Melchisédek, dans la Æevista de Tocilescu, Il, pp
les pièces les plus importantes dans ce genre sont les deux couvertures de tombeau qui reproduisent les portraits de Jérémie ét de Siméon. Ce sont des œuvres d’après nature, profondément impressionnantes : le premier de ces princes apparaît vivant; avec sa barbe noire, : avec ses longs sourcils arqués, avec son menton proéminent, il a un air d’impérieuse brutalité; l’autre, figure amaigrie, sous la couronne d’or, repose comme dans son tombeau.
Plusieurs Évangéliaires se présentent dans la reliure d’or traditionnelle, qui continuait à être fabriquée à Neamt, peut-être, mais surtout à Putna et, ainsi qu'on l’a vu, à Rädäut. On compte celui de 1605, celui de 1606, un autre de 1607, originaire de Valachie, mais relié dans ces ateliers monacaux. Élisabeth envoyait même au Mont Athos, à Koutloumous, un des produits des calligraphes moldaves en 1605. À Dochiariou, on voit la pierre tombale du Métropolite moldave Théophane, posée par cette princesse (1).
Quant aux miniaturistes qui ont donné sur parchemin des images saintes et les portraits des fondateurs, ils étaient originaires des mêmes couvents de moines lettrés ; sur deux manuscrits, on a relevé en cryptogramme le nom de Prochor (2).
IV. Entre les deux règnes d'Alexandre Läpusneanu se place l’intermezzo bizarre de la présence sur le trône moldave d’un Grec, Jean Basilikos, qui prétendait être « despote » de Paros et de Naxos et descendre en même temps des Héraclides de la légende et des Brankovitsch de Serbie et invoquait dans ses
documents comme son père authentique « le prince
Étienne »; ancien étudiant en médecine à Montpel-
lier, copiste assidu de manuscrits grecs en Pologne,
a ee Re auteur d’un traité d’art militaire, prétendu converti au socinianisme de Pologne, cet intrus au profil si inattendu pensa à établir dans le village de vignerons de Cotnari une vraie « Université », y invitant des maîtres allemands du cercle des réformés. Il y fit bâtir une très grande église gothique, totalement différente de celles que le pays avait connues jusqu’alors : elle a une énorme tour, de belles arcatures gothiques s'appuyant sur des consoles qui se conservent encore dans la ruine actuelle.
Le « despote » avait fait peindre sur les murs du château de Suceava la bataille de. Verbia qui lui donna son pouvoir passager, bientôt détruit par une catastrophe, car il fut
tué, après un long siège, à Suceava, par ses sujets révoltés. Rêvant de l'union des Roumains,
1. Bulletin de la Section historique de l’Académie Roumaine, II, p. 194. 2. Melchisédek, loc. cit., p. 51.
auxquels 1l rappelait le souvenir de Rome, il eut l’idée d’épouser une fille de la princesse valaque Chiajna et se fit envoyer le premier portrait mentionné dans les documents sur la civilisation des Roumains, l’ « icon sponsae » (1).
Le gendre de Pierre-le-Boiteux, Zotos Tzigaras, originaire de Janina, dont on voit le tombeau à Venise dans la cour de l’église des Grecs, bâtit près de Jassy, dans un vallon caché au-dessous des collines qui entourent la capitale moldave, le petit édifice de Hlincea. Comme celui dont il sera question bientôt, du prince Aaron, dans le voisinage, il a déjà le pénistyle ouvert, ce qui ne paraît pas être une innovation des réparateurs du XVII° siècle; des arcades sur des colonnes donnent le passage à la nef (2).
Des actes du XVII‘ siècle, avant la réparation générale, due à Étienne, fils de Basile Lupu, lui donnent ce nom : Monastère de Zotos (3). Il y a dans la peinture des traits d’une noble simplicité unie à un sens psychologique de l'interprétation qui paraissent indiquer que la rénovation n’a fait que retoucher le travail, très distingué, d’un maître antérieur. Mais cette peinture aux figures rares, plus grandes, n’est plus la grande peinture décorative qui caractérise le XVI° siècle,
Un contemporain, le Hetman Balica, ami des princes de la dynastie des Movilä, fit bâtir dans ces mêmes environs de Jassy le skite qui allait devenir plus tard, au XVIII siècle, le couvent de Frumoasa, « la Belle ».
Enfin le frère, né d’un autre lit, des princes Jérémie et Siméon, dans son monastère à Burdujeni, monastère qui prit son nom, devenant Todiren, donna une église en pierre nue, de très grandes dimensions. Elle a subi beaucoup de transformations à une époque
plus récente (4).