‹ Histoire de l'AsieChapitre 6 sur 16 · L INDE MUSULMANE ; LES GIIANDS MOGOLS · texte numérisé non relu

L INDE MUSULMANE ; LES GIIANDS MOGOLS

pénétré au Pendjab, et faire partir Djélaleddin qui s'était mis à conspirer contre lui.

Après la mort d'Aitamah, les Mongols firent une nouvelle invasion au Pendjab. Un mamelouk turc nommé Balban, qu'Aliamsh avait élevé aux plus hauts grades de Tarmée, les força à repasser Tlndus. En récompense de ses services, Balban fut porté sur le trône qu*il occupa de 1266 à 1287.

En 1290, à la suite d'une révolution de caserne, TEmpire de rindc musulmane passa des Mamelouks turcs à la maison afghane des Ghiljis. Alacddin, le deuxièine sultan de cette maison (1296-13 16) s'était déjà signalé comme prince héritier par une expédition dans l'Inde Centrale, qui doubla lëlendue des possessions musulmanes. Au cours de cette campagne, il rendit tributaire le radjah de Bhilsa, dans la province de Bhopal, franchit les Monts Vindhya, la Nerboudda, et envahit le puissant Royaume de Maharashtra ou Empire Mahratle, dans la province actuelle de Bombay. Il surprit la capitale du pays, Dévagiri (aujourd'hui Daulatabad) et força le radjah des Mahrattes à céder le Bérar et à payer tribut (1294)^

Une fois sur le trône, Alacddin eut d'abord à faire face à de nouvelles invasions mongoles. En 1297, cent mille Mongols de Transoxiane, conduits par un prince gengkishanidc de la Maison de Djagataï, descendirent au Pendjab. Alaeddin les tailla en pièces près de Lahore et les força à repasser rindus. Ils revinrent en i3o5 et s'avancèrent jusqu'à Delhi, mais ils furent de nouveau vaincus et laissèrent en se retirant un grand nombre de prisonniers qu'Alaeddin fît fouler aux pieds de ses éléphants. — Alaeddin n'attendit pa^ que la menace mongole fut définitivement écartée pour re- I>rendre l'cxéculion de son projet favori : la conquête de l'Inde Centrale. En 1299 il déposséda le dernier radjah de Goudjerate. En i3o3, il s'attaqua à la puissante confédération radjpoute et à son chef héréditaire, le raha de Tchitor (i). Après une résistance héroïque la ville de Tchitor fut prise, mais le rana si; réfugia dans les Monts Aravalli où il

(1> Cf. Th. Pavio, La légende de Padmani, reine de Tchitor^ J. A.

)56, ly 5

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tifs, de sorte qu'en quelques années des Etats musulmans particuliers se fondèrent sur tous les points de l'Indu, au Dekan, au Bengale, dans TOude, au Mahva et au Goudjerate. L'Empire des sultans de Delhi ne dépassa plus le Doab et le Pendjab (i). Encore, dans' ce domaine restreint, fut-il ébranlé par une catastrophe inattendue : Tinvasion de Timour.

Llnde, ayant, comme le Japon, échappé à la conqucLc gengiskhanidc, se croyait à l'abri des révolutions du Continent. Comme le Japon, elle semblait en marge de l'Eurasie, la barrière de l'Himalaya et de l'Hindou-Kouch lui conférant un véritable caractère d'insularité. Mais, du jour où les Monsfols furent acclimatés dans l'Iran Oriental et la Traiisoxiane, il devenait inévitable qu'à la longue ils retrouvassent sur les traces des Ghaznévides et des Ghourides, la route des invasions millénaires. C'est ce qui arriva dans les dernières années du.xiv* siècle, lorsque le roi de Transoxiane Timour Lenk eut reconstitué l'Empire Mongol en soumettant l'Afghanistan, la Perse et la Mésopotamie. 11 était tout naturel que le nouveau maître de Samarkande, de Hérat et de Balkh vit dans l'Etat musulman de Delhi une dépendance historique de son Empire. Qu'étaient les sultans qui se succédaient à Delhi sinon d'anciens seigneurs du pays afghan ou du pays turc, c'est-à-dire les vassaux naturels de celui qui se proclamait khan de tous les Turcs et roi de tous les Iraniens ? Ce fut pour faire rentrer dans robéissanc<^ ces clients indociles que Timour résolut d'aller les chercher jusqu'à Delhi. En iSgS, ainsi qu'il a été raconté plus haut, il pénétra donc au Pendjab et marcha sur Delhi. Il écrasa 5 Panipat l'armée du sultan Mahmoud III, entra à Delhi et se fit proclamer Empereur des Indes dans la grande mosquée de la ville. Cependant il ne fit rien pour détrôner effectivement la dynasti-e régnante. Après avoir pillé le Doab, il regagna riran et ne revint plus, — mai? il avait montré la voie à ses descendants.

ili Les dynasties qui succédèrent aux Taghlak -ur le trône de Delhi, furcîn? relier «Jo^- Séyids (Uniînp cl des Afghans Lodis (1*51-1525).

HISTOIRE DE l'aSIE ao5

Démembrement de l'Empire indo-afghan.

L'invasion de Timour acheva de ruiner le prestige des sultans de Delhi. Jusqu'à la fin du xv* siècle, l'Empire de Delhi ne fut plus qu'un sultanat du Doab, dépourvu de toute autorité sur les cinq autres Etats musulmans qui s'étaient constitués dans ses dépouilles, au Bengale, àDjaounpour, au Malwa, au Goudjerate et au Dékan.

Le royaume musulman de Bengale, fondé en 1202 par le mamelouk afghan Bakhtiyar Ghilji sur les ruines de l'ancien royaume bouddhiste de Magadha, se maintint eous des dynasties afghane, turque, abyssine et de nouveau afghane, jusqu'au milieu du xvi** siècle. — Le sultanat de Djaounpour (1394-1477) fondé au moment de l'invasion de Timour par un vizir du sultan Mahmoud III, possédait l'Oude et la province de Bénarès. Les sultans de Djaounpour enrichirrnt leur capitale de monuments magnifiques comme la Mosquée Atala (i4o8), la Porte de Rubis ou Lai Darwaza et la Mosquée Cathédrale ou Djami Mesjid (i45o). En 1/477 ^'^ furent vaincus par les sultans de Delhi, et leurs Etats firent retour au Domaine impérial — . Le Royaume musulman du Malwa (capitale Mandou) fut fondé en i/joi par le gouverneur afghan de cette province, qui profita de l'invasion de Timour pour se rendre indépendant II fut annexé en i534 par le sultan du Goudjerate. — Le royaume musulman de Goudjerate (capitale Ahmedabad), fut égjilement fondé par le gouverneur de la province, à qui l'invasion de Timour fournit l'occasion de secouer le joug impérial. Comme on vient de le voir, les Chahs du Goudjerate annexèrent en i53^ le royaume de Malwa. Dans le premier quart du xvi^ siècle, ils eurent à lutter contre les navigateurs portugais qui, ayant effectué la circumnavigation de l'Afrique, essayaient de s'établir sur les côtes du Konkan. Les chahs de Goudjerate unirent leur flotte à celle des Ottomans pour interdire aux nouveaux venus l'accès de la Mer d'Oman, mais ils furent vaincus par l'escadre de Francesco d'Almeida (i5o8) et ne purent empêcher les Portugais de l'établir h Dîu (ir»i3) (i).

(1) Dames, Portugese and Turks in Indian Océan, J. R. A. S., janv. 1921

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I-A3^ royaume musurman du Dékan, fondé en 13/17 P^'' la dynastie afghane des Bahmanides, était le plus considérable des Etats sortis du démembrement de l'Empire Ghouride (i). Cet Etat, qui eut pour capitale Koulbarga près d'Haïrférabad, comprenait les posse^ssions actuelles du Nizam, le Bérar et presque tout le pays mahrattc. Sur ce plateau du Dékan, plus salubrc et plus tempéré que la plaine indo-gangétique, les aventuriers afghans que le hasard des guerres féodales avait conduits jusque-là, se trouvaient moins dépaysés que dans le Nord et s'adaptaient très vite. C'est' ainsi qu'un sultanat iranien put s'établir et prospérer en plein milieu dravidien, dans une partie de Tlnde considérée jusque-là comme barbare. D'autre part, au contraire des princes musulmans de la région indo-gangétique qui, ayant complètement subjugué les royaumes indigènes, étaient réduits à s'entre-déchirer, les sultans bahmanides avaient devant eux un large terrain de guerre sainte, — et de pillage. En effet, malgré l'étendue de leurs domaines, les Bahmanides étaient loin de posséder le Dékan tout entier. Deux grands Etats hindous subsistaient à côté d'eux, le royaume de Warangal en pays télougou, et le royaume de Vijayanagar qui englobait l'Extrôme-Sud du Dékan, c'est-i\dire les districts du Pennar, le Maïssorc et le Camate, depuis Kurnoul jusqu'au Cap Comorin. L'existence dû sultanat bahmanide ne fut qu'une longue (( Croisade musulmane «contre ces deux royaumes «païens». En 1 424 le bahmanide Ahmed P' prit et détruisit Warangal. Les Bahmanides furent moins heureux contre l'autre royaume indigène. A diverses reprises ils défirent les radjahs de Vijayanagar, pillèrent leiu* territoire et vinrent assiéger leur capitale, mais sans jamais obtenir un résultat décisif. Tout le xv* siè* cle se passa dans ces luttes qui prenaient parfois un tour romanesque, comme lorsque le radjah de Vijayanagar voulut en i4o5 enlever au bahmanide Firoz une jeune Hindoue qu'il aimait.

L'Empire Bahmanide atteignit son apogée sous le règne de

(Ij Cf. Giibblc, Ilistonj of Dcccmi, Londres, 180*3, p. H.

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jus du raisin, mais combien plus douce la voix de Tamour I Baber, saisis tous les plaisirs de la vie, la vie fuit pour ne plus revenir ! »

Mais ce poète se trouvait roi de Ghazna et de Ghor, capitaine d'une des meilleures compagnies de reîtres de son temps. Les Turcs Transoxianais qui l'avaient suivi dans son exil, les Afghans qui s'étaient ralliés à ses étendards, brûlaient de chercher gloire et fortune dans cette Inde musulmane où trônes et trésors appartenaient depuis trois siècles aux Mamelouks les plus audacieux, où des esclaves devenaient chaque jour sultans pour avoir assassiné leurs maîtres, où tout était à prendre ou à vendre. Baber luimôme ne pouvait rester sourd à la voix du passé. Son nouveau royaume afghan, c'était la citadelle d'où tous les héros d'épopée étaient partis à la conquête de l'Inde : C'était du château de Ghazna que le grand Mahmoud et Mojiammed de Ghor étaient descendus cueillir les trônes du Pendjab et du Doab. Au reste, en s'engageant. sur les routes de l'Inde, Baber n'y retrouvait-il pas les traces de son aïeul Timour, qui allaient le conduire aux champs historiques de Panipat ?

Fondation de l'Empire Mogol des Indes.

L'occasion qu'attendait Baber pour intervenir dans les affaires indiennes, se présenta en i52/i. I^ sultan de Delhi, Ibrahim II, de la dynastie des Afghans Lodis, s'étant bi'ouillé avec son oncle Alam, celui-ci vint au Caboul demander l'appui de Baber. Baber s'empressa d'embrasser la cause du fugitif et, sous prétexte de le rétablir dans «es droits, envahit le Pendjab (novembre i525). Il n'avait avec lui que iS.ooo hommes, mais c'étaient des soldats de race, vétérans des vieilles guerres transoxianaises, appuyés en outre par une excellente artillerie. Le sultan Ibrahim II s'avança à sa rencontre avec loo.obo hommes et i.ooo éléphants de guerre La bataille se livra dans la plaine de

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tr 'égorgèrent. Les Mongols ne trouvèrent à Tchandéri que des cadavres (iSaS).

Les Radjpoutes étaient hors de combat. Baber se retourna contre le chef afghan Mahmoud Lodi, toujours maître de rOude. Il le chassa de cette province et le força à fuir au Bengale. Le roi de Bengale, afghan conune Mahmoud, embrassa sa cause. Mais Baber vainquit ce nouvel adversain? sur la Gogra et le força à reconnaître sa suzeraineté (iB^g). En cinq ans de guerre et en deux batailles décisives, Baber avait fondé l'Empire Mongol des Indes ; cet Empire, il lavait marqué de son empreinte pereonnelle, il en avait fixé pour deux siècles les caractères distinctifs. En effet, TEmpire de Baber et de ses succosseurs qui semblait à certains égards la continuation du vieil Empire Afghan. Ghouride, présentait en réalité un caractère entièrement nouveau.

Ce qui avait manqué jusque-là au sultanat de Delhi, c^était une base dynastique. Il existait bien depuis Mohammed de Ghor un Empire de l'Inde musulmane, mais comme cet Empire avait été fondé par une association d'aventuriers sans famille et sans pajssé, il i^estait toujours a la merci de nouveaux aventuriers plus audacieux. Les familles de Mamelouks se disputaient le trône de Delhi sans^ autre ordre de succession que le droit de l'assassin à remplacer sa victime. L'époque des « rois esclaves » comme on a appelé les mamelouks ghoiurides, est pleine de ces drames sanglants qui enlevaient toute stabilité politique à l'Inde musulmane. Ces incessantes révolutions de sérail et de caserne, empêchaient qu'il se créât dans l'Inde un droit musulman respecté et une notion claire de l'Etat.

L'avènement de Baber au trône des Indes, fit cesser cette anarchie. Timourido authentique et se réclamant par delà Timour des Grands-Khans gengiskhanides, il introduisit dans l'Inde un principe de droit et de légitimité : la légitimité mongole,le droit impérial timouride. Il fit valoir pour llnde les titres à la domination universelle qu'il tenait de son aïeul Timour et du prédécesseur de Timour, de Tchinkkiz Khan lui-même. Ce vieux droit mongol translorma

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