‹ Histoire de l'Asie centrale, publ., tr. et annotéChapitre 29 sur 29 · III. LA PROVINCE DE KACHGAR. - LE PAYS DES QAZAQ ET DE TOURA · texte numérisé non relu

III. LA PROVINCE DE KACHGAR. - LE PAYS DES QAZAQ ET DE TOURA

La province de Kachgar. — Le pays de Kachgar est d'une vaste étendue, on l'appelle aussi le Khoten ; au dQlà du Khoten s'étend Tempire de la Chine. Kachgar est désigqé sous ces deux noms comme la Perse est désignée par les mots Adjem ou Iran, et la Chine par ceux de Tchin et Matcbin. Yarkend, capitale du ropume de Kachgar, est la résidence du souverain. La province elle-même s'étend sur une longueur de quarante journées de marche. Le pays est bien cultivé ; le souverain se nomme Abd our Rechid Khan, il descend de Pjenguiz; il est Mogol, car les descendants de Djenguiz sont divisés en différentes tribus. Ceux qui occupent le pouvoir en Crimée se nomment Tatar; les khans de Toura, au delà du Dechti Qiptchaq s'appellent Chobaa ; les khansde Boukhara sont Uzbeks. Les tribus qui sont au delà de Kachgar et s'étendent jusqu'aux frontières de Jia Chine, sont celles des Qaknaq. Tous les chefs de ces différents peuples descendent de Djenguiz.On voit dans le /)/^^2^wi;5-/Vûm^A que Djenguiz s'empara de tous ces pays et qu'il les partagea entre ses neuf fils;

mais tous n'ont point acquis une égale célébrité. Il est inutile, du reste, d'entrer dans des détails à ce sujet. Le souverain de Kachgar, Abd our Rechid, se fait remarquer par son esprit d'équité ; il est, de tous les descendants de Djenguiz, celui qui pratique le plus exactement la justice. Une prélève sur son peuple que l'impôt du dixième et il ne se livre point aux exactions comme les khans de Boukhara.

C'est de Kachgar que vient la pierre de jade. On voit dans ce pays une haute montagne dont personne n'a jamais pu atteindre le sommet ; un fleuve considérable se précipite du haut de cette montagne, et ses eaux entraînent le jade. Personne ne sait où se trouve la mine d'où sort cette pierre ; on sait seulement qu'elle provient de cette montagne. Pendant l'été, lorsque les eaux diminuent, la population va récolter le jade dans le lit du fleuve. La moitié des pierres qu'elle trouve est réservée au souverain, l'antre moitié est abandonnée aux ouvriers. Le jade est divisé en sept espèces, selon sa couleur, laplus^ande partie est expédiée en Chine, car, ainsi que nous l'avons dit plushaut, sans le jade, qui préserve de la foudre, la Chine serait dévastée.

A l'extrémité de Kachgar se trouve la ville de Theurfan, au delà de laquelle on ne rencontre plue de musulmans ; les marchands des différentes parties du monde, qui serindent en Chine, se rassemblent au nombre de plusieurs milliers dans cette dernière ville; ils choisisissent un chef auquel ils obéissent. Thourfan est situé sur la limite de Kachgar, et les villes de Qamil et de Soutcheou sont les premières villes de la frontière de Chine : entre Thourfan et ces deux dernières villes se trouve un désert d'une étendue de quarante journées de marche ; il n'y a aucun endroit cul-

tivé, mais on y trouve de Teau. Ce désert était autrefois peuplé et cultivé, mais Djenguiz, les empereurs de Chine et les chefs Qalmaq l'ont entièrement dévasté; c'est une plaine parfaitement unie. On ne peut le traverser en hiver, a cause de la terreur qu'inspirent les Qalmaq ; car ces tribus, qui sont nomades, viennent s'y établir pendant la mauvaise saison. Pour ce motif, les caravanes ne s'y aventurent que pendant l'été. On provoque la pluie avec la pierre de yèdèh; cette pluie rafraîchit la température et permet de continuer son chemin. On franchit ainsi une route de vingt journées de marche; après ces vingt journées, la température est moins élevée et on n'a plus besoin de faire tomber de la pluie. Le yèdèh se trouve également en Crimée, chez les Tatares Nogaï ; c'est une substance osseuse de la grosseur d'une noix et qui a la dureté de la pierre, on la trouve dans la tête de l'homme, du cochon , du cheval et d'autres animaux, mais il faut faire mille expériences avant de rencontrer la pierre véritable. Les gens qui font profession de connaître le yèdèh y inscrivent avec du sang de porc le nom de certains démons et de certains mauvais génies. Ils mettent aussi en usage certaines pratiques pour découvrir le yèdèh et ils s'en servent pour faire neiger, pleuvoir, et pour provoquer le froid. Les marchands qui se rendent en Chine prennent à leur solde un yèdèdjy, qui fait tomber la pluie et leur permet de marcher avec une température modérée. Pour conjurer les effetsdu yèdèh, il faut réciter le chapitre du Qoran «Ech chems » (1) et, avec la permission de Dieu, on annule

(1) Le chapitre Echchems ou du Soleil est le lxxxxi*' du Qoran. Il comprend 2\ vereets.

son influence (i). Le climat de Kachgar est si salubre que les maladies y sont inconnues, et la vieillesse seule met un terme à la vie. La population est remarquable par sa beauté.

Abd our Rechid Khan professe les plus grands égards pour les ulémas; il les fait venir en sa présence, juge leurs discussions et rend hommage au mérite de chacun.

Distique. « Reconnais à la science la valeur qui lui est due, et garde-toi de faire éprouver le moindre dommage à Is^ loi religieuse. »

En deçà de Kachgar habitent de nombreuses tribus qui portent le nom de Qirghiz ; elles sont nomades, leur origine est mogole ; elles n'obéissent point à un souverain, mais à

(1) Le lectear pourra coosulter sur le yédèh, appelé en turc djedèh et en arabe hadjer oui roathar (pierre de la pluie), une longue note insérée par BL Et. Quatrem^ dans Tappendice de l'histoire des Mongols de Rechid oud Oin. M. Quatreraère a réuni tous les passages des auteurs orientaux et occidoniauz qu'il a pu consulter et qui sont relatifs au yédèh et aux qualités que lui aUribueDt les peuples de TAsie centrale. Histoire des Mongols de la Perse écrite en persan par Raschid Eldin, traduite par Et. Quatremére, Paris, 1836, in-f*", pages 428 et suivantes.

On lU dans la description du Turkestan insérée dans le voyage de M. Timkowski :

« L'yada tach ou bezoar est dur comme le sel gemme ; il varie pour la gros- « semr et la longueur; il y en a de jaune, de rouge, de blanc, de vert, de brun. « On le trouve dans Testomac des vaches et des chevaux, dans la tôte des « cochons, le meilleur, dans leur estomac. Quand les Turkestani veulent c obCeak de la pluie, ils attachent le bezoar à une branche de saule qu'ils « posent dans de l'eau pure, ce qui amène infailliblement ce qu'ils demandent. « Quand ils désirent du vent, ils mettent le bezoar dans un petit sac qu'ils « attachent à la queue d'un cheval; quand ils veulent un temps frais, ils l'attac chentà leurs ceintures. Ils ont, pour ces diiFérentes circonstances, des conjuc râlions ou prières qui, selon leurs opinions superstitieuses, manquent rare- ■ mens de succès. Les Turke.^tani, les Targaout et les Oelet se servent « fréquemment du bezoar, dans de longs voyages, pour se préserver de la c chaleur. L'effet du bezoar est encore plus grand dans les mains des • Lama.

Timkowski, Voyage à Véking. tomel, pages 412-413.

des chefs qui portent le nom de qachgâ. Les Qirghiz ne sont ni musulmans ni inGdèles; ils habitent des montagnes d'un accès difficile et dans lesquelles oti ne peut pénétrer que par des défilés. Quand un souTerain leur déclare la guerre et dirige des troupes contre eux, ils envoient leurs famiUes dans r intérieur des montagnes et ils se portent à Fentrée des défilés et en interceptent le passage; ils usent alors du yèdèb; ils font tomber une neige abondante, provoquent le froidet quandles troupes ennemies sontengourdies et incapables défaire un mouvement, ils fondent sur elles et les mettent en déroute.

Ils n'enterrent point leurs morts, mais ils les placent dans un cercueil qu'ils suspendent aux sommets des arbres les plus élevés ; ils les y laissent jusqu'à ce que les ossements soient tombés en poussière.

Le Pays des Qazaq. — Les Qazaq sont établis dans le voisinage du pays des Qirghiz ; c'est une tribu qui compte plus de deux cent mille familles. Ils sont musulmans, du rite hanéfite. Leurs khans, qui descendent de Djenguiz, portent le nom de Tevekkul. Les ancêtres des Qazaq tentèrent jadis de conquérir Boukhara et Tachkend ; ils furent battus et obligés de se réfugier dans le désert, où ils s'établirent : c'est à cette circonstance qu'ils doivent le nom deQa2âq(I). Us possèdent un nombre considérable de moutons, de chevaux et de chameaux ; leurs tentes sont placées sur des chariots; leurè robes sont faites de peaux de mouton, qu'ils teignent de différentes couleurs et qui ont Téclat du satin. On les porte à Boukhara, où on les vend au même prix que les

(1) Le mot Qazaq en turc oriental a les différentes significations de : émigré, exilé, rebelle, brigand, vagabond, aventurier.

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jTobe&de sttm, tant elles sont élégantes et estimées. Ils ont aussi des manteaux faits en peaux et que la pluie ne peut traverser ; ils doivent cette qualité à certaines herbes qui croissent dans le pays des Qazaq et qui servent à préparer ces peaux.

Le Pays de Taura. — En deçà des Qazaq et au delà du Dechti Qiptchaq, et s'étendant sur iine longueur de vingt journées de marche, se trouve le pays de Toura, dont le chef porte le nom de Koutchoum Khan. Il est de la race de Djenguiz et musulman du rite hanéfite. Koutchoum Khan s'étant un jour éloigné, les infidèles russes s'emparèrent de la ville de Toura. Koutchoum Khan revint, investit la ville, et pendant deux ans bloqua les Russes. Ceux-ci, réduits à la dernière extrémité, durent céder la ville. Cet événement a eu lieu récemment. Quand les Russes s'emparèrent de Toura, ils y firent prisonnier un fils de Koutchoum Khan qui fut envoyé à Moscou.

Autour du pays de Koutchoum Khan, on rencontre des tribus de peuples extraordinaires dont Tapparence extérieure excite l'étonnement. Personne ne comprend leur langue ; ils ne suivent les prescriptions d'aucune religion ni d'aucune secte. Ils sont semblables à des animaux sauvages. Dans ce pays les nuits sont extrêmement courtes, et, pendant quarante jours consécutifs, on ne peut faire la prière de la nuit, parce que l'aube parait immédiatement ; c'est un fait parfaitement connu.

Les ancêtres de Koutchoum Khan ont exercé le pouvoir dans ce paj^s depuis Djenguiz Khan ; les aïeux d'Abd our Rechid dominent à Kachgar depuis l'expédition de Djenguiz Khan.

Un poète persan a composé quelques vers pour fixer la date de l'expédition de Djenguiz qui envoya son fils Houlagou contre Bagdad où le khalife Montassem fut mis à mort. Lui-même ne dépassa jamais les frontières du Khorassan.

Vers : « En Tannée de Thégire 656, le jeudi quatrième jour du mois de safer, le khalife se rendit devant le sultan mogol, et ce jour vit la fin de la dynastie des Abassides. »

Dans le partage que Djenguiz fit de son empire à ses enfants, il attribua le pays de Kachgar à son fils Touly. Abd our Rechid descend de Touly Khan ; il y a donc trois cent cinquante ans que le royaume de Kachgar est au pouvoir de cette dynastie. Le chef des Qalmaq descend de Mangou Qaân. Les ancêtres d'Altoun Khan exercent le pouvoir depuis Djenguiz Khan.

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