LA PERSE AUX TEMPS MODEBNES
encore parmi les artistes séfévidcs Ua&sim Ali et Mir Nakkach dlspahan. Rassim Ali (1), mort dans les premières années du XVI* siècle, a peint dans un manuscrit de Nizami, aujourd'hui au Brilish Muséum, plusicufô miniatures que Ton avait d*abord attribuées par erreur à Behzadé (2). Quant à Mir Nakkach, il fut Tarlistc favori de Chah Thamasp, qui le nomma directeur du Musée impérial.
Soiis le règne de Chah Abbas, Mani, un Indien établi à Chiraz, porta à son apogée la peinture séfévîde. La minutie de détails de ses miniatures, la légèreté et les transparences lumineuses de son coloris, font songer à Fra Angélico ou à Benozzo Gozzoli. « Son œuvre, dit M. Gayet, décèle un tempérament délicat, sensible à la poésie pénétrante que dégagent les verdures automnales, l'ensanglantement des soleils couchants, les brumes pâles flottant au creux des montagnes et Tassombrissement des ciels chargés de nuages noirs. » Les sujets de Mani, scènes de roman ou scènes de la vie de cour, sont les mêmes que ceux de Behzadé. Parmi les œuvi*es que lui attribue M. Gayet (3), Ja Bibliothèque Khédivale du Caire possède un Adam et Eve, vêtus de costumes persans cl qui sont de beaux seigneurs de la Cour de Chah Abbas, et des Jeunes filles jouant à Vescarpolette au milieu d'une prairie, miniature charmante qui évoque cette rencontre inattendue : uno scène de Watteau dans un paysage préraphaélite.
A côté de Behzadé, de Mani, et de leurs disciples, que d'artistes inconnus nous ont laissé des merveilles 1 Notre Bibliothèque Nationale possède dans son fonds de manuscrits persans, quelques-uns de ces chefs-d'œuvre, qui ont été mis en
(1) Cf. A. S'akisian, Les minialurisles persans Behzadé et Rassim Alu art. cit.
(2) Ces miniature» reprùsontent Alexandre et les sept Sages; — Huit jeunes femmes prenant leurs ébats dans un bassin, au son d'une harpe, tandis qu'un jeune homme les regarde furtivement ; — Medjnoun amoureux étendu au bord d*une rivière, au milieu d-c bétes apprivoisées ; — Medjnoun, parmi des animaux sauvages, converse avec un derviche, au bord d'un ruisseau ; — Medjnoun à cheval combat im dragon, etc.
(3) Gayet, VArl persan, p. 291 et 295. Ajoutons que l'attribution de ces miniatures à >lani est fortement contestée. Cf. CI. Huart, Les caUigra-
phes el les miniaturistes dans l Orient musulman, p. 335. Paris 190S.
igVi LINDB MUSULMANE: LES GRANDS MOGOLS
région de Lahore. Enfin, au Moyen Age, quand la civilisation arabo-pefsane pénétra avec les conquérants turcoafghans» puis avec les conquérants mongols au Pendjab et au Doab, d*où elle rayonna sur la péninsule entière. Durant cette dernière période qui va du xi* siècle au xviif siècle, l'immense région qui couvre quatre millions de kilomèti-es carrés, qui nourrit trois centfi millions d'habitants et qui a élaboré les conceptions les plus originales de Thumanité pensante, ne fut, à bien des égards, qu'une annexe du monde iranien.
L'Inde subit donc le contre-coup des révolutions de l'Asie Cei^trale, — maie elle n'en subit souvent qu'un contre-coup éloigné. A plusieurs reprises, quand les grands tumultes humains qui se propageaient à travers l'Asie, parvinrent aux fionUères de l'Inde, il y avait quelque temps déjà qu'en Iran même ils étaient apaisés ou endigués. Il en fut ainsi de l'invasion turque : quand les Ghaznévides s'installèrent à demeure au Pendjab, ils venaient d'être expulsés de l'Afghanistan. Quand les Ghourîdes et leurs successeurs, les Mamelouks turco-afghans du xiv* siècle conquirent l'Empire des Indes, ils avaient perdu pied dans l'Est-Iranîen. Il en fut de même pour l'Invasion Mongole : Tant qu'elle couvrit la Clhine, la Perse et la Russie, le monde indien réussit à s'en préserver. Et ce fut, au moment où le-s Mongols avaient perdu et la Chine et la Russie et la Perse, que les derniers d'entre eux allèrent chercher asile dans l'Inde où une prodigieuse fortune leur était réservée.
C'est qu'à chaque fois l'Himalaya, l'Hindou-Kouch et les Monts Souleïman, opposaient aux premières vagues de l'invasion leur barrière de glaciers, de pics et de crêtes qui décourageaient d'abord les agresseurs. Mais bientôt l'attraction de l'Inde était la plus forte. Ses richesses légendaires, la fécondité de son sol, la magnificence tropicale de sa végétation, le luxe inouï de ses radjahs, }fs trésors de ses temples, finissaient par attrouper à ses portes tous les aventuriers du monde turc, tous les sabreurs sans emploi du monde mongol. Et un jour, ce peuple de soudards qu'affolaient des