‹ Histoire de l'assemblee constituanteChapitre 87 sur 139 · JACOBINS · texte numérisé non relu

JACOBINS

être plus tard député à la convention, venait d'appeler l'attention sur son nom en publiant une brochure, le Républicanisme appliqué à la France. Mais cette idée était généralement repoussée. Voici comment aux Jacobins on l'accueillait: « Dans la séance du 25 janvier, un jeune orateur, député de la section de Mauconseil, en rendant compte d'un arrêté de cette section, où se trouvait le mot de républicains, s'est vu interrompu par quelques voix, qui ont crié : Nous ne sommes pas des républicains. (Hélas ! on ne le voit que trop, dit le journal.) Le jeune orateur a terminé son discours, et quand il a eu fini, il a été invité à supprimer le mot malsonnant de républicain.» (Patriote français, 29 janvier 1791.) Pendant qu'on accueillait si mal le mot, voici ce que l'on disait de la chose dans le journal de la Société : « Un petit État peut se gouverner longtemps en république ; un grand empire qui s'est adapté ce mode de gouvernement finit par devenir presque toujours la proie de quelque usurpateur. Dans l'un, les citoyens plus rapprochés sont aussi plus unis entre eux ; l'œil surveillant du peuple a peu d'espace à parcourir; l'ambitieux ne saurait mettre qu'un petit nombre de bras en mouvement, et le parti que le matin a vu se former n'existe déjà plus le soir. Dans l'autre, on trouve moins d'unité, moins de concert, moins de possibilité de tout prévoir et de parer à tout; tôt ou tard il s'y forme plusieurs factions, et l'on voit le peuple, toujours instrument passif de desseins qu'il ignore, toujours jouet des passions qui lui sont étrangères, toujours trahi par les différents chefs auxquels il prodigue et son sang et ses richesses, consumer en efforts infructueux toute l'énergie dont il est capable, jusqu'à ce que, las des dévastations, des crises et des déchirements, il ait acheté quelques instants de repos par le sacrifice de ses droits, et fait avec le despotisme une honteuse capitulation. »

Marat lui-même n'était pas alors républicain. Sommé par un petit journal, le Journal du faubourg Saint- Antoine , qui n'eut qu'une existence éphémère, de dire son Credo et de prêter le serment civique; non-seulement il prêta son serment, mais il ajouta :

« On m'a souvent représenté comme un mortel ennemi de la royauté, et je prétends que le roi n'a pas un meilleur ami que moi. Ses mortels ennemis sont ses parents, ses ministres, les noirs et les ministériels de l'assemblée nationale, les membres du club monarchique, les prêtres factieux et les autres suppôts du despotisme: car ils l'exposent continuellement, par leurs machinations, à perdre la confiance du peuple, et ils le poussent, par leurs conseils, à jouer la couronne que j'affermis sur sa tête en dévoilant leurs complots, en le pressant de les livrer au glaive de lois. » Marat s'explique en-

382 (janvier 1791) assemblée nationale.

suite sur la personne de Louis XVI ; il ne lui reproché que les défauts de son éducation, et finit par ces paroles : * Nous serions encore esclaves si nous avions eu un Louis XI ou un Louis XIV ; et peut-être Charlemagne, Louis XII, Henri IV ne nous auraient-ils pas réduits à la nécessité de nous rendre libres. » (L'Ami du Peuple^ n°* CGCLXXV et CCGLXXVH.) 11 est très-remarquable quetousces hommes soient arrivés à la république sans le vouloir, sans le chercher et sans l'annoncer, tandis que tant de personnes qui la cherchent n'y peuvent parvenir !

Pendant que les jacobins se livraient, ainsi que nous venons de le voir, à un travail complètement pratique, le Cercle social poursuivait paisiblement le cours de séances consacrées à la pure théorie. C'était toujours le centre de tous les genres d'excentricités. La Bouche de fer du 5 janvier rend compte d'un discours qu'une dame Palm d'.EIders, Hollandaise d'origine, venait d'y prononcer. En voici quelques passages :

« Messieurs, vous avez admis mon sexe à cette association patriotique des Amis de la vérité ; c'est un premier pas vers la justice. Les augustes représentants de cette heureuse nation viennent d'applaudir à l'intrépide courage des amazones, dans l'un de vos départements, et leur permettent de lever un corps pour la défense de la patrie (1). C'est un premier choc aux préjugés dont on a enveloppé notre existence ; c'est un coup violent porté à celui de tous les despolismes qui est le plus difficile à déraciner.

« Ne soyez donc pas justes à moitié, messieurs. Vous avez voulu, et bientôt les murs de ces orgueilleuses forteresses qui faisaient l'humiliation et l'opprobre des Français, se sont écroulés avec fracas : détruisez de même ces remparts des préjugés, plus danger reux peut être, parce qu'ils sont plus nuisibles au bonheur général. La justice doit être la première vertu des hommes libres, et la justice demande que les lois soient communes à tous les êtres, comme l'air et le soleil ; et cependant partout les lois sont en faveur des hommes, aux dépens des femmes, parce que partout le pouvoir est en vos mains. Quoi î des hommes libres, un peuple éclairé, consacreraient-ils, dans un siècle de lumières et de philosophie, ce qui a été l'abus de la force dans un siècle d'ignorance? Soyez justes envers nous,, messieurs, vous que la nature créa bien supérieurs en forces physiques î vous avez gardé pour vous toute la

(1) En effet, l'assemblée avait permis de lire, dans une de ses séances (le 20 novembre au soir), une adresse signée Les amazones de Vie et où des femmes demandaient à former un corps de garde nationale auxiliaire.

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