CONSPIRATION DE LYON
soulever le peuple, me dit-il ensuite, et faire revenir les princes. M. Lachapelle se mettra à la tête du peuple. Dès le premier jour de l'arrivée des princes, les entrées diminueront; le roi viendra ; s'il ne peut pas se dégager de son assemblée nationale, il remmènera avec lui, la constitution ira son train; mais nous surveillerons de près rassemblée... Je lui observai que si rassemblée n'était pas libre, elle pourrait bien se dissoudre. Tant mieux, reprit-il, nous aurons toujours le roi; Paris sera un désert, et Lyon deviendra la capilale... Il me donna quatre louis. »
M. Voidel. Vous qui conspirez contre votre patrie, et qui vous bercez de ridicules espérances, apprenez que dans cette ville, que vous comptiez trouver toute prête à l'exécution de vos projets, il ne s'est pas élevé une seule voix en votre faveur. Le peuple entier de cette ville a exprimé, par les plus vifs applaudissements, la joie qu'il éprouvait d'avoir échappé aux pièges que vous lui tendiez. (On applaudit.)
Après quelques observations, M. Voidel présente un projet de décret tendant, i° à ordonner la translation de MM. Guillain, d'Escarts et Terrasse, du château de Pierre-en-Cise, où ils ont été transférés après un interrogatoire à la municipalité, dans les prisons de Paris; 2° à faire prier le roi de faire remplacer M. Lachapelle, commandant à Lyon, ainsi que la garnison de cette ville ; 3° à ordonner à tous les Français, fonctionnaires publics ou recevant des pensions ou traitements quelconques de l'État, de rentrer dans le royaume dans le délai d'un mois, sous peine d'être suspendus de leurs pensions et traitements.
— Les conclusions de Voidel furent adoptées après une discussion très -vive, où il fut notamment question des princes de la famille royale réfugiés à Turin ainsi que de la sourde agitation qui régnait dans tout le midi de la France. Le 5 décembre, la société des Amis de la constitution de Perpignan avait été attaquée de nuit à coups de fusil. En présence de faits de ce genre, le public et surtout la pi;esse révolutionnaire étaient loin de partager la sécurité de la majorité de l'assemblée. La sanction du décret du 27 novembre par Louis XVI ne diminua point les soupçons. On ne pouvait croire que la cour ne sût rien des projets dont la connaissance parvenait ainsi accidentellement au public. On ne pouvait croire non plus que cette connaissance fût complète. L'esprit de défiance, qui était un des caractères de la révolution à cette époque, rendait incrédule, et le public avait raison dans son incrédulité.
11 se trouve, en effet, dans les mémoires royalistes, notamment dans, ceuv de madame de Campan, qui était alors attachée au service de
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la cour, et do l'abbé Guillon, très-initié aux intrigues conlre-ivvolutionnaires, des renseignements qui prouvent que Voidel et le comité des recherches n'avaient saisi que quelques fils d'un projet beaucoup plus étendu sur le Midi. L'abbc Guillon rapporte que ce plan avait été imaginé pour seconder un désir qu'avant même la fédération du 14 juillet Louis XVI avait témoigné à ses confidents les plus intimes et qui consistait à transporter sa cour dans Tune des grandes villes du royaume, où, environné de l'amour des habitants et de quelques forces militaires, il jouirait d'une plus grande liberté. On jeta les yeux sur Lyon. Une société de zélés royalistes de haut rang, formée à Paris sous le titre de Sahn français, fit rédiger un plan par trois de ses membres, et ce plan fut porté, vers la fin de juillet, par M. le marquis de Laqueilleet M. de Sabran, évêque de Luçon, à madame Élisabeth, qui le goûta fort. — L'abbé Guillon rapporte ensuite les mesures projetées pour l'évasion du roi et de la famille royale. Il s'agissait avant tout de s'assurer des dispositions de la ville de Lyon; il fallait aussi obtenir de Mesdames, tantes du roi, auxquelles on cachait ce projet, qu'elles partissent pour Rome, et s'assurer que Monsieur et Madame, qui ne le connaissaient pas davantage, passeraient à l'étranger par la plus prochaine frontière. En attendant, le ministre envoyait des troupes nombreuses tenir garnison dans les villes de la Bresse, de la Bourgogne et du Beaujolais : c'étaient les chasseurs de Bretagne et d'Alsace, le régiment de la marine, celui de Bourgogne, les dragons de Penthièvre, le régiment suisse de Sleiner; le roi nommait commandant des troupes qui étaient à Lyon (6,000 hommes) le comte de Lachapelle, ancien capitaine aux gardes françaises et maréchal de camp, qui connaissait le projet et ne pouvait qu'en bien diriger l'exécution. Ce fut alors que madame Elisabeth « qui était l'âme de toute cette affaire » en écrivit au comte d'Artois et instruisit ainsi les Français émigrés à Turin. Quelques-uns proposèrent aussitôt de marcher sur Lyon avant que le roi y fut rendu. Ce projet fut combattu par d'autres, par la raison que le comte d'Artois ne serait pas reçu par la population comme le roi lui-même et que le roi de Sardaigne, qui ne voulait pas agir sans l'aveu de l'empereur d'Autriche, refusait de fournir des troupes. Pour s'assurer des dispositions de Lyon, travaillé déjà par des émissaires du Salon français, les princes y envoyèrent le marquis d'Escarts et le cbevalier Terrasse. Mais déjà la conspiration s'ébruitait... Nous ajouterons à ces renseignements de l'abbé Guillon que le projet, arrêté enfin par les princes, de marcher sur Lyon avant l'arrivée du roi n'avait pu convenir à la cour, et que celle-ci était revenue com-