‹ Histoire de l'assemblee constituanteChapitre 86 sur 139 · CLUB MONARCHIQUE · texte numérisé non relu

CLUB MONARCHIQUE

Celte déclaration fut insérée dans tous les journaux, et même dans le Moniteur y au commencement de février. Le Cercle social publia une déclaration semblable ; et, en même temps, comme on disait courir des listes des membres de la Société monarchique, chaque jour les journaux étaient appelés à insérer quelque nouveau démenti. Ainsi, on trouve, en janvier, des réclamations signées Toulongeon, Bureau de Puzy, Bouclier d'Argis, Custine, etc. C'était ce club que Barnave désignait dans la séance du 25 janvier (voyez p. 549). Il annonçait [ainsi à la tribune quelle était l'opinion de la société des jacobins sur le nouveau club.

C'était une affaire grave pour ce club, car la persécution avait déjà commencé pour lui. 11 avait loué pour ses séances une salle désignée sous le nom de Wauxhall d'été; mais chaque fois qu'il s'y réunissait, un attroupement s'y formait, et grossissait à chaque réunion, au point de devenir redoutable. Le lendemain de la séance du 25 et de la dénonciation de Barnave, il devint menaçant. On jeta des pierres et on s'engagea, pour la prochaine fois, à mettre le feu au Wauxhall. Le propriétaire, effrayé, pria les monarchiens de ne plus venir chez lui.

Le club, poussé à bout, écrivit à l'assemblée nationale afin qu'elle permit à ses députés de s'expliquer et de le défendre. Malgré l'énergique insistance de Clermont-Tonnerre et de Malouet, l'assemblée passa à Tordre du jour. Mais le peuple des tribunes ne passa point à l'ordre du jour; il se mit à la recherche du club monarchique, et, ne sachant où le trouver, il se rendit à l'hôtel de Clermont-Tonnerre. 11 s'était recruté en route, en sorte qu'il formait un attroupement considérable. Si le maire Bailly et la garde nationale n'étaient arrivés, il est probable que l'hôtel de Clermont-Tonnerre eût subi une dévastation pareille à celle qu'avait éprouvée quelque temps auparavant l'hôtel de (Jastries.

Il faut interrompre ici l'histoire des persécutions du club monarchique; mais elles n'étaient pas terminées; elles devaient recommencer le mois suivant, et ne finir enfin qu'avec le club lui-même. 11 n'en était pas ainsi des sociétés que leurs tendances révolutionnaires recommandaient au sentiment populaire.

Parmi celles-là, c'étaient toujours les jacobins qui se trouvaient à la tête de l'opinion publique, à Paris et dans les départements. Toutes les sociétés patriotiques qui se formaient en province leur demandaient l'affiliation et tenaient à honneur d'y être admises. Par leur moyen, la révolution opposa en quelque sorte corporation à corporation dans les difficultés qui s'élevaient à l'occasion de la constitution civile du clergé. La plupart des sociétés affiliées elles-

580 (janvier 1791) assemblée nationale.

mêmes avaient en outre, autour d'elles, des associations subordonnées, vis-à-vis desquelles elles jouaient le rôle de club cenlral, exactement comme les jacobins de Paris le faisaient à leur égard. De cette manière, cette grande fédération des Amis de la constitution était présente presque partout, et partout elle agissait avec une ardeur, un entrain et un ensemble, qui était au moins égal et souvent supérieur à celui de leurs adversaires.

Ce qui faisait la force de cette société était plutôt l'union et l'audace révolutionnaire qui l'animaient que l'importance même de ses délibérations. Sauf le club de Paris, où siégeaient un grand nombre de représentants, et où l'on discutait et quelquefois l'on décidait les questions soumises à l'assemblée nationale ou à ses comités, les sociétés secondaires étaient plus occupées d'action que de délibérations , plus occupées de s'exciter et de se passionner que d'étudier les questions politiques. Aussi leur correspondance, composée en grande partie de dénonciations contre les prêtres non assermentés, offre-t-elle peu d'intérêt. Ce fut même peut-être parce qu'il n'y avait qu'un centre délibérant pour tout le corps, qui était seulement agissant; ou, en d'autres termes, parce qu'il n'y avait qu'une tête pour donner le mouvement à une multitude de membres, que la discipline se maintint dans cette vaste organisation.

Ils prenaient d'ailleurs toutes les allures d'un pouvoir public. Ainsi, les Jacobins rédigèrent une adresse sur la constitution civile ; ainsi le 24 janvier, un membre ayant fait la motion « que tous les amis de la constitution fissent serment de défendre de leur fortune et de leur sang tout- citoyen qui aurait le courage de se dévouer à la dénonciation des traîtres à la patrie et des conspirateurs contre la liberté, » la société à l'instant prêta ce serment et arrêta qu'il en serait fait mention au procès-verbal. Cet arrêté est signé Victor Broglie, président; Villars, Al. Beauharnais, Voidel, Bonnecarrère, secrétaires. Comme on peut le deviner par cette décision, les jacobins étaient le centre d'une correspondance considérable et d'une enquête sur les opinions et sur les nommes qu'ils cherchaient à encourager et même à ennoblir. Cette police morale et politique était d'autant plus active , qu'elle était l'effet du simple zèle ; mais aussi elle était d'autant plus dangereuse qu'elle était trop souvent plus passionnée que juste, plus soupçonneuse qu'intelligente. D'ailleurs il n'y avait personne qui se doutât des conséquences que devait avoir cette organisation puissante que l'on développait avec tant de soin. Le club des jacobins était toujours dévoué à la constitution.

Cependant, le mot de république avait déjà été prononcé dans la presse. Brissot était connu pour républicain. F. Robert, qui devait

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