OMER KHAN, FILS DE NER BOUTEH KHAN
Quand Orner Khan, en compagnie de son onlce maternel, Mehemmed Riza Bek, se révolta contre Alim Khan et marcha sur Khoqand, à la tête des troupes, la population de cette ville fît éclater sa joie ; tout le monde se soumit à lui et lui prêta serment de fidélité. Le lendemain, Alim Khan fut tué. Omer Khan s'occupa aussitôt de la situation de ses sujets et de celle des paysans, il pansa toutes les blessures que son frère avait faites : il fit rendre à chacun ce qui lui avait été enlevé violenmient par Alim Khan. A la tyrannie de son frère il fit succéder la douceur et l'équité.
Khoqand fut, en vérité, sous son règne, l'image du paradis. Les marchands y affluaient de toutes parts, la sécurité y était complète. Omer Khan eut, d'abord, avec Boukhara des relations amicales et pacifiques ; mais, au bout de quelque temps, elles firent place à l'inimitié. La paix entre les deux pays est une paix mal assise.
Mehemmed Redjeb Qaradjèh, qui avait été au service d'Alim Khan et placé à la tête de son armée, s'était, à la suite d'une faute légère, enfui à Boukhara, où il s'était mis sous la protection de SeyidEmir HayderChâh; il resta à Boukhara, tant qu'Alim Khan vécut. Quand il apprit sa mort, bien que Seyid Emir Hayder eût pour lui une grande affection, il s'enfuit pendant la nuit et se rendit à Cheheri Sebz, et de là à Khoqand. Omer Khan l'accueillit avec bonté et lui donna le commandement des
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troupes. Mehemmed Redjeb était un homme d'un grand courage, éloquent, instruit. Il avait l'esprit plein de ressources. Mehemmed Riza Bek, oncle maternel du khan, était intimement lié avec un Qaraqalpaq nommé Qitaqy, chef de tribu et commandant un corps de troupes. C'était un général de renom. L'un et l'autre détestaient Redjeb Qaradjèh; ils s'entendirent entre eux pour se débarrasser d'Omer Khan et pour faire passer le pouvoir entre les mains de Mehemmed Riza Bek, après avoir tué Mehemmed Redjeb.
Mehemmed Riza Bek devait être khan et Qitaqy vézir et général en chef. Ce complot parvint à la connaissance d'une esclave, qui le dévoila à Omer Khan dans une entrevue secrète. Le récit de cette esclave confirma Omer Khan dans les soupçons qu'il avait déjà conçus. « Garde-toi, dit-il à l'esclave, de parler à personne. S'il plaît à Dieu, je t'accorderai des biens et des richesses qui te mettront à l'abri de tout besoin. » L'esclave garda le secret. Omer Khan fit part à Redjeb Qaradjèh de ce qu'il venait d'apprendre. « Il y a déjà quelque temps, répondit celui-ci, que j'ai connaissance de ce complot, et je cherchais le moyen de vous en instruire. Grâces à Dieu, vous en avez été informé, il faut trouver le moyen de parer à cet événement avant qu'il ne se produise. Nous avons le temps devant nous, il faut agir. » Il fut convenu que le khan inviterait Mehemmed Riza Bek à un repas dans une salle réservée aux festins intimes, qu'on s'emparerait de sa personne et qu'on le jetterait en prison. Qitaqy devait être aussi invité, et lorsqu'il se présenterait, on le mettrait en pièces à coups de sabre ; on enverrait ensuite Riza Bek rejoindre Qitaqy. Lorsque tout fut bien convenu, on dépêcha, le lendemain, un messager pour prévenir Mehemmed Riza
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Bek que le khan avait à lui parler d'affaires. Il se rendit au palais sans retard. Il entra dans la salle des festins intimes où se trouvait Omer Khan. A la vue de son oncle, celui-ci se leva et l'accueillit avec égards. Au bout de quelques instants, le khan dit : « Je désire, aujourd'hui, manger un rôti (kebab). » — « Il est prêt, » répondirent les serviteurs. « Qu'on l'apporte, » dit le khan. On le servit, et le khan e\ Mehemmed Riza Bek se mirent à manger; puis, sous prétexte de se laver les mains, Omer Khan sortit de la salle. Les domestiques fermèrent la porte et Mehemmed Riza Bek resta à l'intérieur. En ce moment , Qitaqy arriva à la porte de la salle d'audience; il s'aperçut d'un changement dans l'apparence ordinaire du palais et retourna chez lui. Omer Khan donna ordre à cent hommes de courir sur ses traces et de le tuer. Qitaqy venait à peine de rentrer chez lui, que les exécuteurs des hautes œuvres survinrent, le sabre nu à la main, et le mirent en pièces. Toutes ses richesses et tous ses biens furent confisqués au profit du Trésor. Mehemmed Riza Bek resta trois jours en prison, parce que la sœur d'Omer Khan priait et intercédait pour lui. « Ne mets pas à mort notre oncle maternel, disait-elle à son frère. Prive-le de la vue, exile-le, confisque ses biens et ses richesses. Ordonne-lui de vivre à l'écart et de ne prendre part à aucune affaire, ou bien donnelui la permission de se rendre à la Mecque. » Omer Khan tint conseil avec Mehemmed Redjeb Qaradjèh. « Je ne puis acquiescer à aucune de ces propositions , dit-il ; il faut le mettre à mort. Alors seulement, nous aurons la sécurité. » Le khan ordonna donc de faire sortir Mehemmed Riza Bek de sa prison. On l'entraîna dans une écurie, on lui jeta une corde autour du cou et on l'étrangla. Ses biens et ses ri-
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chesses furent confisqués au profit du Trésor. On dit que l'on s'empara d'un million en argent monnayé. Cette somme représente vingt mille bourses. Redjeb Qaradjèh est gouverneur de Khodjend.
Omer Khan envoya à Qîzildjar, sur la frontière de Russie, un ambassadeur au gouvernement russe, pour demander l'envoi de caravanes à Khodjend. Si, dans la moitié de la route rapprochée de Khoqand, des brigands venaient à piller la caravane, il offrait de faire rembourser par son trésor la valeur des marchandises volées. Si le vol était commis du côté de la Russie, l'empereur devait indemniser les marchands. Cet arrangement fut accepté et conclu sous serment entre Omer Khan et le gouvernement russe. Aujourd'hui, le nombre des caravanes qui fréquentent cette route est trèsconsidérable. Une nuit, que l'ambassadeur de Khoqand traversait seul les rues de Qizildjar, il fit la rencontre d'un soldat russe en état d'ivresse. Celui-ci le jeta à l'eau et il se noya. Des recherches firent découvrir le soldat. Conformément à la loi russe, on le punit en l'envoyant en exil, puis on fit rapporter à Khoqand, avec une escorte de dix Russes, les bagages de l'ambassadeur et les cadeaux qu'il avait reçus du gouvernement. Les Russes expliquèrent les circonstances dans lesquelles l'ambassadeur avait perdu la vie, et firent part de la punition et de l'exil du soldat. Omer Khan fut transporté de colère ; il fît garder à vue les dix Russes, et il écrivit à l'empereur une lettre dans laquelle il lui demandait de lui envoyer le soldat pour qu'il le mît à mort de sa propre main, « car, disait-il, je n'accepte ni l'exil ni la punition que vous avez infligés ; ou bien encore, ajoutait-il, versez entre mes mains le prix du sang ». A la fin, les Russes payèrent la
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somme de mille tillas, qui représentent trente-cinq bourses. Les Russes prisonniers furent relâchés.
On frappe la monnaie et Ton récite la khoutbèh au nom d'Omer Khan, qui, aujourd'hui 1233 (1818), est souverain du Khoqand.
KHORASSAN, TIBET, KAGHMR