LE PRINCE ALEMGUIR, FILS DE TIMOUR CHAH
Sceau de feu Zeynel Khan , gouverneur de Bàmiân : c( Par la faveur de Mohammed et la grâce de Dieu, Zeynel Khan est le serviteur du roi du siècle. » [Il y a ici une lacune dans le texte.)
Chah Choudja était aussi sorti de Pichâver à la tête de l'armée : mais lorsqu'ils arrivèrent l'un en face de l'autre, Chah Choudja envoya l'un de ses confidents, auprès de Chir Mehemmed Khan avec ce message.
c< Expliquez la cause de votre rébellion ; nous ressentons pour vous une grande commisération ; cessez d'être notre adversaire et nous vous pardonnerons vos fautes. » Malgré les conseils qui lui furent donnés, Chir Mehemmed Khan ne se croyant pas en sûreté, rejeta les offres de la conciliation. Alors la lice fut ouverte : les braves s'avancèrent pour combattre, et les deux armées se précipitèrent l'une contre l'autre comme des vagues dévorantes.
Vers. « Les têtes amoncelées formaient des collines dans cette plaine ; le ciel n'avait pas souvenir d'un pareil événement. »
Après une lutte acharnée, l'armée du roi fut mise en déroute ; lui-même se trouva isolé avec deux cents cavaliers. Chir Mehemmed Khan le chargea à la tête de cent hommes. Le roi ne voulant pas périr de la main de
Chir Mehemmed battit en retraite tandis que celui-ci continuait à combattre avec impétuosité ; à la fin, le roi s'aperçut du petit nombre d'hommes qui accompagnaient Chir Mehemmed : « bravesl s'écria-t-il, comment fuyezvous devant un ennemi si peu nombreux? Retournez sur vos pas I » Ses cavaliers firent volte-face et s'élancèrent sur Chir Mehemmed ; un des sergents d'armes du roi le joignit -et lui porta en pleine poitrine un coup qui le fil tomber de ch'^val ; il lui • coupa la tête sur-le-champ. Quelques-uns des officiers de marque de Chir Mehemmed furent tués, les autres demandèrent quartier.
Lorsque la mort de Chir Mehemmed fut connue de l'armée de Chah Choudja, les soldats dispersés se rallièrent, et l'armée ennemie tout entière demanda à se rendre, le roi lui accorda quartier, et le crime de la révolte fut rejeté sur Chir Mehemmed. Les deux armées se. réunirent en une seule et se dirigèrent sur Kaboul avec toute la pompe de la souveraineté. Qaïsser, se repentant de sa conduite, vint exposer sa situation à son père Zéman Chah que Chir Mehenuned avait fait enfermer dans le Bâla Hiçar : « C'est Chir Mehemmed, dit-il, qui m'a jeté dans- cette affaire; sans lui, je n'aurais pas eu l'intention ni de parvenir à la royauté, ni de me révolter contre mon oncle. Maintenant il est mort, et Chah Choudja est près de Kaboul, que dois-je faire ? » Zéman Chah lui conseilla d'aller à la rencontre du roi et d'implorer sa grâce et le pardon de ses fautes. Il ajouta qu'il adresserait lui-même une requête au roi. Le prince Qaïsser prit la lettre de son père, et, accompagné d'un petit nombre de personnes, il se porta à la rencontre du roi qui lui pardonna et ferma les yeux, en
rejetant le crime et la trahison sur Chir Mehemmed Khan ; puis ils entrèrent ensemble à Kaboul.
A cette époque, Mir Vaïz s'enfuit de cette ville, et se réfugia auprès des Seyids qui habitent au pied des montagnes des Hézâreh. C'est un pays dont l'accès est difficile et qui est fortifié par la nature ; il envoya de là une missive au roi, pour lui exposer qu'il n'avait pris aucune part aux événements qui venaient de se passer, que Chir Mehemmed, seul, les avait provoqués, et que sans lui il serait toujours resté l'humble serviteur du roi. Tous les émirs s'empressèrent de rassurer Mir Vaïz et ils lui firent obtenir son pardort. Son fils vint d'abord, et quelque temps après il arriva lui-même. On commença par le traiter avec beaucoup de considération ; puis, au bout de quelques joiu's, ce Seyid d'un caractère éminent, fut mis à mort avec ses deux fils et ses serviteurs et leurs biens furent livrés au pillage. Ce crime ne permit pas à Chah Choudja de jouir de la royauté,
Fethy Khan qui se trouvait à Qandahâr, s'échappa de prison et s'enfuit dans les montagnes où il fut rejoint par le priilce Kamran ; ils y attendirent une occasion favorable.
Chah Choudja avait quitté Kaboul à la tête d'une nombreuse armée pour attaquer Kachmir où se trouvait Ethâ Mehemmed fils de Chir Mehemmed Khan. Après être resté quelque temps dans Pichâver, il se rendit à Mouzhaffer Abâd, ville située à mi-chemin de Kachmir, et il y campa. Bientôt un ambassadeur porteur de présents vint le trouver de la part d'Ethâ Mehemmed ; la lettre dont il était chargé était conçue en ces termes : « Mon père s'est révolté; il a reçu la juste récompense de son indigne
action ; mais moi, humble et ancien serviteur du roi, je n'ai pas d'autre pensée, d'autre souci que ceux de lui obéir et de me dévouer pour lui. Cependant, la crainte m'a saisi, et je n'ose espérer qu'il m'admette à l'honneur de baiser ses pieds ; s'il plaît. au Dieu très-haut, chaque année je verserai au trésor royal les revenus du Kachmir, et je me regarderai comme un de ses esclaves. Il est vrai que mon père, trompé par d'infâmes intrigants s'est révolté, mais mes ancêtres ont tous été dévoués aux rois vos prédécesseurs. »
Chah Choudja admit les excuses d'Ethâ-Mehemmed et le confirma dans le gouvernement de Kachmir et d'Atek ; puis il se mit en marche pour revenir sur ses pas. Sur ces entrefaites, un exprès vint de Kaboul annoncer que Chah Mahmoud et les autres princes, ayant vu la garnison de Bàla Hiçar livrée au sommeil insouciant du lièvre, s'étaient concertés, avaient massacré leurs gardiens et étaient sortis de la citadelle et descendus dans la ville ; que Mahmoud, sans rester une minute dans Kaboul avait rejoint Fethy Khan, et que dos autres princes, les uns s'étaient enfuis, les autres avaient été repris ; qu'à la suite de cet événement, des troubles avaient éclaté à Kaboul. Chah Choudja partit en toute hâte, doubla les étapes, et trouvant la capitale dans l'état qu'on lui avait décrit, il en fut profondément attristé et affligé.
Parmi les princes qui s'étaient échappés du Bàla Hiçar, Dârâb, fils d'Ahmed Chah, avait atteintBadakhchan: il se rendit de là à Boukhara, puis auprès du roi de Perse, ensuite à la Mecque ; il revint plus tard à Kaboul, où il mourut.
Chah Mahmoud surmontant mille difficultés et mille
fatigues avait rejoint Fethy Khan et le prince Kamran. De tous côtés des pillards se réunirent à eux ; ils s'avancèrent jusqu'à Isfezâr près de Hérât, pour demander des secours au prince Firouz oud Din. €elui-ci leur répondit qu'il n'avait ni assez de troupes ni assez d'argent dans son trésor pour les soutenir; il leur envoya seulement quelques subsides, et ne s'occupa plus d'eux. Le prince Mahmoud se rendit à Hérât sous un déguisement, et logea dans le Raouzhé d'Abd ouUah Ençâri ; lorsque le prince Firouz oud Din connut sa présence, il alla le trouver et eut une entrevue avec lui ; il lui fit présent d'un vêtement d'honneur complet. Il ne permit cependant pas à Mahmoud de prolonger son séjour, il lui fit ses adieux en lui présentant ses excuses. Mahmoud, déçu dans ses espérances, s'en retourna à Isfezâr où il resta quelque temps. Sur ces entrefaites deux caravanes venant de Qandahâr arrivaient à Hérât et deux autres partaient d'Hérât pour Qandahâr ; Fethy Khan conseilla à Chah Mahmoud de piller ces quatre caravanes, pour se procurer de l'argent et pouvoir ainsi marcher sur Qandahâr et peut-être s'en emparer.
Mahmoud y consentit; Kamran, Fethy Khan et tous leurs adhérents se mirent en campagne et pillèrent ces quatre caravanes ; puis après avoir organisé un corps de quatre mille cavaliers Ledjârehs, ils marchèrent sur Qandahâr. Mir Alem Khan, alors gouverneur de cette ville, sortit à leur rencontre avec l'armée qu'il avait sous ses ordres ; une bataille eut lieu ; Mir Alem fut fait prisonnier ; Fethy Khan donna immédiatement l'ordre de le mettre à mort, malgré les bienfaits qu'il en avait reçus. Après cette victoire la ville fut attaquée et prise au bout de peu de
temps. Le prince Qaïsser fut fait prisonnier et Kamran, par suite d'une inimitié qu'il avait conçue contre lui, fit étrangler, pendant la nuit, ce prince semblable à Joseph par sa beauté. La fortune n'avait jamais mis au monde son pareil. Voici la cause de cette inimitié : la première fois que le prince Qaïsser vint à Qandahàr, Kamran qui prenait la fuite laissa dans la ville sa fiancée, fille d'un haut personnage, et qui, par la perfection de ses charmes, ressemblait aux houris et aux péris ; le mariage n'avait pas encore été consommé au moment de la fuite de Kamran ; Qaïsser épousa cette jeune fille à la beauté céleste. Tel fut le motif pour lequel Kamran* fit mettre à mort le prince Qaïsser qui avait gouverné Kaboul pendant six mois.
Après ces événements, Mahmoud rassembla dans Qandahàr environ vingt mille hommes de troupes et marcha sur Kaboul pour en faire le siège et livrer t)ataille àChâhChoudja. Celui-ci surpris et abattu par cette nouvelle et voyant sa fortune décliner, fit sortir de la ville toutes ses troupes pour s'opposer à la marche de l'ennemi. Son vézir Mehemmed Ekrem Khan Foulfoul Zey, qui était un Rustem pour la vigueur, fut chargé de conduire l'avant-garde. Les deux armées se rencontrèrent à Ghazna ; le vézir Mehemmed Ekrem sortit des rangs et s'avança sur le champ de bataille ; de l'autre côté, Abdoul Djebbâr Khan, frère de Fethy Khan, répondit à son défi et courut à sa rencontre. Après plusieurs passes, Mehemmed Ekrem chargea son ennemi et d'un seul coup de sabre le coupa en deux; Abdoul Djebbàr chancela et roula sur lui-même, comme un oiseau à moitié égorgé ; personne ne se présenta plus pour un combat singulier et la bataille devint générale.
Après une longue lutte, Mehemmed Ekrem, atteint par une balle, fut tué; Chah Choudja en fut péniblement affecté et commença à désespérer. Sur ces entrefaites, quelques officiers du corps persan de Kaboul lâchèrent pied avec leurs troupes et passèrent du côté de Mahmoud; la déroute se mit dans l'armée de Chah Choudja ; un grand nombre des émirs les plus braves ayant été tués, le roi ne put résister plus longtemps et prit la fuite dans la direction de Kaboul; n'osant se fier aux habitants de cette ville, il gagna Pichâver, emmenant avec lui les bagages de son vézir qui avait perdu la vie et le prince Hayder, fils de Zéman Chah ; ce dernier resta à Kaboul.
Chah Mahmoud rentra pour la seconde fois en possession du trône et du gouvernement, avec l'éclat de Djemchid et la pompe de Cosroès ; il s'assit sur le siège de la toute-puissance et il étendit sa clémence sur ses sujets; Fethy Khan devint son ministre avec un pouvoir absolu. Le prince Kamran eut le commandement de Qandahâr, et Fethy Khan établit chacun de ses frères comme gouverneiu* dans une ville.
L'année suivante. Chah Choudja fut chassé de Pichâver et réduit à errer dans les montagnes qui avoisiaent cette ville. 11 envoya un messager à Ethâ Mehemmed Khan, à Kachmir, pour lui demander soit une armée^ soit de l'argent pour soutenir ses droits contre Chah Mahmoud. Ethâ répondit: « Qu'on me donne en gage le diamant nommé Deryâ i Nour (mer de lumière) (1), et je prêterai trente laks de
(1) Les célèbres diamants connus sous le nom de Kouh i Nour (montagne de lumière) et Deryâ i Nour (océan de lumière), avaient été rapportés de Dehly en Perse par Nadir Châb.
roupies. Chah Choudja n'ayant pas d'autres ressources, envoya le Deryà i Nour ; le frère d'Ethà nommé Ghoulâm Aly Khan vint alors lui remettre quinze laks, en lui disant qu'il recevrait plus tard les quinze autres et qu'on lui amènerait des troupes, mais qu'il fit usage en attendant de l'argent qu'il versait entre ses mains. Chah Choudja y consentit : les intrigants se rassemblèrent de tous côtés autour de lui, comme des mouches qu'attire l'odeur d'une friandise, et se firent accorder des subsides.
Quand Chah Choudja se rendit à Pichàver dans l'intention d'attaquer Kaboul, Mahmoud dit à Zéman Chah qu'il avait toujours traité avec égards et bienveillance : « Depuis la mort de notre père, l'empire est dévasté et le trésor est vide ; cette guerre n'a d'autre résultat que la ruine des sujets, le meurtre des musulmans et le sang versé injustement. Kaboul, la capitale, est à présent en mon pouvoir, et je suis votre aine à tous, la royauté me revient de droit ; je demande donc que vos frères cessent de m'attaquer, tant que je vivrai ; en échange, je jure de ne plus traiter en ennemis ni vous ni vos enfants et de vous accorder sur mon trésor une pension et des revenus journaliers. Je ferai
Le Deryâ i Nour fait aujourd'^iui partie des joyaux de la couronne de Perse. Le Kouh i Nour tombé aux mains des Anglais lors de la prise de Lahore est maintenant dans le trésor de la Reine.
Les Persans prétendent que ces deux diamants ornaient le sabre d'Âfrassyab et qu'ils avaient été portés dans Tfnde par Timour.
M. Eastwick a visité le trésor du Chah de Perse et a rendu compte de ses impressions dans son ouvrage qui a pour titre « Journal ofa diplomate* s three years résidence in Persia, » Londres, 1864, tome II, pp. 115-121.
Mir Abdoul Kerim se trompe en alléguant que Chah. Choudja remit le Deryâ i Nour à Randjit Slngh. C'est le Kouh i Nour qui fut enlevé par ce prince au souverain afghan. Cunningham. History of the Sikhs, London, 1849, p. 163.
mettre en liberté tous les princes qui sont enfermés dans le Bâla Hiçar ; que ceux qui veulent rester à Kaboul, y demeurent, ils recevront une pension ; sinon qu'ils se rendent dans Tendroit qu'ils auront choisi. »
Tous les princes se soumirent à Mahmoud et résidèrent à Kaboul. c( Que mon frère Chah Choudja cesse d'écouter les paroles de cet Ethà Mehemmed maudit et qu'il renonce à lever une armée ; je le nommerai mon lieutenant à Kaboul ; qu'il s'abstienne de toute révolte tant que je vivrai; après ma mort il sera libre (1). » Zéman Chah approuva ces propositions et envoya à Chah Choudja une lettre écrite en son* nom et un engagement au nom de Mahmoud ; ces promesses tentèrent Chah Choudja, qui les fît connaître à Ethâ Mehemmed, en le menaçant, s'il ne le secourait ni en hommes ni en argent, de faire la paix avec son frère. Ethâ Mehemmed fut fort troublé par cet événement ; réfléchissant que, si les deux frères se réconciliaient, ils viendraient l'attaquer, il réunit à la hâte cinq mille cavaliers intrépides et il se transporta le plus vite possible à Pichâver. Chah Choudja se réjouit de le voir venir à son secours ; mais Ethâ Mehemmed entra dans le camp et s'empara de Chah Choudja au milieu de la nuit. Le matin, il partit pour retourner à Kachmir, emmenant le harem et les bagages de son prisonnier qu'il enferma dans le qafès. Immédiatement après son arrivée, il s'occupa d'approvisionner Kachmir, de mettre la ville en état de
(1) Chah Choudja avait trois fils : Iskender, jeune homme très-beau et trèssavant, qui accompagnait toujours son père, soil qu'il fût en campagne ou qu'il restât dans son palais; les deux autres, SouUV.'man et Ghâ pour suivirent leur père dans i'Hindoustan. (Note de l'Auteur.)
défense et de réunir une armée. 11 se mit en révolte ouverte contre Chah Mahmoud ; de plus, il expédia secrètement des lettres aux Anglais, pour les engager à envoyer des troupes, et il ajouta qu'il tiendrait prêt de son côté quarante mille hommes. L'empire de Lahore devait être attaqué de deux cotés à la fois et enlevé à Hàdjah Sing Tidolàtre : il se réservait, après la campagne, le Kachmir, abandonnant aux Anglais Lahore, Routhas, Nemir-Chir et le Djemou (1). Lorsque le messager porteur de ces lettres arriva à Lahore, les espions que Kàdjah Sing avait de tous côtés l'arrêtèrent; les missives dont il était porteur furent découvertes. Radjah Sing les envoya* à Kaboul à Chah Mahmoud en lui faisant savoir que, s'il dirigeait une armée contre Kachmir, lui, de son côté, marcherait de Lahore sur cette ville, s'emparerait d'Ethâ Mehemmed Khan et rendrait le Kachmir à Mahmoud.
A la suite de cette proposition, Fethy Khan reçut l'ordre
(1) Le Djemou comprend aujourd'hui la partie méridionale des domaines du Maharajati de Kachmir. Il est borné au nord par la province de Kachmir dont il est séparé par les monts Pendjal, au nord-est par le Baltistan et le Ladakh, également soumis au Mabarajah de Kachmir; du côté du Baltistan la frontière est marquée par les monts Nan-Kan. Â Test, il a pour limites le Tchamba. territoire britannique dépendant de Penjab. Au sud-est, la frontière est définie par le Ravi, affluent du Tchinab qui lui-môme se jette dans le Setledje.
Le Oo'emou confine au sud au Pendjab dont les plaines se continuent dans la partie méridionale du territoire sous le nom de Dameni Kouh. Â l'ouest, ce pays est séparé du Pendjab par le Djhelam, affluent du Tchinab.
D'après sa configuration physique, le territoire de Djemou peut se diviser en deux régions : la plaine et la région des montagnes ; la plaine arrosée par le Tchinab est la partie la plus peuplée; là se trouvent les principales villes, entre autres Djemou, la capitale. Administralivement, le Djemou est divisé en sept zila ou districts; à la tôte de chaque district est un sahib-i-zila. Les habitants de race aryenne parlent le tchibhali et le dogri à Touest, le pohari à Test ; quelques vallées, entre les hautes montagnes de l'est, s mt habitées par une population se rattachant à la race tibétaine. Les habitants de la partie occiden-
de se porter sur Kachniir à la télé d'une armée, taudis que Radjah Sing s'avancerait de l'autre côté. Ethà Mehemmed était dans Tignorance de tout ce qui se passait ; il vit tout à coup arriver par la route de Bembeh (1) et par celle d'Atek l'armée du Radjah de Lahore et celle de Fethy Khan ; il ne put s'échapper et fut fait prisonnier ; son trésor et toutes ses richesses tombèrent au pouvoir de Fethy Khan. La mère d'Ethà Mehemmed était la sœur de Fethy Khan ; cette considération détermina celui-ci à épargner la vie de son prisonnier; il lui rendit même une partie de ses biens et lui assigna une pension.
Fethy Khan confia le gouvernement de Kachmir à son frère Mehemmed Azhim ; et, après avoir fait sortir de prison Chah Choudja, il vint, ainsi que Radjah Sing, le saluer comme un souverain. H lui proposa de l'accompagner à Kaboul auprès de Mahmoud; Choudja lui répondit : c< J'irai demander l'hospitalité à Radjah Sing, qui est à la fois notre ami et le vôtre. » Celui-ci ayant aussi manifesté le désir d'emmener Choudja avec lui, ils partirent tous deux pour Lahore, après que Choudja eut reçu de Fethy Khan une somme comme frais de route et des présents considérables consistant en châles et en autres objets précieux. De son côté, le vézir de Mahmoud se dirigea vers Kaboul, emmenant avec lui les femmes, les
taie du Djemou sont musulmans, ceux du sud et de Ve^i professent le bramahnisme; les Tibétains sont bouddhistes.
M. Frédéric Drew vient do publier une description des plus complètes du Djemou. The Jumoo and Kashmir ierritories, A geographical ctcoounL London, 1875. In-8°, cartes et gravures.
{V Bembeti ou Bomber est une ville de la province de Lahore située à 105 milles au N. de Lahore sur la route qui conduit à Kachmir.
domestiques et les bagages d'Ethâ Mehenimed ; Mahmoud ratifia le pardon accordé par Fethy Khan.
Un an après ces événements, Radjah Sing conçut le projet de s'emparer de Kachmir; il demanda conseil à Chah Choudja qui lui répondit : « Ce n'est point une chose facile ; mais au surplus, vous êtes le maître de l'entreprendre. » Radjah Sing réunit une armée de quatrevingt mille hommes, fantassins et cavaliers, et marcha sur Kachmir. A cette nouvelle, Mehenuned Azhim, qui n'avait sous la main que dix mille cavaliers, vint cependant à sa rencontre dans un défilé de la montagne dont la route est sablonneuse, et il s'en remit à Dieu sur l'issue du combat. Lorsque tous ces infidèles furent entrés dans la vallée, les musulpians, paraissant des quatre côtés, les prirent par devant et par derrière ; ils se précipitèrent tous à la fois contre l'ennemi, la lance en arrêt. L'aide de Dieu leur donna la victoire; les infidèles furent mis en déroute; quarante mille d'entre eux furent tués ou faits prisonniers et le reste ne put gagner un lieu sûr qu'au prix de mille difficultés. Radjah Sing, honteux et confus, s'empressa d'écrire à Kaboul une lettre d'excuses, disant qu'il n'avait agi que d'après les conseils perfides de Chah Choudja ; comme il rougissait de sa conduite, il en rejetait toute la faute sur ce prince. Mais ce dernier apprenant ce que Radjah Sing disait de lui, en fut indigné et songea à s'enfuir. Le Radjah lui demanda le diamant Deryâ i Nour ; mais Choudja s'excusa et ne voulut point souscrire à cette proposition. Il lui remit cependant à la fin cette pierre précieuse en lui disant : « Je ne la vendrai pas pour de l'argent; mais vous la tiendrez en garde. »
Radjah Sing se mit à réfléchir et alla se mettre au lit. Pendant la nuit, Choudja s'enfuit du côté de la province de Djemou avec le prince Hayder, quelques gens d'escorte et ses trois fils.
Radjah Sing se repentit alors de ses paroles ; il envoya qiielqu'un prier Chah Choudja de revenir, l'assurant qu'il se mettrait à son service pendant toute sa vie ; mais celui-ci s'y refusa et lui réclama son harem ; à la fin, Radjah Sing lui renvoya avec les plus grands honneurs son harem et ses domestiques, ainsi que le Deryâ i Nour. Chah Choudja se rendit alors auprès des Anglais établis dans l'Hindoustan. Ceux-ci considérèrent sa venue comme un sujet de gloire et un honneur ; on lui donna pour demeure une habitation splendide et on lui attribua une pension digne d'un tel hôte. A présent en l'année 1232 (1817) il est encore dans l'Inde auprès des fonctionnaires anglais. Dieu est celui qui connaît le mieux le véritable état des choses.
Cependant Zéman Chah l'aveugle était resté dans Kaboul, où il était traité avec la plus grande bienveillance par Mahmoud, reconnaissant de la pitié qu'il lui avait témoignée lorsqu'il avait été fait prisonnier. Plein de gratitude de ce qu'il ne lui avait pas fait crever les yeux, Mahmoud lui témoignait la plus grande considération et déférait à tous ses désirs. Partout où il se rendait, il l'emmenait avec lui ; il lui avait assigné une pension qu'il touchait tous les mois ; les jours de Zéman Chah s'écoulaient heureusement dans Kaboul. Fethy Khan et les autres ministres de l'empire allaient lui faire visite, car en vérité c'était un sou- Terain plein de mérite, intelligent et instruit, ami de ses
sujets, et ne passant ni un jour ni une nuit sans entretenir les savants.
Dans Tannée 1230 (1814) il demanda la permission à Chah Mahmoud de se rendre à Balkh, pour y faire im pèlerinage au tombeau du roi des honunes (Aly) ; elle lui fut accordée. Zéman Chah partit de Kaboul et prit la route de BoutBàmian. 11 se dirigea surKhoulm (1) près de Balkh, accompagné par l'un de ses fils le prince Nàcir, par l'une de ses femmes et trois de ses filles. 11 avait avec lui un éléphant et il était suivi par plus de soixante domestiques. Le gouverneur de Balkh, Qilidj Aly Khan, vint à sa rencontre et lui donna une hospitalité magnifique. Ensuite il alla visiter le tombeau du roi des hommes, qu'on
(1) Khouim ou Tach Kourghân est une ville du Turkestan afghan, à 82 fersakhs N.-N.-O. de Kaboul, à 83 fersakhs de Boukhara et à 13 fersakhs de Balkh. Elle est située dans une plaine au N. de la gorge d'où s'échappe la rivière de Khouim et elle se Compose de quatre ou cinq quartiers réunis l'un à Tautre par des jardins.
Elle renferme des bazars, des bains et des caravansérails^ et sa population s'élève environ à 15,000 âmes.
Au commencement de ce siècle, Qilidj Aly beg était gouverneur ou ataliq de Khouim. Par son mariage avec la fille de Khal iMourad beg de Koundouz, il établit son influence sur cette ville et il réussit à faire nommer, par Chah Choudja, son fils gouverneur de Balkh. A sa mort, en 1817, ses deux fils, Mir Baba et Mir Valy S3 disputèrent le pouvoir. Après une longue guerre, Mir Baba dut se contenter de la possession d'Aïbak et Mir Valy reâta maître de Khouim.
Ferrier. Voyages en Perse, dans l'Afghanistan et le Turkestan. Paris, tome I, page 396.
Moorcroft, Travels, etc. London, 1841, t. II, p. 447 et suiv.
Bûmes. Voyages de l'embouchure de Vlndus à Lahore, Caboul, Balkh, eic Paris, 1835, t. II, p. 195 et suiv.
Mohan Lai, Travels in the Panjab, Afghanistan and Turkistan, London, 1846. Pag. 97 et suivantes.
Le6 ruines do Taocienne ville occupent une étendue plus vaste que celle de la Khouim moderne. Elles sont situées à une fersakh au nord de la nouvelle ville et sont occupées par des familles arabes.
appelle rimâm. C'est un tombeau au-dessus duquel esl une construction solide en marbre blanc ; sur la pierre on lit cette inscription (en arabe) : « Ceci est le tombeau du lion de Dieu, le victorieux Aly, fils d'Abou Thâlib. »
11 fut découvert sous le règne du sultan Housséïn Mirzâ Bâïqara ; ce n'était alors qu'un monceau de terre. Lorsque Bedi ouz Zémân Mirzâ était gouverneur de Balkh, il lut un jour dans les chroniques, que dans tel endroit se trouvait le tombeau d'Aly (que Dieu soit satisfait de lui 1).
11 fît déblayer la butte de terre et l'on mit au jour le tombeau : il informa de cette circonstance son père qui se trouvait à Hérât. Sultan Housseïn Mirzâ se rendit luimême à Balkh et se convainquit par ses yeux de la réalité du fait. Il fit surmonter le tombeau d'une coupole ; il y annexa un collège, un couvent, un lieu de refuge pour les voyageurs: il assigna pour l'entretien de ces monuments des revenus considérables ; il établit un inspecteur, un imâm, un gardien et il donna ordre que toutes les nuits, on fit des distributions de soupe et d'aliments. Ces constructions pieuses et ces revenus qui témoignent de la noblesse du caractère de ce grand prince existent encore aujourd'hui (1). Si un millier de voyageurs vient à se présenter, l'inspecteur des legs pieux leur fait distribuer
(1) Le prétendu tombeau d'Aly se trouve à Mezar, à une distance de 2 fér« iakhs de Balkh.
Voyages en Perse, dans l'Afghanistan, le Beloutchistan et le Turkestan^ par J.-P. Ferrier. Paris, tome l^^j page 395.
Wood, A joumey to the source of the river Oxus. Londres, 1872, p. 135.
W. Moorcrofl, Travels, etc. Londres, 1841, tome II, page 490.
Mirkhond a consacré un chapitre à la découverte .du tombeau d*Aly dans les environs de Balkh.
de la soupe et des aliments et il remet à chacun d'eux quelque argent. Tous les ans dès pèlerins se rendent à Balkh des différentes parties de l'Inde, du Khorassan et du Turkestan. Des aveugles, des paralytiques et des gens affligés de différentes maladies viennent visiter le tombeau et quelques-uns d'entre eux y obtiennent leur guérison.
Chah Zéman, comme nous l'avons dit, se rendit à ce lieu de pèlerinage et y resta vingt jours, il prit ensuite le chemin de Boukhara. Emir Hayder Chah, instruit de son arrivée, fit partir pour aller à sa rencontre ' plusieurs personnages de distinction. Zémàn Chah s'arrêta plusieurs jours en leur
Selon cet auteur, uq saint personnage nommé Aziz Cbems oudDin Mohammed» descendant de Sulian Bayézid Besthamy, aurait quitté Gazna et se serait rendu à Balkh dans le courant de l'année 835 (1480\ pour mettre sous les yeux de Mirza Baïqara un ouvrage historique, composé sous le règne du prince Seldjoukide Sultan Sendjar et dans lequel on alléguait que le tombeau d'Aiy se trouvait à trois fersakhs de Balkh, dans le village de Kbadjèh Kheiran.
Des fouilles faites en présence du prince, des cadis, deschérifi et des notables de Balkh, amenèrent la découverte d*uce table on pierre blanche sur laquelle se trouvait une inscription arabe portant ces mots :
CECI BSf LE TOMBEAU DU LION DE DIEU VICTORIEUX, ALT FILS d'aBOU THALIB COUSIN DU PROPHETE DE DIEU LE BIEN AIMÉ DE DIEU.
Le Suiian Houssein Baïqara, instruit de cette découverte» se rendit lui-môme de Hérat à Balkh. Il fit construire pH« du tombeau un bazar, des boutiques, un bain dont les revenus Turent affectés à Tenlretien du monument, ainsi que ceux d'une des rivières de Balkh appelée depuis cette époque Neheri Ghahy.
Le premier cheikh attaché à la mosquée fut le cheikh zadèh Besthamy, et le premier nakib, le Seyid Tadj oud Din Endkhouy.
Chaque année le Sultan Ilousseïn envoyait au tombeau d*Aly une somme de près de cent toumans ke^ipeguis.
Raouzet ous Sefa, édit. de Bombay, 1266 (1849), t. Vil, p. 27 et 28
Khondemir, Habib ous Sier, édit. de Téhéran, 1271 (1853),
compagnie à Qarchy et à Nakhcheb (1 ) où il fut traité avec tous les égards que Toii doit à un hôte, et de là il se rendit à Boukhara où on lui assigna une résidence magnifique ; la nuitrémir se rendit auprès de Zéman Chah pour lui faire sa visite ; il lui prodigua ses consolations et il lui assigna une pension de deux cents tillâs par mois'.
Zéman Chah avait une fille âgée de quatorze ans : Émir Hayder désira l'épouser et en fit la demande : le chah invoqua toutes sortes d'excuses ; mais Emir Hayder finit par lui dire : « Votre fille doit être mariée : où pourrez- « vous trouver un gendre plus digne de vous que moi ; la « loi religieuse ne permet pas qu'on promène de ville en « ville une fille qui a atteint l'âge de la vôtre. » Zéman jChâh reconnut que, bon gré malgré, Emir Hayder s'emparerait de sa fille. Ce dernier appuya du reste sa demande de promesses : « Je m'emparerai de Balkh, lui dit-il, et « je vous remettrai cette ville, » Le désir de posséder Balkh le fit consentir à cette amertume et il cessa d'opposer de la résistance à ce qui était prédestiné. Le mariage fut conclu : Emir Hayder fit préparer pour la fille du chah des vêtements et des objets mobiliers d'une valeur de vingt mille lillâs de Boukhara, équivalant à la somme de trente mille ducats de Hongrie. 11 ne voulut point accepter le trousseau et le mobilier qui devaient lui être donnés en dot. 11 fit faire lui-même les vêtements ornés de pierreries, et les objets mobiliers qu'il offrit étaient enrichis de pierres précieuses et excitaient l'admiration générale.
<1) Les noms de Qarchy et Nakhcheb, l'un arabe, l'aulre turc, désignent la môme ville.
Zéman Chah resta pendant quelque temps à Boukhara, et finit par s'apercevoir qu'il n'avait ni aide ni secours à attendre : il demanda la permission de partir et d'aller se fixer dans le châte.au d'Aqtchèh (1), situé à proximité de Balkh. « Je m'y rendrai, dit-il, et si l'émir Hayder veut « me secourir, il m'y trouvera prêt. Il est possible, en outre, « qu'étant aussi près de Balkh, les habitants de cette ville « veuillent se soumettre à moi . » C'est en usant de cet expédient et de cette ruse qu'il parvint à sortir de Boukhara. Il séjourna une semaine dans le château d'Aqtchèh, puis accompagné de toute sa suite il se rendit à Hérât par^la route de Meïmenèh et de Fariab.
Le châhzadèh Firouz oud Din se porta à sa rencontre et ils firent tous deux leur entrée dans la ville. Au bout d'une année Chah Zéman demanda la permission de se rendre en pèlerinage à la maison de Dieu. Le prince Firouz le fit conduire à Mechhed avec tous les honneurs qui lui étaient dus et Housséïn Aly Mirza, fils de Feth Aly Chah le fit partir pour Téhéran. Feth Aly Chah l'accueillit avec les plus grands égards et lui témoigna la plus haute considération. Tous les fils du roi lui firent visite. Feth Aly Chah lui-même le reçut la nuit en audience particulière, le traita avec la plus grande bienveillance et chercha à le consoler. Zéman Chah offrit au roi de Perse l'éléphant et des objets précieux qu'il avait conservés. Il séjourna à
(1) Aqtchèh est située à onze fersakhs de Balkh et à cinq fersakhs de Chibreghan. La ville est entourée d'une muraille et d'un fossé et elle est défendue, en outre, par une citadelle où réside le gouverneur. Sa population est Uzbek et s'élève à 7 ou 8,000 âmes.
Les environs de la ville sont fertiles et bien cultivés.
Téhéran pendant quatre mois, puis il sollicita la permission de se rendre à Bagdad pour de là aller à la Mecque. Feth Aly Chah lui fit cadeau de quatre mille ducats de Hongrie et il offrit à son harem, à ses filles, à ses fils et à Zéman Chah lui-même des vêtements coniplets de toutes sortes. Toutes les personnes attachées à son service reçurent aussi des habits d'honneurs. On attacha à sa personne un officier chargé de le traiter dans toutes villes où il passerait. Il prit la route de Bagdad et aujourd'hui (1233-1817) il est dans cette ville. Le gouverneur de Bagdad est Daoud Pacha (1).
(1) L'auteur du Doiihet ul Vuzera, liisloire des gouverneurs généraux de Bagdad sous la domination ottomane, imprimée à Bagdad en 1246 [1830), ne fait pas mention de l'arrivée de Zém<in Chah dans cette ville.
Daoud Pacha avait reçu en 1:^32 (1816) l'investiture du gouvernement des provinces de Bagdad, Basrah et Chehirzour.
LE PRINCE ABBAS, FILS DE TIMOUR CHAH, FILS D'AHMED CHAH, FILS DE ZÉMAN KHAN.
Il fut pendant deux ans gouverneur de Pichâver du vivant de son père ; il avait épousé la fille du khan de Khaïber. Cette circonstance lui avait fait donner ce gouvernement. C'était un homme d'une grande bravoure et d'une force si prodigieuse qu'il déracinait un arbre planté depuis trois ans; il excellait dans le maniement du sabre. L'impétuosité de son caractère et les suggestions de son beaupère le portèrent à se révolter contre son père. Timour Chah rassembla des troupes et marcha sur Pichâver ; son fils se repentant de sa conduite, envoya un intermédiaire pour intercéder en sa faveur, lui dire qu'il n'était point criminel, et que le père de sa femme était le seul coupable. C'était la vérité. Timour Chah lui accorda son pardon et fit son entrée dans Pichâver. Mais le beau-père du châhzadèh Abbas et quelques-uns des chefs afghans firent assaillir le palais en plein jour par une troupe de Khaïberis ; peu s'en fallut qu'ils ne s'emparassent de la personne de Timour- Châh. Une esclave informée de ce qui s'y passait, avertit le roi qui s'enfuit du harem et alla se réfugier dans le pavillon du château du Bengalah (1 ) . Les troupes chargées de la garde
(1) Bengalah ou Bangla désigne ordinairement dans le nord de l'Inde et dans les pays limitrophes une maison de plaisance. Ce mot est orthographié Bungalow dans les relations anglaises. Voy. H. H. Wilson, .4 glossary ofjudicial and revenue terms and useful words occurring in officiai documents, etc. London^ 1845, art. Bangla, page 59.
du palais crurent un moment que le chah avait disparu, mais on entendit tout à coup du haut du Bengalah un cri s'élever : « Le chah vient d'arriver, faites main basse sur les rebelles ! » On ordonna un massacre général : les soldats mirent le sabre à la main et tuèrent tous les gens qu'ils rencontrèrent portant un turban blanc. Émir Khan, gouverneur de Kachmir, qui s'était précédemment révolté et que Ton avait fait prisonnier, était renfermé dans le château de Bengalah; en entendant la voix du roi, il sortit de sa prison, s'empara du sabre d'un soldat et tua de sa main deux cents rebelles. Timour Chah enchanté de sa valeur lui rendit le gouvernement de Kachmir. Beaucoup d'innocents périrent dans ce massacre, parce que tous les habitants de Pichâver portaient également le turban blanc. Le châhzadèh Abbas fut conduit à Kaboul, et Zéman Chah le fit enfermer dans le Bâla Hiçar. Sur les suggestions du vézir, il fut étranglé à cause du meurtre de Djan Niçar (sous le règne de Zéman Chah).
liADJI FIROUZ OUD DIN, FILS DE TIMOUR CHAH, FILS D'AHMED.
Lorsque Zéman Chah marcha contre Hérâl, son frère le châhzadèh Mahmoud se porta avec ses troupes à sa rencontre à une fersakh de distance, à Raouzèh Bagh^ où se trouvent le tombeau de Zéman Khan, père d'Ahmed Chah, et celui de Essed OuUah Khan. 11 avait envoyé à la rencontre de Zéman Chah sa mère et son lieutenant Zéman Khan avec des cadeaux et des présents. Dans l'espérance de faire la paix, on attendait l'arrivée de Zéman Chah. Firouz oud Din était resté dans la ville pour veiller à sa garde : Qilidj Khan Ouïmak nourrissait dans son cœur des projets de révolte et de trahison. Il avait promis à Zéman Khan, au moment où ce dernier se rendit auprès de Zéman Chah, de s'emparer de la ville par un moyen quelconque, c< et vous, lui avait-ihdit^ faites-vous accompagner par Zéman Chah et venez avec lui. »
Qilidj Khan sous prétexte de faire des provisions d'orge était resté dans la ville avec deux mille honunes dévoués. A midi, au plus fort de la chaleur du jour, le châhzadèh Firouz dormait dans l'appartement des femmes. Qilidj Khan avec sa troupe se dirigea vers le château, fît prisonniers les soldats qui gardaient la porte et s'en rendit maître. Les fusihers montèrent sur les tours et tirèrent des
coups de feu eh signe de réjouissance. Le châhzadèh Firouz vit à son réveil ce qui venait de se passer et il en fit parvenir la nouvelle au camp. Mahmoud rentra dans la ville. Qilidj Khan fit venir par ruse dans la citadelle Housseïn Aly Khan et Mirza Hachim Khan et s'empara de leur personne. Les châhzadèhs Mahmoud et Firouz oud Din et les personnages de marque attachés à leur personne se réfugièrent en Perse et se mirent sous la protection de Fetb Aly Chah.
Firouz oud Din resta pendant quelque temps à Yezd, puis il prit la résolution d'aller à la Mecque et il se rendit à Bagdad dont le gouverneur le reçut avec les plus grands égards. De Bagdad il alla à la Mecque. A son retour il passa par Bagdad et par Ispahan pour revenir à Yezd et s'y étabUr. Le châhzadèh Mahmoud était, de son côté, revenu de Boukhara et il avait traversé le Kharezm pour se rendre dans les États de Feth Aly Chah. Les deux frères se revirent en Perse après avoir été pendant quelque temps séparés Tun de l'autre.
Enfin Fethy Khan fit prisonnier Chah Mahmoud et le conduisit à Qandahâr ; il s'empara aussi de Kaboul et Zéman Chah devint son prisonnier : il mit la main sur le 'oyaume des Afghans. A cette nouvelle^ Firouz oud Din partit dans l'espérance de reprendre Hérât. Le prince Qaïsser qui se trouvait dans cette ville se réfugia à Mechhed accompagné par Qilidj Khan.
La tribu des Ouïmaks Timourys s'établit dans les districts de Khaf et de Bakherz jusqu'à Djam. Qilidj Khan et Qaïsser se rendirent à Téhéran et firent leur soumission au roi de Perse. Hadji Firouz entra dans Hérât sans contes-
talion el il gouverna celte ville sous le règne de Chah Mahmoud et sous celui de Chah Choudja.
Le châhzadèh Kamran désirait ardemment la possession de Hérât ; Firouz dominé par la crainte se mit sous la protection du roi de Perse et implora son appui : il envoyait constamment des présents et des ambassadeurs à la cour de Perse. Lorsqu'il entra à Hérât et que son pouvoir n'était pas encore bien établi , il y fut attaqué par Qilidj Khan et Mehemmed Mirza fils de Felh Aly Chah à la tête d'une armée persane (1). Le châhzadèh Firouz, de son côlé, rassembla des troupes afghanes et ouïmaks et il proposa au cheikh ul Islam, que Ton appelait Soufy ul Islam, de se joindre à lui. Ce personnage comptait cent cinquante mille disciples ; il était Uzbek d'origine et né à Boukhara. Il avait quitté cette ville sous le règne de Chah Mourad Beg et s'était fixé à Hérât, où Timour Chah l'avait établi dans le palais de Karkh. Il prétendait avoir des révélations divines et manifester sa sainteté par des miracles. Un autre personnage nommé Hadji Molla iMoussa était le chef des ulémas de Hérât : il avait fait sept fois le pèlerinage et U était le disciple de Seyid Okeil qui résidait à la Mecque. Il était l'ennemi du Soufy ul Islam avec lequel il rivalisait d'influence. Hadji Firouz proposa à ces deux saints personnages de combattre contre les hérétiques persans ; ils ne purent refuser et ces deux cheikhs avec leurs disciples durent prendre part à la guerre et se réunir aux troupes de Firouz. La bataille se livra au village de Chadèh
(1) Vély Mehemmed Mirza, flls de Feth Aly Chah el gouverneur du Khorassan résidait à Mechhed. L*armée qui marcha contre Hérât était commandée par Mehemmed Khan Qadjar et non par le prince Vély Mehemmed Mirza.
situé à douze fersakhs de Hérât. D'un côté se trouvaient Firouz Chah et ses troupes, les Afghans et les deux cheikhs avec les soldats Firouz Kouhis qui sont une tribu ouïmak. L'armée persane était placée sous le commandement de Qilidj Khan, de Mehemmed Khan Hezarèh avec Ishak Khan Turbety . Il y avait en outre des soldats Kizilbachs et Qadjars.
Les Afghans fondirent sur les soldats de la tribu de Qadjar et leur firent lâcher pied. Un grand nombre d'entre eux furent tués. Qilidj Khan, Mehemmed Khan et la tribu de Ishak Khan Ghoury de leur côté attaquèrent les troupes de Firouz Kouh commandées par les deux cheikhs.
Les Firouz Kouhis furent mis en déroute et perdirent beaucoup de monde, tant tués que blessés. Les deux cheikhs restèrent sur le champ de bataille et leurs disciples battus et mis en déroute se dispersèrent comme les étoiles de la constellation de TOurse. Les Persans se rallièrent, et ayant reçu des renforts, ils mirent en fuite les Afghans. Plusieurs émirs afghans furent tués. Nous citerons Bedel Khan, Ahmed Khan, fils de Islam Khan, Abdoul Djebbar Khan, Redjeb Mehemmed Khan, Chady Khan et autres. Hadji Firouz s'échappa avec mille difficultés et se réfugia à Hérât dont il fit fermer les portes. Les Persans tannèrent la peau de la tête de Soufy ul Islam et l'envoyèrent à Téhéran. Son corps fut brûlé. Hérât fut investi (1). Au bout de deux mois, la ville n'ayant pu être prise, la
(IJ La narration de fauteur est entièrement conforme au récit de Riza Qouly Khan, dans le Fihris oui Tewarikh, et à celui de Mirza Taqy Sipehr dans son histoire de la dynastie des Qadjars qui fait partie de son grand ouvrage intitulé : Nassikh out Tewarikh.
L'armée d'Ilérat se concentra à Ralehi Chekiban et les troupes persanes
paix fut conclue. La ligne de démarcation des frontières fut établie à Ghourian, à dix fersakhs de Hérât. Tous les biens et toutes les propriétés que Qilidj Khan possédait dans la province lui furent rendus ; les troupes persanes se retirèrent après la conclusion de cet arrangement. Iladji Firouz, craignant toujom-s les visées de son neveu, entretint des relations constantes avec la Perse et il invoqua Taide et l'appui de cette puissance.
Quand Chah Mahmoud monta, pour la seconde fois, sur le trône de Kaboul, il envoya un ambassadeur pour mander Hadji Firouz à la cour. Celui-ci refusa et ne se rendit pas à l'invitation qui lui était adressée. Fethy Khan el Kamran nourrissaient à l'égard de Firouz les sentiments d'une vive inimitié et ils attendaient une occasion- favorable pour le renverser. Hadji Firouz, s'étant brouillé avec son frère, s'appuya sur le chah de Perse. En dernier lieu, Vély Mehemmed Mirza, qui était gouverneur de Mechhed, demanda* en mariage la fille de Hadji Firouz. Celui-ci, après une longue hésitation, consentit à la donner au fils du roi de Perse, pensant que cette alliance le rendrait plus
qui s'étaient établies à Chah Oèh, offrirent la bataille le 28 du mois de rebi second 1222 (1807J. Soufy ul Islam assistait au combat dans une litière dorée placée sur un éléphant, et il était entouré par 366 de ses disciples les plus dévoués.
Cent cinquante Khans Afghans, OuVmaks, Djemchidis, Taïmenis, et six mille soldats restèrent sur le champ de bataille.
Les Persans firent trois mille prisonniers : le camp de Firouz oud Din avec son trésor et son artillerie tomba entre leurs mains.
Firouz oud Din réfugié à Hérat avec son vézir Aga Khan s'empressa d'ea- ,voyer à Mehemmed Khan Qadjar qui commandait Tarmée persane deux années du revenu de Hérat et de livrer Youssouf Aly Khan Gouray, Tinstigateur de la résistance.
fort. Mais les émirs et les grands fonctionnaires afghans n'a<îcordèrent point leur consentement à cette union : ns alléguaient que toujours les Afghans avaient épousé des filles persanes et que jamais ils n'avaient marié leurs filles à des Persans. « Comment un musulman sunnite pourrait-il « consentir à un mariage avec une hérétique chiite, K disaient-ils. Cette conduite serait blâmée et réprouvée c< partout. » Toutes les raisons alléguées par les conseillers de Hadji Firouz ne le firent pas changer d'avis et il se décida au mariage de sa fille. Celle-ci, apprenant que son père voulait la livrer à un Persan , s'empoisonna pendant la nuit. Hadji Firouz en fut désolé, mais les Afghans témoignèrent une grande satisfaction. Ce fait fut porté à la connaissance de Chah Mahmoud qui voulut se débarrasser de Hadji Firouz.
En 1232 (1816) Fethy Khan et le chàhzadèh Kamran, marchèrent contre Hérât à la tête des troupes de Qandahâr et' d'autres milices. La ville fut assiégée' pendant trois mois: au bout de ce temps, les habitants réduits à toute extrémité capitulèrent. Hadji Firouz oud Din fut fait prisonnier et envoyé à Kaboul. Chah Mahmoud et Hadji Firouz oud Din étant, l'un et Tautre, fils de Timour Chah et de la même mère, il ne lui fut fait aucun mal. La mère de ces deux princes est encore vivante. Fethy Khan donna Hérât au chàhzadèh Kamran et il mit à côté de lui, en qualité de lieutenant, son frère Kouhendil Khan. La paix fut conclue avec la Perse à la condition que les Persans rendraient tout ce qu'ils avaient conquis sur l'empire afghan.
Telle est la situation aujourd'hui 1233 (1817). Que se passera-t-il phis tard?
, En celle année i 233 (1 817), un ambassadeur persan esl arrivé à Conslantinople à la cour ollomane : il se nomme Mouhibb Aly Khan, fils de Kelb Aly Khan Khouldj. Les cadeaux qu'il aprésenlés consislaienl en un éléphant, cinq chevaux de race, des châles^ des éloffes de brocart dor et deux sabres Keianys. On lui lémoigna beaucoup d'honneur et déconsidération.
Aujourd'hui règne le sultan le plus grand, l'empereur le plus généreux, celui qui esl l'honneur des Arabes el des peuples élrangers, le pôle de l'islamisme, le sullan vainqueur des infidèles, le sullan Mahmoud Khan, fils du sullan Abdul Hamid Khan, fils du sullan Ahmed Khan. Que Dieu veuille rendre éternels son royaume et sa prospérité ! Nous espérons que, pendant de longues années, il sera assis d'une manière inébranlable sur le trône de l'empire.
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