‹ Histoire de l'assemblee constituanteChapitre 30 sur 139 · PARTI ROYALISTE · texte numérisé non relu

PARTI ROYALISTE

composé que de députés; mais, dès cette époque, on y admit des membres de la commune et des districts. Bientôt on reçut tous ceux qui se présentèrent, n'exigeant d'autre titre qu'une soumission aveugle à la volonté des chefs et un entier dévouement aux principes révolutionnaires. Le nouveau club compta bientôt plus de douze cents membres, parmi lesquels plusieurs journalistes, tous les agents de la faction d'Orléans et une foule d'étrangers chassés de leur patrie, gens sans moralité, pour qui les révolutions'sont un patrimoine. — Les deux Lameth et Barnave gouvernaient le club des Jacobins. Robespierre, Potion, Antoine, Salle, Dutnets, tous chefs de bande, mais réunis aux mêmes intérêts et agissant de concert, souffraient impatiemment le joug impérieux des Lameth, jalousaient la popularité de Barnave, épiaient l'occasion de la lui enlever (1).

« Le club de 89, ainsi nommé de l'année de sa fondation (il ne s'ouvrit cependant que le 12 avril 171)0), était composé dos députés qui voulaient une constitution monarchique mixte, telle à peu près que celle que proposa le comité de constitution de l'assemblée. Leurs efforts ne tendaient qu'à rétablissement de cette constitution, qu'à la garantir des entreprises de la cour, des attaques des nobles et des prêtres. Ils espéraient que Louis XVI, né sans ambition, content des avantages que lui réservait le nouveau gouvernement, habitué à n'avoir que l'ombre de la royauté, à être mené par la reine et par ses ministres, se réunirait à eux et adopterait de bonne foi la constitution. Les clubistes n'attribuaient point à ce prince les obstacles qu'ils éprouvaient, et ils avaient raison. Louis XVI, abandonné à lui-même, se serait soumis aux circonstances. Ce sentiment, quoique commun à la plus grande partie des membres du club de 89, n'élait pas toutefois général. Quelques-uns auraient préféré la république; mais la crainte que la chute de Louis XVI, au lieu d'une république, n'amenât l'anarchie ou le duc d'Orléans, les tenait attachés à la monarchie constitutionnelle. — Lafayette, Bailly, Rœderer, Dupont de Nemours, Chapelier , le duc de La Rofoucauld, Sieyès, chefs du club de 89, étaient originairement membres du club des jacobins. Fatigués du bruyant des séances, de la déraison des orateurs, de la nécessité d'obtenir et de captiver la faveur populaire, nécessité qui force l'honnête homme de dissimuler sa pensée, et, s'il veut commander, d'obéir d'abord à tous les ca-

(1) Rappelons ici ce qui a été dit précédemment : Le nombre des membres de l'assemblée nationale dans le club des jacobins s'éleva à plus de quatre cents. {Lameth, Hist. de la Const.)

OS (novembre 1790) assemblée nationale.

priées d'une multitude ignorante et grossière, ils cessèrent peu à peu d'assister aux séances des jacobins, et vinrent s'étaler pompeusement au Palais-Royal dans un appartement superbe et avec tout le fracas propre à attirer et à frapper la multitude. — Le club de 89 eut aussi, lui, un grand nombre d'auxiliaires, des philosophes, des académiciens, "des financiers, des capitalistes, des hommes de lettres, Condorcet, Marmontel, Champ fort, Clavières, Durovray. Il comptait parmi ses membres les principaux meneurs des comités et les hommes les plus marquants de la majorité de l'assemblée. — On y discutait ainsi qu'aux Jacobins. des matières politiques, mais on les discutait avec décence : de plus on y donnait d'excellents dîners. — Au reste, on y ambitionnait, comme aux Jacobins, la faveur populaire et l'on y employait pour l'obtenir, tout comme aux Jacobins, les adresses et les dépulations. — Les vainqueurs de la Bastille venaient-ils féliciter les jacobins de leur énergie ; les dames de la halle arrivaient au même moment au club de 89, adressaient un beau compliment au génie de M. Bailly; elles n'oubliaient pas le bon général Lafayette, le grand Mirabeau qui disait de si belles choses à l'assemblée, ni M. Chapelier qui, sans cesser d'être bon Breton, était devenu bon Parisien.

« Le comte de Mirabeau, haï, mais craint et recherché des chefs des deux clubs, faisait pencher la balance pour l'un ou pour l'autre, selon qu'il se réunissait aux jacobins ou aux 89. Il ne possédait la confiance d'aucun des chefs; mais ils l'employaient à faire passer leurs délibérations secrètes : car les jacobins et les 89 avaient un comité dans lequel se discutaient et s'arrêtaient les ditTérenls projets relatifs à la révolution, avant qu'on les portât à l'assemblée générale des clubs et qu'on les soumit ainsi à l'opinion publique.

« Les jacobins et les 89, quoique ennemis, se réunissaient cependant lorsqu'il s'agissait d'attaquer la noblesse, le clergé ou l'autorité royale. Ils se réunissaient encore lorsqu'il fallait obtenir quelque décret populaire.

« Il n'y avait à l'assemblée nationale qu'à peu près trois cents membres véritablement hommes probes, exempts d'esprit de parti, étrangers à l'un et à Vautre club, voulant le bien, le voulant pour lui-même, indépendamment d'intérêts d'ordre, de corps, toujours prêts à embrasser la proposition la plus juste et la plus utile, n'importe de qui elle vînt et par qui elle fût appuyée. — Adoptant toujours ce qui était bon, éloignant toujours ce qui était mauvais, ils ont souvent donné la majorité à des délibérations qui, sans eux, eussent été rejetées par un esprit de faction.

a Je ne saurais m'empêcher à ce sujet de remarquer la conduite

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