‹ Histoire de l'Asie (volume 2)Chapitre 8 sur 45 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'ORIENT ANCIEN

i. — LES PREMIERES CIVILISATIONS DE L'ORIENT

Le continent asiatique et la marche de la civilisation.

L'ossature du continent asiatique est formée de terres anciennes réunies entre elles par des plissements de l'époque alpestre et par des vallées alluviales récentes.

Les terres primitives sont : le Massif sino-sibérien de V Angara qui comprend la Sibérie orientale et la Chine du Nord ; la plate-forme de Gondwana qui embrasse toute l'Inde péninsulaire ; la plate-forme d'Arabie, longtemps réunie à la pénéplaine africaine et qui n'en a été disjointe qu'à la lin de l'ère tertiaire, par l'effondrement de la Mer Rouge.

A l'ère secondaire, le continent septentrional de l'Angara était séparé du continent austral ou indo-africain par une Méditerranée centrale, la Thétys des géologues. A la période miocène, cette mer fut comblée par un immense plissement montagneux, faisant suite aux plissements alpins, et qui donna naissance aux arcs du Taurus, de l' Ararat, de l'Elbourz et des Pamirs, aux Tian-chan et à l'Altaï, à l'Himalaya, au Kouen-lun, aux Alpes de Se-tchouen et aux Arcs Malais. La formation de cette épine dorsale asiatique, de ce Toit du monde, a réuni les terres sino-sibériennes aux péninsules indiennes et dessiné ainsi la configuration actuelle du continent.

L'énorme massif central asiatique donna naissance aux

HISTOIRE DE LASIE. *1

l'orient ancien

grands fleuves historiques : le Tigre et i'Euphrate, sortis du Massif de l'Ararat ; — l'Oxus, l'Iaxarte et le Tarim, venus des Pamirs ; — l'Indus et le Gange originaires de l'Himalaya ; — le Hoang-ho, le Yang-tsé et le Mé-kong, descendus des Alpes du Tibet. Ces grands fleuves, issus du plateau central asiatique, ont, en descendant vers les mers de la périphérie, créé de vastes plaines alluviales qu'ils continuent à féconder de leur limon et à enrichir de leurs canaux. Ce sont, de l'Ouest à l'Est, la plaine de Mésopotamie, la plaine indo-gangétique, les oasis du Turkestan, la Mésopotamie chinoise, la plaine cambodgienne. Ajoutons, en marge de l'Asie, la terre d'Egypte, « don du Nil », du fleuve divin qui, descendu du massif alpestre d'Abyssinie, a d'abord comblé sa vallée, puis gagné sur la mer les terres de son Delta.

La civilisation orientale est née au bord de ces grands fleuves nourriciers, qui, après avoir créé le sol par le dépôt de leur limon, ont, sous le chaud soleil d'Orient, mûri les premières récoltes pour la faucille de pierre d'ancêtres inconnus. Le blé est originaire de la Mésopotamie et le riz de la Chine orientale ; la crue annuelle du Nil, du Tigre et de I'Euphrate fait germer la moisson presque sans l'intervention de l'homme. Les premiers éléments de culture apparurent sur ces terres bénies bien avant que le reste de l'humanité fût sorti de la barbarie originelle. Dès l'époque néolithique, l'Egypte, la Chaldée, l'Elam, et sans doute aussi la Chine, furent le siège d'une brillante civilisation.

Les chaînes de montagnes, les hauts plateaux et les déserts qui coupent l'Asie par le milieu, de l'Isthme de Suez au golfe de Petchili, isolèrent longtemps les civilisations écloses au fond des vallées. Entre la vallée du Nil et celle de I'Euphrate s'étend le désert de Syrie ; entre la plaine de Mésopotamie et la plaine indo-gangétique, se dressent la haute falaise de l'Iran et la muraille de l'Hindou-Kouch. Entre la plaine indo-gangétique et les vallées du Tarirh et du Hoang-ho, c'est la tourmente géologique des Pamirs et du Kouenlun ; puis ce sont les sables du Gobi. Il y eut, de ce fait, autant de foyers de civilisation autonomes que de

grandes vallées fluviales. A la longue, cependant, les plus voisins de ces foyers entrèrent en contact. Dès la fin de l'époque néolithique, le foyer égyptien et le foyer mésopotainien communiquèrent entre eux. Une deuxième étape commença lorsque la civilisation, partie des basses plaines littorales, se mit à escalader les plateaux. En effet, si, du point de vue ethnographique et politique, il arriva que les plateaux conquissent les vallées, pour la civilisation ce furent toujours les vallées qui conquirent les plateaux. Tel fut le cas notamment de la civilisation chaldéo-assyrienne qui gravit le plateau d'Iran, et de la civilisation chinoise qui monta à la conquête du plateau mongol. La troisième étape, celle qui mit l'Asie Antérieure en rapport avec l'Extrême- Orient, ne commença que bien des siècles plus tard. L'Asie Antérieure et l'Extrême-Orient, ayant vécu isolés pendant des millénaires, donnèrent naissance à des humanités différentes, comme si le haut plateau des Pamirs — le Toit du monde — ne séparait pas seulement deux versants opposés mais deux continents et presque deux planètes.

Cependant, à la longue, «les hauts plateaux et le désert furent vaincus par la caravane. La chaîne des oasis qui se succèdent sans interruption sur les hauts plateaux d'Asie depuis Ispahan jusqu'à Pékin, fut comme un pont jeté entre les civilisations primitives. Par le pont de l'Iran passèrent les races qui apportèrent au monde indo-gangétique les civilisations méditerranéennes. Par les oasis du Turkestan oriental, les religions et les arts de l'Inde gagnèrent l'Extrême-Orient : le Turkestan Oriental fut, au commencement de notre ère, une Sérinde, point de rencontre du monde aryen et du monde jaune.

Les hauts plateaux steppiques de l'Asie centrale jouèrent encore un autre rôle. Us ne cessèrent de déverser de nouvelles vagues humaines sur les plaines anciennement civilisées de la périphérie. Cette descente des nomades de la Haute-Asie vers les capitales de l'Asie sédentaire, vers Singan ou Pékin, vers Lahore ou Delhi, vers Babylone ou Bagdad, fut une des données les plus durables de l'histoire, une loi géographique aussi constante que la descente des

L OHIKNT WCIKN

fleuves vers la nier. A vingt reprises, les races descendue» du plateau d'Iran ou des plateaux du Touran, — Aryas, Perses, Parthes et Turcs, — conquirent les plaines du Tigre et de l'Euphrate, de l 'Indus et du Gange. A vingt reprises, les hordes du plateau de Mongolie, — Hioung-nou, Tobas, Tou-Kioue, Khitaï, Niutchi, Gengiskhanidcs, — conquirent les plaines du Hoang-ho et du Yangtsé. Les derniers, les Gcngiskhanides, conquirent le monde. Or ces migrations de peuples furent de grandes forces de nivellement. En réunissant toutes les anciennes civilisations sous le même joug, la conquête tartare obligea celles-ci à se connaître et à se pénétrer. Après le passage des Mongols, au xine siècle, il n'y avait plus de Parnirs, Marco Polo allait librement de Trébizonde à Pékin, toutes les races étaient mêlées et la steppe aurait dominé l'Asie sans l'influence prépondérante de la mer.

La mer unit les hommes bien mieux que la terre, surtout lorsque la terre se fait désert et haut plateau. Aux deux extrémités du continent, la mer eut en Asie une influence décisive : du côté de la Méditerranée d'une part, du côté de la Sonde d'autre part. Toutes les terres levantines et, derrière elles, toutes les terres d'Iran participèrent à une vie méditerranéenne qui leur fut commune avec les péninsules de l'Europe méridionale. Toutes les côtes de l'Asie, situées à l'est de Geylan depuis le Bengale jusqu'au Japon, vécurent d'une vie propre dont l'Inde fut la créatrice et la Chine la régulatrice. Par la Méditerranée, l'Asie Antérieure vécut en fonction de l'Europe. Par les détroits de la Sonde, l'Extrême-Orient vécut en fonction de l'Inde. Les religions traduisirent en faits permanents, supérieurs aux affinités de race ou de langue, ces données géographiques : L'Asie Antérieure appartint à l'Hellénisme, puis à l'Islam qui furent l'un et l'autre des conceptions méditerranéennes. L'Extrême-Orient appartint au Bouddhisme qui était une conception indienne. Au cours de quarante siècles d'histoire, Imites les races de l'Eurasie ont été mêlées. Les Aryens venus d'Europe ont peuplé la Perse et l'Inde. Les Sémites venus d'Arabie ont, à plusieurs reprises, soumis la Mésopo-

tamie, l'Egypte, l'Afrique du Nord et l'Espagne. Les Grecs oui poussé jusqu'en Bactriane et au Pendjab, les Turcs jusqu'en Hongrie et jusqu'au Dékan, les Mongols jusqu'en Iran et en Russie. Mais au milieu de ces remous de peuples, la grande division des cultes et des cultures est restée à peu près immuable. Il y eut toujours un Orient méditerranéen, tour à tour sémitique, puis hellénistique, puis musulman. Et il y eut un Extrême-Orient auquel on pourrait appliquer le nom d'une de ses péninsules, car il fut une immense Indo-Chine, un monde mixte, chinois par sa structure politique et sociale, indien par son âme, ses religions et son art.

Cette division des civilisations asiatiques inspirera le plan du présent ouvrage. Nous étudierons d'abord les civilisations de l'Orient, puis celles de, l'Extrême-Orient.

Les premières civilisations.

La Ghaldée et l'Elam.

Les traditions sémitiques plaçaient en Asie le berceau de l'humanité. Peut-être l'anthropologie contemporaine n'estelle pas éloignée d'adopter cette conception. Il semble, en effet, d'après les dernières hypothèses, que les civilisations préhistoriques de l'Asie Antérieure et des régions avoisinantes (vallée du Nil, Turkestan) aient possédé une avance considérable sur les civilisations analogues des autres contrées. Le Néolithique qui ne débute dans l'Europe Occidentale que vers 7.500, apparaît dès 20.000 ans avant notre ère en Egypte et en Ghaldée (1). Des foyers de civilisation néolithique extrêmement importants ont existé dans la Haute- Egypte, en Palestine, en Ghaldée, en Elam, et jusqu'au Turkestan Occidental (fouilles d'Anau). Ces divers foyers néolithiques reçurent la métallurgie à des dates différentes. Il semble que celui qui prit la tête de cette grande révolution, celui qui découvrit, ou tout au moins propagea l'usage du cuivre, fut le foyer chaldéo-élamite (vers 5. 000 avant

(1) Cf. M. Boule. Les hommes fossiles, p. 154 (P., 1921).

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J.-C). Comme c'est aussi de Mésopotamie que le blé semble originaire, il apparaît de plus en plus que Éfétte vieille tégion du Tigre et de lEuphrate, où naquirent à la fois la métallurgie et l'agriculture, fut bien, comme le veut la Bible le berceau de la civilisation historique.

La Civilisation chaldéo-élamite, telle qu'elle nous apparaît à l'âge du cuivre, était l'œuvre commune de trois peuples : les Shotimer ou Sumériens, race particulière de la Ghaldée, auxquels ce pays doit son écriture cunéiforme, ses dieux infernaux, sa magie, son astrologie et le culte d'Ishtar, la Vénus orientale ; — les Accad ou Accadiens, d'origine sémitique (i), venus de l'Arabie en Mésopotamie, qui pratiquaient le culte solaire et adoraient Shamash, Mardouk et Bel ; — enfin les Elamites, habitants de la Susiane, peuple hybride lui aussi et qui, bien qu'ayant une civilisation commune avec les Suméro-Accadiens, possédait un Panthéon original et une langue particulière, ni sémitique ni sumérienne, la langue anzanite, récemment découverte (2).

Aucune question n'a été plus discutée que celle de l'origine des Sumériens (3). Etait-ce la race indigène de la Chaldée ? Etait-ce une race conquérante ? Une ancienne hypothèse, récemment remise en faveur (4), voit dans les Sumériens un peuple touranien venu du Nord-Est, isoit de l'Iran, soit même du Turkestan où les fouilles d'Anau (5) nous ont en effet révélé une riche civilisation protohistorique. En arrivant en Ghaldée, ces immigrants y auraient trouvé établi un autre peuple, les Accadiens, venu de l'Arabie, berceau commun des races sémitiques. Après bien des luttes, dont le détail nous est inconnu, Accadiens et Sumériens se seraient partagé ce sol béni de Ghaldée, ce « para-

(1) Voir à I'appexdice du présent volume, l'élude sur Les migrations sémitigucs, page 302.

(2) Cf. Scheil. La langue anzanite, C. R. de l'Acad. des Inscriptions, 1909, p. 527. — De Morgâfl, Vhitïoire de VEkim, P. 1002.

(3) Sur la question sumérienne, cf. Fossey, Manuel dAssyriologie, I,

(i) Cf. Ed. Meyer, Sumerier und Semilcn in Babylonien, B. 1906, p. 111, etL.-W. King, History o/ Sliumer and Akkad, L. 1910, p. 54 et 351.

(5) Cf. R. Pumpelly. r.rploralion o/ Turk<'stan, Washington, 1908.

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dis terrestre » pour lequel ils avaient quitté, les premiers, 1rs sables de l'Yémen, les seconds les oasis de l'Oxus. De fait, quand débute l'histoire, on voit la Chaldée partagée entre le pays des Shoumer au sud, près du golfe Persique, et le paya d'Accad, au nord, dans la Babylonic historique. Les principales Ailles des Shoumer étaient Our, Ourouk, lshin et Lagash ; celles des Accad étaient Kish, Agadé et Bain loue.

A la tète de chaque cité chaldéenne, se trouvait un prince ou patési qui était en même temps grand prêtre du dieu local. Ce dieu était généralement un astre auquel la ville était consacrée (par exemple Sin, le dieu-lune, à Our, Mardouk, la planète Jupiter, à Babylone). Au-dessus de ces dieux locaux planait la divinité suprême, Ilou, qui s'appelait aussi, suivant les circonstances, Anou, dieu du ciel, Bel. créateur du monde, ou Oannès, le maître de la vie. Presque tous les cultes étaient des cultes astronomiques. L'astronomie, en effet, ou plutôt l'astrologie avec son accompagnement de démonologic et de magie, joua un rôle prépondérant dans, la société chaldéenne. C'est pour observer le cours des astres que les Chaldéens inventèrent les mathématiques et qu'ils élevèrent les premiers temples, massives constructions en briques (t) qui affectaient généralement la forme d'une pyramide à gradins de sept étages.

La fertilité du sol chaldéen qui avait attiré et fixé Sémites et Sumériens, nomades d'Arabie et nomades du Touran, favorisa de bonne heure le développement de l'agriculture. Le pays devint l'objet d'une mise en valeur intensive. Une des principales fonctions des rois était la création et l'entretien de canaux d'irrigation. Grâce à cette canalisation, jalousement entretenue, la Chaldée devint un jardin qui laissa dans la mémoire des peuples voisins le souvenir d'un paradis terrestre. De la prospérité agricole sortit bientôt l'essor industriel. Aucun peuple ne fut plus inventif que les Chaldéens dans tous les arts de luxe. Leurs ouvriers f abri-

Ci) La pierre faisant défaut en Chaldée, les architectes de ce pays ne connaissaient d'autres matériaux de construction que la brique.

L ORIENT ANCIEN

quèrent avec une maîtrise jamais dépassée des étoffes aux couleurs éclatantes, des lapis somptueux, des meubles de prix, des ouvrages d'orfèvrerie recherchés dans tout l'Orient. Les marchands chaldéens allaient écouler ces produits par la voie de l'Euphrate cl les pistes du désert jusqu'aux moula» nés de l' Arménie et à la côte syrienne. Avec leurs marchandises, ils apportaient aux races voisines encore barbares leur écriture nationale, la célèbre écriture cunéiforme qui se traçait sur des tablettes d'argile à l'aide d'une tige de fer en forme de clou. Seuls en Asie à cette époque, ils étaient en possession dune culture complète. Par la commodité de leur écriture, autant que par la prospérité de leur agriculture et de leur commerce, ils exercèrent sur tous les pays voisins, notamment sur la Palestine, une influence dont les origines remontent à l'aube de l'histoire.

Les annales de la Chaldéc primitive sont remplies par les querelles locales, de bourgade à bourgade, de principauté à principauté, par la rivalité ethnique et régionale entre Sumériqns et Sémites, enfin par la lutte, devenue nationale, entre Elamites et Chaldéens. — Tour à tour l'hégémonie fut possédée par les Sémites de Kich (Ve millénaire), puis par les Sumériens de Lagash (vers 3000-2900) et d'Ourouk (vers 2870). Vers 28/|5, la suprématie fut conquise par Agadé, ville qui avait remplacé Kich à la tête du pays sémitique. Les rois d'Agadé Naramsin (2755-2712) et Sarganisharri (271 1- 2688) (1) soumirent tous les roitelets chaldéens, rendirent l'Elam et la Syrie tributaires et portèrent leurs armes jusqu'au Massif d'Arménie et à la Méditerranée. Vers 2/170, l'empire chaldéen passa des Sémites d'Agadé aux Sumériens d'Our (2). Les rois d'Our Ourengour (2^7 1-2457) et Doungi (2/156-2899) se signalèrent par des expéditions contre l'Elam, ennemi héréditaire de leur peuple. — L'art chaldéen de cette époque est représenté notamment par les sta-

(1) La chronologie adoplée ici est colle de Thurcau Dongin, La Chronologie des dynasties de Sumer et d'Accad, Paris 1918. — Voir aussi L. W. King, History 0/ Shumer and Akkad, Londres 1910.

(2) Cf. G. Janneau. Une dynastie chaldcenne, les rois d'Our, préface de V. Scheil, Paris, Gcuthner, 1911.

luettes du patési de Lagash, Goudéa, qui vivait vers 2/100 avant notre ère. C'est un art déjà en possession de tous ses moyens. Le modelé est d'une franchise, d'une vigueur et d'une sobriété remarquables. Les têtes, bien étudiées, ont une expression souvent très fine, trahissant une curieuse préoccupation d'exactitude et de beauté.

Vers :>3oo, le dernier empereur d'Our fut vaincu par les Elamites. Après avoir longtemps subi la suzeraineté des Chaldéens, les Elamites allaient avoir leur revanche. En 2285 leur roi Koutour Nakhonté envahit la Ghaldée, entra à Our et à Babylone et rattacha à l'Elam tout le sud du pays. On a longtemps attribué au contre-coup de cette invasion les migrations de peuples sémitiques qui se produisirent au IIIe millénaire dans l'Asie Occidentale : migration d'une partie deis Accad qui remontèrent le cours du Tigre pour aller donner naissance au peuple Assyrien ; migration des Cananéo-Phéniciens qui quittèrent les bords du Golfe Persiquc pour aller coloniser la Palestine et le, Liban.

Il semble en réalité que la migration des Assyriens d'une part, celle des Cananéens d'autre part, soient sensiblement antérieures : Au xxme siècle, la principale tribu cananéenne, celle des Amorrhéens, était déjà assez solidement établie en Palestine .pour rayonner de là jusqu'à Babylone, qui, en 2225, reçut d'elle sa première dynastie.

Après avoir soumis la Chaldée, les conquérants elamites relancèrent Assyriens et Cananéens jusque dans leurs nouveaux domaines : Vers 21A0, le roi d'Elam Koutour Mabouk conduisit en Syrie et en Palestine une expédition victorieuse. Cependant les Chaldéens finirent par se ressaisir. Groupés autour de Babylone qui avait remplacé Agadé à la tête des cités accadiennes, ils commencèrent la lutte contre les Elamites. Le roi de Babylone Sinmouballit (21 43- 2124) affranchit le pays d' Accad de la suzeraineté étrangère. Hammourabi (2 12/4-2081), successeur de Sinmouballit, acheva l'expulsion des Elamites par la conquête de la Basse Chaldée. Toute la Chaldée se trouva réunie de la sorte sous le sceptre d'Hammourabi. Ce monarque prit le titre de « roi des Shoumer et des Accad », qui correspondait à

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un titre impérial, mais «rec lui ce fut l'élément accadien, sémitique, qui l'emporta délinitivement. La Babylonie absorba des lors toute la Gh aidée. Ses empereurs légitimèrent leur domination par de grands travaux d'utilité publique Ilammourabi creusa des canaux d'irrigation et refondit les anciennes lois chaldéennes en un code unique qui est un des monuments les plus vénérables du droit primitif. Son iils Samsouilouna (2o8o-2o43) , repoussa un retour offensif des Elamites. Après lui, Babylone resta à la tête de la Chaldéc, mais subit à plusieurs reprises la domination de dynasties étrangères : d'abord des Kassites, montagnards du Zagros qui la gouvernèrent durant cinq siècles (1761-1178), puis des Araméens, tribus sémitiques du Nordest de l'Arabie, qui, à partir du vin0 siècle, s'infiltrèrent dans toute la Cbaldée.

Les premières Civilisations :

l'Egypte et les Hittites

En même temps que la Ghaldée, l'Egypte avait vu se fonder un puissant empire organisé. Ce pays avait été le siège d'une brillante civilisation néolithique, due à une race indigène d'affinités berbères. Au Ve millénaire, — antérieurement à l\i!\i, année où commença l'ère égyptienne, — l'Egypte néolithique fut conquise par des Sémites venus d'Arabie qui s'appelaient eux-mêmes les « Serviteurs d'Horus ». Ces immigrants, ancêtres des Egyptiens historiques, apportèrent avec eux la métallurgie, et les cultes solaires. Us partagèrent la vallée du Nil en un grand nombre de principautés qui se distinguaient par l'animal totem de la tribu et du dieu de la tribu : l'épervicr dllorus, le chacal d'Anubis, le phénix d'Oshis, le lion de Râ, le bélier d'Ammon, etc. Ces principautés finirent par se réduire à deux, celle de la Haute Egypte et celle du Delta (1). Vers 33 1 5, le roi de la Haute Egypte, Menés soumit le Delta et ayant ainsi unifié les deux moitiés ennemies du pays égyptien, fonda la royauté

(1) Cf. Flinders Pétrie. A histonj o{ Egypt, Ge éd. 1007, I, 3, et Ancienl Effypt, 101G, p. 114. — Morct. Au temps des Pharaons, p. 80.

pharaonique. Le caractère de cette royauté fut, dès le début, essentiellement religieux. Le pharaon égyptien était regardé comme un personnage divin. Aux jours de cérémonie, l'iireus d'or au front, tenant en ses mains le crochet et le fléau, indignes de la divinité, il s'offrait à l'adoration des foules, fige dans son attitude rituelle, impassible, surhumain, entré vivant dans l'éternité. La religion fit ainsi de tout Egyptien l'esclave et le dévot de son roi, et la monarchie pharaonique se trouva fondée sur les croyances les plus sacrées de la race (i).

Sur ce fondement inébranlable les vingt-cinq dynasties égyptiennes se succédèrent en un majestueux défilé, durant des siècles et des millénaires. Leur histoire se divise en quatre périodes : l'Empire Memphite ou Ancien Empire de 33i5 à 2160, le Moyen Empire (Thébain) de 2160 à i58o, le Nouvel Empire Thébain de i5So à 1102 et la période saute de 1102 à 525 avant J.-C. (2).

L'empire Memphite atteignit son apogée sous les IVe, Ve et. VIe dynasties. La IVe dynastie (2<S/io-26So) compta les rois Khéops, Khéphren et Mykérinos qui construisirent les Grandes Pyramides, et firent rayonner jusqu'en Phénicie l'influence égyptienne. La VIe dynastie (25/jo-236o) eut pour principal représentant le roi Papi Ier qui envoya une expédition en Palestine.

L'art de l'époque memphite nous a laissé des œuvres impérissables. C'est l'âge des Pyramides, du Grand Sphinx de Gizch et des belles statues-portraits du Musée du Caire. Cet art — , comme la royauté pharaonique elle-même, — est intimement lié aux croyances religieuses des Egyptiens, notamment à leurs idées sur la vie d'outre-tombe. Les Pyramides, véritables montagnes construites de main d'homme et qui atteignent jusqu'à i5a mètres de hauteur, étaient destinées à servir de tombeaux aux pharaons. Et la plupart des statues ou des bas-reliefs parvenus jusqu'à nous ne sont que des statues ou des dessins funéraires. C'est que le peuple

(1) €f. Morct. Du caractère religieux de la royauté pharaonique, 1902.

(2) La chronologie adoptée ici est celle d'Eduard Meyer, traduction Moret. La Chronologie égyptienne, Paris, 1912.

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égyptien tout entier, des Pharaons aux derniers fellahs, vivait dans la préparation de ses destinées futures. Les Egyptiens croyaient à la survivance de l'âme, ou plutôt du « double » qui habitait le corps et qui, après la mort, continuait dans la tombe son existence terrestre. Pour que cette existence d'outre-tombe fût possible, certaines conditions étaient cependant nécessaires : la conservation de la momie, la présence, dans la tombe, de statuettes et de peintures représentant le défunt et ses diverses occupations sur la terre, occupations qu'il était censé continuer aux enfers. Plus la ressemblance de ces figurations était parfaite, plus le mort avait de chances de voir sa survie assurée. Les idées religieuses dont la société égyptienne était toute pénétrée, contribuèrent ainsi au développement de l'art et particulièrement des arts plastiques.

A l'époque de la IVe dynastie, l'art égyptien qui avait déjà vingt siècles d'existence, parvint à son apogée. Les statues de cette époque sont de véritables portraits, aux poses pleines de naturel, portraits parfois largement idéalisés, parfois reproduisant jusqu'à la satire les particularités du personnage et de son milieu. Au nombre des premières, citons la grande statue en diorite de Khéphren, avec l'épervicr aux ailes éployées debout derrière la tête du roi (i). C'est une œuvre de très grand art, d'une noblesse impressionnante. « Rarement, dit Maspéro, la majesté royale a été rendue avec tant de largeur. » Dans le même style, le groupe en schiste de Mykérinos et de sa femme, aujourd'hui au Musée de New-York. D'un tout autre style est la statue en bois de Ka-Aper, dit le Cheikh-el-Béled, surveillant des travaux des pyramides à l'époque de la IVe dynastie (2) : c'est le portrait, fort réaliste, d'un bourgeois satisfait, important et gras, au masque énergique et vulgaire, à la démarche déjà un peu appesantie ; on dirait un publicain romain de la belle époque. De la même école, le Scribe accroupi du Musée du Louvre, d'une vérité saisissante avec son air sec

(1) Caparl. LWrl éqypticn, planches 11 et 108.

(2) Capart. Op. cit., planches 15 et 112.

et froid et l'acuité de son regard (i), et le Scribe accroupi du Musée du Caire, à la mine malveillante de fonctionnaire blasé (a). Toute cette statuaire témoigne d'un réalisme d'inspiration et d'une souplesse d'expression que l'art égyptien ne retrouvera plus aux époques suivantes. Enfin la beauté féminine n'est pas absente de cet art. Vue de profil, la statue en bois dite « femme du Cheikh-el-Beled », est loin d'être dénuée de grâce (3), et les deux statues féminines accroupies, dans le groupe en calcaire de la famille de Jechi au Musée du Caire (/|), sont, dans leur simplicité charmante, dignes d'inspirer le ciseau de nos modernes archaïsants. r

Memphis perdit son rang de capitale vers 236o. Après deux siècles de luttes, ce rang fut occupé par la ville de Thèbes, en Haute-Egypte, dont les princes devinrent pharaons. Ce fut la période du Moyen Empire, qui atteignit son apogée sous la XII dynastie (2000-1792). Les souverains de cette dvnastie, nommés tous Amenhémat ou Sanouasrit, conquirent la presqu'île du Sinaï et la Nubie qui devint une Nouvelle Egypte.

L'époque du Moyen Empire fut marquée par une brillante floraison artistique!. La sculpture, surtout, fut alors en honneur. Les statues de calcaire de Sanouasrit Ier, provenant de Licht, et aujourd'hui au Musée du Caire (5) comptent parmi les plus purs chefs-d'œuvres de l'art égyptien. Les têtes de ces statues aux visages pleins et souriants, d'une élégance et d'une dignité souveraines, s'apparentent par l'idéal harmonieux qui les inspire, par l'atmosphère heureuse qui semble les baigner, aux plus nobles conceptions du génie grec. Tout l'art de la XIIe dynastie est d'ailleurs infiniment séduisant. Sans doute, les statues-portraits de l'époque memphite étaient plus puissantes, plus réalistes. La statuaire de la XIXe dynatie sera d'une élégance plus raf-

(1) Capart, planche 118.

(2) Capart, planche 20.

(3) Capart, planche 111.

(4) Capart, planches 19 et 116.

(5) Capart, planches 32 et 33.

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finée, plus aristocratique. Mais les bustes du Moyen Empire, qui marquent la transition outre ces deux styles, présentent un heureux mélange de force et de grâce qui permet de les considérer comme les (eu\n\s typiques du classicisme égyptien. Quant à la peinture du Moyen Empire, elle nous a laissé des fresques admirables : citons entre autres le merveilleux CJial à Vafj'ûl dans les roseaux, de la chapelle du tombeau de (ihnuinhctcp II, à Béni-Hassan (i) ; les peintures d'oiseaux de la même chapelle, dignes de rivaliser avec ce que l'art chinois a produit de plus exquis en ce genre (2) ; et enfin, toujours à Béni-Hassan, la charmante scène des paysans apprivoisant des gazelles (3) de l'hypogée de Knoumhatpou.

L'Egypte était en pleine prospérité lorsqu'elle fut envahie vers 1680, par des Sémites nomades venus de Palestine et analogues à nos bédouins actuels. Connus des Egyptiens sous le nom d'IIyksôs ou Pasteurs, ces barbares s'emparèrent du Delta dont ils restèrent maîtres pendant un siècle (S). Après des combats acharnés, les princes de Thèbes réussirent enfin à les rejeter en Asie et à restaurer l'Empire pharaonique. Alors commença la période du Nouvel Empire qui, comme le Moyen Empire, eut Thèbes pour capitale (i58o).

La XVIIIe dynastie qui fut la première des dynasties du Nouvel Empire, porta à son apogée la puissance de l'Egypte (i58o-i365). L'invasion des lïyksôs avait arraché ce pays à son isolement millénaire. Après leur expulsion, les barbares s'étaient réfugiés en Palestine. Les pharaons de la XVIIIe dynastie entreprirent d'aller les y relancer et de réaliser la conquête — conquête préventive et défensive — de la Syrie. Les circonstances se prêtaient à une telle entreprise. L'eurpire de l'Asie occidentale était à prendre ; les rois

(1) Jbid., planche 48.

(2) Capart, L'Art égyptien, 2e série, planche 114.

(3) Maspéro, Egypte, figure 194.

(4) L'histoire traditionnelle des Hyksos a été remise en question par R. Weill. Les Hyksos, J. A., 1910, II. 247, cl : Lu période comprise entre les xue et xvme dyn. J. A., 1915, II.

HISTOIRE d'asie I.r)

chaldéens d'Agadé et d'Our et les rois d'Elam, qui l'avaient successivement possédé, l'avaient laissé échapper de leurs mains. Babylone, qui eût pu le disputer aux Egyptiens, subissait la domination kassite. La place que ces peuples laissaient vacante, l'Egypte la revendiqua et, durant deux siècle^, l'occupa sans effort. En l'absence de rivaux sérieux, 1rs pharaons de la XVIIIe dynastie soumirent la Palestine et la Syrie. Le plus remarquable de ces princes, Thoutmès III (1 '181-1 \ '19) brisa à la bataille de Mageddo, en Galilée, la coalition des roitelets palestiniens, prit Kadesch (Homs), Alep et atteignît l'Euphratc. Ses successeurs, les Toutmès ou les Amenothès, maintinrent la domination égyptienne sur la Syrie et entretinrent, — notamment Amenothès III 1 1 /|i/(-i383) et Amenothès IV (i383-i365) — , des rapports d'amitié avec les rois d'Assyrie et de Babylone (1).

Cette situation changea après la chute de la XVIIIe dynastie. Profitant des révolutions intérieures de l'Egypte, un peuple de langue indo-européenne, les Hittites ou Héteens, qui possédait déjà en Asie Mineure la Phrygie et la Cappadoce (2), se rendit maître de la Syrie du Nord. Lorsque la XIXe dynastie monta sur le trône d'Egypte (i328), la domination égyptienne ne dépassait plus la Palestine. La Syrie propre, la Mésopotamie occidentale et l'Asie Mineure formaient un vaste empire hittite, égal en puissance à l'Empire pharaonique. Les pharaons de la XIXe dynatie, Séti ier (i3i26-i3oo) et Ramsès II (i3oo-i^34), essayèrent vainement de triompher de ce nouvel adversaire. Bien que vainqueur des Hittites sous les murs de Kadesch (Homs), Ramsès II dut, après vingt ans de guerre, signer un traité qui partageait la Syrie entre eux et l'Egypte (3).

(1) Cf. J. Haiévy. La correspondance d'Aménophis III et d'Aménophis IV. .1. A., 1890-92. — Moret. Au temps des Pharaons, p. 51.

(2) La capitale des Hitliles était à Boehâz-Keuï, l'ancienne cité de Khàli, en Cappadoce.

(3) Voir à 1 Appendice du présent volume l'étude sur L'Origine des Hittites et consulter : Franz Cumont. La langue des Hittites, C. R. de l'Académie des Inscriptions, 1917, p. 119. — J. Loth. La langue des Hittites, C. R., de l'Académie des Inscriptions, 1919, p. 203. — Dhormc. La langue des Hittites, Revue Biblique, 1er oct. 1921, p. 574. — Hrozny. Die Sprache der Hethiter, 1917. — C. Marstrander. Caractère indo-européen de la langue hittite, 1920.

L ORIENT ANCIEN

Ramsès II se consola du demi-échec de sa politique syrienne en consacrant ses dernières années aux grandes constructions qui ont illustré sa mémoire. On ne rencontre guère de ville d'Egypte qui ne possède quelque monument élevé ou réparé par lui. Il acheva les grands temples de Karnak et de Louqsor, et éleva le Ramesseum de (Journah, uniquement consacré à célébrer sa gloire. Tous ces temples sont construits sur le même type, uniforme et grandiose. Précédés de colonnades ou d'avenues de sphinx et de béliera, puis d'obélisques historiés, ils s'ouvraient sur un vestibule dont la porte était flanquée de pylônes massifs. Ensuite venait la salle hypostyle, au plafond plat soutenu par une foret de colonnes hautes parfois de 20 mètres (la salle hypostyle de Karnak comptait jusqu'à i34 de ces colonnes). Les murs des salles hypostyles étaient couverts de peintures et de sculptures, représentant les hauts faits du pharaon. C'est dans la salle hypostyle que se déroulaient aux jours de fêtes les grandes processions du culte égyptien. On accédait de là au sanctuaire, où était déposée l'arche du dieu et où le pharaon seul et le grand prêtre avaient le droit de pénétrer. L'impression qui se dégage de ces temples thébains est une impression de grandeur jamais dépassée. Les dimensions colossales des colonnades, la masse écrasante des ensembles, l'obsession des statues géantes qui les peuplent, le silence éternel de cette assemblée de granit, donnent au visiteur moderne le frisson du surhumain. L'impression devait être plus profonde encore à l'époque pharaonique. Alors un mystère redoutable planait autour de cas colonnes, et tout concourait à accroître la sainteté du lieu. Une savante dégradation de lumière était ménagée, depuis le vestibule ouvert à la clarté du soleil d'Orient, jusqu'à la salle hypostyle, baignée d'un demi-jour mystérieux, et au sanctuaire, où dans un vague crépusculaire, se mouvait l'ombre terrible de la divinité. Là, à l'abri de tout regard profane, les dieux énigmatiques de l'Egypte, les dieux à tète de bélier, de chacal ou d'épervier, s'entretenaient face à face et d'égal à égal avec le pharaon, dieu visible, leur représentant sur la terre.

Les premiers Empires

maritimes du Levant :

Phéniciens, Egéens

et Mycéniens.

On a vu qu'au IIIe millénaire avant notre ère, les Phéniciens, peuple sémitique venu de la région du Golfe Pcrsique viles Bahreïn), s'étaient établis sur les côtes de Syrie. L'étroite bande do terrain qu'ils occupaient entre le Liban et la Méditerranée ne pouvant les nourrir, ils se tournèrent vers la mer. Navigateurs intrépides, commerçants avisés, ils devinrent les premiers courtiers de l'ancien monde. Avec cela, durs Sémites ne vivant que pour le lucre, cupides, sensuels et cruels, n'ayant pour tout idéal que des cultes immoraux et sanguinaires, comme ceux des Baal, de Melkarth et d'Astarté. Les métropoles phéniciennes, Sidon d'abord, puis Tyr, furent en relations d'affaires avec toutes les terres de la Méditerranée (i). Quand l'Egypte conquit la Syrie, elles acceptèrent sans difficulté sa domination, ayant un intérêt commercial de premier ordre à faire partie d'un grand empire. Les Phéniciens servirent alors d'intermédiaires entre l'Egypte et les pays de la mer Egée. On a longtemps cru qu'ils firent plus encore, qu'ils colonisèrent les îles de l'Archipel grec. Mais les découvertes récentes ont prouvé qu'une telle supposition est sans fondement, ces îles ayant été, à l'époque qui nous occupe, le siège d'une brillante civilisation — la civilisation égéenne, — et d'un puissant empire maritime, l'empire Minoen de Crète, dont les fouilles de Gnosse et de Phaestos nous ont révélé la richesse. Les Phéniciens n'ont pu coloniser la Crète, la thalassocratie minoenne étant sans doute plus ancienne que la leur ; ils n'ont pu civiliser ce pays, l'art de Gnosse étant aussi original que celui de l'Egypte ou de la Chaldée, et infiniment supérieur aux imitations chaldéo-égyptiennes qui composaient tout l'art phénicien (2). Mais ils ont certainement contribué

(1) Cf. Victor Bérard. Les Phéniciens et i Odyssée, P., 1902-1903.

(2) Cf. R. Dussaud. Les civilisations préhelléniques, 2e éd., Paris 1914 — et : C. Autran. Phéniciens, P., 1921.

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