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DENOMBREMENT DES VILLES DU KHORASSAN

Une partie du Khorassan se trouve placée sous la domination du souverain des Afghans. Nous allons citer les villes qui sont sous sa dépendance à partir de Tlnde :

Kaboul, Ghaznin, Kelâti Ghildjaï, Qandahâr, Kochnichin, Zemin Daver, Bout Bâmian, Balkh, Qoundouz, Khoutlan, Badakhchan. Ce dernier pays est soumis à un gouverneur particulier qui porte le titre de Châhi Badakhchan (roi de Badakhchan) ; il renferme environ trente mille familles et il y a, dans les limites de son territoire, des villes, des bourgs et des tribus nomades. Les paysans de Badakhchan sont dans la plus profonde misère. Quand on apporte deBoukhara, de Kaboul ou de Balkh des présents consistant en vêtements ou en armes, au chah de Badakhchan, celui-ci fait en échange un cadeau de paysans Choughnany, qui portent aussi le nom de Kafir Siahpouch (infidèles vêtus de noir).

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Les marchands les conduisent à Boukhara, la chaîne au cou et les mains liées. Ils sont vendus dans cette ville. Quelques-uns parviennent à s'enfuir et retournent à Badakhchan ; les autres recouvrent leur liberté, après avoir embrassé l'islamisme par les soins des étudiants de Badakhchan. Il y a dans les districts qui dépendent de Badakhchan une population que l'on appelle Choughnany appartenant au rite chiite. Le territoire de Choughnan est situé au nord de Badakhchan sur la frontière de la province de Khoqand (1); à Test de Badakhchan se trouve la province de Tchitrar (2), dont les habitants sont infidèles et celle de Dervaz dont les habitants sont musulmans (3) ; cette dernière contrée est couverte de

(1) Voir la note (3) de la page 210.

(2) Le Tchitrar ou Tchitral est un État indépendant qui comprend la partie supérieure de la vallée de Rouner. Le Tchitral est divi&é en Kachkarri Bala et Kachkarri Païn. La population se compose de musulmans sunnites et chiites et de Kafirf .

Les habitants parlent un dialecte du Dardou, mais ils emploient aussi le persan, le turc et l'afghan. Les sunnites habitent la partie méridionale, les chiites la partie nord et nord-ouest du pays. Les Kafirs sont fixés sur la frontière qui longe le Rafiristan.

La partie haute du Tchitrar est gouvernée par une dynastie nommée Khoch Vaqty, la partie basse par les Keçour. Ils descendent les uns et les autres de Chah Reçour, aïeul d'Aman oui Moulk. Les princes du Tchitral vendent leurs sujets chiites et kafirs, et cet horrible commerce constitue la branche la plus importante de leurs revenus. Les esclaves du Tchitrar sont recherchés dans toute TAsie centrale pour leur beauté et leur fidélité.

(3) Le district de Dervaz, situé sur TOxus, au nord de Badakhchan, est gouverné par un chef tadjik indépendant. Le sol est extrêmement montagneux et les sentiers qui y sont tracés ne peuvent être franchis que par des piétons. Le Dervaz produit du coton qui est mis en œuvre par les habitants et échangé par eux contre des céréales et de la poudre. On recueille un peu d'or que l'on obtient en lavant le sable de l'Oxus. Les habitants de Dervaz sont musulmans sunnites et leur langue est le persan.

montagnes ; au delà se trouve le pays des Kafir Sîahpouch, qui vivent dans de hautes montagnes et sont indépendants.

A l'est se trouvent le Tibet et le Kachmir. Le Tibet est divisé en sept provinces dont trois reconnaissent l'autorité du Kachmir, les quatre autres sont indépendantes et sont placées sous l'autorité d'un prince qui prend le titre de radjah. Tous les habitants du Tibet suivent, comme les Qalmaq, la religion de Bouddha (1) ; on trouve cependant parmi eux des adorateurs du feu. Il y a, au Tibet, peu de blé et d'autres céréales. Les habitants sont pauvres et misérables; on y trouve de la farine d'orge et d'avoine. Les Tibétains vendent leurs filles vierges pour une somme de dix piastres ; on les emmène et on les convertit à l'islamisme sans qu'ils y apportent aucun obstacle. Pour se rendre du grand Tibet à Kachmir, il faut quinze journées de marche. Lorsque les négociants achètent des châles, ils font des ballots d'environ trente-cinq châles, et des porteurs, qu'on loue à cet effet, les transportent smr leurs épaules à travers le Tibet pendant quinze journées de marche.

La route est si escarpée, si montueuse, que les chevaux et les mulets ne peuvent la franchir. Tous les fardeaux sont portés à dos d'homme. Si un négociant veut voyager, il loue

Moorcroft rapporte que le chef du Dervaz prétend descendre d'Alexandre-le- Grand et qu'il possède un arbre généalogique qui justifie cette assertion.

« Dervaz» dit Seïfy dans son Histoire de VAsie centrale, est un petit pays. On n*en trouve pas d'aussi abrupte dans le monde entier. Il se compose de montagnes auxquelles un défilé fort étroit donne seul accès ; à l'entrée de ce défilé on a placé une porte en fer semblable à la porte d'une citadelle. On la ferme à l'entrée de la nuit et on 4'ouvre le matin. >

(1) Le texte persan porte la religion de Many. Many est la corruption du mot Gbekamouny» qui désigne Bouddha dans les auteurs persans.

deux porteurs ; ces porteurs se mettent sur Tépaule un petit coussin; le marchand se place à califourchon, un pied pendant d'un côté, l'autre pied pendant du côté du dos, et il voyage ainsi sans fatigue. Les deux porteurs se relayent et transportent le négociant ; la route qui conduit à Djemou passe à travers de hautes montagnes ; elle est très-difficile ; de Djemou on se rend dans l'Inde. Quant à la route qui traverse le grand Tibet, elle peut être parcourue à cheval, et les marchands la franchissent ainsi; les caravanes se rendent du Tibet à la ville de Yarkend, qui est sous la dépendance de la Chine : elles parcourent cette distance en quarante étapes à travers une contrée où l'on ne rencontre ni ville, ni habitation. Le bois et les fourrages y font défaut, mais on y trouve de l'eau ; c'est un pays couvert de montagnes noires et arides ; il n'y a sur la route ni voleurs ni brigands. Les gens qui vont du Tibet à Yarkend et ceux qui viennent de Yarkend au Tibet emportent avec eux pour quarante jours de vivres, du pain, de la graisse et dé la viande. On voit dans le désert des corbeaux noirs, qui se précipitent sur les chevaux tombés de fatigue et leur crèvent les yeux ; on y rencontre aussi des loups qui se jettent sur les hommes isolés et les dévorent. Les corbeaux, dont nous venons de parler, se réunissent en bandes pour fondre sur les individus qui succombent à la fatigue; ils les aveuglent d'abord et les dévorent ensuite. Cette route est extrêmement difficile et pénible. 11 s'élève aussi du sol des vapeurs chaudes semblables à celles du simoun. Quand une personne marche lentement, ces vapeurs lui montent au cerveau et lui causent une indisposition semblable à celle que l'on ressent en mer à bord d'un navire ; quelquefois on en meurt. Pour se préserver de leur influence, on se met une

gousse d'ail dans le nez, ou bien on boit de l'eau dans laquelle on a exprimé le jus d'un citron et fait infuser de Tail. Ces vapeurs délétères font périr beaucoup de chevaux.

Quand un marchand veut transporter dix charges de marchandises, il doit se pourvoir de vingt chevaux pour porter, en outre, l'orge, le pain et les autres provisions ; il arrive quelquefois que tous les chevaux viennent à périr ; alors, on empile les ballots les uns sur les autres et on les couvre d'une natte ou d'un feutre, sur lesquels on entasse des pierres. Si le marchand se rend du Tibet à Yarkend, et s'il se trouve plus rapproché de cette ville, il abandonne ses marchandises, et, avec ses compagnons de route, il va à Yarkend pour y acheter des chevaux ; il revient et charge ses ballots. Si le marchand qui se rend de Yarkend au Tibet voit mourir ses montures, il examine quel est l'endroit le plus rapproché pour s'y rendre et en ramener des chevaux. Les ballots peuvent rester exposés dans le désert pendant plusieurs années sans éprouver le moindre dommage.

On trouve dans ces montagnes un l)œuf qu'on appelle qouthas(l);ilaunelarge queue semblable à celle du renard et dont les poils sont aussi longs que des cheveux de femme ; on s'en sert dans le Tnrkestan pour les attacher au haut des toughs. On trouve ces bœufs en grand nombre tout le long de la route ; au Tibet, ils sont à l'état domestique et on les emploie au transport des fardeaux ; ils rendent le même

(1) Le qouihas est le yak ou bœuf grognant de Tartarie. Le mâle s'appelle yak, la femelle dhè. Turner a donné les détails les plus complets sur le yak du Tibet. Account ofan embassy to the court ofTeshooLama, pages 185 et suivantes.

M. Vigne lui a consacré quelques lignes dans son Voyage au petit Tibet, page 277.

service que les buffles; la viande et le lait de ces animaux ont un goût très-agréable. Moi, qui ai écrit ces pages, le pauvre MirAbdoul Kérim de Boukhara, je suis allé deux fois dans la province de Kachmir; j'ai fait une première fois ce voyage à Tâge de seize ans. Je passai par Herât, Qandahâr, Kaboul, Pichâver, Mouzaffer Abâd, pour arriver à Kachmir. Mon retour s'effectua par la même route. Une seconde fois je suis allé de Boukhara en Russie; je suis parti ensuite de Simipoulad qui est sur la frontière russe et je me suis dirigé sur Kachmir en passant par Ilèh, Aqsou, Kachgar, Yarkend et le Tibet; je revins par le même chemin en l'année 1224 (1). Sur la route du Tibet je trouvai un jeune qouthas endormi ; je le tuai d'un coup de pistolet. Sa chair était délicieuse. Les gens qui vont acheter dans le Tibet, le tibit, c'est-à-dire le poil de chèvre qui sert à faire les châles, en rapportent aussi la racine de djidvar (2).

(1) Je crois qu'il faut lire 1204ou 1214. En 1224, Mit Abdoul Kerim se trourait à GonstaDtiaopIe.

(2) Le zédoaire de Chine (KUlingea monocephala). Cesiy d'après Piddingston (Index plantarum), la plante connue en Perse tfous le nom de djidvari khitbay, dont la véritable est considérée comme une panacée divine. Elle est souvent payée en Perse au prix quadruple de l'or fin.

Schlimmer, Terminologie médxcO'pharmaceutique et anthropologique flrançcdse-persane. Téhéran, 1874, page 335.

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