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Histoire de l'Asie

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Nous avons déjà parlé de ce peuple remarquable, un moment converti au Manichéisme, partagé plus tard entre le Bouddhisme et le Nestorianisme et qui aivait emprunté aux mifisionnaires nestoriens son alphabet, dérivé de l'alphabet syriaque. Les Oïgour jouaient toujours un rôle considérable à la tète de la civilisation turco-mongole, mais leur action politique, au xii* siècle, était depuis longtemps terminée. Après avoir, au ix" siècle, dominé toute la Mongolie, ils étaient désormais réduits à leur propre territoire, c'est-àdire aux oasis de Hami, Barkoul, Bichbalik (Goutchen), Tourfan, Karachar et Koutcha. Au Sud des Oïgour, sur le cours inférieur du Tarim entre Almalik (Kouldja) et le Lobnor, habitaient les Karluk, également bien déchus de leur ancienne puissance politique. Les Oïgour et les Karluk, devenus les vassaux des Kara-Khitaï, gravitaient dadis l'orbite de cette puissante nation.

L'Empire des Kara-Khitaï avait été fondé en 1124 par le prince khitaî Yélou Taché, chassé de Chine par l'invasion niutchi (i). Yélou Taché, reconnu comme Gourkhan ou Empereur par toutes les tribus du Turkestan Oriental et Occidental, établit le siège de sa puissance à Belghassoun ou Balagassoun, sur la rivière Tchou, dans la région de Tlssik Koul et du lac Balkach (Sémiretchîé actuel). Sa domination directe s'étendit sur les vallées de l'Ili et du Tarim, avec, pour villes principales, lli, Tokmak, Talas, Euzkend, Kachgar, Yarkand et Khotan. Il eut pour vassaux, à l'Est, les Oïgour et les Karluk, à l'Ouest les émirs de Samarkande et de Boukhara et les chahs du Kharezm. Ses successeurs maintinrent l'Empire Kara-Khitaï a un haut degré de puissance jusqu'au dernier d'entre eux, le gourkhan Yélou Tchéloukou (11 69-1 21 3), qui laissa le chah du Kharezm se révolter et lui enlever la Transoxiane (1207). Le Syr Daria marqua alors la frontière entre l'Empire Kara-Khitaï et l'Empire Kharezmien.

Ainsi malgré l'émiettement des tribus turco-mongoles, deux

(1) Cf. Howorlh, The Kara-Khital, Journ. of Roy. As. Soc. i>ew. ser. l. VIII, 262-290.

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(prise de Tsi-nan et de Taï-yuan). 11 entreprit ensuite la conquête du Chen-si et, après de savantes passes d'armes, s'empara du chef-lieu de cette province, l'antique cité de Si-ngan, la vieille métropole chinoise. La situation des Kin devenait tragique. Ecrasés au Nord sous l'avalanche mongole, pressés au Sud par les Soung, il ne leur restait de leur ancien royaume que la province de Ho-nan, où ils se virent bientôt étroitement bloqués. Le Roi d'Or, Outoubou, mourut désespéré dans le pressentiment de la catastrophe prochaine

Tchinkkiz Khan n'avait assisté personnellement qu'aux premières actions de cette guerre. L'œuvre une fois en bonnes mains, il setait consacré ailleurs à des tâches plus urgentes. Remarquons à ce propos qu'il ne poussa personnellement à fond, ni la conquête de l'Extrême-Orient, ni celle de la Perse, ni celle de Tlnde. ou de la Russie : il savait qu'une fois la race turco-mongole unifiée par son Yassaky tous ces vieux Empires historiques, si souvent conquis au cours des siècles par les aïeux de sa race, le seraient encore par ses lieutenants ou ses petits-fils. La besogne principale pour lui, besogne ingrate, mais qui était à la base de tout le reste, c'était le rassemblement des nations turco-mongoles dans la même caserne, sous la même consigne, avec menace de destruction totale pour leis dissidents. Le reste viendrait par surcroît. A cette œuvre utile mais sans éclat, Tchinkkiz Khan, le moins « glorieux » dos conquérants qui ait existé, sacrifia sans hésitation les brillants et retentissants coups d'épée à férir au pays des Rois d'Or. Il laissait à ses jeunes capitaines l'enivrement des triomphes inouïs aux portes des capitales du monde, sous Caï-fong ou sous Ispahan. Lui, il prenait laborieusement quelque campement de nomades dans la steppe glacée, et détruisait quelques hordes de maraudeurs. « Mes descendants, disait-il un jour, se vêtiront d*étoffes brodées d'or, ^ nourriront de mets exquis, monteront de superbes coursiers, presseront dans leurs bras les plus belles femmes, et ils ne songeront pas à qui ils devront tous ces plaisirs. » C'est ainsi qu'en 1216, il abandonna la conquête de la Chine opulente et

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jeune fils, Toulouï, le commandement de la troisième. Conformément au plan arrêté, Djoudji s'empara de la forteresse de Djejid qui défendait le cours inférieur du fleuve, Ogodaî et Djagataï prirent Otrar, sur le cours moyen, et Tchinkkiz Khan marcha directement sur la capitale de la Transoxiane, la grande ville de Boukhara, qui, terrifiée par la soudaineté de l'attaque, lui ouvrit ses porter (1220).

L'entrée de Tchinkkiz Khan dans Boukhara, le boulevard de l'Islamisme ejn Transoxiane, marque une date mémorable dans l'histoire de l'Asie.

Le conquérant mongol pénétra dans la Grande Mosquée à cheval, sabre au poing et casque en tête. Il monta en chaire et annonça aux Croyants qu'il était le fléau d'Allah envoyé pour châtier leurs crimes. Sur son ordre, les docteurs de la loi durent apporter à manger à ses chevaux dans les caisses à Corans. Les Boukhariens furent vendus comme du bétail et leur ville incendiée. Puis ce fut le tour de Samarkande dont la garnison se rendit sans combattre, ce qui n'empêcha pas Iqs vainqueurs de la massacrer tout entière, au nombre de So.ooo hommes. Le Kharezm propre (pays de Khiva) donna plus de mal aux Mongols. La capitale khatezmienne, Oudgendj, fut prise après un siège pénible par le fils aîné de Tchinkkiz Khan, Djoudji, qui fit égorger toute la population.

Tandis que son empire s'écroulait, le chah Mohammed de Kharezm, perdant la tête, avait fui de Samarkande à Balkh, puis à Nichapour, puis à Kazvin, cherchant toujours plus loin un asile contre ses ennemis. Tchinkkiz Khan, qui avait installé son quartier général près de Samarkande, chargea ses deux meilleurs généraux, Djébé et Souboutaï (i), avec 25.000 cavaliers, de i^ejoindre le fugitif et de le ramener, mort ou vif. Ce fut une course épique. Les deux capitaines mongols passèrent l'Oxus, entrèrent au Khorassan, prirent au galop Balkh et Thoûs, battirent l'Irak Adjémi à la recherche de Mohammed et retrouvèrent enfin sa trace à

(1) Cf. Abel Rémusat, Notice biographique sur Souboutaï, in : Nouveaux Mélanges Asiatiques II, 05.

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forces mongoles : aussi bien Batou était-il le plus directement intéressé dans cette affaire, puisqu'il s'agissait en Tespèce d'accroître jusqu'à la Vistule et à la Theiss son patrimoine de la Volga. Avec Batou prirent part à cette campagne les représentants de toutes les branches de la famillei gengiskhanide : Gouyouk, fils et Kaïdou, petit-fils d'Ogodaï, Meungkéy fils de Toulouï, Bouri et Baïdar, fils de Djagataï. Le chef réel dos opérations était le vieux stratège mongol Souboutaï» qu'Ogodaï avait donné comme mentor à Batou, et qui, après avoir dans sa jeunesse conquis la Chine du Nord et la Perse, venait sur se? vieux jours soumettre l'Europe.

Batou disposait d'environ 120.000 à iSo.ooo cavaliers, venus de tous les points de l'Asie Septentrionale, depuis la Corée jusqu'à la Volga, depuis le Baïkal jusqu'à l'Amou- Daria, — masse énorme poui l'époque et que Souboiitaï allait faire manœuvrer avec une impeccable science. La concentration de cette armée, s'opéra sur la Volga inférieure, a la fin de l'année i236. La campagne s'ouvrit par la soumission de ce qui restait de Bachkirs, de Bulgares et de Cumans (i) entre les Monts Oural et la Criniée (1237). Ce fut ensuite le tour des principautés russes. Avec leur légèreté de Slaves et leurs incurables divisions, les princes russes firent le jeu des envahisseurs. Leur défaite de la Kalka, ea 122/1, ne leur avait été d'aucun enseignement. Ils affrontèrent séparément Souboutaï qui les détruisit les uns après les autres. Le prince de Riazan fut vaincu et tué à la bataille, de Kolomna sur la rivière Oka et le prince de Souzdalie à la bataille de la Sita (4 mars i238). I^s Mongols incendièrent Biazan, Vladimir, Souzdal, Tver et Moscou. L'éloignement sauva Novgorod, mais il s'en fallut de bien peu que les escadrons partis de Chine n'atteignissent les bords de la Baltique. Les Mongols se rabattirent sur l'Ukraine où ils détruisirent Kiev (i24o). Pour plus de deux siècles (i238-i/i8i) la Bussie était ployéesous le joug mongol.

(1) Sur la soumission des Cumans, voir Pelliot, A propos des Comana, J. A. avril-juin 1920, p. 165. Pour Ja bibliographie des expéditions mongoles en Europe, cf. inira p. 159.

Qi LBS EMPIRES MONGOLS

ncment de la dynastie des Ming amena la proscription Au catholicisme. Le cinquième évêque de Tsiouen-tchéou, Jacques do Florence, tut martyrisé en i362, et le légat pontifical Francesco do Podio en 1372. Ainsi, le sort du catholicisme en Chine fut associé au sort de la dynastie mongole : Il apparut, prospéra et dkparut avec elle.

L'cBavre de Eonbllal.

Si le succès des missiofis catholiques montre combien la conquête mongole avait été favorable ù la pénétration des idées et des hommes d'Occident dans l'Exlrèmo-Asie, la prodigieuse aventure de Marco Polo atteste d'une façon particulière le génie de Koubilaï. Le monarque qui n'hésitait pas à nommer un voyageur vénitien préfet d'une grande ville chinoise, puis inspecteur de plusieui^s provinces, avait un Persan comme ministre des finances, un mandarin chinois comme conseiller intime, un lama tibétain comme directeiu' de conscience, des ingénieurs oïgour et syriens, des généraux turcs et langoules. Le-s commerçants italiens et arabes circulaient d'un bout à l'autre de son inuncnse Empire. La terreur tartare, mLse au service de la civilisation dans son acception la plus haute et la plus générale — de la civilisation chrétienne commo de la civilisation chinoise, — faisait régner partout une sécurité profonde, inconnue jusqu'alors. Les plus nobles croyances humaines, christianisme, bouddhisme, sagesse confucéenne, pouvaient se répandre librement et concurrcment dans les âmes. Le Chinois entendait le Sermon sur la Montagne, le Vénitien écoutait les Soutras de Çakyamounî et les préceptes do Confuciua. Et tout cela était réglé, voulu par la ferme raison du monarque. La force mongole au service du commci-ce mondial et de la phis hautt' sagesse humaine, Tchinkkîz Khan et sa terrible s gardiens de la paix asiatique ; voilà l'œuvre <( Grand Sire », comme l'appelle Marco Polo, it l'idéal de sa race : il fut par le caractère ' son génie et de son œuvre, comme par l'ini-

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il y envoya régner son propre fils, Oloug-Bcg. Enfin, il enleva à un autre de ses neveux Tlrak Adjémi et le Fars, avec les villes d'Ispahan et de Chiraz.U réunit ainsi sous sa domination tout l'Iran Oriental. 11 attaqua alors la Horde du Mouton Noir qui avait ravi aux Timourides de la branche aînée la Perse Occidentale (i). Au cours de cette expédition, il entra à Tauris, réoccupa TAzerbaidjan, et poursuivit les guerriers du Mouton Noir jusque dans les montagnes de r Arménie. Mais en dépit des victoires répétées qu'il remporta sur eux, il ne put les détruire et dut finalement leur laisser à titre de fief l'Arménie, l'Azerbaidjan et Bagdad.

Comme son père Timour, Chah Rokh fut en relations d'ambassades avec la Cour de Chine. Ces relations avaient un but commercial. 11 s'agissait pour lui comme pour les Chinois d'assurer la sécurité des caravanes qui transportaient en Perse les marchandises chinoises, — principalement les soieries et la céramique. « Je veux, écrivait à Chah Rokh l'Empereur de Chine Yong Lo, que les marchands aillent et viennent entre nos deux Empires et que ces voyages ne cessent plus (2). » Ce fut sans doute dans ce but que Chah Rokh envoya une expédition à Kachgar, tandis que les Chinois s'avançaient jusqu'à Hami.

Sous le gouvernement intelligent et libéral de Chah Rokh et d'Oloug Reg, le Khorassan et la Transoxiane parvinrent à un degré de prospérité inouï. Les conquêtes de Timour avaient créé en faveur de ces pays des conditions particulièrement propices. Les antiques métropoles iraniennes, — Tauris, Ragdad, Ispahan, Chiraz — , se trouvant ruinées par deux siècles d'invasions tartares, le centre de la culture persane devait forcément se déplacer vers les cités transoxianaises qu'avait protégées au milieu du bouleversement général l'épée des héros timourides. Seules les guerres incessantes du règne de Timour avaient empêché la Transoxiane de tirer tout le profit possible d'une telle situation. Mais après la mort du Conquérant, dans la longue paix intérieure

(1) Cf. F. Nève, Exposé des guerres de Tamerlan et de Schah Ftokh dans VAsie Occidentale^ Mémoires de l'Acad. Roy. de Belgique, 18C1. (*J/ Cf. Blochet, Introduction^ p. 244.

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