‹ Histoire de l'Asie centrale, publ., tr. et annotéChapitre 28 sur 29 · IL LE CHEF DES QALMAQ. — LE ROYAUME DU TIBET · texte numérisé non relu

IL LE CHEF DES QALMAQ. — LE ROYAUME DU TIBET

Le pays des Qalmaq (l)est situé en deçà de la Chine. Le chef de cette contrée porte le nom d'Oktaï et le surnom de Altoun. Tous les chefs Qalmaq reçoivent ce surnom. Altoun Khan descend de Djenguiz Khan qui franchit leDjihoun^ revint sur ses pas et mourut dans le pays des Qalmaq. De nos jours, Altoun Khan a fait placer les ossements de Djenguiz dans un cercueil en or qu'il transportepartout avec lui. Toutes les fois que surgit une affaire importante, il se prosterne, en

(1) La première mention des Qalmaq dans les auteurs orientaux se trouve dans ritméraire des ambassadeurs envoyée en 822 (1419) par GhAh Roukh et Oulough bey à la cour de Pékin. Cet itinéraire a été inséré par Âboul Hassan Saîd el Djourdjany dans son ouvrage géographique intitulé : Messalik oui Jfemalik. a Thourfan, dit Fauteur de l'itinéraire, est une ville fortifiée. On y trouve les Qalmaq, qui se livrent au brigandage. Ji Witsen a donné la traduction de ritinéraire exircit de Saïd el Djourdjany dans son ouvrage : « Noord en Oost Tartaryen •. Amsterdam, 1785, pages 491 et suivantes. Seyid Aly Ekber Khitay ne consacre aux Qalmaq que quelques mots sans intérêt

se couformant à sa fausse croyance, devant le cercueil de Djenguiz et il implore son aide, carlesQalmaq sont infidèles. Dans cette contrée se trouve une caverne située sur le flanc d'une montagne ; du sein de cette caverne s'élève une colonne de flanmies qui atteint la hauteur d'un minaret. Les Qalmaq rendent un culte à cette flamme : selon ^ux (que Dieu nous préserve d'un pareil blasphème), Djenguiz Khan fait des miracles. Toutes les fois que le chef des Qalmaq fait la guerre à un prince voisin, il transporte avec lui le cercueil de Djenguiz au-dessus duquel il plante son drapeau. Altoun Khan fait quelquefois la guerre à l'empereur de Chine, mais il ne peut pas lui résister efficacement; il fait des expéditions jusqu'à la grande muraifle de la Chine, metenfuiteles gens qu'il rencontre et enlève leurs troupeaux; mais il ne peut franchir les fortifications, car il n'a ni canons, ni fusils, tandis que les Chmois en possèdent beaucoup. L'empereur de Chine désigne alors un général pour marcher contre Altoun Kl\an, car, il ne prendjamais part, de sa personne, à aucune expédition. Dans toutes ces contrées, îl n'y a personne qui puisse résister aux Chinois. L'empereur de Chine désigna une fois un général pour aller combattre Altoun Khan : celui-ci ie vainquit dans une bataille et le fit prisonnier ; l'empereur, outré de colère, fit marcher un autre général avec une armée innombrable. Altoun Khan voulut lui résister, mais il fut battu et son frère fut tué; son camp fut piUé; un ^and nombre de Qalmaq restèrent sur le champ de bataiUe. Altoun Khan, incapable de résister, demanda la paix et rendit la liberté au général qu'il avait fait prisonnier. Aujourd'hui, les deux parties ont renoncé aux hostilités et sont en paix ; mais les Qalmaq, divisés en petites troupes, se jettent sur

tout ce qui se rencontre en dehors des villes chinoises, puia ils battent en retraite. Quand les troupes chinoises sont in**' formées à temps, elles fondent sur lès Qahnaq, mais ^ttûs s'aventurer dans leur pays , parce qu'elles marchent avec lenteur, à cause de leur artillerie et de leur armement. Ces Qalmaq ressemblent par leur manière de combattre aux Tatars. Si Tempereur de Chine fait des représentations à Altoun Khan au sujet de ces incursions, celui-ci se bornb à répondre qu'il n'en a aucune connaissance, qu'il recherchera les brigands et qu'il les punira. Cet état d*hostilité est perpétuel entre les deux pays.

Au delà du pays de Kachgar se trouve la tribu des Qazaq : ce sont des nomades qui n'ont ni villes, ni villages ; leur nombre s'élève à deux cent mille familles ; leurs khans portent le nom de Tevekkul. Ces Qazaq firent une fols une expédition contre les Oalmaq ; le chef des Qalmaq, en fut informé, et envoya à leur poursuite un de ses vézirâi « Ne reviens pas, ordonna-t-il, sans ramener Tevçkkul, oii sans rapporter sa tête. » Le vézir se mit en marche. Tevekkul fît une reconnaissance du côté dé sori campement, et voyant le nombre infini des guerriers Qalmaq, il jugea toute résistance impossible et se réfugia à Tachkend. Les Qalmaq poursuivirent les Qazaq et pillèrent la moitié de leur tribu. Tevekkul laissa l'autre partie de sa tribu à Tachkend.

Tachkend est une grande ville qui a été autrefois la capitale d'Afrassiab. A cette époque, le souverain de Tachkend était Bouzour Ahmed Khan, qui portait le surnom de Barâq Khan: il descendait de Djénguiz. Tevekkul s'était donc réfugié à Tachkend; les Qalmaq, après avoir pillé sa tribu, étaient retournés dans leur pays ; Tevekkul envoya un émis-

sair6 à Barâq Khan. « Je suis venu dans votre pays, lui fit-il dire, je me suis mis sous "Votre protection ; nous sommes attachés l'un à l'autre par les liens de la parenté, nous descendpns tous les deux de Djenguiz ; en outre, nous sommes musulmans et coreligionnaires ; accordez-moi votre aide et marchons tous deux pour tirer vengeance de ces infidèles.» Barâq Khan lui fit répondre : « Si dix princes comme vous et moi se liguaient ensemble, ils ne pourraient résister aux Qainiaq^ cai: ils sont aussi nombreux que les hordes de Yadjoudj. )> En effet, ils ressemblent par leur multitude au peuple de Magog. Ils sont, comme les hommes de ce peuple, de petite taille. Les Qalmaq mangent toutes sortes d'animaux etméme des serpents. Cependant, tous les Qalmaq n'agissent pas ^insi, mais seulement quelques fractions de tribus . Qi^and UB Qalmaq vient à mourir, on met sur son tombeau tous les objets qui lui ont appartenu; personne n'y touche, car, selon leur vaine croyance, si quelqu'un enlevait de ces objetfi, il serait chargé de tous les péchés du mort. C'est pour cela qu'ils n'osât rien dérober.

Les habitants de Tachkend font quelquefois des incursions sur leur territoire et enlèvent des Qalmaq. Après les engagements, quand les habitants de Tachkend dépouillent les mort» et qu'ils enlèvent les cottes démailles et les armures, on reconnaît des jeunes filles parmi ceux qui ont succombé. Cette tribu des Qalmaq est douée d'une telle intrépidité que les jeunes filles elles-mêmes vont à la guerre, après s'être couvertes d'armures.

Une fois, Altoun Khan, le chef des Qalmaq, donna le commandement d'une nombreuse armée à un de ses vézirs. Celui-ci, dans l'expédition dont il était chargé, tomba ma-

lade auprès de la ville de Thourfan, dans le pays de Kach* gar. Il fit demander un médecin dans cette ville elles habitants, pour éviter le pillage, lui en envoyèrent un pour le soigner. A son retour, ce dernier raconta qu'ayant marché un jour et une nuit à travers le camp des Qalmaq, il n était arrivé que le lendemain matin à la tente du chef. Malgré leur nombre infini, les Qalmaq ne peuvent résister à l'empereur de la Chine et ils sont vaincus par lui.

Distique. « Dieu, qui a créé le firmament et tout ce qui se trouve au-dessous, a établi les puissances sur la terre. »

Le Royaume du Tibet. — En deçà du Khita se trouve le Tibet, pays vaste et florissant. Il n'est pas gouverné par un chef unique, mais il est soumis à plusieurs princes qui se font continuellement la guerre. Si un ennemi extérieur vient les attaquer, ils font trêve à leurs inimitiés particulières, s'unissent et se portent mutuellement secours. Ce pays est couvert de montagnes escarpées et couvertes de forêts : on n'y a accès que par des défilés. Lorsque l'empereur deChine veut faire une expédition contre les Tibétains, ceux-ci occupent les défilés et en défendent l'entrée. Ils reconnaissent néanmoins l'autorité de l'empereur de Chine; mais ils se révoltent quelquefois contre lui. On importe de Chine en Tibet une feuille que l'on appelle « tchay » (le thé). Ils en font un breuvage qu'ils boivent comme on boit le café chez nous; quand ils n'ont pas de thé, leur caractère devient morose comme celui des Theriaqy àConstantinople. Le climat du Tibet est malsain, mais le thé en corrige la mauvaise influence ; la nécessité de se procurer le thé leur fait avoir avec la Chine des relations amicales. Le costume des Tibétains est noir des pieds à la tête ; l'or est si abondant chez eux, qu'ils en fabriquent leurs

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plats et leurs assieUe3. LesTibétainssontde très-petite taille. Le Tibet est borné d'un côté par le Kachmir et THindoustan, de l'autre côté par le pays des Qalmaq et la province de Kachgar; mais, entre ces derniers pays et le Tibet, il y a un désert de plusieurs journées de marche.

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