II AVERTISSEMENT
pour ne citer que ceux-là, — ont accoutumé tous les milieux français à l'étude des problèmes asiatiques contemporains.
Mais entre l'histoire ancienne de l'Orient (c'est-à-dire de l'Asie Antérieure), et l'histoire de la colonisation européenne en Asie, n'y a-t-il pas, dans l'éducation classique française, comme une lacune ? C'est que l'humanisme latin, resté dominant en ce pays, fait toujours considérer l'Asie uniquement en fonction de l'Europe. Les civilisations de la Mésopotamie, de l'Egypte et de la Syrie anciennes n'ont trouvé place dans les programmes scolaires, qu'autant que ces civilisa! ions inspirèrent celle de la Grèce. Quant aux événements dont l'Asie moderne et contemporaine a été le théâtre, on accepte de s'y intéresser dans la mesure où ils rentrent dans les cadres de l'histoire classique : rivalité hispano-hollandaise, rivalité anglo-française, rivalité anglorusse. De la sorte, l'histoire de l'Asie Centrale ou de l'Inde contemporaine, semble un chapitre de l'histoire de la Russie ou de celle du peuple anglais. Comme si tous les faits de la conquête et de la domination anglo-russes en Asie, n'étaient pas conditionnés par vingt siècles d'histoire turque, iranienne, indienne, chinoise et mongole !
Peut-être y a-t-il là, dans le public non érudit, un fâcheux subjectivisme historique. Peut-être ce défaut est-il particulièrement regrettable dans la patrie de Puibens Duval, de CL Iluart et de Blochet, d'E. Sénart, d'A. Foucher et de Sylvain Lévi, de Chavannes, de Maurice Courant, d'Henri Gordier, de Paul Pelliot et de Michel Piévon.
Cette simple énumération montre que ce ne sont pas les matériaux qui manquent. Sans doute les études orientales sont relativement récentes en France comme partout en Europe. Les découvertes de MM. Chavannes, Foucher, Gruu- >vedel, Aurel Stein, von Lecocq, Pelliot et Gauthiot, viennent d'ouvrir des horizons qu'il faudra un siècle pour explorer entièrement. Mais de par ces découvertes mêmes, des faits généraux ont été acquis, des points de repère ont été reconnus dont le public doit d'ores et déjà prendre note pour éclairer et jalonner la voie des découvertes à venir.