Dan, dans le Bulletin, III, p. 134 et suiv
2. Kozak, ouvr. cité, p. 135. Pour la peinture bid., p. 134, note 3. On a perdu tous les anciens vases et tissus, parmi lesquels il ÿy avait aussi deux couvertures de tombeau brodées, des encensoirs, des tabernacles, des ciboires, des candélabres des patères, des tapis, des crucifix, etc., plus soixantetrois icônes recouvertes ou non d’argent, parmi lesquelles certaines viennent de Moscou (l'une très belle), voy. Hasdeu, Cuvente den baträâni, Bucarest 1878, p. 179 et suiv.
Michel-le-Brave, par la volonté du chancelier et hetman de Pologne, Jean Zamoyski, pour revenir vaincu dans sa Moldavie où il allait prendre l’héritage de son frère. Le champ central est occupé, sur la pierre qui recouvre le corps de Jérémie, par une riche dentelle de feuilles et de fleurs reproduites d’une manière schématique; quatre rosettes dans les quatre coins. Mais dans ce même champ on a introduit une tête de taureau archaïque, sans cou, ayant en dessous l'emblème des Movilä : deux épées entre-croisées. Sur le tombeau de Siméon, plus récent d’une vingtaine d'années, avec le même blason, l'inscription se continue en lignes horizontales dans le champ intérieur.
| En fait de sculptures, 1l n’y a rien de nouveau et rien de remarquable. Mais la peinture sur fond vert est incomparable dans sa variété, dans sa vivacité, dans le triomphe de sa technique. Si on pouvait observer déjà à Voronet des scènes comme celles du Christ sur la Montagne des Oliviers, qui n’a absolument rien de byzantin, témoignant, sans aucun doute, d’une influence directe de l'Italie, à l’époque où Zorzi de Crète (1) travaillait pour Läpusneanu, au Mont Athos, à Sucevita (2) le courant occidental, ainsi que l’a montré, d’une manière détaillée, M. Podlacha, dans tout un ouvrage très étendu, est encore plus visible, introduisant en plus grande mesure les sujets nouveaux et donnant un autre caractère à l’ensemble. Dans le mouvement des anges, dans le milieu ambiant naturel, dans la légère dégradations de tons, dans l’ampleur des vêtements et une certaine expression des visages, comme dans des scènes rares jusqu'alors, telles que couronnement de Marie, 1l y a comme une nouvelle ère qui paraissait poindre, mais que la résistance du vieux fond byzantin empêaha d’avancer trop rapidement.
En jugeant de cette peinture, d’après les seuls spécimens observés en Bucovine, où il était de passage, un juge compétent, M. Strzygowski, s’exprimait, il y a une dizaine d’années, dans ces termes
« Il y a des trésors que le connaisseur le mieux informé par ses propres voyages de l’art ancien ne peut voir nulle part ailleurs. Au-dessus de tout ce qu'on peut voir en Bucovine, il y a ces curieuses églises qui, dans la polychromie de leur aspect extérieur, peuvent être comparées plutôt aux façades de Saint-Marc, à Venise, ou du Dôme d’Orvieto. Seulement, comme il est naturel, la sculpture n’y a pas la même part que là-bas; elle peut être considérée comme défendue sous le rapport rituel. La peinture seule jette sur la surface extérieure des églises de Sucevita, Voronet, Humor, Moldovita, etc, cet étonnant réseau de figures richements rangées, d’origine théologique orthodoxe, qui, dans la variété de son coloris, donne l'impression d’un tapis oriental. Nul pays au monde n'offre quelque chose de semblable. Et cette richesse de couleurs retient d’autant plus le regard fasciné lorsque, dans l'intérieur de l’église, s'ajoute l'éclat de l'or, dont l'effet artistique atteint le comble au moment où les rayons épars du soleil se glissent par les fenêtres.
« Celui qui se donne ensuite la peine de pénétrer dans ces cycles d'icônes qui, je le
répète, peuvent être comparées seulement avec les mosaïques de Saint-Marc, ou bien — en
1. Franc (Phrangos) le Catalan (Katellanos) de Thèbes, à la même époque, y travaillait d’une manière indépendante, de même que Manuel Pansélinos, entré plutôt dans la légende.
2. Et même à Lemberg, où l’église de la confrérie orthodoxe, dite église moldave, qui présente le portrait, en style byzantin, du grand” douanier moldave, Constantin Corniacte, un Crétois, plus tard
établi « en n Pologne, est due à la munificence de ce prince. Voy. des matériaux sur cette fondation dans Hurmuzaki, Supplément, II, vol. I, publié par J. Bogdan.
ne considérant que l’intérieur seul — avec les églises du Mont Athos, reconnaîtra aussitôt la profonde erreur qui a été commise jusqu'ici par l’investigation scientifique en ne considérant dans ces fresques qu'un plan de l’art athonique.
« Tout autre cependant est le jugement de celui qui tient compte de l'influence considérable qu'ont exercée sur l’art de l’Athos les Voévodes moldo-valaques par leurs fondations et leurs dons et n'oublie pas de tenir compte, en outre, de l'abondance des conceptions théologiques propres, telles qu’elles sont exprimées surtout dans les manuscrits et peintures murales des monastères de Dragomirna et de Sucevita ; sil est habitué par une longue expérience à saisir du regard les rapports généraux, il sera contraint d'admettre que ce n’est pas autant l’Athos qui a eu une influence sur la Moldavie, mais que, au contraire, c’est la grande culture des monastères de la Bucovine qui a dû se répercuter sur la Montagne Sainte...
« Les couvents, pris dans leur ensemble, offrent des trésors qui peuvent se mesurer avec les richesses des trésors impériaux, sans parler du trésor religieux de la chapelle de la Cour Impériale... .
« Ces sanctuaires de l'église orthodoxe doivent jouir de la plus haute considération artistique et scientifique, en Russie de même que dans les Balcans, en Roumanie, et partout où existe l'intelligence pour la floraison d’une culture qui a une individualité à part (1). »
Nous remarquerons les beaux portraits de Jérémie et de sa famille, en habits de brocart; Marie, la mère, Élisabeth, la femme du Voévode fondateur, portent de longs voiles sur leurs riches robes; les petits princes et leurs sœurs, les nattes de cheveux bruns sur le dos, ont des couronnes et des vêtements d’or.
Jérémie Movilä fit don à sa maison de Sucevita d’une très riche collection de vases, d'icônes, de tissus, de manuscrits recouverts de plaques d’argent. La plupart de ces objets se sont conservés.
Si on n’a pas les ciboires, les croix, les « panagiaires », les « ripides », une image de la Vierge recouverte d'argent est le don fait à Georges, évêque de Rädäuti, par un exilé de l’orthodoxie, Joachim, Patriarche d’Antioche — ceux de Constantinople visitaient aussi ces pays roumains, gardiens et soutiens de la foi, et passaient quelque temps auprès de leurs princes à une époque où la chapelle valaque de Constantinople servait de sanctuaire à ces prélats dépossédés de leur Patriarchéion. De Rädäuti encore venait une icône de Saint-Nicolas, revêtue de sa couverture de métal précieux, travail exécuté dans les cellules mêmes des moines qui y résidaient en 1602; le Métropolite Georges l'avait fait restaurer et dorer (2). Le candélabre contemporain — c’est le premier objet de ce genre venant de l’époque ancienne -— contient dans un globe d’argent qui s’en détache, à la place de l’œuf d’autruche habituel, la belle natte de cheveux brun-roux d’Élisabeth, la femme de Jérémie, prise par les Turcs, en 1610, lorsqu'elle défendait, les armes à la main, les droits au trône de son fils Alexandre, pour être deshonorée et menée en esclavage dans un harem: son cri de honte et de douleur devant les boïars, ses fidèles, a été conservé par la chronique.
Deux épitaphes ornées de perles et de pierres précieuses n'ont pas d'inscription. Mais
1. Feuilleton dans le journal viennois Die Zeit, août 1913; traduction roumaine dans le
Bulletin, VI, p. 125 et suiv.