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Nos Znscripfii, II, pp

sus, jaune à soutaches bleues, a un double col, rouge et bleu; le chapeau d’Anastasie, à lignes violettes, se détache sur la robe de brocart aux manches rouges ayant au bout des garnitures en or. Et, pour la première fois, le nouveau prince moldave apparaît, sous la couronne aux cinq branches : un visage rond, aux longs cheveux, à la barbe rousse; il était à cette époque marié à Hélène, représentée ici vêtue de brocart. La peinture doit être, du reste, un peu plus

récente : ces deux enfants couronnés, Élie et Étienne, se trouvent entre leurs parents.

À ce moment, Pierre lui-même faisait travailler à sa splendide fondation de Pobrata, à la place de cette petite église de Saint-Nicolas de la Clairière, où reposait Oltea, la mère d'Étienne-le-Grand, le neveu du même par sa sœur, et tel des membres du XV° siècle de la

dynastie.

C’est encore d’une nécropole qu'il s'agit. C’est pourquoi, n’ayant que 36 m. 20 sur 9 m. 50, l’église en croix a la partie antérieure aux absides latérales très longue. Mais aucune tour ne vient s’y superposer. Le style moldave, définitivement constitué, était en état de se défendre contre les séductions qui venaient de la Valachie, dont le luxe l'avait infiniment dépassé. Les murs à base saillante sont construits, sous l’enduit vulgaire qui les recouvre actuellement, en pierre et en briques; il paraît — mais on ne pourrait guère l’assurer — qu'il n’y avait pas de peintures à l’extérieur, ces peintures qui seront la grande innovation de l’époque. Dans ce cas, il faudrait soupçonner les briques polychromes et les disques aux apparitions fantastiques. On a relevé cependant des peintures sur l’abside du sanctuaire. Les lignes des arcatures, triples cette fois, se distinguent en entier sur les bras de la croix; sur les côtés, on ne voit que la rangée supérieure, ainsi que sur la tour unique, posée au-dessus de la nef. Des contreforts soutiennent la façade, où on remarque encore les arcatures, mais les quatre belles fenêtres ont été bouchées ; l’entrée est à droite, sous la pierre portant l’inscription. Il y

avait une autre entrée, à gauche, chacune surmontée d’une fenêtre.

La porte d'entrée dans l’église elle-même est d’un beau contour gothique sur des bases ornées d’après la tradition orientale. Ausitôt, on se trouve dans le narthex. « Au-dessus, les voûtes sont d’une élégance particulière : sur les grands arcs transversaux, soutenus par des colonnettes composées de trois fuseaux richement couverts de peintures, s'appuient deux voûtes sphériques par le moyen de pendentifs, soutenus aussi par d’autres arcs, qui ont la mission de réduire l’espace central à un carré. Ces voûtes sphériques sont soutenues par huit arcs inscrits dans un hémisphère et formant deux carrés entrecoupés à quarante-cinq degrés de rapport l’un envers l’autre, de sorte qu’ils donnent une série de triangles sphériques; sur ces arcs est posée une autre voûte sphérique, qui couvre le tout. Un détail caractéristique est la manière dont les grands arcs transversaux reçoivent les arcs secondaires directement, par l’intermède de deux cercles de pierre qui entourent l’arc d’une partie et de l’autre, solu-

tion originale et élégante (1). »

Une autre porte, à lignes gothiques croisées, mène dans la chambre des morts, dont la voûte est en cylindre, tandis que, dans la nef elle-même, « la tour est appuyée sur quatre

grands arcs qui, à leur tour, s'appuient sur les chefs des premiers », et le sanctuaire est « cou-

1. Ghica-Budesti et Bals, Wänastirea Probota, Bucarest, p. 16. Dans l'étude, qui suit, de M. Bals,

toutes les illustrations représentant Pobrata.

vert de plusieurs cylindres de diamètre décroissant qui se terminent par une voûte en quart de sphère (1) ».

Dans la chambre sépulcrale, on voit les tombeaux de Pierre et de sa femme Hélène. Ils sont en marbre blanc (2), et les lettres, différentes de celles qui étaient usitées à l’époque d'Étienne-le-Grand et qui décorent aussi les tombeaux, à Putna, de Bogdan et du jeune Étienne, ont un caractère italien, de même que celles de linscription commémorative à l’entrée. Un nouvel Étienne, leur fils assassiné, a été enseveli sous une pierre plus ordinaire. L’ornementation du champ central représente un brocart aux lignes fines, compliquées. Des écussons aux armes du pays sont apposés sur les fines nervures des voûtes, qui sont d’un très grand effet. On a relevé aussi dans les autres constructions telle pièce qui offre, avec un écusson portant un S, de belles fleurs sculptées dans le genre de la Renaissance italienne.

Le clocher, à trois étages, a été refait en partie à l’époque du prince Basile, première moitié du XVII‘ siècle; mais la représentation du taureau au long cou est contemporaine; les chambres d’habitation pour le prince y sont encore attenantes. Aux deux étages, elles présentent des portes et des fenêtres ornées de cadres en pierres taillées, avec çà et là de petites rosettes; les sièges en pierre se sont conservés à l’intérieur. Une forte muraille garnie de bastions entoure la large cour du monastère, dont les cellules ont été démolies.

Des vases d'église, 1l n’est rien resté pas plus que des tissus. L’ameublement en bois s’est conservé à l'exception de deux retables (l’un dans la chambre des morts) et des stalles. Il y a une table, un pupitre et un admirable siège (un autre, de la même époque, est au Musée de Jassy). Sur cette dernière, qui est de grande proportions, on a des rosettes, de petits ronds qui imitent les perles, des fleurons, comme au-dessus de la corniche d’Arges, de larges étoiles sculptées dans le genre de celles qui jouent le rôle de disques dans la fondation de Neagoe et par-dessus tout un treillis de lignes géométriques comme dans les frontispices des manuscrits. C’est bien un art unique, définitif, dont les traits caractéristiques se rencontrent dans tous les domaines,

Ici, la peinture ancienne subsiste encore, dans le vestibule et dans le narthex; nous en parlerons plus bas comme du signe distinctif pour toute cette époque (3).

De la fondation, à Jassy même, en 1541, de Yourii Danco, un des boïars de Rares il ne reste rien; nous nous rappelons encore la vieille église portant ce nom, avec ses lourds murs et ses deux tours (dont l’une de construction plus récente), qui a été détruite pour faire place aux attenances du Théâtre National (4).

Une seconde fondation de Rares fut l’église du monastère de Moldovita, qui fut consacrée en septembre 1531 (5). Mesurant 33 mètres de longueur sur 8 m. 50-12 de largeur, elle ressemble à Pobrata, — dont elle reproduit presque les décorations, — par plusieurs des innovations qui caractérisent le style de cette époque. Mais pour la première fois

on a un vestibule ouvert, bien que dans deux des ouvertures il y ait une attache de murs entre

. 1bid.

Voy. sur le tombeau de Rares, aussi Hurmuzaki, Documente, XI, p. 861. . À Pobrata, dans le village, il y aurait une petite église due à Étienne-le-Jeune. Il n’en est pas fait mention dans mes notes de voyage.

4. L'inscription, dans nos Zascriptii, II, pp. 134-135. 3. Kozak, ouvr. cité., p. 187 et suiv.

les deux pilliers; du côté de l'entrée latérale, il y a une solution de continuité dans l’ouverture. Comme à Pobrata, l’église s'appuie sur une assez large base saillante; comme là-bas, les arcatures se bornent à une seule ligne sous la corniche, pour permettre à la riche peinture extérieure de recouvrir tout le reste; il n’y a une seconde série d’arcatures, prolongées, que sur les bras de la croix; la tour aussi est à deux rangées. On n’a ajouté des contreforts que devant les absides latérales, de forme hexagonale à l'extérieur; les deux

fenêtres du narthex sont d’un gothique fleuri. Mais ce qui rap- x proche la nouvelle Moldovita de Pobrata, c’est surtout le fait qu'ici encore, bien qu'il n’y eût aucun motif de bâtir une nécropole, la chambre intermédiaire des tombeaux, qui devait être employée seulement au XVII siècle par des prélats comme Éphrem de Rädäuti et des boïars, existe (1).

Bien entendu, la peinture, faite en 1536 (2), joue, sur les

deux surfaces des murailles le rôle principal. Nous mention-

nerons à cette place les beaux portraits des fondateurs

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