TIBET
On apporte aussi du Tibet le mamîran et la rhubarbe (3). 11 y a dans le Tibet une classe de la population qui se réunit en groupes comme les gens qui achètent les moutons en Turquie ; ils parcourent les montagnes et achètent le poil de chèvre en quantités qui varient d'une demi-ocque à dix ocques (4) ; ils achètent aussi des boucs. Ils mettent le poil de chèvre dans des sacs du poids de dix ocques qu'ils attachent sur le dos de ces animaux; ils font leurs achats de tous côtés et ils parviennent à réunir mille chèvres dans l'espace de deux mois.
(3) Le mamiran est la grande chélidoine (chelidonifim majus L.) ou herbe aux hirondelles.
« Les Persans en retirent la racine du khorassany et la recommandent, sèche et pulvérisée, contre les taches de la cornée et la faiblesse de la vue .' sa mastication détruirait l'odonialgie ; mêlée au vinaigre, on recommande sa poudre en embrocation contrôla gale. » Joh. L. SchWmmeT^ Terminologie médicO'pharmaceutique et anthropologique française-persane. Téhéran, 1874, page 126.
Le mamiran, selon les lexicographes orientaux, est une racine d'une couleur jaunâtre tirant sur le vert, grêle et pleine de nodosités. Elle est chaude et sèctie au quatrième degré. Elle est efficace pour Tictère. On prétend que lorsque l'hirondelle a un petit aveugle, elle apporte dans son nid une branche de mamiran et que le petit recouvre la vue. Le nom arabe du mamiran est c baqlat oui khathathif. » Bernier mentionne le mamiran comme un des produits que les caravanes rapportaient du Tibet : « Ces caravanes rapportaient du musc, du bois de Chine, de la rhubarbe et du mamiran, qui est une petite racine très-bonne pour le mal des yeux.» Voyage de Kachemire^ e\jc, Amsterdam, 1723, page 311.
(4) L'ocque de Conslantinople représente un poids de 1,250 grammes.
Fabrication des chdles de Kachmir [{). — Les métiers sur lesquels on fabrique les châles ne ressemblent pas à ceux sur lesquels on tisse les étoffes de coton et de soie. Daas une maison, on travaille sur quatre métiers ; Tendroit du châle est placé en bas et l'envers en haut ; trois personnes travaillent au châle à palmes et au châle à bouquets ; le maître travaille avec deux apprentis à ses côtés ; un apprenti ne peut passer maître qu'après trois ans d'apprentissage. Un ouvrier reçoit pour sa paye journalière dix paras de Constantinople et les
(1) Dernier a le premier donné quelques détails sur la fabrication des châles de Kachmir.
Moorcroft a consacré à ce sujet dans son Voyage à Kachmir un chapitre tout entier que Ton peut considérer comme un mémoire spécial. Il donne les détails les plus complets et les plus minutieux sur cette industrie. Travels, pages 164-218.
On peut aussi consulter G. T. Vigne, Travels in Kachmir^ tome II, pages 124 et suivantes.
apprentis cinq paras. Quand on veut avoir promptement un châle, on le fait tisser sur quatre métiers, en quatre morceaux que Ton coud ensuite ensemble; il faut huit mois ou un an pour faire un châle d'une seule pièce ; on fabrique vite les châles carrés, ensuite on y coud la bordure. Il y a dans le Kachmir quarante mille métiers à châles qui produisent chaque année quatre-vingt mille châles. Le gouvernement perçoit sur chaque châle un impôt de dix piastres : après qu'il a été plié et cousu, on perçoit encore une taxe de quatre piastres. Après la mise en ballots, le gouvernement perçoit encore du marchand une taxe de quatre piastres par châle ; les impôts prélevés sur les châles et sur le riz rapportent chaque année cent laks de roupies, qui font dix millions, et, en argent de Ck)nstantinople, vingt mille bourses. Les ducats sont la monnaie d'or qui a cours dans le Kachmir. C'est un fait recoimu que les gouverneurs de Kachmir se révoltent tous les trois ans contre le roi de Kaboul. Les richesses qu'ils acquièrent leur inspirent des sentiments d'orgueil et d'indépendance. Le monde entier est tributaire du Kachmir : l'argent y afflue de la Chine, de l'Inde et des autres contrées.
La distance qui sépare Kaboul de Kachmir est de vingtcinq étapes. Kachmir peut véritablement rivaliser avec le paradis. Les souverains de l'Inde de la race de Timour Gouregan, principalement EkberChâh, se rendaient de Djihan- Abâd à Kachmir pour y passer le printemps ; l'air de cette contrée est parfumé comme le musc et les plaisirs que l'on y goûte sont semblables à ceux du paradis (1).
(1) Le Kachmir a été l*objet de nombreuses descriptions. Il faut citer en première ligne :
Bemier : Voyages contenant la description des États du Qrand'Mogol, de
Auprès de la ville se trouve le Dal, lac d'eau douce aussi large que le Bosphore entre Topkhanèh et Scutari ; les rives de ce lac sont couvertes de maisons et de jardins; on y voit danser et jouer des kentchetiy^ danseuses à la face ronde comme la lune et au visage resplendissant comme le soleil. Ces danses sont parfaitement licites. Sur le bord de ce lac se trouve une montagne au sommet de laquelle Ekber Chah a construit un château nommé Nagnagar. L'imagination est frappée par la beauté de sa construction. Au-dessus de la porte du château se trouve une inscription dont une partie a été détruite ; cependant , on peut en distinguer quelques lignes et voici les vers que j'y ai lus :
(( Le roi juste et équitable a donné l'ordre de construire le château de Nagnagar ; il envoya de son trésor dix kourours et il y employa deux cents artistes indiens, tous d'une habileté reconnue. Personne ici n'est demeuré inactif, et tout
rindoustan , du royaume de Kachemire, etc. Amsterdam, 1723, tome II« pages 206-353.
Jacquemont : Correspondance avec sa famille et plusieurs de ses amis pendant son voyage dans l'Inde, Paris, 1835.
Cari Freiherr von Iltigel : Kaschmir und dos Reich der Siekh. Stattgard, 1840.
Vigne : Travels in Kashmir, Ladah, Ishardo, etc. Londres. 1842.
Belle w : Kashmir and Kashghar, Londres, 1875.
Frédéric Drew : Jummoo and Kashmir territories. A geographical account, Londres, 1875.
Parmi les ou^Tage8 orientaux, je me bornerai à citer le Tarikhi Rechidy de Mirza Hayder Doughiât : TAyini Ekbery d'Aboul Fazl, et Thistoire des soutorains de Kachmir, par le Seyid Qouthb oud Din Mohammed.
Divan Kirpâ Râm a publié en 1871 à Lahore une histoire et une doscriptioD complète de Kachmir, sous le titre de Gulzari Kachmir (le bosquet de Roses de Kachmir). Ferichtèh, dans son histoire de Tlnde, donne sur Kachmir et los princes qui y ont régné des détails qu'il a empruntés à l'ouvrage de Mirza Hayder Doughlât.Cf. Tarikhi Ferichtéh, édition de Bombay, 1247 (1832), tome II, pages 640 et suivantes.
le monde a reçu du Trésor en monnaie d'or le prix de son travail. Chah Ekber est le premier des souverains du monde : que son rang soit exalté ! Dieu est le plus grand (1) ! »
On dépensa pour cette construction onze millions de pièces d'argent de l'Inde, sans compter les salaires et les gratifications accordées à deux cents sculpteurs sur pierre et aux autres artistes qui étaient des employés de la couronne. Cette somme représente en argent de Constantinople vingt-cinq millions, soit cinquante mille bourses. Maintenant, le château est ruiné.
Après Ekber ChâK, la couronne échut à son fils Selim Chah, puis à Khourrem Chah, fils de Selim Chah. 11 reçut de son père le surnom de Chah Djihan; c'est lui qui construisit la ville de Châhdjihan Abâd. Voici sa généalogie :
Chah Djihan fils de Selim Chah, fils d'EkberChâh, fils de Houmaïoun Mehemmed Chah, fils de Baber Chah, fils d'Orner Cheikh, fils de Sultan Abou Saïd Behadir, fils de Sultan Mehemmed, fils d'Emiran Chah, fils de Timour Gouregan, fils de Mehemmed Thourghay(2). C'est sous le règne de ces
(1) Mir Izzet Oullah coofirme le récit d'Abdoul Rerim.
« La colline de Maran, dit-il, était autrefois entourée de fortifications dont la plus grande partie est en ruines, et qui avaient été élevées par l'empereur Eki)er Gbâh. Au-dessus de Tune des portes des vieilles murailles se trouve une inscription constatant que l'empereur dépensa pour la construction du château un kourour de roupies et qu'il y employa deux cents habiles ouvriers de l'Hindoustan. »
Meer Izzut Oollah Travels, page 3.
(2) Nassir oud Din Mehemmed Houmaïoun Chah, fils du Sultan Baber, monta sur le trône en 937 (1530) et mourut à Delhi au mois de Rebi oui Akhir 963 (1555). Son fils Djelal oud Din Ekber lui succéda et mourut à Agra en 1015 (1605), à rage de soixante-cinq ans. Il eut pour successeur son fils Mehemmed Selim qui reçut les surnoms de Nour oud Din et de Djihanguir Chah et mourut en 1040 (1636). Après les règnes courts et troublés de Mehemmed Cheheriar et de Baysongor, Mehemmed Kkourrem Chah Djihan monta sur le trône en 1042
princes que THindoustan fut vraiment prospère etflorissanl. Delhi fut d'abord la capitale, puis Chah Djihan Abâd.
Un poète de Tlnde a composé les rers suivants pour fixer la date de la mort d'Ekber Chah :
Vers. « Ekber Chah, ce prince au rang élevé, cette mer de générosité, est parti de ce bas monde et le tambour de l'espérance de ses bienfaits est resté orphelin. J'ai demandé à mon cœur s'il me serait permis d'inscrire sur le feuillet du siècle la date de sa mort. Il ma répondu : Prends courage et prononce, en les accompagnant de tes vœux, les paroles suivantes: Le Châhzadèh Selim a sucoédé à Ekber Chah. »
Un poète d'Isfahan a composé plus tard sur le même sujet les vers suivants :
Vers. Ci Ekber Chah, la gloire de l'Empire et de la religion, a, par l'effet de la faveur céleste, planté sa tente sur le firmament. Le poisson de sa vie a saisi l'hameçon de la mort et son règne a duré plus de cinquante ans. J'ai demandé quelle était l'année de sa mort et la date a été fixée par ces mots : Ekber Chah est mort (1). »
Le règne de ce prince vit fleurir un grand nombre de
(1632) et il dut en 1067 (1656), abandonner le pouvoir à son second fil?, Mehemmed Aureng Zib.
(1) Le poisson et le croissant figuraient parmi les emblèmes des souverains de la dynastie des Mogols et indiquaient que leur toute-puissance s'étendait depuis le poisson, sur lequel, d'après les croyances orientales, repose le taureau qui supporte la terre, jusqu'au firmament où brille la lune. Le mot persan « cbast > signifie à la fois a hameçon » eta soixante » et il indique ainsi l'âge atteint par Ekber Cbfth au moment de sa mort. En additionnant, dans les mots « Faouti Ekber Cbfth, » les lettres selon leur valeur numérique, on obtient le nombre 1015» marquant Tannée de l'Hégire qui vit mourir Ekber.
Dans la pièce de vers qui précède les lettres des mots < Bedjftyi Ekber Cbfth Paaicnauzadèh Selim » donnent é^lement le nombre 1015.
poètes. Les princes, ses descendants, sont aujourd'hui fort nombreux. Ils résident à Djihan Abâd, mais ils sont sous la surveillance des Anglais qui leur fournissent une pension pour subvenir à leurs besoins journaliers.
Districts du Khorassan . Revenons maintenant au dénombrement des districts du Khôrassam : Khoulm, le Ghardjislan, Fariâb, Chibreghan, Meïmcnèh, Endkhou, les cantons de Firouz Kouh, du Ghour et de Taïmen, des Hezarèh, de Tayourèh, Ferâh, Derèhi Qalêh Gâh, Keddèh, le Seïstan, le Zaboulistan, le Qouhistan, Khabis, Bemm, Nermachir, Isfezâr, Hérât, Badghis, Merv, Koussan, Khaf , Bakherz, Rouz Abâd, etc.
Les districts du Khorassan qui sont aujourd'hui (1233- 1818) sous l'autorité de Feth Aly Chah Qadjar sont ceux de Mouhawelat, Tourbet, Tirchiz, Goun Abâd,Tcherakhs, Bemroud, Qayn, SèhQalèh, Thabèsi Sina, Thabèsi Kileki, Djam, Nichâpour, MechhediThous, Sebzvâr, Kouhmich, Kerman, Tchinaran, Keltan, Qoulchan, Bestham, Chehroud, Veramin, Ester Abâd, Kelâti Nadir Chah, Nessa, Abiverd, Chadbakh, Demghan, Tchèhtchèh, les districts du Kurdistan, Semnan, etc.
La ville de Khoulm relève aujourd'hui de Balkh ; elle est gouvernée par Qilidj Aly Khan Uzbek ; elle a sous sa dépendance de gros bourgs et des villages, et sa prospérité s'accroît dejour enjour(1233-18i8).
La ville de Koulab est située entre Balkh etHissar au nord du Djihoun ; les villes de Hissari Kelan et de Hissari Khourd se trouvent entre Koulab et la province de Boukhara; elles ont pour gouverneur Saïd Bek, de la tribu uzbek des Yuz.
Cheheri Sebz est entourée de montagnes de trois côtés .
Cette ville est située à la distance de trois journées de marche de Boukhara; elle est désignée dans les chroniques sous le nom de Kech. C'est dans un faubourg de cette ville appelé aujourd'hui Mevloud Khanèh que naquit l'Emir Timour Gouregan (1). Cette ville est entourée de villages, de bourgs, de jardins et de champs cultivés ; on ne peut s'en emparer de vive force, car, lorsque la guerre éclate, tous les paysans et tous les habitants sfe mettent sur pied pour combattre. Ils peuvent se réunir au nombre de six mille et sont très-bons soldats; ils ne sortent pas en rase campagne, ils défendent le château que Ton ne peut battre avec du canon et qui est hors de la portée de fusil ; on ne peut pas non plus l'investir. Les habitants sont hospitaliers et ils accueillent favorablement les étrangers. De Qarchi àCheheri Sebz, il y a deux étapes. H y a, à l'endroit où naquit Timour Gouregan, au pied d'une montagne, une grotte qui a l'apparence d'une cellule de derviche. Un individu, couvert d'un froc en haillons, s'y établit et s'y liv^a à la prière et aux actes deydévotion. Au bout de cinq ou six ans, il réunit autour de lui des disciples. Le gouverneur de Cheheri Sebz, informé de ce fait, alla lui faire visite. Le cheikh lui dit : « Restez paisiblement chez vous sans vous préoccuper de quoique ce soit : pour moi, je trouverai le moyen de conquérir Boukhara et ce qui pourra m 'arriver de malheureux ne rejaillira ni sur vous ni sur la ville que vous gouvernez. » Le gouverneur de Cheheri Sebz le laissa tranquille et se garda de l'inquiéter. Le cheikh ac-
(1) Timour naquit à Kech, aujourd'hui Cheheri Sebz, la nuit du mardi 27 Chaaban 736 (1335). Sa mère se nommait Tekièh Kbatoun.
quérait chaque jour plus de notoriété, mille disciples étaient réunis autour de lui ; il proclama qu'il allait faire une expédition. Il prétendait avoir des révélations divines et le don des miracles. On accourait auprès de lui de Boukharaet d^autres contrées. Son influence grandissait et s'étendait au loin . L'Emir Hayder fît partir un corps de troupes pour le combattre. Il y eut des deux côtés beaucoup de monde de tué dans une première action et les deux partis battirent en retraite. Les disciples du cheikh se rallièrent et celui-ci, pour les encourager, proclama qu'une inspiration divine lui avait révélé que la victoire lui appartiendrait, qu'il allait envahir le monde et en' faire la conquête, il prodigua les promesses à ses disciples; ses discours se répandirent dans les populations et tout le monde y ajouta foi. Le gouverneur de Cheheri Sebz se repentit alors de sa tolérance envers le cheikh et il fit tous ses efforts pour l'éloigner. De nouvelles troupes furent expédiées de Boukhara ; elles livrèrent au cheikh un combat sanglant; un grand nombre de ses partisans fut massacré; lui-même prit la fuite et ses soldats se dispersèrent et disparurent ; il changea de vêtement pour ne pas être reconnu, se jeta dans le Miankal avec deux de ses disciples et se dirigea du côté de Samarqand. Son couvent et sa demeure furent détruits.
On perdit ses traces ; les uns disaient qu'il avait été tué, les autres, qu'il s'était réfugié dans les montagnes. Pendant quelque temps, on ignora son existence ; le cheikh et ses deux disciples cheminaient par des endroits écartés, logeant dans les tombeaux, allant de village en village, s'arrêtant la nuit dans un lieu, le jour dans un autre. Un de ses disciples réussit à le conduire près de Boukhara. Un jour celui-ci lui dit ;
« Entrons dans la ville, nous passerons deux ou trois jours à visiter les médressèhs, puis nous irons à Ourguendj. La prédestination avait saisi le pan de la robe du cheikh, il aquiesça donc à cette proposition et ils entrèrent au milieu du jour à Boukhara par la porte de Timam Hafs Kebir; le disciple proposa au cheikh de loger dans le médressèh de Dar ouch Chefa, sur la place de Righistan, à proximité du palais royal de Boukhara. Le cheikh entra dans une des cellules du médressèh avec l'un de ses disciples ; Tautre, auquel il avait confié son cachet, leur dit : « Prenez un peu de repos : je vais aller acheter du pain, des melons et du raisin. » Bref, le cheikh et son disciple s'établirent dans la chambre; Tautre ferma sur eux la porte à clef et, marchant lentement^ il se dirigea vers le palais de l'Emir Hayder Khan. Il demanda une audience secrète au prince des croyants l'Iimir Hayder; elle lui fut accordée, ce Ce cheikh, dit-il au prince, qui a été la cause de l'effusion de tant de sang musulman et dont la déloyauté a causé la mort de mon jeune fils, j'ai réussi, par mille ruses et par mille expédients, à l'amener, lui, cet infâme, jusqu'à vos pieds ; je l'ai fait s'arrêter à l'abattoir, pour venger le sang de mon fils; j'ai l'espoir que le prince des fidèles voudra bien me traiter généreusement, moi qui suis son pauvre serviteur. » L'Emir lui fit compter à l'instant même cent tillasde Boukhara, et le fit revêtir d'un vêtement complet. Le dénonciateur demanda que l'on graciât l'autre disciple qui accompagnait le cheikh, puis il montra le cachet du cheikh qu'il avait en garde; il donna tous les détails, indiqua le lieu où se trouvaient ses lîompagnons et, assisté par plusieurs agents de police vigoureux, il se dirigea vers le médressèh duDar ouchChefa. On tira le cheikh de la cham-
bre qu'il occupait, comme on tire un renard de son terrier, et on le traîna en présence de l'Emir. Il opposa des dénégations aux questions qui lui furent adressées, jusqu'à ce que deux habitants de la ville deCheheri Sebz eurent affirmé son identité et celle du disciple qui était le dépositaire de son cachet. On entraîna le cheikh au pied de la potence et on le pendit. Les peuples furent délivrés de ses intrigues.
La ville d'Endkhou est située entre Hérât et Boukhara ; elle compte parmi les villes du Khorassan et elle n'est point éloignée de Balkh, de Chibregan et de Kerki. Cette ville n'a point de villages sous sa dépendance, mais il y a dans ses alentours de nombreuses tribus d'Arabes nomades ; elle obéit au souverain des Afghans, et on y récite la khoutbèh en son nom; elle eut pour gouverneur RhametouUah Khan Efchar. On y suivait autrefois le rite chiite, mais sous la domination des Afghans, les habitants devinrent sunnites. Rahmet ouUah Khan gouvernait au nom de Timour Chah. Il vint à sa rencontre jusqu'à Balkh; il fit la guerre à Chah Murad Bi; s'étant porté en avant dans un combat, il fut tué par les soldats de Boukhara. Son fils Yldouz Khan lui a succédé; il entretient un corps de troupes de mille hommes tant cavaliers que fantassins. Aujourd'hui, il ne paye à personne ni tribut ni impôt. Endkhou est entouré par le désert ; c'est ce qui fait sa force ; les habitants sont d'un caractère généreux et hospitalier. Leur richesse consiste en moutons et en chameaux; on trouve près de cette ville des gisements de soufre et de sel. Endkhou entretient avec Hérât et Boukhara des relations pacifiques. Dans cette viMe se trouve le tombeau de l'Emir Berekèh, qui fut le guide spirituel de l'Emir Timour Gouregan. Timour fit enlever de son tombeau le corps de ce saint
personnage, pour le transporter à Samarqand et le faire enterrer dans le mausolée où il repose lui-même. On voit encore à Endkhou les ruines du premier tombeau. On raconte aussi que Timour fit exhumer les restes de Saad, fils de Waqqas (1 ), et les fit transporter à Cheheri Sebz ; cette circonstance rend la ville imprenable.
Quant à la ville de Hérât, les descendants de Djenghiz Khan, les princes de la famille de Timour Gouregan et les rois Uzbeks y avaient élevé des monuments ; ces superbes édifices furent détruits, quand la ville tomba au pouvoir des Persans.
La ville ayant été de nouveau conquise par les Uzbeks, ceux-ci renversèrent à leur tour les édifices construits par les Persans. Quelques-uns d'entre eux subsistent cependant encore aujourd'hui ; ainsi les Persans ont respecté le moussalla, le médressèh et les neuf minarets que le sultan Hussein Mirza Baïqara fit construire au tombeau de Timam Riza.
Le mousalla est en bon état (2). Sa coupole est, pour la grandeur et l'élévation semblable à celle de la mosquée d'Osmanièh àConstantinople (3) ; mais la voûte est couverte d'a-
(1) Saad» fils d*Abou Waqqas, Tbabile général qui vainquit les Persans à Qadesièh, fonda Koufa et ouvrit aux Arabes TAsie centrale, mourut l'an 55 de l'Hégire (675), sous le règne de Mouawièh.
(2) Le mousalla et le médressèh d'Hérât sont deux monuments dont la construction fut commencée en 588 (1 192), par Ghias oud Din Mohammed et achevée par son frère Chehab oud Din Mahmoud. Ils furent réparés à la fin du xi^ siècle par Sultan Hussein, petit-fils de Timour.
M. Ferrier a donné de ces monuments une description intéressante dans son Voyage en Perse^ dans l'Afghanistan, etc., tome I^ pages 338 et suivantes.
(3) Cette mosquée est celle de Nouri Osmanièb, dont la construction fut commencée en 1162 (1748) par Sultan Mahmoud I®^ et qui fut livrée au culte par SulUn Osman le l**" Rebi oui ewwel 1169 (5 décembre 1755). Elle est située
rabesques et de dessins en or et en azur, elle est revêtue de plaques en faïence de Perse. Aux quatre coins de la construction s'élèvent quatre minarets recouverts de plaques de faïence. On ne trouve aucun monument aussi beau ni dans le Turkestan ni dans le Khorassan, ni en Perse. On ne trouve pas non plus à Constantinople d'édifice d'un travail aussi délicat ni d'aussi belles arabesques en or et en azur. On remarque aussi le pont de Malan jeté sur la rivière de Hérât, au sud de la ville, à une distance d'une fersakh sur la route de Qandahâr ; il a été construit par une dame appelée Bibi Nour. Il est composé de vingt-sept arches dont chacune est assez haute pour donner passage à un éléphant avec sa tour et son cornac. Ce pont est couvert de sculptures; sa largeur est de vingt pas. Au printemps, lorsque les eaux du fleuve sont hautes, on peut contempler du haut de ce pont un spectacle curieux. Au nord de Hérât se trouve la montagne appelée Keïtou ; (1) on y voit une source de laquelle jaillit une eau rouge comme du sang. Quand elle a coulé l'espace de dix pas, elle devient limpide; quand on puise avec un verre de l'eau à la source, elle a, dans le verre l'apparence d'un lingot d'argent sans alliage. Dans cette même montagne se trouve un puits d'où s'échappe un vent qui souffle du côté de Hérât. Si l'on y jette une pierre du poids de cent ocques, la violence du vent la rejette au dehors. En arrière de ce puits, on ne sent pas le souffle du vent.
La province de Hérât renferme des mines de plomb et de
près du bazar de Constantinople. Cet édifice, surmonté d'une coupole, prêtante un carré ayant soixanle-seize pas sur chaque cô;é.
(1) Le mont Keïtou s'élève à quinze milles anglais au nord-est de Hérât.
Abbot, Narrative of a joumey from Héraut to Khiva^ tome I, page 8.
fer; on y trouve en abondance le soufre, le minerai de fer et le salpêtre. Le cuivre est apporté d'Erzeroum. On en exporte aussi de Russie à destination de Boukhara et de Hérât. On fabrique à Hérât de la poudre et des fusils ; on y fond des canons; toutes les industries y sont exercées ; la vie y est à fort bon marché et le sol est fertile. Les productions naturelles sont le riz, le coton et la soie. Les tombeaux de saints personnages y sont nombreux.
Ghourian, Goursan, Khâf, Bakherz, le Kouhistan^ leZaboulistan, Isfezâr, Ferâh, le Seïstan, toutes les tribus Ouïmaq, le Gardjistan, Meïmenèh, Endkhou, Merv, Badghis, Rouzabâd, Serakhs, Obèh, Chakilan, etc., sont placés sous la dépendance de Hérât; tous ces pays sont bien cultivés e( bien peuplés ; on y voit des choses merveilleuses et dignes de toute attention. Mais j'abrège, car tous ces récits ne peuvent être consignés sur le papier. Dieu est celui qui connaît le mieux la vérité sur toutes choses (1246-1830.)
La notice suivante sur le Khorassan est extraite du tome IX du Fihris out Tewarikh de Riza Qouly Khan. Elle précède le récit de l'expédition entreprise en 1210 (1796) par Aga Mehemmed Khan Qadjar contre les chefs Efchars, Turcs, Kurdes et Uzbeks qui s'étaient partagés cette vaste province pendant les troubles qui suivirent la mort de Nadir Chah.
J'ai placé après la notice de Riza Qouly Khan des détails géographiques et historiques sur les principaux districts et sur quelques villes du Khorassan, détails que j'ai recueillis dans les relations des voyageurs qui ont pu traverser et parcourir ce pays depuis la fin du xviii* siècle jusqu'à nos jours.
Pour les districts et les villes des provinces qui relevaient du gouvernement de Delhy et qui avaient été annexées à l'Afghanistan, je me borne à renvoyer le lecteur à l'ouvrage classique de Walter Hamilton : A geographical^ statistical
and historical description of Hindostan and adjacent cofuntries, Londres, 1820.
J'ai donné seulement quelques renseignements sur Laghman, Tchârik Kâr, etc., et sur les tribus des Lohany et des Kaukery. Ces renseignements ne se trouvent que dans des ouvrages publiés dansTInde et qui ne sont pas parvenus en Europe.
« La frontière du Khorassan, dit Riza Qouly Khan, est la plus étendue de toutes celles qui bordent la Perse et ce pays est la plus noble des colonnes qui soutiennent le royaume : il contient de vastes provinces, on y trouve des villes d'une haute antiquité. Il est borné à l'orient par le Zâboul et le Touran, au nord par le Kharezm et le Gourgan, à l'ouest par l'Iraq et le Mazanderan, au sud par le désert, le Kouhistan, le Sedjestan. Le Zàboul, le Gourgan et une partie du Tabarestan sont, quelquefois, mis au nombre des dépendances du Khorassan.
c^ Ce royaume est divisé en quatre boulouks ou provinces :
1* Le boulouk du Thokharestan, 2**' Le boulouk de Mervi Châhidjan, 3** Le boulouk de Nichâpour, 4*^ Le boulouk de Hérât.
« Le Khorassan compte vingt-deux villes, dix-sept qassabèhs (gros bourgs), quinze places fortiflées : Esferaïn, Beyhaq, Djouïn, Djadjerm,- Khâbouchan, Thous, Nichâpour, Kélât, Isfezâr, Foudjendj, Bakherz, Badghis, Djâm, Djecht, Khâf, Zevarèh, le Gliour, le Ghardjestan, Bâmian, Khoulm, Khoutlan, Thaliqan, Fariâb, Abiverd, Nessa, Khâveran, Serakhs etChibreghan dépendent du Khorassan.
Khand, Thabèsi Kileki, Tirchiz, Qaïn, Toiin, Thabèsi Sina, Dechtibeyaz et Kenared appartiennent au pays du Kouhistan.
« Le Khorassan tout entier est situé sous le quatrième climat. Les montagnes et les collines occupent une superficie égale à celle des plaines. La forme de cette province est allongée de l'orient à l'occident; il faut pour la parcourir d'un bout à Tautre un mois de marche. Les habitants sont renonmiés pour leur bravoure et leur générosité ; ils ont également des qualités, la grandeur d'àme, de l'intelligence et le jugement. Dans l'origine ils suivaient le culte des Sabéens[; ils adoptèrent ensuite les doctrines de Zoroastre, enfin ils embrassèrent l'islamisme . On compte aujourd'hui dans cette province plusieurs sectes religieuses.
« La première est celle des Esna Achary (chiites) (1) qui sont extrêmement nombreux. La deuxième est celle des sunnites dont le nombre est également considérable. La troisième est celle des chiites ismaéliens qui suivent la doctrine des Day ismaéliens et spécialement celle de Chah Seyid Nacir Khosrau Alevy (2) : ils sont établis dans les montagnes de Ba-
(1) Les doctrines des Esna Achary ou sectateurs des douze Imams^ sont exposées par Cheheristany dans son ouvrage sur les sectes religieuses et philosophiqueSy publié par M. Cureton. Londres, 1842, page 128.
(2) Naoir Khosrau Aleyy, naquit à Ispahan et mourut à Badakhchan. Son existence fut des plus agitées : Hadji Louthf Aly Bey, dans son Atech Kedéh a reproduit une prétendue autobiographie de Nacir Rosrau, pleine de détails romanesques et dénuée de toute valeur historique. Cette pièce a été également placée en tôte du Divan de Nacir publié à Tauriz en 1280 (1863).
Outre son Divan ou recueil poétique, Nacir Khosrau a publié un Seadei Naméh (livre de la félicité), un Rotichenay Namèh (livre de la clarté) et un ouvrage en prose sous le titre de Kenz oui Haqaiq (le trésor des vérités). Ces ouvrages sont d'une extrême rareté. Nacir Khosran mourut, selon Daoule! Chah, en 431 (1039) et selon Hadji Khalfa en 480 (1087). Je crois ces deux dates inexactes. Je possède un exemplaire du Rouchenay Namèh copié au
dakhchan, dans celles des Hezarèh et de Bâmian ; ils sont moins nombreux que les chiites et les sunnites. La quatrième est la secte des Nouceïry que Ton appelle aussi les Ghaly (1); ils poussent Texagération jusqu'à accorder le caractère divin à Aly et à l'adorer comme Dieu : ils sont très-nombreux dans le Qouhistan, dans les montagnes des Hezarèh, à Bendi Berber et à Badakhchan. La cinquième : les Juifs, ils sont peu nombreux et ils vivent dans Tabjection. La sixième, les Indiens : ils sont les moins nombreux et les plus faibles.
« Les tribus et les nomades fixés dans le Khorassan échappent par leur multitude à tout dénombrement : ils sont plus nombreux que les étoiles du firmament; nous pouvons citer parmi ces tribus : celle des Qizil Bach qui compte environ quarante mille familles; les tribus kurdes forment près de cinquante mille familles ; quant aux tribus arabes qui sont venues dans le Khorassan, sous les khalifes Ommiades et Abassides et qui y résident encore, leur nombre dépasse celui de soixante mille familles.
« Quant aux tribus turques des Hezarèh, des Taïmeny, des Djemchidy et des Timoury qui s'étendent depuis les monttignes de Bâmian jusqu'auprès de Khâf et de Bakherz, le nombre de leurs tentes dépasse le chiffre de cent mille. Les
IV* siècle et qui a fait partie de la bibliothèque de Sultan Hussein à Hérât. Nacir Khosrau dit à la fin de cet ouvrage qu'il Ta terminé en Tannée 343 de THégire (954).
Les doctrines des Ismaïliens sont exposées dans Cheheristany^ édition de M. Cureton, pages 125 et 147, et dans le Dabistan oui Mezahiby édition de Bombay, 1262 (1845), page 235 et suivantes; et tome II, page 397 et suivantes de la traduction de MM. Troyer et Shea.
(1) Cf. Cheheristany : Le livre des sectes religieuses et philosophiques, publié par M. Cureton, pages 132 et 143. Dabistan oui Mezahib, page 247,
Afghans sont divisés en deux classes : la première est celle des Abdâly que Ton appelle Dourâny : le pouvoir est entre leurs mains et cette tribu compte cent mille familles. La deuxième est celle des Ghalenzay dont le nom a été corrompu en celui de Ghildjaï : elle se compose de trente mille familles. Les Uzbeks et les Turkomans qui descendent de Djenguiz Khan et qui sont fixés à Serakhs, àBadghis, à Merv et dans ses environs, àBalkh et aux alentours de celte ville, sont au nombre de plus de cent mille.
« Le Khorassan, dont le nom signifie terre du soleil et qui est situé à Test de l'Iran, a été soumis au pouvoir des rois Pichdâdiâns, d'Afrassiab, d'Alexandre, des rois ses successeurs, de la dynastie des Achganiâns et des Sassanides : il a été gouverné par des émirs, représentant les quatre premiers khalifes et par des gouverneurs Ommiades et Abbassides. En Tannée 926(1519), Chah Ismail Séfévi Tarracha à la domination étrangère. Le Khorassan subit le joug des sultans Uzbeks et en Tannée 1 1 45 (1732), Nadir Chah en fit la conquête*. Après la ruine de l'empire de Nadir, le Khorassan présenta le spectacle de Tempire d'Alexandre partagé entre ses successeurs. Depuis le commencement du règne de Kerim Khan Vékil jusqu'à l'époque de Mehemmed Chah Qadjar, les chahzadèhs de la tribu des Efchar le gouvernaient. Les souverains de l'Afghanistan et de Boukhara y faisaient sentir tour à tour leur prépondérance. A la fin du dernier siècle Nadir Sultan, fils de Chah Roukh, fils de Nadir Chah, était le souverain indépendant de Mechhed. Dans le Turkestan, à Boukhara, dans le Kharezm et à Ferghanah, les Uzbeks affichaient la prétention d'être chefs indépendants^ Depuis la naissance de la dynastie des Zend, le Khorassan était aux
mains des chefs Efchar, flls et petits-fils de Nadir Chah. Le chah de Perse résolut de faire la conquête de cette province et, comme Chah Ismaïl Séfévi et Nadir Efchar, de l'annexer à ses Etats après avoir détruit les princes qui y commandaient : c'était une haute entreprise et un but élevé. »
Herat. La province ou boulouk de Hérât est bornée au nord par le Tchar Vilayat et le pays des Firouz Kouhy, au sud par le Lach Djorven et le Seïstan, à l'ouest par la Perse et le Héry Roud, à l'est par le pays des Taïmeny, et la province de Qandâhar.
Elle comprend les districts de Ghourian, de Sebzvâr, de Ferah, de Kerak et d'Obèh. On y compte 446 villages, 8 grands canaux et 123 cours d'eau.
Les tribus établies dans la province sont celles des Turkomans Tèkèh, Sariq, Salor, Er Sary, Tchar Sengui, des Hézarèh, des Djemchidy, des Taïmeny, des Firouz Kouhy, des Timoury et des Berberi Hezarèh. Les forces que ces tribus peuvent mettre sur pied s'élèvent à 47,000 cavaliers et 23,000 fantassins.
La majeure partie de la population de la ville de Hérât se compose de Persans suivant le rite chiite ; le reste est Afghan, Hézarèh, Djemchidy et Taïmeny. On y compte sept cents Hindous et une quarantaine de familles juives.
Les historiens et les géographes arabes et persans nous ont laissé des descriptions détaillées de la ville de Hérât et de ses pionuments.
Abdoul Kerim leur consacre aussi quelques lignes à la fin de son ouvrage.
Forster, Conolly, M. de Khanikoff et M. Ferrier ont retracé sa situation sous la domination des Afghans. Ce dernier
voyageur en a donné une description exacte et complète à laquelle on ne peut reprocher que quelques inexactitudes dans les noms propres.
Hérât fut démantelée par Timour qui l'enleva à Sultan Ghias oud Din. La ville s'étant révoltée à la mort du gouverneur mogol, le fils de Timour, Mirân Chah y pénétra de vive force, et la détruisit après en avoir massacré les habitants. Elle fut ravagée par Oulough Bek après la défaite de Yar Aly que les Hérâtiens avaient choisi pour chef.
Hérât fut pillée et brûlée en 864 (1477) , sous le règne d'Abou Saïd Sultan Housseïnpar Djihan Chah de la dynastie turkomane du mouton noir: en 941 (1554), par Oubeïd Khan et en 997 (1604), par le prince uzbek Abdoul Moumin Khan.
Nadir Chah s'en empara en 1 143 (1730) après une courte résistance. Ahmed Chah l'enleva à Chah Roukh Mirza. Après la mort de Timour Chah, Hérât échut à Mahmoud. Zéman Chah marcha contre la ville dont il s'empara par la trahison de Qihdj Khan. A la mort de Zéman Chah , Firouz oud Din devint le maître de la ville. La paix qui suivit la bataille de Chekiban fut rompue en 1231 (1816). Les Persans vinrent mettre le siège devant Hérat. Firotiz oud Din implora Taide de Fethy Khan. Celui-ci répondit à son appel : il se jeta dans Hérât, se saisit du pouvoir et marcha contre Tarmée persane qu'il défit dans la sanglante bataille de Koussan.
En 1232 (1817), Fethy Khan fut arrêté et privé de la vue' par Kamran Mirza qui reconnut la suzeraineté de la Perse et s'engagea à lui payer tribut. Kamran expulsa de Hérât
son père Mahmoud Chah qui vint à la tête d'une armée mettre le siège devant la ville: mais, il fut défait et obligé de battre en retraite.
Il revint en 1237 (1821), à la tête d'une nouvelle armée : mais une réconciliation ménagée entre le père et le fils arrêta le cours des hostilités. Il n'entre pas dans mon sujet de poursuivre l'histoire contemporaine de Hérât. Les dissensions intestines, les invasions des Persans, des armées de Boukhara, les incursions des Uzbeks et la turbulence des tribus nomades ont changé le Khorassan, autrefois si prospère, en un pays appauvri et presque désert.
Balkh. La province de Balkh faisait autrefois partie du Khorassan : elle est située au sud et à l'est du khanat de Boukhara.
Balkh Bamy , la capitale, s'élève dans une vaste plaine couverte de ruines à treize fersakhs de l'Amou Deria. Cette ville a reçu des Musulmans les surnoms de Oumm oui Bilad (la mère des cités) et de Qoubbet oui Islam (la coupole de l'islamisme). Elle fut détruite par Djenguiz Khan, puis parTimour qui en massacra tous les habitants. Les environs de Balkh, arrosés par douze canaux dérivés du fleuve sont d'une grande fertilité ; mais le climat est extrêmement malsain. A l'époque où écrivait Mir Abâoul Kerim, le Serdar Nedjib ouUah Khan, fik de Hukoumet Khan, gouvernait Balkh au nom du souverain de l'Afghanistan, mais le pouvoir était, en réahté, aux mains de Qilidj Aly Khan de Khoulm qui percevait un revéïiu de 30,000 roupies : un tiers de cette somme était versé au trésor de Kaboul, les deux autres tiers étaient également partagés entre les kohnèh nouker (vieux serviteurs), reste de la garnison afghane placée à Balkh par Ahmed Chah
et les Uzbeks obligés de prendre part aux expéditions militaires en dehors de la province.
Chibreghan est situé à soixante-douze fersakhs au nordest de Hérât et à dix-sept fersakhs à l'ouest de Balkh. La population s'élève à 12,000 âmes dont la majeure partie est uzbek, le reste parsivàn. La ville est commandée par une citadelle dans laquelle réside le gouverneur.
Le petit Etat de Chibreghan entretient une force de 2,000 cavaliers et de 500 fantassins. 11 a été tantôt indépendant, tantôt, selon les circonstances, placé sous la dépendance de Hérât, de Balkh ou de Boukhara.
Fariab. Le district de Fariâb, célèbre pour la culture du safran, est situé à l'ouest du Djihoun, à trois étapes de Thaliqan et à six journées de Balkh. La ville de Fariâb a donné naissance au poète Zehir oud Din mort à Tauriz en 598(1 201)
Endkhou. La ville d'Endkhou est située à quarante-deux fersakhs à l'ouest de Balkh, à sept fersakhs au nord-ouest de Chibreghan et à dix-huit fersakhs au nord-est de M eïmenèh. On compte dans la ville environ 3,000 maisons : l'oasis d'Endkhou est, en outre, habitée par des tribus Uzbeks et Efchar qui possèdent environ 3,000 tentes.
Les Efchar furent transplantés du Khorassan à Endkhou par Chah Abbas. Un proverbe persan dit : « Fuis Endkhou ! Teau y est amère et salée : le sable y écorche : elle est remplie de scorpions et les mouches y sont venimeuses. Éloignetoi de cette ville, elle est l'image de l'enfer ! » Abdoul Kerim a consacré quelques lignes à Endkhou.
QouNDouz. Les limites de ce petit Etat ne sauraient être exactement définies. Il est divisé en trois districts : 1* Qoundouz; 2* Thaliqan; 3** Hazreti Imam. La population s'élève
approximativement à 270,000 âmes. La capitale Qoundouz (kohnèh diz, le vieux château) est située entre les rivières d'Aq Serai et de Benky. Des canaux dérivés de ces deux rivières fournissent Teau à la ville et servent à l'irrigation des environs. Thaliqan ne contient que trois cents maisons. La population appartient aux Sarigh Bach (têtes jaunes), fraction de la tribu de Minas.
Meimenèh. Ce district renferme, outre la ville capitale de Meïmenèh, une dizaine de gros villages dont les plus considérables sont ceux de Qaïsser, Alter, Kafir Qalèh et Khodja Kend.
La population peut être évaluée à cent mille âmes. Une partie est sédentaire, l'autre nomade. Elle est Uzbek et appartient aux tribus de xMin, d'Atchmaly et de Duz.
Après la mort de Nadir Chah et l'élévation d'Ahmed Chah au trône de Kaboul, un Uzbek, soldat de fortune nommé Hadji Khan, qui avait servi dans l'armée de Nadir avec Ahmed Chah, reçut de ce dernier prince le gouvernement de Meïmenèh, sous la seule condition de fournir un contingent militaire. Hadji Khan s'établit à Balkh et fit administrer Meïmenèh par un de ses parents. Son fils Djan Khan qui lui succéda, forcé de s'enfuir à la suite de la révolte des habitants de Balkh et d'Aqtchèh, se retira à Meïmenèh. A sa mort, vers 1790, ses fils se disputèrent le pouvoir. Un d'eux fut aveuglé, un autre périt dans une sédition; le plus jeune, nommé Ahmed Khan, gouverna Meïmenèh de 1798 à 1810. Il fut massacré dans une révolte. Son fils aine Mizrab Khan prit la fuite et se réfugia à Mezar, près de Balkh, au tombeau de Chah Merdan (Aly).
Son cousin Allah Yar Khan se saisit du pouvoir et l'exerça de 1810 à 1826. Il mourut du choléra.
Les habitants du district de Meïmenèh passent pour être de tous les Uzbeks les phis braves et les plus audacieux. Avant la domination des Afghans, les chefs de Meïmenèh faisaient un commerce considérable d'esclaves qu'ils allaient vendre à Boukhara.
La ville de Meïmenèh est située à vingt-huit fersakhs au nord-est de Hérât, à dix-sept fersakhs au sud-ouest de Balkh et à quarante-cinq fersakhs au sud de Boukhara. La population se compose d'Uzbeks, de Tadjik et d'Hérâtiens.
Les chevaux de Meïmenèh jouissent d'une grande réputation. On les exporte à Hérât, à Qandahâr, à Kaboul et dans l'Inde.
TcHiDJEKTOD. Cc cautou est situé sur la frontière du district de Meïmenèh : la petite ville de Tchidjektou est un lieu de passage où les caravanes doivent payer les droits de transit et de douane.
Ghardjistan. Ce district montagneux confine auGhour. Le Ghardjistan comprenait autrefois le pays s'étendant jusqu'à Merv er Roud au nord, Ghazna au sud, Hérât à l'ouest, et jusqu'aux montagnes du Ghour à l'est. Ghar, dans le dialecte local, signifie montagne. Les deux villes principales sont Apchmin et Sourmin. Le Ghardjistan a formé un Etat indépendant dont les chefs portaient le nom de Char.
On trouve quelques détails sur les princes qui ont gouverné le Ghardjistan dans le Tarikh Yemint/y d'Outby, et dans le Kamilfit Tarikh^ d'Ibn el Athir.
Le dernier char dont il soit fait mention est Aboul Nasr
Ahmed, mort en 401 (1010). Le Ghardjistana dû conserver longtemps son indépendance. Aly Ibn Hussein Vaizh el Kachefy forcé de s'éloigner de Hérât, se réfugia dans le Ghardjistan en 939 (1532) et il dédia à Chah Mehemmed Sultan qui gouvernait ce pays, son recueil d'anecdotes intitulé : Le^ thàif outh Thevdif.
Bout Bamian. Le district qui porte ce nom s'étend entre Balkh etGhazna. La ville de Bout Bamian est bâtie dans une petite vallée où s'élèvent, en outre, quinze villages fortifiés habités par des Hézarèh et des Tadjik. Le gouverneur du district réside dans un de ces villages.
Au nord de Bout Bamian on voit une montagne abrupte, percée d'un millier d'excavations et sur la paroi de laquelle sont sculptées deux figures gigantesques appelées parles anciens géographes Sourkh bout (Idole rouge) et Khink bout (Idole blanche). On les désigne aujourd'hui sous les noms de Sersal et de Chemâmèh. Les Hindous de passage à Bout Bamian rendent un culte à ces deux statues. Burnes en a donné une description détaillée dans son voyage.
FiROuz KoDH. Ce district s'étend entre Hérât et Meïmenèh, le long duHéry Roud et du Mourghâb. Il a pour frontières : au nord, le pays occupé par les Turkomans ; ausud, l'arrondissement d'Hérât; à l'est, les cantons des Mogols ou Charaï et des Hézarèh ; à l'ouest, ceux des Djemchidy .
Les Firouz Kouhy sont d'origine persane. Leurs ancêtres résistèrent vaillamment à Timour et furent transplantés des montagnes du sud du Mazanderan dans le Khorassan. Le district de Firouz Kouh est coupé de ravins et de précipices. Une fraction de la tribu des Firouz Kouhy est établie dans les environs de Nichâpour.
Ghour. La petite province de Ghour est aujourd'hui de fait indépendante de Hérât. Le gouverneur afghan ne peut lever aucun impôt sur la population dont une partie est nomade et dont l'autre partie habite des villages fortifiés.
La ville de Ghour, aujourd'hui Zerny, l'ancienne capitale des princes qui avaient rangé sous leur autorité le Khorassan, l'Afghanistan, le Sind et Lahore, est aujourd'hui en ruines et dépeuplée. Les habitants sont Taïmeny, Zoury et Guèbres.
Le DISTRICT DE Taimen cst situé au pied du Siah Kouh et au nord de la route de Guirichk et de Sebzvâr.
Les DISTRICTS DES HÉzARÈH sout situés dans la partie montagneuse du pays qui s'étend entre Kaboul et Hérât, et dont le nord est occupé par les Uzbeks et le sud par les Dourâny et les Ghildjaï. Cette contrée est à peu près inconnue; on sait seulement que les rivières de Khochk, d'Endkhou , le Mourghâb, le BendiBerber, les rivières de Qoundouz, deGhazna, l'Erghendâb, l'Hirmend, le Ferâh Roud et le Héri Roud y prennent leur source .
Les HÉzarèh sont d'origine mogole et sont venus à la suite de Djenguiz Khan et de Timour.
Aboul Fazl, dans VAyini Ekberi, prétend qu'ils faisaient partie de l'armée de Mangou Qaân, et Baber affirme que, de son temps, ils parlaient encore le mogoL Les Afghans les désignent encore aujourd'hui sous le nom de Mogols.
Les Hézarèh fixés dans les environs de Dèh Koundy se donnent comme les descendants d'un Arabe de la tribu de Qoreïch. Les Hézarèh suivent le rite chiite et professent une haine profonde pour les Ouïmaq et les Uzbeks qui sont sunnites. Leur langue est un patois persan.
Les titres en usage dans les tribus Hézarèh sont ceux de khan, sultan, ikhtiar, veiy, mir, mehter et terkhan.
IsFEZAR 'Le district et la ville d'Isfezâr dépendaient autrefois du Seïstan: ils font aujourd'hui partie du boulouk de Hérât.
Ghourian, district situé au nord-ouest de Hérât. La ville de Ghourian est florissante et bien t)euplée. Elle se trouve à six fersakhs et demie de Hérât sur la route de Mechhed. Elle est défendue par un château fort.
Khaf. Ce canton est situé au sud-ouest de Tourbeti Djâm. La ville de Khâf renferme cinq cents maisons; elle est la résidence du chef de la tribu Timoury.
Bakherz. Le canton de Bakherz, situé entre Nichâpour et Hérât, est renonmié pour sa fertiHté et l'abondance de ses fruits.
Djam : District fertile et bien peuplé entre Mechhed et Hérât, a pour capitale Tourbeti Cheikh Djâm. Cette ville doit son nom au tombeau d'un saint personnage, Cheikh Ahmed Namiqy, qui y mourut l'an 536 de l'Hégire (1 141). On y voit les ruines des monuments élevés en son honneur par les princes de la dynastie de Timour. Les tombeaux et les édifices qui en dépendent ont été restaurés par Chah Abbas à son retour de Qandahâr en 1031 (1621).
MoUHAWELAT cst un district situé dans la province de Nichâpour au delà de Tirchiz. Je le trouve mentionné dans le Tezkerèhi Mouquim Khany, page 5 de l'édition de M. Senkovsky.
Le QouHisTAN est la contrée montagneuse qui sépare la province de Hérât de celle de Nichâpour. Qayn, Toun, Thabèsi Kileki,Thabèsi Sina, sont les principales villes duQouhistan,
Le Seïstan^ Seguestan, Sedjistan ou Nimrouz, est une vaste
province dont la partie septentrionale est désignée sous le nom de Zadestan ou Zadjestan : elle est bornée au nord par le Khorassan, au sud par le désert qui la sépare du Béloutchistan, à Test par l'Afghanistan et à Touest par la Perse. Le climat est chaud et malsain; le sol, en général sablonneux et imprégné de sel, est peu cultivé : il est couvert, surtout dans la partie nord-ouest, de tamariscs, dé plantes épineuses et d'une herbe dure et grossière. La partie sud-est, appelée Hamoun, est un vaste marécage formé par les débordements duHirmend et habitée par une race aux formes athlétiques, à la face allongée, d'un aspect repoussant et vivant exclusivement du produit de la chasse et de la pêche.
Le Seîstan était autrefois une province bien cultivée : on voit encore les traces de nombreux canaux savamment tracés pour les besoins de l'agriculture. On y trouve les ruines immenses de villes jadis florissantes telles que Douchâq, Pichaveran, Poulky. Douchâq, qui ne compte plus que dix mille habitants, a reçu au commencement de ce siècle le nom de Djelal Abâd en l'honneur de Djelal oùd Din, fils de Behram Khan, chef du Hamoun.
Timour conquit le Seîstan en 785 (1383), après avoir triomphé de la longue résistance des habitants. Toute la population fut exterminée et les villes détruites de fond en comble. La plus grande partie de la population du Seîstan se compose aujourd'hui de Tadjik^ descendants des anciens Persans, de Beloutchy et d'Afghans.
La ville de Ferah est bâtie dans une vallée fertile arrosée par le Ferah Roud. Elle a une enceinte fortifiée en bon état et elle est entourée de jardins. Ferah est un lieu de station pour les caravanes qui se rendent de Qandahâr à Hérât.
Bemm est située à deux journées de marche à Test de Guevachir, capitale du Kerman. Les environs sont bien arrosés et fertiles. Elle est défendue par une forte citadelle et possède trois grandes mosquées. L'une d'elles est affectée aux chiites, Tautre aux sunnites et la troisième aux khawaridj. Bemm jouissait autrefois d'une grande réputation pour ses étoffes.
Le DISTRICT DE HiRMEND s'étcnd sur les rives de ce fleuve : ses frontières ne peuvent être exactement déterminées. Il était autrefois bien cultivé et on y voit encore les traces de canaux de dérivation creusés pour les besoins de l'agriculture. Aujourd'hui les bords de THirmend sont occupés par des Afghans et des Beloutchy, qui ne vivent que de déprédations. Le gros village fortifié de Guirichk n'a d'importance que par sa situation sur la route de Qandahâr à Hérât.
Le DISTRICT DE Zemin Daver s'étend sur la rive droite de la rivière Hirmend au delà de Guirichk sur une longueur de sept fèrsakhs. Il est borné au nord par les montagnes des Hézarèh, au sud par le district de Guirichk, à l'est par la rivière Hirmend et à l'ouest par le Siah Bend. Le sol du Zemin Daver est bien arrosé et fertile, mais il est peu cultivé. Il est presque entièrement couvert de pâturages. Le pays est habité par les Afghans Dourâny.
Qandàhar s'élève au milieu d'une plaine arrosée par des canaux dérivés de l'Erghendâb et duTirnaq. La ville actuelle a été consfruite par Ahmed Chah fondateur de la dynastie des Dourâny, qui en fit sa capitale et lui donna le nom d'Ahmed Châhy.
Qandahâr a été prise par Timour en 786 (1 384), par Baber en 913 (1507), par Chah Abbas en 1030 (1620) etpar Nadir
APPENDIC3E • 2&9
Chah en H65 (1751.) Ce dernier conquérant voulait construire sur l'emplacement de Qandahâr une ville nouvelle qui aurait reçu le nom de Nadir Abâd.
Qandahâr ne renferme d'édifices dignes de remarque que le Tcharsou ou bazar central et le tombeau d'Ahmed Chah. Ce dernier monument est de forme octogone ; il est surmonté d'une coupole et a un minaret à chacun de ses angles. Il s'élève sur une plate-forme en pierres de taille et il est construit en pierres et en briques recouvertes de stuc coloré en rouge et en bleu sur lequel on a peint des fleurs et tracé des inscriptions. Autour du tombeau d'Ahmed Chah sont disposés douze tombeaux plus petits renfermant les restes de ses enfants morts en bas âge.
La population de Qandahâr se compose d'Afghans, de Persans, d'Uzbeks, de Beloutchy, de Juifs et d'Hindous. Ces derniers sont les maîtres du commerce de la ville.
Timour Chah, fils d'Ahmed Chah, transporta le siège du gouvernement de Qandahâr à Kaboul.
Kelati Ghildjaï est situé sur la route de Qandahâr à Gaznah à dix-huit fersakhs au nord-ouest de la première ville. Cette ville est bâtie au sommet d'une colline conique de plus de cent mètres de hauteur. Elle passe pour être la place la plus forte de l'Afghanistan. Le sultan Baber s'en empara en 911 (1505).
Kaboul, la capitale de la province de ce nom, a été le siège du gouvernement avant le démembrement de la monarchie des Dourâny.
Le sultan Baber a laissé dans ses mémoires une longue des-
cription de Kaboul çt de ses environs (1). Ce prince voulut y être enterré, et son tombeau se voit sur une des collines qui s'élèvent au sud de la ville. Timour Chah, fils d'Ahmed Chah, repose aussi à Kaboul.
Les bazars de cette ville jouissaient d'une grande réputation. Le Tchehar Tchetèh, qui se faisait remarquer par sa merveilleuse architecture, a été détruit par les troupes britanniques en 1842, en représailles de la trahison des habitants et des assassinats commis par eux.
La population de Kaboul se compose d'Afghans, de Tadjik, de Hézarèh, d'Hindous, d'Arméniens et de Juifs. Dix ou douze mille Qizilbach ou Persans, descendants de ceux que Nadir Chah avaient fixés dans la ville, habitent le Tchândol, quartier séparé qu'ils ont fortifié pour se mettre à l'abri des attaques des Afghans sunnites.
Le docteur J. Atkinson a publié dans'ses Sketches (Londres, 1842) des vues de Kaboul, de quelques-uns de ses monuments et du tombeau de Baber (planches xvui, xix, xx, XXI, xxn, XXIII et xxiv).
L'ancienne et célèbre ville de Ghazna a été détruite au xu« siècle par Alaoud Din Hassan Djihan Souz, souverain du Ghour. Une ville nouvelle a été bâtie à ime demi-fersakh au sud-ouest. Elle est entourée d'une muraille flanquée de tours et percée de trois portes. Elle renferme tout au plus 5,000 habitants. La citadelle, bâtie au nord de la ville, sert de résidence au gouverneur. Le tombeau de Sultan Mahmoud se trouve dans la partie de l'ancienne ville appelée Raoïizèh.
(1) Memoirs ofZehir eidin Baber, page 136.
Mémoires de Baber, traduits par M. Pavet de Courteille, tome I, pages 278 et suivantes.
La description des portes de Soumnat, les inscriptions en caractères coufiquesquiy furent sculptées, et celles du tombeau de Sultan Mahmoud se trouvent dans le rapport de la commission d'officiers formée par le général Nott. Toutes les inscriptionsont été lues et traduites par sir H . Rawlinson, alors major dans Tannée expéditionnaire de l'Afghanistan (1842). Le tombeau et les portes qui s'y trouvaient ont été dessinées par le capitaine Lockyer Willis Hart et le docteur James Atkinson dans le Char ac ter and Costume of Afghanistan^ second séries. Londres, 1843 (pi. viu, ix etxxvi).
Kélati Nacir Khan, capitale du Béloutchistan, est bâtie sur la pente orientale d'une colline qui porte le nomdeChâhMerdan. La ville est entourée d'une muraille en terre percée de trois portes : elle est commandée par une citadelle construite sur une éminence à l'ouest de la ville. Le khan réside dans cette citadelle. Kélât est renomméepour ses fabriquesde fusils à mèche, d'épées et de lances. Elle doit son surnom à Nacir Khan qui gouverna le Béloutchistan sous Nadir Chah et Ahmed Chah.
Khabis, dont le nom est fautivement orthographié par Mir Abdoul Kerim, est une ville qui renferme huit cents maisons ; elle est entourée d une muraille en terre, et les jardins qui l'environnent produisent en abondance des dattes, des oranges etduhenneh.
L'ancienne ville de Khabis est en ruines et complètement abandonnée.
Nermachir ou Nermassir est une ville importante du Kerman, éloignée de deux journées de marche de Bemm.
Laghbian. Le district de Laghman confine au Kafiristan et comprend le pays borné par les rivières de Tagao, de Kaboul et de Kouner. Les habitants de ce district sont des Afghans
Ghildjaï et des Tadjik. Les premiers sont fixés dans la partie montagneuse, les autres dans la plaine. Les Laghmany parlent im dialecte particulier que Ton suppose être le même que celui des habitants du Qouhistan, du Derèhi Nour et des Kafîr Siahpouch. Ils parlent aussi le persan. Les Laghmany sont industrieux et excellents agriculteurs. Les Ghildjaï et les Tadjik ont des chefs particuUers qui relèvent du gouverneur de Djelal Abâd .
TcHARiK Kar, district du Kouhistan du Kaboul . La ville deTchârik Kâr est située sur la grande route qui conduit de Kaboul au Turkestan, à l'entrée de la vallée de Ghourbend, Elle est le centre d'un commerce très-actif avec les pays voisins : on en exporte une grande quantité de fer en barres ou travaillé en fers de chevaux.
Elle est la résidence du gouverneur du Kouhistan et l'on y prélève les droits sur les marchandises à destination du Turkestan ou importées de ce pays. Tchârik Kâr est défendue par plusieurs petits forts en terre dont le plus grand porte le nom de Khodja Mir Khan.
YoussoufZey. Le district des YoussoufZey forme la partie orientale du gouvernement de Pichâver. Ses limites sont, au nord, les montagnes des YoussoufZey; au sud, la rivière de Kaboul ; à Test, l'Indus, et, à Touest, la Maïra\ C'est un pays plat, exclusivement habité par les Mandan, fraction de la grande tribu des YoussoufZey.
Le TcHERKHi LouGUER OU ccrcle de Louguer consiste en une vallée dont le sol est presqu'enlièrement inculte. 11 est borné au nord par la rivière de Kaboul, au sud par le district de Kharwar, à l'ouest par celui de Ghazna^ et à l'est par le pays de Djadjy . Le Louguer est habité par des Wardaq, des Tadjik,
des Ghildjaï^ des Oiziibach et des Mohmend. Les uns sont chiites, les autres sunnites, et ils vivent dans un état d'hostilité perpétuelle. Louguer est un des quatre districts directement placés sous l'autorité de Kaboul.
Le PAYS DE KouNER s'étcud le long de la rivière de ce nom entre Pichout et Chewa. Les habitwits sont des Safy, des Mohmend etdesTadjik. Ces derniers sont fixés dans la ville de Kouner et dans les villages où ils se livrent au commerce et à l'industrie . Le sol de Kouner est fertile^ le climat tempéré. Les collines sont couvertes de forêts de pins.
Les Ghildjaî conduisent, pendant l'hiver, leurs troupeaux dans la vallée de Kouner et payent pour ce fait une redevance au gouverneur. On recueille de l'or en lavant les sables de la rivière de Kouner. Ce district est gouverné par des chefs qui prennent le nom de seyid. L'un d'eux, SeyidNedjib, se révolta contre Zéman Chah et força ce prince à se réfugier dans le château de Achour Chinvary où il fut arrêté et livré par la garnison aux émissaires de Mahmoud Chah.
Pichout. Cette ville est située dans la vallée de Kouner et sur la rive gauche de cette rivière ; elle est éloignée de six fersakhs de Djelal Abâd. Elle est défendue par un forl appartenant aux seyids de Kouner. Les habitants sont des Afghans Ibrahim Kheil de la tribu de Salar Zey. Ils peuvent mettre sur pied quatre mille hommes armés de mousquets.
Les LoHANY sont une fraction de la grande tribu des Povindah qui s'adonnent exclusivement au commerce. Ils se divisent -en Daoulet Kheil, Pany et Mian Kheil. Ils campent, en été, dans les environs de Panah et de Qarabagh. Dans cette saison, la plus grande partie des hommes fait le commerce à
Kaboul OU entreprend le transport des marchandises à Samarqand et à Boukhara .
Les tentes occupées par les femmes et par les enfants sont protégées par une force suffisante de guerriers. En automne^ toute la tribu franchit le défilé de Goumal et va s'établir dans lesDeïrèhs. Les hommes se rendent à Lahore et à Benarès, d'où ils reviennent au mois d'avril. La tribu retourne à cette époque à ses campements de Panah etdeQarabagh. LesLohâny payent annuellement une redevance au souverain de Kaboul pour avoir le droit de faire paître pendant Tété leurs troupeaux dans le district de Ghazna,
Le PAYS DES Kaukery est situé à l'extrémité sud-est de l'Afghanistan : aucun voyageur européen n'a pu y pénétrer jusqu'à ce jour. Les Kaukery prétendent descendre d'un certain Cheref oud Din dont la généalogie remonterait jusqu'à un des compagnons du Prophète. Cheref oud Din laissa cinq fils qui sont la souche des cinq tribus formant le peuple des Kaukery. Les Kaukery sont répandus dans tout l'Afghanistan, et l'on trouve quelques familles établies dans le Kachmîr, sur les bords du Djhelam.
Les Kaukery possèdent d'immenses troupeaux de bœufs, de moutons et de chameaux. Ils exportent dans les Deïrèhs et à Oandahârde la laine, des peaux et du ghi (beurre clarifié et liquide).
Us récoltent dans leur pays de Tassa fœtida et des gommes aromatiques qu'ils transportent à Hérât où ils ont le monopole de ce commerce.