‹ Histoire de l'Asie centrale, publ., tr. et annotéChapitre 8 sur 29 · ZEMAN CHAH, FILS DE TIMOUR CHAH · texte numérisé non relu

ZEMAN CHAH, FILS DE TIMOUR CHAH

Sceau de Zéman Chah : « Lorsque Timour eut quitté le trône de la royauté, la fortuné (Zéman) donna la souveraineté à Zéman. »

Légende de ses monnaies : « C'est par Tordre de Dieu, maître de l'univers, que la monnaie de Tempire porte le nom de Chah Zéman. »

Après la mort de son père à Kaboul, il obtint le pouvoir royal, grâce aux efforls du qadi Feiz ouUah (1) et du serdar Payendèh Khan Bârik Zey et de tous les émirs; il fil frapper monnaie et réciter la khoutbeh en son nom. Les poètes mirent en vers la légende rhythmée de son sceau; la voici :

Vers. « Lorsque Timour eut quitté le trône de la royauté, la fortune donna la souveraineté à Zéman. »

11 envoya dans chaque province des fîrmans et des lettres

(ij Le qadi Feiz oullah qui avail été le confident et le ministre de Timour Chah futy à l'avènement de Zéman Chah, disgracié et emprisonné dans le Bâla Hiçar de Kaboul, où i' resta jusqu'en Tannée 1212 (1797). Il fut remplacé par HaQz Chir Mehetpmed Khan Bamy Zey, fils de Chah Vély Khan, vézir d'Ahmed Chah. •

royales; il prit pour ministre Rahmet oullah Khan fils de Feth ouUah Khan Sadoii Zey, bien que les principaux personnages de Tempire voulussent secrètement Ten empêcher, en lui disant : « Rahmet oullah ne convient pas à la dignité de vézir ; de plus, il est un de vos cousins ; Dieu veuille que votre choix ne fasse naître aucun malheur ! » II ne prêta point l'oreille aux discours de ceux qui lui donnaient ce sage conseil. Il fit de Rahmet oullah son ministre et il lui donna tout pouvoir ; à la fin, le déclin de sa fortune désorganisa l'État; son histoire sera racontée plus loin.

Zéman Chah s'empara de Kachmir, du Sind, duMoultan, des Déïreh, deChikarpour et de Balkh, puis il marcha sur Qandahâr. Le prince Houmayoun ne put résister; il fut battu, s'enfuit du côté de l'Hindoustan, et fut fait prisonnier dans le Moultan. Zéman Chah poussé par son vézir Rahmet oullah Khan donna l'ordre de le priver de la vue. Il fiit conduit à Kaboul et enfermé dans le Bàla Hiçar, où il mourut de sa mort naturelle.

Le prince Mahmoud s'était, dansHérât, déclaré prétendant au trône ; il fit frapper la monnaie et réciter la khoutbeh au nom de son père défunt, et il mit une armée sur pied. Il marcha sur Qandahâr, et Zéman Chah, de son côté, sortit de cette ville avec ses troupes. La bataille se livra à Ghourek, près de la rivière de Hirmend (1). Zéman Chah désirait la paix, mais le prince Mahmoud, trop plein de confiance dans ses forces la refusa. Il fallut en venir aux mains. Le vent de la victoire souffla du côté de Zéman ; les troupes du prince Mahmoud, mises en déroute, aban-

(1) Ghourek est un gros village situé entre Guirichk et le Zemin-Daver.

donnèrent le camp et le trésor et s'enfuirent sans s'arrêter jusqu'à Hérât. Beaucoup de soldats et d'émirs furent faits prisonniers ; Zéman Chah leur fit à tous des présents et leur remit une somme d'argent pour qu'ils pussent retourner chez eux (1). Il envoya un ambassadeur au prince Mahmoud. A la fin, il fut convenu que la province d'Hérât avec Férah appartiendrait à Mahmoud qui, Tannée suivante, fît frapper la monnaie et réciter la khoutbeh au nom de Zémart Chah. Ce prince riiarcha alors sur Lahore, avec l'intention d'aller à Djihan Abâd ; il s'empara de vive force de Lahore et de Routhas, où l'armée fit un riche butin.

Sur ces entrefaites arriva la nouvelle que le prince Mahmoud, rompant le traité conclu, levait une armée dans l'intention de s'emparer d'Ahmed Châhy (Qandahâr) (2). Zéman

(1) zéman Ch&h partit de Kaboul à la télé de son armée pour marcher à la rencontré de Mahmoud Chah et établit son camp à Mioun, sur les bords de la rivière Hirmend. Mahmoud Chah passa le Hirmend à Tekris et les deux armées en vinrent aux mains dans la plaine de Khakriz, où est situé Ghourek. Méhemmed Azhim Khan Alicou Zey commandait l'avant-garde de Mahmoud, le Serdar Mihr Aly Khan, grani écuyer, celle de Chah Zéman. Au milieu de l'action la cavalerie de Mahmoud s*empara de Tartillorie de Chah Zéman. Celui-ci désespérant de la victoire avait déjà enlevé de sa tête la couronne royale et Tavait remplacée par un bonnet noir pour ne point être reconnu, lorsque le combat fut rétabli par Tevekkoul Khan et Kechen Khan, officiers kalmouks de la garde du roi, et qui s'étaient convertis à Tislamisme avec des .membres de leurs tribus sous le règne de Timour Chah.

Les troupes de Mabmoud furent mises en déroule et la panique fut si grande que Mehemmed Azhim Khan, au lieu de prendre la route d'Hérât, s'enfuit du côté de Qandahâr. Il fut arrêté à cinq kurouh de Qandahâr, dans le village de Zaker, par un derviche nommé Abdoul Hamid qui l'envoya le sabre nu et le linceul au cou à Zéman Chah, qui lui accorda son pardon. Les autres chefs fails prisonniers rentrèrent chez eux après avoir visité les tombeaux des saints personnages enterrés à Tchecht.

;V. Tarikhi Ahmed, page 35.)

(2) Mahmoud avait cédé aux suggestions de Etha Mehemmed Khan Aly Zey qui, ayant eu a se plaindre de Zéman Chah, avait abandpnné Qandahâr avec

Chah revint en toute hâte à Kaboul, laissant ses bagages derrière lui. 11 acquit, d'après les renseignements qui lui furent donnés , la certitude que le prince Mahmoud avait des projets hostiles. Il distribua alors une gratification à ses troupes et marcha sur Qandahâr; de cette ville, il se dirigea sur Hérât (1). Mahmoud informé de sa prochaine arrivée fut saisi de trouble et d'effroi. Il envoya sa mère, avec Zéman^Khan, son lieutenant, porteur de nombreux présents, à la rencontre de Zéman Chah pour négocier un arrangement. Il sortit lui-même de Hérât avec ses troupes et il vint , dans le dessein de faire face aux arrivants , se placer à une fersakhde distance, à Raouzhè Bagh (2). Il laissa dans la ville le prince Firouz oud Din, son frère cadet. Son vézir, Housseïn Aly Khan, était Persan : les émirs afghans et ouïmaks haïssaient ce ministre et nourrissaient contre lui les sentiments d'une vive inimitié. Ils écrivirent en secret à Zéman Chah et à son vézir Rahmet oullah Khan des lettres pour leur faire savoir qu'ils ne devaient point consentir à la paix, mais qu'il leur fallait sans retard arriver à Hérât; que Zéman Khan, envoyé par

sa famille et cinq mille de ses partisans et s'était réfugié à Hérât. Zéman .Chah, qui était à Lahore, partit en toute hâte de cette ville le l<'''Chaâban 1211 (1797), arriva le 27 du môme mois à Pichaver, où il ne resta que quatre jours, et il entra le 17 du mois de Ramazan à Kaboul. (V. Tarikhi Ahmed, page 36.)

(1) L'avant-garde de l'armée afghane, commandée par le prince Qaïisser et Serdar Ahmed Khan, marcha sur Férah et s'y établit. Zéman Chah ne tarda pas à l'y rejoindre avec le reste de Tarmée. Le manque de fourrages fit périr presque tous les chevaux et toutes les bêtes de somme; les troupes furent décimées par les maladies. L'entrevue de la mère de Mahmoud et de Zéman Chah eut lieu à Férah. (V. Tarikhi Ahmed, page 36.)

(2) La résidence royale de Raouzhè Bagh, célèbre par ses jardins et sa longue avenue de pins, a été détruite par les Persans lors du siège de Hérât.

Mahmoud dans un but de conciliation, agissait par ruse ; qu'il enlèverait Zéman Chah pour le conduire à Hérât. Un personnage nommé Qilidj Khan, de la tribu turcomane des Ouimaks Timouris qui compte trente mille familles, se trouvait à Hérât avec mille cavahers. Tous les jours, il annonçait qu'il se rendrait au camp ; mais il se jeta à Timproviste jjians le château d'ikhtiar oudDin, très-forte citadelle bâtie par les rois Ghourides, en fit la garnison prisonnière et ouvrit un feu de mousqueterie sur la ville et le palais royal. Le prince Firouz oud Din s'éveilla du sommeil de la négligence ; il vit ce désordre et en envoya secrètement la nouvelle au camp. C'était au moment de la prière de TAsr (de l'après-midi) ; le prince Mahmoud éperdu, quitta l'armée pendant qu'elle était plongée dans le sommeil, et» suivi de ses confidents et de Housseïn Aly le Persan, il enleva son trésor et se dirigea vers la ville. La nuit même, les soldats s'aperçurent de son départ: ils en profitèrent pour piller le camp. Le prince Mahmoud rentré dans Hérât s'empressa aussitôt de prendre toutes ses dispositions; il fît pointer des canons sur la citadelle qu'il battit vigoureusement, mais sans produire d'effet. Au bout d'un jour et d'une nuit, quand il vit que l'attaque n'avait aucun succès, sous le coup des circonstances, il envoya à Qilidj Khan, l'astrologue Séyid Mehemmed qui était lié d'amitié avec lui. 11 le chargea de lui dire : « Je m'engage, sur la parole de Dieu, à te pardonner ton crime et à souscrire à toutes tes demandes. » Le Séyid Mehemmed accompagné de quelques autres descendants du Prophète alla trouver Qilidj Khan dans la citadelle ; il lui fît part des propositions du prince Mahmoud et se porta garant de leur

sincérité. Qilidj Khan répondit, avec les dehors de la soumission : a Je suis Thumble serviteur et l'esclave du prince; des hommes pervers m'avaient fait concevoir des craintes; mais, puisque le prince me pardonne mes crimes, à moi qui suis coupable, tant que je vivrai, je ferai pour lui et pour le service de Dieu le sacrifice de ma vie. Je n'agirai pas avec duplicité; mais puisque ceux qui possèdent laçoufiance de la cour du prince et ont toute autorité sont Housseïn Aly Khan et Mirza Hachim Khan le chef des secrétaires de la chancellerie, que ces deux personnages viennent ici avec quelques émirs afghans, et qu'ils s'engagent par serment, pour que je sois rassuré et que j'aie l'esprit en repos. » Séyid Mehemmed sortit de la citadelle et retourna auprès du prince Mahmoud. Il lui rapporta fidèlement les paroles de Qilidj Khan. La nouvelle s'était répandue de bouche en bouche que le prince Qaïsser fils de Zéman- Châh s'était approché de Héràt à la distance de dix fersakhs, avec le serdar Ahmed Khan, tous les émirs et six mille hommes et qu'il s'avançait rapidement en doublant les étapes. Inquiet et troublé, le prince Mahmoud, ne trouvant pas d'autre moyen de se tirer de sa position, manda auprès de lui, sous le coup de la nécessité, Housseïn Aly Khan, Mirza Ilachim Khan et d'autres émirs de haut rang : « Allez auprès de Qilidj Khan, leur dit-il, rassurez-le de ma part et portez-vous garants de tout ce qui pourrait arriver. » Housseïn et Mirza Hachim se mirent à se lamenter et assurèrent au prince que le but de Qilidj Khan était de se saisir de leur personne: a II n'a point d'autre but, dirent-ils ; nous nous rendrons auprès de lui, mais nous ne reviendrons pas. » Le prince se voyait pressé par le temps et à bout d'expé-

dients : « Partez, leur dit-il, espérons qu'il ne vous sera fait aucun mal. » Houssein Aly Khan, suivi de personnages de haut rang se dirigea, la chaîne au cou, vers la citadelle. Qilidj Khan vint à leur rencontre et reçut leurs hommages. Après un long préamhule, Qilidj Khan dit à Houssein et à Mirza Hachim : « Moi qui commande mille familles ouïmaks, je suis sans pouvoir, tandis que vous qui êtes d'une religion étrangère, qui êtes des gens de basse condition et des Persans, vous êtes devenus, l'un vézir, et l'autre intendant des finances ! L'heure de votre disgrâce est arrivée, car le pouvoir n'appartient plus au prince Mahmoud. » 11 ordonna qu'on les arrêtât tous deux et qu'on laissât partir les khans afghans. Il donna ensuite l'ordre de tirer des tours de la citadelle des coups de fusil sur la ville et sur le palais royal. Les émirs, rendus à la liberté, exposèrent ce qui s'était passé au prince Mahmoud qui éclata en gémissements. A ce moment, on apporta la nouvelle que le prince O^ïsser et le serdar Ahmed Khan n'étaient plus qu'à la distance de quatre fersakhs. Ayant perdu tout espoir, le prince Mahmoud, suivi de son fils Kamran , de son frère le prince Firouz oud Din, de MélikQacim et de ses conseillers intimes, sortit de la ville par la porte de l'Iraq, lorsque tout le monde se livrait au sommeil ; il se réfugia en Perse auprès de Feth Aly Chah Qadjar, qu'il alla trouver à Kachan ; la suite de ces événements sera racontée plus loin.

Le matin même du jour où le prince Mahmoud avait pris la fuite (1), le prince Qaïsser entra dans la ville. Zéman

(1) Chez les musulmans, le jour de vingt-quaire heures commence au coucher du soleil.

Khan, lieutenant de Mahmoud, entra dans la citadelle où il fut reçu par Qilidj Khan. Zéman Chah et son vézîr Rahrîiet Oullah Khan arrivèrent quatre jours "plus tard : ils tirèrent de prison Housseïn Aly Khan et Mirza Hachim qui furent mis à mort. Le prince Qaïsser fut mis en possession du gouvernement de Hérât et Zéman Khan devint son vézir et son lieutenant. Zéman Chah retourna à Kaboul; le prince Qaïsser comblé par la fortune prit possession du gouvernement ; la charge d'inspecteur général et de beylerbeg fut donnée à Qilidj Khan. Les événements qui suivirent seront racontés dans la suite.

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