‹ Histoire de l'Asie centrale, publ., tr. et annotéChapitre 25 sur 29 · LE BALA HISSAR DE KABOUL · texte numérisé non relu

LE BALA HISSAR DE KABOUL

Le Bala Hissar de Kaboul a joué dans Thistoire de T Afghanistan un rôle si important que j'ai cru dévoir en insérer ici une description très-dé taillée. Les auteurs orientaux que j'ai eus à ma disposition ne disent que peu de mots sur son origine et ils s'abstiennent de donner le moindre renseignement sur cette résidence royale.

M. Charles M asson dans le second volume de son ouvrage qui a pour titre : Narrative of varions joumeys in Balu^ chistan, Afghanistan and the Panjab (Londres 1842), a consacré à cet édifice les pages suivantes qui contiennent des détails intéressants et que l'on chercherait vainement ailleurs.

« Le Bala Hissar a , dans l'origine , été très-solidement construit. Les murailles qui suivent la couflguration du terrain sont en maçonnerie dans leur partie inférieure et elles s'appuient sur le roc à une profondeur de quinze ou vingt pieds. Dans leur partie supérieure, elles ont six ou sept pieds

(l'élévation et elles sont construites en briques cuites. Elles forment un parapet crénelé pourvu d'embrasures et de meur- Irières, ainsi que d'une suite régulière de Kangourèhs (créneaux).

« On a, autrefois, élevé entre la muraille et le fossé, un chirazy ou fausse-braye en terre. Le fossé est large, mais de profondeur inégale. Il n'a point été entretenu et il a été envahi par une végétation abondante qui, à la fin de l'automne, lorsque les eaux ont diminué, sert de pâture au bétail.

(( A l'extrémité sud-ouest des fortifications, à l'endroit où la colline la plus basse de Bala Hissar se relie à la plus élevée et où s'ouvrait autrefois la porte de Djebbar (Dervazèhi Djebbar), le fossé n'a pas été continué, soit que la nature du rocher ne l'ait pas permis, soit que les obstacles qu'il présentait aient été jugés trop considérables pour entrer en ligne de compte avec les avantages à obtenir. Ce côté semble, cependant, avoir été considéré comme le point faible de la place. Pour le fortifier, on a construit sur la colline qui le commande, une tour massive appelée Bourdji Houlakou, que la tradition rattache à ce conquérant. Les travaux de défense élevés par le serdar Djihan Khan s'étendaient jusqu'à ce point et renfermaient la tour de Houlakou. Dans les guerres intestines qui ont eu lieu dans ces dernières années, cet ouvrage, destiné à défendre la forteresse, est toujours, dès le début des hostilités, tombé entre les mains des assaillants.

u Le Bala Hissar de Kaboul commandé au sud-ouest et à l'ouest par des hauteurs qui le dominent et sur lesquelles Nadir Chah avait établi ses batteries, ne peut pas être considéré comme capable de résister à une attaque faite selon les règles de l'art. Si nous nous reportons à des temps plus

reculés, nous pouvons partager Tavis du judicieux ^ber sur l'importance qu'il attachait à ses fortifications. Le siège soutenu à une autre époque contre Nadir n'a pas diminué la réputation de cette forteresse.

« Le Bala Hissar de Kaboul renferme deux parties bien distinctes : Bala Hissar Payn et Bala Hissar Bala. Bala Hissar signifie la forteresse supérieure. Pichâver, Kaboul, Ghazna, Qandahâr et Hérât ont toutes leur Bala Hissar qui équivaut àTErk des villes de la Perse. Bala Hissar Bala et Bala Hissar Payn donnent donc l'idée d'une forteresse supérieure et d'une forteresse inférieure. A Hérât, à Qandahâr et à Ghazna, la citadelle est comprise dans Tenceinte de la ville; à Kaboul, à Pichâver, elle est située en dehors.

« Sous le règne des souverains Sadou Zey , le Bala Hissar Bala servait de prison d'Etat. Aujourd'hui, c'est une solitude remplie de ruines.

« Le sommet de l'éminence sur laquelle est construit Bala Hissar Bala est surmonté d'un bâtiment carré flanqué de tourelles et qui tombe en ruines. On lui donne le nom de Koulahi Firengui (le chapeau européen). 11 est de date fort récente, car il est l'œuvre du serdar Sultan Mehemmed Khan, qui le fît élever par un architecte fort inexpérimenté, Hadji Aly Kouhistàny, officier qui servait sous ses ordres. Ce bâtiment n'avait d'autre but que celui de permettre au serdar et à ses amis de jouir de la beauté du paysage environnant: aussi la construction en était fort légère. De cet endroit, le spectateur domine complètement le palais royal.

« On trouve à Koulahi Firengui, au-dessous des murs et du côté nord, deux objets qui méritent d'être décrits. Ce sont deux blocs de marbre blanc taillé formant ce que l'on

appelle ici des takhts ou trônes. Sur le côté de Tun d'eux, on voit un flacon sculpté. Ce symbole de la joie et de la bonne chère peut expliquer l'usage de ces trônes et rappelle à la pensée que, c'est à cette même place, que Baber a si souvent tenu ses réunions joyeuses. Il s'en souvenait sans doute, quand il déclarait que Kaboul est le meilleur endroit dumonde pour boire du vin. Il y a, à côté de ces trônes, un réservoir en miniature ne pouvant servir à des ablutions générales, mais qui convient parfaitement pour laver ses mains, les pialèhs (coupes) et pour satisfaire à toutes les exigences d'un rampas oriental.

a Dans l'enceinte de Bala Hissar Bala, on trouve deux puits revêtus de maçonnerie. L'un d'eux nommé Siah Tchâh (puits noir) a servi de prison jusqu'à Chah Mahmoud. Le vézir Fethy Khan a enfermé plusieurs de ses frères, entre autres Dost Mehemmed Khan dans ce Siah Tchâh. Après les exécutions, on y jetait quelquefois les corps des suppliciés. L'autre puits, aujourd'hui abandonné, fournissait autrefois une eau excellente. L'enceinte extérieure de Bala Hissar Bala est percée de trois portes. La première conduit dans Bala Hissar Payn, un peu au sud du palais. Cette porte a été minée par Dost Mehemmed Khan, quand il assiégea leprinceDjihanguir, fils de Kamran. La seconde porte est nomnïée Dervazèhi Kachy , à cause des plaques de faïence émaillée qui la recouvrent. Elle regarde la plaine du côté de l'est. C'est par cette porte que s'échappa le prince Djihanguir. La troisième porte, plus petite que les deux autres, mène à la colline de Khodja Sefer, près de la porte de Djebbar. Elle est appelée «porte du sang », parce que l'on y faisait passer secrètement la nuit les cadavres des membres de la famille royale, vic-

times des craintes ou du ressentiment du souverain régnant.

« Sous les princes Sadou Zey, Bala Hissar Payn renfermait, outre le palais et ses dépendances , le quartier de !a garde royale ou Ghoulam Khanèh. Bala Hissar Payn contient unmîllierde maisons environ. Le bazar est bien pourvu. Cette agglomération de maisons est divisée en plusieurs quartiers ou mahallèh qui tirent leurs noms des races qui les habitent : ainsi, Mahallèhi Arab, quartier des Arabes, Mahallèhi Habechy, quartier des Abyssins, Mahallèhi Ermeny, quartier des Arméniens, etc. La police est faite par un koutouval, et les délits sontjugés par une Cour de justice. »

Le docteur J. Atkinson a donné une vue du Bala Hissar de Kaboul, dans ses Sketches of Afghanistan, PI. xx.

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