ÉLECTION DB GOBEL
du Moniteur). Aussitôt, une décliarge crartillerîe annonça cette nouvelle aux Parisiens; une messe fut célébrée; un TeDeum fut chanté par la musique de la cathédrale, et Ton vit ensuite sortir de l'église, croix et bannières en tête, une longue et brillante procession, qui était composée de l'évêque, du nouveau clergé, d'une grande suite d'hommes revêtus des magnifiques habits en usage dans ces circonstances, et enfin des électeurs. La procession était précédée et suivie de gros détachements de la garde nationale avec leur musique et leurs drapeaux. Elle lit lentement le tour de File au milieu d'une foule de spectateurs et conduisit le nouvel élu au palais, épiscopal qu'il devait désormais occuper. L'illumination générale, commandée pour le soir, donna un air de fête à cette journée.
Mais tout n'était pas fini pour le nouvel évèque. Il fallait être sacré. Dans ce but, il s'adressa aux évêques de Sens et d'Orléans, qui refusèrent. L'abbé Gobel appela de ce refus au tribunal du district séant à Saint«*Gcneviève. Celui-ci rendit une sentence par laquelle « il l'envoyait en possession du temporel de son évêché et lui enjoignait de se retirer par devers l'ancien évêque d'Autun pour en recevoir l'institution canonique. » En effet, le 28 mars suivant, en présence des électeurs et d'une députation de l'assemblée nationale, M. de Talleyrand le sacra et l'installa; et il fut considéré comme parfaitement sacré et parfaitement installé, quoique, suivant les Mémoires ecclésiastiques , tout eût été fait contre les usages canoniques, c'est-à-dire, sans le consentement de l'ordinaire, sans commission du pape, sans examen, et même sans confession de foi. L'élection de l'abbé Gobel fut d'ailleurs très-bien vue des patriotes. Le club des jacobins envoya une députation le complimenter, et l'évêque lui-même se rendit à ce club pour le remercier dans un discours qui fut fort applaudi. Mais l'approbation des jacobins n'était pas le moyen le plus propre pour le faire accepter de tout le monde. Outre la crainte de tomber dans le schisme, un nouveau motif vint éloigner de lui les zélés catholiques. L'ancien archevêque de Paris, le véritable évêque aux yeux de l'Église, protesta, et 1 on trouva le moyen de rendre sa protestation publique.
Cependant l'exécution de la constitution civile, qui avait été l'occasion d'une grande fête en cette circonstance, comme nous venons de le voir, multiplia les cérémonies du même genre, quoique sur un plan moins large, dans toutes les paroisses de Paris. L'installation de chaque nouveau curé, de chaque nouveau clergé, fut l'occasion d'une petite fête. Chaque quartier de la capitale eut la sienne, et l'on remarqua qu'à cette occasion les églises se remplirent d'une population nouvelle qu'on n'y voyait pas habituelle-
ment. On remarqua cette affluence extraordinaire, et chaque parti en parla selon ses passions, les uns n'y voyant que d'honnêtes citoyens et d'honnêtes citoyennes qui étaient heureux enfin de pouvoir obéir à leurs croyances religieuses sans sacrifier leurs sentiments patriotiques; les autres, au contraire, n'y voyant qu'une tourbe d'incrédules et de femmes suspectes qui allaient y chercher un spectacle.
L'autorité municipale devait croire que tant de vives occupations, jointes aux soins ordinaires de la vie, tiendraient le peuple tranquille. Elle surveillait les églises, et y plaçait de forts piquets de la garde nationale. C'était en ces lieux seulement qu'elle pensait pouvoir craindre l'émeute ; mais celle-ci vint la surprendre ailleurs.
Le 28 mars, le club monarchique se réunit dans un local qu'il avait fait préparer rue des Écuries-du-RoL L'affluence d'un grand nombre de voitures qui en amenaient les membres, occasionna d'abord un rassemblement. Chacun s'enquit du motif de cette réunion. On apprit que c'était celle du club monarchique, et l'on crut même reconnaître quelques personnages. Le rassemblement se mit alors à crier et à huer; la foule grossit; on crut avoir vu quelques cocardes blanches, et aussitôt la colère s'empara de la masse. La foule se mit en mouvement, enfonça les portes, et dissipa, en un instant, la réunion. Mais laissons raconter par un témoin cette exécution, qui prouve à quel degré la défiance et l'irritation étaient arrivées dans le peuple. Quoiqu'il ait déjà été question du club monarchique dans cet ouvrage, nous ne retrancherons cependant presque rien du récit contemporain ; il offre un résumé précieux des efforts d'un parti que l'émeute du 28 mars fit disparaître de la scène politique.
Voici, en abrégé, quelle est, d'après le marquis de Ferrières, l'histoire de ce club. « Les ministres, dit-il, voyant la grande influence qu'avait le club des jacobins sur toutes les affaires, voulurent lui opposer un club et opposer ainsi opinion contre opinion. Clermont-Tonnerre avait déjà tenté d'opposer aux jacobins le club des impartiaux. Mais le club des impartiaux, quoique composé des hommes les plus probes et les plus instruits de l'assemblée, n'avait pu soutenir la concurrence. En sa place, Clermont-Tonnerre organisa une autre société sous le nom de club monarchique. C'était un tiers parti entre les aristocrates et les jacobins, qui voulait un gouvernement basé à peu de chose près sur le modèle du gouvernement anglais. Il établit, sous différents noms, des affiliations de son club dans les provinces. On eut l'attention d'y admettre des citoyens de toutes les classes et de toutes les professions. On cmi-