PHOJKTS DE LA COUR
voyés à Versailles, auprès de la société des Amis de la constitution établie dans cette ville. Ces commissaires, accompagnés de plusieurs aulrcs de Versailles ont visité les écuries du roi, et celles des ci-devant gai des du corps, et y ont trouvé au delà de sept cents chevaux, toujours sellés, bridés et prêts à partir au moindrè signal. Ces mêmes commissaires ont vu de leurs deux yeux plusieurs voitures du roi sur lesquelles on chargeait dans l'instant même de très grandes vaches de cuir bien remplies, et dont les armes peintes sur les panneaux étaient presque entièrement effacées. Dans la même journée toute la maréchaussée de l'Ile-de-France, au nombre de plus de deux cents cavaliers, s'élait rendue, avec armes, chevaux et bagages, dans l'hôtel d'un lieutenant général, M. de la Salle, faubourg Saint-Germain, sous prétexte de réclamer une masse dé 30 mille francs, comme s'il convenait d aller s'enfermer avec armes et ba-ga* yes dans l'hôtel d'un ofiieier général, pour faire une pareille réclamation. On a su hier que le sieur Priorau, commandant de la maréchaussée et connu pour un des plus vils instruments de l'ancien régime et de l'aristocratie actuelle, était revenu secrètement de Turin, et qu'il se tenait caché au Louvre. Toutes ces découvertes, ainsi que plusieurs autres que Ton fait à chaque instant sur le même complot, nous prouvent donc qu'on n'a point abandonné et qu'on n'abandonnera pas le projet de faire partir le roi. Mais pourquoi les ennemis dt; la patrie et de la liberté s'acharnent-ils spécialement et constamment au projet d'emmener le roi au delà de nos frontières? La raison en est simple. Les princes d'Allemagne et Léopold veulent bien fournir des troupes contre la nation française, nfais aucun d'eux ne veut attaquer cette nation en son propre nom ; ils voudraient que ce fût le roi des Français qui marchât contre les Français sous prétexte de rétablir son ancienne autorité, et ce que les rois appellent leurs droits divins. Us diraient alors que ne connaissant que le roi, et non la nation, et que n'ayant jamais traité qu'avec le roi, ils lui doivent tous les secours possibles contre les rebelles. Voilà lé grand mot de l'énigme, et voilà pourquoi les aristocrates fugitifs l'ont des recrues sur nos frontières, en attendant qu'un beau jour de cet hiver ou de printemps, le pouvoir exécutif de la France leur soit amené pour commencer la guerre. » (Annales patriotiques, Ie' février.)
Le Moniteur démentit une partie de cet article : « On parle, ditil, depuis plusieurs jours d'une très-grande quantité de chevaux réunis dans les écuries de Versailles; un nombre assez considérable de cavaliers de la maréchaussée est arrivé à Paris; des préparatifs de départ faits à Bellevue donnaient des inquiétudes. Nous devons
Wi (FÉVRIER 1791) ASSEMRLÉK NATIONALE.
rassurer ceux qui auraient pu être effrayés. Il n'y a, tant dans la grande et la petite écurie de Versailles que dans celles de Mesdames, que six cents chevaux, et, depuis le séjour du roi à Paris, ce nombre n'a pas varié. On a vu, dans notre numéro du 31, la cause de l'arrivée des cavaliers de la maréchaussée (c'était, dit le Moniteur, pour l'apurement des comptes d'une partie de ce corps.) Quant au départ de Mesdames, tantes du roi, il paraît certain qu'elles ont eu le projet de voyager en Italie.
« On a répandu le bruit qu'il y avait un complot pour enlever le roi et sa famille; ce bruit est absolument dénué de fondement. » (Moniteur, 3 février.)
Nous laissons le lecteur juge de la vérité de ces explications. Quoi qu'il en soit, les constitutionnels se méfiaient si peu des intentions du roi, qu'ils s'adressèrent à lui pour empêcher le départ de ses tantes.
Les procès-verbaux manuscrits de la commune renferment, à la date du 4, la délibération suivante : « Le corps municipal étant informé par M. le maire et les administrateurs au département de la police, que Mesdames, tantes du roi, avaient fait demander un passe-port dans l'intention de sortir du royaume, a arrêté qu'il ne serait point délivré de passe-port, et sur l'observation que Tordre et l'intérêt de la sûreté publique exigent que dans une circonstance aussi délicate, la municipalité ne néglige aucun des moyens qui peuvent les assurer; le corps municipal, ouï et ce requérant le premier substitut, a unanimement arrêté que demain, M. le maire et MM. Penou et Jolly, ainsi que le premier substitut adjoint, se retireraient devers le roi pour lui exposer les inquiétudes des citoyens sur le voyage de Mesdames, et les inconvénients qui peuvent en être la suite. »
Cette démarche eut lieu en effet. Bailly se rendit aux Tuileries, à la tête d'une nombreuse députation. Le roi répondit que : « Quand on lui montrerait un décret de l'assemblée qui défendit de voyager, il empêcherait ses tantes de partir; mais que jusqu'à ce moment elles étaient libres de sortir du royaume ainsi que tous les autres citoyens. » — « La réponse du roi aigrit les esprits, dit Ferrières. Les jacobins dirent hautement qu'il fallait empêcher le départ de Mesdames : les constitutionnels résolurent en conséquence de paraître s'y opposer. — On fit agir les dames de la Halle; on leur insinua d'aller à Bellevue, où était la résidence des tantes du roi, et de les forcer de se rendre à Paris. Mais elles prévinrent cette scène désagréable en revenant, le soir même, coucher aux Tuileries. Ce retour ne calma point les inquiétudes du peuple. » (Mém. dumarq. dç Ferrières, t. II, p. 229.)