MALADIE DU ROI
des écrivains, des marchands de chansons, des journalistes, des membres du club des jacobins, des orateurs dans les sections, des motionnaires dans les groupes. On espérait, à l'aide de ces moyens, décrier et avilir rassemblée nationale, lui enlever la confiance du peuple, en investir le roi et lui acquérir une grande popularité; mais la popularité suppose une liberté de choix, une égalité de droits, une identité de volonté et d'intérêt entre celui qui en est l'objet et ceux qui la forment; elle ne peut s'attacher à un homme, qu'autant qu'il est l'organe du peuple, son agent, son mandataire. C'est un sentiment d'estime et de confiance ; et comment étendre ce sentiment à un roi dont le pouvoir, les droits, les intérêts n'ont aucun rapport aux droits et aux intérêts du peuple? Aussi l'intendant de la liste civile, Laporte, fut- il forcé d'avouer à Louis XVI que tous les millions répandus pour acquérir cette précieuse popularité n'avaient rien produit.
« La prétendue maladie du roi n'eut pas un plus heureux succès.' Les révolutionnaires opposèrent feinte à feinte. Ils parurent prendre un vif intérêt à la santé du monarque ; et, affectant de conserver un graud respect pour le fantôme royal qu'ils avaient créé, ils décrétèrent qu'une députation irait chaque jour savoir des nouvelles du roi, que le bulletin de sa santé serait lu à l'assemblée et affiché dans Paris. » (Mémoires de Ferrières, t. II, p. 244.)
On voit dans cette citation que Ferrières ne savait rien des communications avec Bouillé, ni de la correspondance avec l'empereur, qui, comme nous l'avons dit ou comme nous le dirons, étaient aussi actives que jamais. Il n'avait point connaissance de ces faits lorsqu'il écrivit ses mémoires. Il ne parle donc que du projet sur lequel il possédait quelques renseignements, de celui de Mirabeau. Il est probable que Louis XVI suivait celui-ci comme un pis-aller qui, s'il réussissait, pouvait d'ailleurs parfaitement se combiner avec l'autre. Aussi, l'ignorance de Ferrières sur certains détails n'infirme-t-elle nullement ce qu'il dit sur tout le reste, et particulièrement sur la fausseté de la maladie du roi. Une telle comédie est cependant si indigne de la majesté royale, qu'il nous est difficile d'y croire; mais il nous est également impossible de la nier. Il est à remarquer, en effet, que dans les mémoires de madame de Gampan, où il est question de si petites choses, il n'est pas dit un seul mot de la maladie de Louis XVI ; et cependant, d'après les bulletins, c'était une affection assez grave, c'était au moins une bronchite très-aiguë; car (puisque nous nous servons du langage médical) il y avait du sang dans les crachats. Or, une telle maladie aurait dù jeter quelque trouble dans la famille royale, dans la sécurité de la reine. Com-
ment madame Gampan, qui parle de tout, n'en aurait-elle pas parlé ? Weber affirme, il est vrai, dans ses mémoires, que la maladie du roi fut sérieuse ; mais cette affirmation ne peut former une preuve complète, Weber étant en général un témoin fort douteux ; et quant aux médecins qui signaient les bulletins, c'étaient, il est \rai, des hommes respectables (on remarque parmi ces noms celui de Yicq-d'Azyr) ; mais ils étaient dévoués à la cour.
Quoi qu'il en soit, le conseil municipal, dans la séance du 14, « étant informé, dit-il, des progrès de la convalescence, et voyant s'approcher le moment heureux où les inquiétudes des Français vont être dissipées, arrête, sur la proposition de M. le maire, que le 17 de ce mois, tous les citoyens de Paris seront invités à manifester leur joie par une illumination générale, et que le dimanche suivant il sera chanté, dans l'église métropolitaine, un Te Deum en action de grâces du prompt rétablissement du roi et que ce jour-là sera encore célébré par une illumination générale. »
La fête du 17 se confondit avec une autre qui eut lieu le même jour à l'occasion de l'installation du nouvel évêque de Paris ; en sorte que la population de la capitale eut un jour de distraction complet.
Dès le mois précédent, on avait procédé à l'élection des nouveaux curés dans les paroisses dont la conservation avait été décidée. Ce ne fut pas partout une opération facile. On fut fort embarrassé de trouver des candidats pour toutes les places; mais ce fut bien une autre affaire lorsqu'il s'agit de nommer l'évêque de la capitale. Les électeurs se réunirent dès le 11 pour discuter les candidats et en faire la liste. Ils pensèrent d'abord à l'abbé Sieyès; les journaux le proposaient; mais le 12 mars, Sieyès écrivit aux électeurs une lettre qui fut rendue publique, par laquelle il refusait l'honneur qu'on voulait lui faire. Les Révolutions de Paris prétendent qu'il ne refusa que parce qu'il craignit d'être repoussé. On pensa alors à l'abbé Gobel, évêque de Lydda, dont l'acceptation paraissait certaine ; car il avait contribué, avec l'évêque d'Autun et l'évêque de Babylone, à donner à plusieurs nouveaux élus des départements l'institution épiscopale. En conséquence, l'abbé Gobel fut nommé évêque de Paris par les électeurs réunis le dimanche 15 janvier dans l'église métropolitaine.
Le 17, à dix heures, on se réunit dans la cathédrale. Là, M. Pastoret, président du corps électoral , proclama le nom de) l'abbé Gobel. Ensuite il prononça un discours sur les devoirs de l'épiscopal, qui fut fort applaudi. L'abbé Gobel répondit par une homélie pleine de sentiments religieux et de principes constitutionnels (style