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même, car l’attribuer à l’officine serbe qui apparut pour un moment dans les Balcans ne concorderait n1 avec l'importance, très faible, de cette autre imprimerie, n1 avec le caractère pur roumain de tous les frontispices, dans l’ancien style, dont l’un porte le corbeau valaque entre les deux arbres, ainsi qu’on avait depuis quelque temps la coutume de le flanquer. Une forte influence occidentale s’y retrouve aussi bien dans les majuscules ornées que dans la dizaine de planches, du plus haut intérêt, qui en font l’ornement (on a relevé l'inscription en lettres latines, dont le sens n’a pas été saisi par l’imitateur, dans la scène de Jésus en croix). Il faudrait comparer ces scènes à celles de Snagov, de Voronet, de Sucevita, aux épitaphes du XVI‘ siècle, et on constaterait une frappante similitude dans les rochers qui forment le fond de la Mise au tombeau. Des scènes d’un caractère tout nouveau, comme Jésus enseignant au Temple, ou rendant la santé au paralytique, ou bien Jésus et la Samaritaine, sont la réplique des peintures qu'on connaît déjà. Des représentations naïves comme celle de l’aveugle qu avant la guérison a la face toute vide pour éluder la difficulté technique, montrent cependant qu'on est encore dans l’Orient qui ose à peine regarder à travers les traditions sacrées la nature elle-même (1).
Un des clercs chassés en Transylvanie par les persécutions du sanguinaire Mircea II, le « diac » (diacre ou, plutôt, d’après le sens du mot hongrois dedk, écrivain, secrétaire), Coresie ou Coresi avait entrepris, dès 1561, avec le concours matériel des Saxons de la province voisine, l'impression de livres slavons, slavo-roumains ou même uniquement roumains. Le but était purement commercial, et on a conservé telle proposition faite par le magistrat de Brasov-Kronstadt aux princes roumains pour l’achat d’une de ces publications (2).
Le texte était pris, pour la version roumaine des Livres Saints, dans des manuscrits hussites du commencement du XV° siècle, ou bien 1l s'agissait d'ouvrages de propagande du calvinisme magyar, enfin de traductions nouvelles faites exprès pour cette officine. La valeur artistique, étrangère aux traditions du pays, est cependant de plus en plus inférieure. On arriva à adopter des ornements de la mauvaise impression allemande dans cette colonie
orientale du monde germanique.
On travaillait, à cette époque, en Valachie aussi, mais sans avoir un centre dans quelque couvent — car Arges ne devint Jamais une grande fabrique d'objets d’art, pas plus que Dealu — à des objets de sculpture en métal. Le couvent de Saint-Denis, au Mont Athos, a de la part de ce couple princier un très bel Évangéliaire relié en plaques d’argent représentant les donateurs : Mircea au visage allongé, Chiajna, la face ronde, comme celle de son père — telle on la voit à Snagov aussi —, leur fille Stana et leur fils Pierre. Le Musée de Bucarest conserve un Évangéliaire donné par les mêmes princes (3).
La belle porte de l’église de Tismana, inférieure cependant à celle de l’ancienne Snagov, conservée aujourd’hui au Musée de Bucarest, date de 1550; elle a servi de modèle à un grand nombre de travaux en bois du même genre qu’on trouve dans les églises de ce district montagneux de Gorj. Avant cette date, la croix du prince Vintilä, avec ses lignes qui rappellent le
cadre de l'Évangile de Nicodème, est d’un travail très distingué (4).
1. Voy. les reproductions données dans Bianu et Hodos, Pibliografia veche românä, 1, pp. 34 et suiv., 517. Des planches inédites ont été trouvées dans l’exemplaire (sans frontispice comme les autres) découvert par nous à Cetatea-de-Baltä, en Transylvanie et donné à l’Académie Roumaine.