‹ Histoire de l'assemblee constituanteChapitre 79 sur 139 · RAPPORT DIPLOMATIQUES · texte numérisé non relu

RAPPORT DIPLOMATIQUES

redouter de quelques politiques malveillants; mais cette politique est si basse, qu'on ne peut l'imputer qu'à un ennemi de l'humanité, et si étroite, qu'elle ne peut convenir qu'à des hommes très-vulgaires et que de nos jours elle est peu redoutable.

Français, étendez donc vos regards au delà de nos frontières, vous n'y trouverez que des voisins qui ont besoin de la paix comme nous, et nort pas d'ennëmis. Vous y trouverez des hommes que, pour des guerres injustes, on ne mènera plus aussi facilement aux combats ; des citoyens qui, moins libres que nous, regardent en secret le succès de notre révolution comme une espérance qui leur est commune. De là, parcourez l'étendue de cet empire, et si vous avez la défiance du zèle, ayez aussi le respect de vos propres forces. On vous a dit que vous n'avez plus d'armée, lorsque tous vos citoyens sont soldats ; que vous n'avez plus d'or, et au moindre péril, toutes les fortunes particulières formeraient la fortune publique; qu'une guerre peut troubler votre constitution, comme si les tentes d'un camp ne deviendraient pas aussitôt un asile pour les législateurs de ce peuple, qui fit ses premières lois dans le champ de Mars. Eh ! quel tyran insensé s'exposerait à conquérir ce qu'il ne pourrait pas conserver ! Lorsque la majorité d'une nation veut rester libre, est-il un emploi de la force capable d'empêcher qu'elle ne le soit?

Où donc est la source de cette anxiété qui, se propageant dans tout le royaume, y a provoqué non-seulement l'énergie et la fierté du patriotisme, mais son impatience? Le zèle h'a-t-il point exagéré nos périls ; car il est une ambition de servir son pays capable de tromper les intentions du meilleur citoyen, de lui faire rechercher des occasions d'être plus puissant, pour être en même temps plus utile; de lui faire exagérer ses craintes, parce qu'il croit être propre à les calmer; enfin, de le porter à donner la première impulsion vers un but auquel il est entraîné par son talent, qui par cela seul lui fait oublier la prudence.

Peut-être aussi, fatigués de leur impuissance à troubler le royaume, les ennemis de la révolution ont-ils pris leurs vœux pour leurs espérances, leurs espérances pour des réalités, leurs menaces pour une attaque ; et se consolant à rêver des vengeances, ont-ils inspiré des inquiétudes au peuple, plus capable de juger leur audace que leurs moyens. Peut-être encore des factieux, auxquels il manque # quelques chances pour exécuter, sous les beaux noms de liberté, patriotisme, ordre, monarchie, des projets qui nous sont cachés, ont-ils espéré de les trouver dans une grande agitation populaire ; et ce eembat de l'intrigue et de l'ambition contre le patriotisme

généreux et crédule, est sans doute aussi une guerre. Enfin, ne iloit-on pas regarder comme une des causes des alannes populaires cotte défiance exagérée qui, depuis longtemps, agite tous les esprits, qui retarde le moment de la paix, aigrit les maux, et devient une source d'anarchie quand elle cesse d'être utile à la liberté? Nous craignons des ennemis au dehors, et nous oublions celui qui ravage l'intérieur du royaume. Presque partout les fonctionnaires publics, choisis par le peuple, sont à leur poste ; ses droits sont donc exercés; il lui reste à remplir ses devoirs : qu'en surveillant ses mandataires il les honore de sa confiance, et que la force turbulente de la multitude cède à la puissance calme de la loi. Alors, jusqu'au signal du danger donné par le fonctionnaire public, le citoyen dira : L'on veille pour moi. Car, ce n'est point la véritable liberté qui a de vaines terreurs; elle se respecte assez, pour ne rien trouver de redoutable.

Cependant, si les craintes ont été exagérées, elles n'ont pas été pour cela sans prétexte. Il est trop vrai qu'il y a eu des préparatifs d'une entrée de quelques conspirateurs armés, par les frontières de la Savoie; que quelques hommes ont été enrôlés dans la Suisse par les mécontents français; qu'on a tenté d'introduire furtivement des armes dans le royaume ; qu'on a cherché, qu'on cherche encore à faire entrer quelques princes d'Allemagne dans une querelle étrangère, et à les tromper sur leurs véritables intérêts ; enfin, que les réfugiés français ont des agents dans plusieurs cours du Nord, pour y décrier notre constitution, que ses bienfaits vengent assez de leurs outrages.

Toutes ces circonstances réunies, comparées avec la force d'un grand peuple, ne mériteraient peut-être pas notre attention; mais nous devons aussi compter pour quelque chose, l'incertitude même de la prudence, la marche tortueuse d'une fausse politique, et l'obscurité qui couvre toujours une partie de l'avenir; enfin, la sagesse ne nous prescrit-elle pas de rassurer ceux-là même qui s'alarment sans raison?

C'est après avoir pesé toutes ces considérations, que vos comités réunis vous proposent d'organiser, pour l'état de guerre, les gardes nationales et l'armée auxiliaire : votre comité militaire vient de vous en indiquer les moyens; de déterminer les pensions de retraite de tous les agents du pouvoir exécutif dans les cours étrangères, en cas de remplacement; enfin, de porter au pied de guerre la portion de v otre armée qui sera distribuée dans les points du royaume pour lesquels on a conçu quelques craintes.

— L'assemblée décréta en effet, après le rapport de Mirabeau, que

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le roi serait prié de donner des ordres pour porter au complet de 750 hommes par bataillon, trente régiments d'infanterie; et au complet de 170 hommes par escadron, vingt régiments de troupes à cheval, dont huit de quatre escadrons et douze de trois escadrons, pour répartir ces troupes dans les départements de l'Est.

Ensuite, et dans la même séance, elle vota les premiers articles du projet présenté par Lameth, dont voici les dispositions principales :

Pour être en état de porter au pied de guerre tous les régiments de l'armée aussitôt que les circonstances l'exigeront, on s'assurera de cent mille soldats auxiliaires destinés à être répartis dans ces régiments. Les auxiliaires seront engagés pour trois ans, sous la condition de joindre, aussitôt qu'ils en seront requis, les corps qui leur auront été désignés.

On n'admettra, dans les engagements, que des personnes domiciliées, et de préférence d'anciens soldats. Les auxiliaires recevront trois sous par jour pendant la paix ; ils jouiront, dans le lieu de leur domicile, des droits de citoyens actifs.

— Les rapports dont la séance précédente fut occupée n'étaient pas sans doute complètement improvisés. 11 parait que les comités avaient prévu que la pensée d'un danger intérieur pourrait arrêter l'assemblée dans ses entreprises sur le clergé, et qu'ils avaient leur réponse prête. Quoiqu'on ne sût rien des négociations secrètes de la cour, ni des correspondances qui avaient lieu entre les monarques étrangers, la position de l'extérieur était de nature, si ce n'est à exciter des craintes, au moins à attirer l'attention. Il y avait d'abord des émigrés, dont on exagérait le nombre dans le public, ce qui ne trompait au reste ni le comité diplomatique, ni le comité des recherches. La Belgique était reconquise, et, par suite, une armée autrichienne touchait nos frontières. Les comités, à cet égard , n'avaient non plus aucune crainte ; car, ils savaient très-bien que cette armée était nécessaire dans les Pays-Bas pour comprimer l'esprit d'insurrection. L'assemblée prouva qu'elle partageait la sécurité de ses comités, lorsqu'elle poussa, ainsi qu'elle le fit, jusqu'aux dernières limites, la grande querelle du clergé. Mais il n'en était pas de même dans le public, qui, malgré les innombrables distractions d'une multitude de petites affaires que nous raconterons dans le chapitre suivant, avait, par moments, jeté les yeux sur les moyens de défense que possédait la révolution et avait adressé de vives réclamations par les moyens qui étaient en son pouvoir. En vain, la plupart des journaux se taisaient sur ce sujet ou s'appliquaient à démontrer qu'on devait être dans une sécurité complète, annonçant la dispersion prochaine des émigrés, et parlant du dan-

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ger qu'affronteraient les souverains étrangers, s'ils provoquaient une révolution qui devait faire le tour du monde ; le public avait de violents accès d'inquiétude. Un seul journal, celui de Carra* était* sous ce rapport, dans les sentiments du public.

La première démarche significative inspirée par cette inquiétude fut faite par une section de Paris* dès le 3 janvier.

Extrait du procès-verbal de la section du Théâtre- Français du 3 janvier 1791 . Un membre a demandé la parole et a dit :

« Messieurs, un grand rassemblement de troupes vers nos frontières doit exciter dans ce moment notre attention. Léopold n'avait pas besoin d une armée aussi nombreuse pour subjuguer des peuples oui lui étaient vendus par leurs chefs ; nos fugitifs d'ailleurs sont dans son camp, et il n'en faut pas davantage pour nous faire suspecter tous les mouvements de cette armée. Nous avons également à craindre du côté de l'Espagne et de l'Italie. Et qu'on ne nous dise pas que tous ces princes sont nos alliés : la politique des cours ne respecta jamais aucun traité ; ce n'est point d'ailleurs avec les nations que les rois en contractent ; ce n'est jamais que de couronne à couronne. Notre constitution fait le désespoir des princes ambitieux et despotes; ils ne négligeront rien pour accabler une nation qui a brisé ses fers, et qui a donné un grand exemple à tous les peuples de la terre.

« Il n'est plus temps, messieurs, de nous le dissimuler : la patrie est en danger ; notre constitution est menacée ; la garde nationale, vouée par son serment à la maintenir, n'est point armée ; la défense du royaume est entièrement conliée au ministère, aux agents de la cour ; et l'expérience ne nous a que trop instruits de la nécessité de les surveiller. C'est aux sections de Paris à redoubler d'activité ; c'est à la capitale, qui par son exemple a procuré la liberté à toute la France après l'avoir préparée d'avance par ses lumières, à l'assurer aujourd'hui par la plus active surveillance.

« Je désirerais donc que la section du Théâtre-Français fût la| première à donner l'exemple de la sollicitude pour la chose publique. Je demande en conséquence qu'il soit pris unarrêté tendant : j° à ce qu'il soit présenté, au nom de la commune de Paris, une adresse à l'assemblée nationale, à l'effet de la prier d'inviter le ministre de la guerre à se rendre à rassemblée, et à y rendre compte des mesures concertées au conseil pour garantir nos frontières des hostilités que pourraient se permettre les puissances étrangères, et de celles qu'il a prises en exécution du décret relatif à la délivrance des 50,000 fusils pour armer les gardes nationales; 2° que pour en imposer à nos ennemis et montrer à l'Europe lea

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