan-

vier 1523, d'un Vitus, Veit, pour travailler (« proportionare et effigiare ») à l'église de Neagoe (2). D'autre part, une inscription slavone, du mois de septembre 1526 (3) donne le nom de Dobromir, un Slave où un Roumain, comme peintre de l’église. L'influence du premier sur

le caractère général des fresques nous pa-

raît indiscutable; le courant d’art orien-

tal était visible, au contraire, sous le rap- CI. Reissenberger.

port de la couleur dans ces tons d’or et

Église épiscopale d’Arges (détail des tours).

, + , j d'azur, qui, contre la tradition et à l'encontre du bon goût, en recouvraient les sculptures exté-

À : 2 . . chef . .

riures, dans ces oiseaux de métal à clochettes qui sonnaient au vent, bizarre appendice mentionné

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