SITUATION DES PARTIS
la ferme intention de sauver le rui et la monarchie. (Mèm. cités, p. 227.) H est permis de croire que M. de Biron n'était pas de bonne foi et qu'il voulait seulement sonder M. de Bouillé sur ses intentions et ses espérances, peut-être même éclaircir quelques vagues soupçons; mais pour obtenir sa confiance, il dut lui faire beaucoup de confidences, et c'est là sans doute que le général a puisé les renseignements qu'il nous donne sur le parti orléaniste. On a pu voir, au reste, dans quelques extraits de journaux précédemment cités, que plusieurs organes de la presse patriote étaient accusés d'être dans la dépendance de d'Orléans. Desmoulins, Danton même, avaient subi des accusations de ce genre. Quant au premier, soit indifférence pour ces imputations, soit légèreté, soit bienveillance réelle, il ne manquait guère l'occasion de faire l'éloge du duc de Chartres (aujourd'hui Louis-Philippe, roi des Français.) Ainsi, en tête de son n° LXIf, il place une gravure représentant ce jeune prince saignant un malade à l'Hôtel-Dieu. Au bas de la gravure se trouvent ces mots : « Ceux qui n'avaient que des occupations et des titres frivoles deviennent respectables par les lumières et les connaissances qu'ils acquièrent, en avouant que le premier devoir de l'homme est de secourir son semblable. » Dans le n° LXIV, il présente cette gravure comme une maladresse du dessinateur : « Si j'avais eu, ajoute-t-il, à offrir le portrait de M. de Chartres, j'aurais imité ce tableau du jeune législateur des chrétiens, s'escrimant à douze ans dans le Temple, et j'aurais peint la désolation de sa mère, quand elle le trouve au milieu des jacobins, comme Jésus au milieu des docteurs. » On disait que Desmoulins exaltait le fils, ne pouvant louer le père. Au milieu de toutes ces accusations sur lesquelles il est difficile de se prononcer, Marat reste exempt de soupçons. Mais son esprit de défiance excessive, sa confiance en certains hommes fort suspects, son exaltation, faisaient de lui un instrument très-facile à manier, pour ceux qui voulaient pousser les choses à l'extrême en renversant le parti constitutionnel.
Pour ajouter une preuve à ce que nous venons dire sur la faible influence du duc d'Orléans, nous citerons ce fait, qui en outre ne manque pas d'intérêt par lui-même. A la séance de l'assemblée du H janvier, Camus avait proposé, au nom delà direction de liquidation et du comité de l'extraordinaire, de décréter que la créance de 4,158,850 livres de la dot de Louise-Élisabeth d'Orléans serait payée au duc d'Orléans de mois en mois, en quatre payements égaux. Cette dot avait été attribuée à la fille du régent, afin de la désintéresser par celle-ci dans la succession de son père; mais elle était morte sans enfants et c'était le duc d'Orléans qui venait récla-
mer son héritage. Cette demande excita une réprobation unanime dans la presse, et la question fut ajournée par rassemblée.
Telle était la situation des partis, telles étaient les intrigues, au moment où la question du serment du clergé jetait le trouble dans toute la France. Aussi le n" LXXXI des Révolutions de Paris commençait par ces mots : « Au milieu de l'effervescence qui agite aujourd'hui la capitale et les déparlements, la plus légère étincelle suffirait pour allumer la guerre civile ! » Nous n'avons pas, cependant, encore tout dit: les menées de la cour et ce qui en transpirait dans le public allaient encore augmenter cette effervescence.
La correspondance entre le roi et Bouille était, comme nous l'avons vu, en pleine activité. On discutait sur le choix delà ville où le roi devait se retirer. Différents plans contre-révolutionnaires avaient été formés. Suivant Bertrand de Molleville et Bouillé, Mirabeau en présenta un dans les derniers jours de janvier, qui fut communiqué à Bouillé par le comte de Lamarck. Il avait été discuté avec M. de Montmorin, le 2 février. Il consistait à dissoudre l'assemblée, à convoquer une nouvelle assemblée par provinces et par bailliages, et sur les bases de la propriété, et à inviter les bailliages à donner leurs mandats pour une nouvelle constitution. Le roi se serait retiré, soit à Fontainebleau, soit à Compiègne, où Bouillé aurait réuni des troupes. Le tout devait être provoqué par une adresse émanée des provinces et. soutenue par Paris et une partie de rassemblée nationale.
Un autre plan fut aussi présenté par M. de Montmorin. Mais le roi et la reine, tout en acceptant ces conseils, ne suivaient que le plan de Bouillé. Ils se déliaient de leurs serviteurs et notamment des émigrés et des princes de la famille royale réfugiés à l'étranger. Aussi le plus grand secret couvrait-il toutes leurs démarches.
Cependant l'émigration continuait, et comme si l'émigration de la famille royale elle-même eut été la suite naturelle de celle de la noblesse, le bruit de préparatifs pour la fuite du roi se répandit dans le peuple. On venait d'apprendre, d'ailleurs, que Mesdames, tantes Ou roi, se préparaient à quitter Paris pour se rendre à Borne. «Personne ici, disait un journal le 1er février, ne peut plus douter du projet constant et opiniâtre qu'on a de faire partir le roi, et des manœuvres successives et diverses qu'on emploie pour préparer et faire réussir ce départ. Huit ou neuf cents membres de la société des Amis de la constitution ont entendu de leurs propres oreilles, dans leur séance de samedi dernier 29 janvier, le rapport de deux commissaires que cette société avait en-