‹ Histoire de l'Assemblée constituanteChapitre 52 sur 54 · HOTES · texte numérisé non relu

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à la nomination de M. le comte d'Artois', comme député de la noblesse des quatre Tallées des Pyrénées, en fournit la preuve. Le baron de Batz , qui se mettait peu à découvert pendant l'assemblée constituante , mais qui ne man quait pas d'influence dans son parti , proposa de faille une députation au roi pour prier S. M. de permettre que le primie honorât la chambre de sa présence. Je m exposai à . cette proposition , en fesant observer que la nomination aux états-généraut établissait l'égalité entre tous les hommes, revêtus des suffrages de leurs pairs; que M. le comte d'Artois , si^eant dans la chambre , ne pouvait , ainsi que M. le duc d'Orléans, y être considéré^que comme les députés, l'un des quatre vallées, et l'autre du bailliage de Crespy -, que leur droit de prendre séance était la conséquence de leur nomination , et qu'à moins que M. le comte d'Artois ne se plaignît des obstacles, mis par le pouvoir à l'exercice de son droit politique, je ne pensais pas qu'il fût convenable de faire aucune démarche auprès du roi. La proposition du baron de Batz fut rejetée , et un grand nombre de membres de iâ majorité , particulièrement ceux de k ' cour, me félicitèrent vivement d'avoir défendu l'égalité des drpits de la noblesse.

Une autre séance offre un aspect différent. La veille du jour où les quarante-sept de la minorité se réunii^ent aux ccmimunes , présenta l'image d'une diétine de Pologne et faillit Se terminer dé même. On était convenu*, dans une assemblée chez le marquis de Montesquieu , .que tous ceux auxquels leur mandat le permettait, déclareraient hautement à la chambre leur intention d'effectuer cette réunion. Clermont-Tonnerre , premier député de Paris, devait porter la parole; mais dès l'ouverture de la séance, il fut facile de s'apercevoir que la majorité était instruite de

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notre projet ..Lès figures n'étaient pas moins hostiles que les discours. On se reganiaif ^ on se mesurait comme au moment d'un Oomfoat. Plusieurs orateurs avaient parlé d'une manière d^ournée du plan qu'on nous suj^poeait > et raTaiènt i^it arec aigreur : Cazalès le fit saiis aucune dissimulation et même avec violence. Il annonça qu'une partie de l'assemblée devait s'en séparer , en ajoutant qu'Me ne Poserait ptis. A œs mots , des crié s'élevèrisnt du coté de . la minorité 5 le doc de Caykis, meiiibre dé la majorité , (depuis pair de France) ^élance au railimi de la salle, |Hirte la main à la garde de son épée ei la d^ge ed paiTtie du fourreau. Aussiti^ la minorité tout entière répond , par le même geste ^ à cette provocation. Le duc de Luxembourg, i^ésidçnt, enjoint à chaque membre de reprendre sa place et ^tient un moment de silence. -A cet instant , tous les r^ards des membres de là minorité se portent sur Clermont -i- Tonnerre $ avec l'expression du mécontentement, de ce qu'il ne fêtait pas la déclaration cciivenue. Il se leva , et me fit aligne de sortir. Nous fûmes suivis par plusieurs de nos collègues ^ parmi kaqu^is se titmvaient d'Aiguillon , Casteiiane et MathifiU de Mi^tmpl^nof . Cler* mont-Tonnerre répondit à nos plaintet» que | da^ Tétat d'exaspération 01^ se trouvaient les esprits ^ il ét^it h(HS de doute que cette dédaration allait amener une seèi^ sgn* glaire, dont il était imposlible dé calculer les conséquences. Nous opposâmes à cette réflçuon , qui était juste, qu^ notre honneur étiùt compromis par V^spèç^ de défi de Cazalès que nous n'oserions pas eicécùfeer un projet que ncHis avionsiurrêté et qui avait pour but l'inlbéréf: {>ut)(Uc* Il fut eoBvenu que Clérmont- Tonnerre dcaorn^ider^it ia parole en rentrant dans la chkmbre , pour faire h déelaration convenue. U la demanda, en eifet, et le président

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lui répondit qu'il Taurait atmtôt que lerateur qui parlait aurait terminé son opinion.

L'anxiété était au plus haut point , lorsqu'un huissier remit au président un petit billet roulé, qu'il lut avec précipitation , et aussitèt , il déclara que la séante était levée , en quittant sa place et entraînant avec lui Içs secrétaires et tous les membres quj siégeaient avprès du bureau.

. La plupart des députés de la noblesse qui vivent encore , ignorent, sans doutç, ce qui détermina le duc de Lux^nbourg à lever si brusquement cette séance. Je ne l'ai appris , moi-même, qu'assez long-tems après. Le comte de Sillery me rappelant cette circonstance, me demanda si j'en connaissais la cause , et , sur ma réponse négative , il m'avoua que, se trouvant avec moi et les députés que j'ai nommés plus haut , lorsque nous pressions Cterniont-Tonnerre de faire connaître. la résolution que nous avions prise, il avait été effrayé de la scène terrible qui allaitée passer, et que , voulant en empêcher les funestes conséquences , il avait écrit sur le premier papier qu'il avait trouvé : «M. le président, levez suB-le-champ la séance, et pour « cause : je vous l'expliquerai plus taçdj » qu'il avait fait remettre ce billet par un huissier , en lui recommandant bien de ne pas le nonuner. C'est cet avis, que le président supposa lui être envoyé- par un des sieps, qui détermina sa conduite et prévint l'événement tragique qui nç pouvait manquer d'avoir Jieu.

Assemblés le soir chez le marquis de Mbntesquiou, ce qui s'était passé le matin ne changea riep à la détermina^ tion de se réunir aux ixmununes ; .mais la crainte qi|'une scène de violence ne donnât au.gouvernement un prétexte plausible de dissoudre les états-généraux, détermina la

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pins grande partie des membres à remplacer , par une lettre au président , la déclaration -verbale qui avait d'abord été résolue. Cet avis prévalut comme plus respectueux pour la chambre et plus favorable à l'intérêt ptdi>lic«

La lettre de la minorité de la noblesse était ainsi eonçqe :

« Monsieur le président, c'est avec la douleur la plus vive que nous nous sonunes déterminés à une démarche qui nous éloigne , dans ce moment , d'une assemblée pour laquelle nous sommes pénétrés de respect , et dont chaque membre a des droits personnels à notre estime } mais nous regardons comme un devoir indispensable de nous rendre à la salle où se trouve la pluralité des états-généraux.

te Nous pensons qu'il ne nous est plus permis de différer un instant de donner à la nation une preuve de notre zèle, et au roi un témoignage de notre attachement à sa personne, eil prenant part , dans les affaires qui regardent le^ bien général , à une réunion d'avis et de sentimens , que sa majesté regarde conune nécessaire dans la crise actuelle, et conmie devant opérer le salut de l'état.

V Le plus ardent de nos ^tooux serait, sans doute, de voir notre opinion adoptée par la chambre de la noblesse tout entière j c'est sur ses pas que nous eussions voulu marcher : et ce parti qiie nous nous croyons obligés de prendre sans elle , est , sans contredit , le plus grand acte de dévouement dont l'amour de la patrie puisse nous rendre capables. Mais, daps la place que nous occupons, il ne nous est plus permis de suivre les règles qui dirigent les honunes privés 5 le choix de nos commettans a fait de nous des hommes publics. Nous appartenons à la France entière , qui veut, par dessus tout , des états généraux , et à des commettans qui ont le droit d'y être représentés.

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« Tels sont , monsieur le président , nos motifs et notre excusé. Nous eussions eu l'honneur de porter nous-niêmes à la chambre de la noblesse la résolution que nous avons prise; niais vous avez assuré Tun de nous qu'il était plus respectueux pour elle de remettre notre déclaration entre vos mains; nous avons, en conséquence, Thonneur de vous prier de vouloir bien lui en rendre compte- »

Cette lettre, envoyée au président, fut lue par4ui à la séance du lendemain, et painit atterrer la chambre. Elle fut suivie , quelques heures après , d une lettre du roi par laquelle S. M. invitait les députés de la noblesse, et leur ordonnait , s'il était nécessaire , de se réunir à ceux des communes, dans la salle des états-généraux, ce qu'ils firent sur-le-champ.

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