LE CHAHZADEH CHAPOUR, FILS DE TIMOUR-CHAH, FILS D'AHMED CHAH
Légende du sceau du mufti de Hérdt : « La bonté divine et la bienveillance de Timour Chah ont fait de Hachim le serviteur de la loi du Prophète. »
Lorsque Timour Chah, son père, mourut à Kaboul, Zéman Chah son frère ceignit la couronne et s'assit sur le trône ; il fit enfermer dans la prison d'Etat du Bâla Hiçar tous les princes de la famille royale. Le gouverneur du Bâla Hiçar était AbdouUah Khan, un des personnages jouissant de la confiance de Zéman Chah et auquel ses nombreux services avaient fait donner le nom de DjanNiçar Khan (1). Dans l'année où Zéman Chah marcha sur Hérât pour enlever cette ville au châhzadèh Mahmoud, Djan Niçar Khan se voyant hors de toute surveillance se laissa entraîner à l'ingratitude ; il écrivit à la mère deChâpour, qui était la fille de Cherbet Aly, un billet dans lequel il lui disait que depuis longtemps il était éperdument amoureux d'elle, qu'il n'avait pas la force de maîtriser et de dominer sa passion, c( Aujourd'hui, ajoutait-il; vous avez perdu votre époux, « vous êtes libre de votre personne. C'est moi qui suis (( chargé de recevoir les revenus assignés au Bàla Hiçar » et de les dépenser : si vous voulez céder à mes vœux, je Ci vous donnerai à vous et à votre fils des marques de mon
y\) Djan Niçar signifie celui qui répand son âme, qui fait le sacrifice de sa viu.
u dévouement, si vous refusez, vous perdrez la pension qui « vous est assignée. » Quand ce billet parvint à la mère de Châpour, elle versa des larmes abondantes en pensant que la fenune bien-aimée de Timour Chah en était réduite à demander un morceau de pain, et que son amour était recherché par un grossier soldat. Elle repoussa les propositions de Djan Niçar qui lui enleva tout subside ; elle eut à supporter avec son fils toutes sortes de mauvais traitements. Tous les jours Djan Niçar lui adressait des billets remplis d'expressions de colère. A la fin, la mère de Châpoiur dévoila cette situation à son fils et au châhzadèh Abbas, Ceux-ci lui dirent de faire prévenir Djan Niçar que le châhzadèh Châpour était malade et qu'il vint le voir, « Ajoutez dirent-ils, que vous vous soumettez à lui. » La mère de Châpour écrivit donc un billet pour faire savoir qu'elle consentait à tout et qu'elle le priait de venir voir Châpour. Djan Niçar, enchanté et ravi de cette bonne nouvelle, arriva le soir même pour faire visite au prince et s'assit au chevet de son Ut, Au bout d'une demi-heure Châpour se dressa sur son séant, et tirant le poignard qu'il avait à la ceinture, il en frappa Djan Niçar au ventre et l'envoya en enfer. Le neveu de Djan Niçar, informé du meurtre de son oncle, se saisit des portes, empêcha qui que ce fut de sortir et fit prévenir, à Hérât, Zéman Chah de ce qui venait de se passer. Zéman Chah accourut immédiatement à Kaboul. Sur le conseil de son vézir, Châpour et sa mère furent empoisonnés: le châhzadèh Abbas fut épargné; nous en parlerons plus tard.
La mère de ces deux princes était Tintendante du harem, elle était fille de Cherbet Aly Khan Djindavoul, d'origine
persane. Timour Chah avait pour elle une vive affection, elle était belle, bien faite, et avait un visage de péri : elle n'avait pas d'égale pour la facilité de Félocution et les arts d'agrément, Timour Chah avait trois cents femmes; deux fois par semaine il y avait dans l'intérieur du harem réunion de toutes les femmes. Les jours fixés, l'intendante du harem donnait l'ordre à toutes les esclaves de mettre sur leur tète un diadème et de revêtir leurs plus beaux habits. Elles se rassemblaient dans une cour ouverte auprès de la salle où se trouvaille trône du roi. Au milieu de cette cour était un bassin à jet d'eau ; les femmes se plaçaient sur deux rangs, derrière chaque femme se tenaient deux esclaves, une blanche et une noire. Le roi entrait, s'asseyait sur son trône et l'audience commençait. La fille de Cherbet Aly, à cause de sa haute situation, se tenait près du roi : elle avait sur la tête une couronne enrichie de pierreries de la plus belle eau. Le roi descendait de son trône, et, passant dans les rangs, causait avec enjouement , s'arrêtait devant chaque femme , parlait et s'éloignait. La fille de Cherbet Aly marchait à côté de lui. Les eunuques suivaient le roi et prenaient note des femmes qu'il paraissait remarquer plus particulièrement. Après les avoir toutes vues, il leur permettait de se retirer. Parmi toutes ces femmes, on avait pris le nom d'environ dix* d'entre elles, et à l'entrée de la nuit on les faisait paraître devant le roi; elles entraient une à une dans son appartement secret. Il arrivait quelquefois qu'il retenait auprès de lui les dix femmes qu'on lui avait amenées. Toute l'année le chah se livrait ainsi à ses plaisirs.
Chaque semaine, on lui amenait une jeune fille vierge. Chacune de ses femmes avait outre ses revenus, une somme fixée pour ses dépenses journalières et une pension annuelle. Une année on distribua dans le harem deux mille châles de cachemire. Le chah donnait une pension et des moyens de subsistance aux femmes dont il ne voulait plus; il assignait à celles qui étaient mères une résidence particulière pour elles et pour leurs enfants. Timour Chah traitait avec considération les princes qui étaient renfermés dans le Bàla Hiçar et il leur envoyait de jeunes esclaves. Chaque année, on dépensait pour le Bâia Hiçar quatre laks de roupies, formant le revenu de Djelal Abàd.
Timour Chah avait aussi l'habitude de réunir la nuit après la prière du coucher du soleil, une fois par semaine, les ulémas : il dînait avec eux, et après le repas on se livrait à des discussions religieuses. Au moment de se coucher il récitait la prière et entrait ensuite dans son harem; une fois par semaine aussi il réunissait ses enfants et dînait avec eux.
Il eut trente-six fils. Voici leurs noms : Le Chàhzadèh Humaiaun, le Chàhzadèh Mahnioud, le Chàhzadèh Zéman, le Chàhzadèh Choudja, le Chàhzadèh Firouz oud Din, le Chàhzadèh Abbas, le Chàhzadèh Djihan Vala, le Chàhzadèh Eyoub, le Chàhzadèh Hassan, le Chàhzadèh Hamid, le Chàhzadèh Châpour, le Chàhzadèh Goher, le Chàhzadèh Qaïsser, le Chàhzadèh Ekber, le Chàhzadèh Alemguir, le Chàhzadèh Ahmed, le Chàhzadèh Yakoub , le Chàhzadèh Sélim, le Chàhzadèh Faghfour, le Chàhzadèh Djihan, le Chàhzadèh Chahroukh, le Chàhzadèh Mehemmed, le
Châhzadèh Osman, le Châhzadèh Omar, le Châhzadèh Kamar, le Châhzadèh Rustem, le Châhzadèh Deriadil, le Châhzadèh Kouhendil, le Châhzadèh Rahmet, le Châhzadèh Ferroukh, le Châhzadèh Aureng Zib, le Châhzadèh Sabir, le Châhzadèh Tipou, le Châhzadèh Darab, le Châhzadèh Zekeria.
Tous ces princes étaient vivants pendant le règne de leur père. Zéman Chah les fit ensuite enfermer dans la prison d'État du Bâla Hiçar.