TU M V. IV
146 (novembre 1790) assemblée nationale.
côté droit avait, disait-on , adopté une nouvelle tactique : c'était d'attaquer les personnes de ses adversaires ; c'était de convertir les débats sérieux en discussions personnelles, de troubler ainsi les séances par des questions d'individualités, et de rendre par là les délibérations impossibles ou indignes de la majesté d'une assemblée nationale. La séance du 21 octobre, qui finit par la condamnation de Guilhcrmy aux arrêts, semble être une preuve et un exemple de la réalité de cette tactique. Cependant, quoi qu'on en ait dit dans le temps, quoi qu'en aient dit surtout des orateurs de la gauche, quelles qu'aient été même à cet égard les intentions secrètes de plusieurs membres de la droite, il est probable que de la part de la majorité, les désordres furent moins l'effet d'un projet arrêté à l'avance, que le résultat de l'opposition radicale, habituelle et chaque jour croissante entre les deux tendances qui partageaient l'assemblée. En effet, cettê hostilité que nous voyons se manifester en 1790 par des querelles personnelles, engendrera plus tard la guerre civile et la guerre étrangère.
Mais, afin de mettre le lecteur à même de juger par lui-même et d'apprécier quelle était cette tactique dont on accusait le parti royaliste, nous allons présenter la statistique morale de la constituante dressée par le marquis de Ferrières, l'un des membres de cette assemblée. Ce tableau, qui offre des renseignements précieux pour l'histoire et renferme certains détails qu'on ne trouve nulle part ailleurs, se rapporte directement à l'époque où nous sommes. Il est donc ici, sous tous les rapports, à sa place et en son lieu. Le marquis de Ferrières ne peut d'ailleurs être suspecté d'aucune manière, ni de passion révolutionnaire, ni d'exagération constitutionnelle, et ce qu'il affirme du côté droit ne peut guère être mis en doute.
M. de Ferrières commence par s'occuper du côté gauche, qu'il appelle la majorité, avant de parler du parti qui était dans ses propres opinions. « 11 existait, dit-il, dans la majorité de l'assemblée, une scission sourde qu'entretenaient les jalousies et les prétentions des deux clubs qui préparaient les décrets, le club des jacobins et le club de 1789. Le club des jacobins devait son origine (comme on l'a déjà vu dans cette histoire) à quelques députés bretons qui, lorsque les états généraux étaient à Versailles, se rassemblaient tous les jours afin de prendre une délibération uniforme. Cette association devint bientôt plus nombreuse ; tous ceux qui tenaient au parti démocratique se joignirent aux députés bretons. L'assemblée s'étant rendue à Paris, le club breton loua une salle aux Jacobins de la rue Saint-Honoré et continua de s'assembler sous le nom de club des Amis de la constitution. Le club breton jusqu'alors n'avait été