Histoire de l'beglise depuis la creation Volume 1
Le temps n'est plus où, s'adressant à ime société que la foi religieuse dominait encore, Fleury pouvait déclarer dans la Préface de son Histoire ecclésiastique, qu'il « fallait retrancher d'une » telle œuvre les dissertations et les discussions de la critique, » comme on ôte, dit-il, les échafauds, les machines et les cintres » des voûtes, après qu'un bâtiment est achevé *. » Une situation nouvelle a créé des besoins nouveaux. L'Eglise ne peut s'afïîrmer, en présence des négations dont son œuvre est devenue Toibjet dans ce siècle de discussion radicale, qu'en écartant d'abord les obstacles entassés sur sa route avec une ardeur acharnée et persévérante. L'objection est maintenant plus universellement connue que ne le sont les faits eux-mêmes : tout a été trave^ti^ dénaturé dans les détails et dans l'ensemble de l'histoire ecclé- ^ siastique; l'écrivain catholique doit donc défendre d'une m . ' l'édifice du passé qu'il cherche à reconstruire de l'autre. Ce ^' , ,
* Fleury, UitU ecclés,^ édit* in-12. 1720. Préface, pag. IT,
n PRÉFACE.
caractère signalera les œuvres religieuses de notre époque e marquera leur date dans Tavenir. Nonpas certes que l'Eglise ai besoin des efforts de ses défenseurs pour assurer son triomphe Dix-huit siècles ont passé, et tous ceux que la Providence réserve <^.ncore au monde passeront de même, sans entamer ce monument divin. Mais la société elle-même a besoin d'être prémunie contre les attaques dont FEglise est l'objet. Les intelligences sollicitées par les théories nouvelles, égarées par des systèmei d'autant plus dangereux qu'ils se présentent comme le dernie: mot de la science humaine, ont besoin de trouver une réponse à tant de préjugés hostiles, semés à profusion, restés par toui les échos et qui semblent mêlés à l'air qu'on respire. Plus qu< jamais nous avons le droit de redire le mot de saint Paul, qui Baronius inscrivait entête de ses immortelles i4?2?2a/e5 ; Ostiun nobis aferium est magnum et evidens, sed adversarii multi *.
Le côté militant d'une telle œuvre n'est pas le fait de l'historien; il lui est imposé par la critique contemporaine et par le: tendances intellectuelles de son époque. Qu'importe que de nouvelles attaques nécessitent dans l'avenir de nouvelles réponses' L'histoire de l'Eglise restera xin champ toujours ouvert à la polémique des adversaires comia« au zèle des apologistes. Ce livr» ne sera fermé qu'à la consommation des temps. On conçoit don» *'î)p;3ortunité d'une nouvelle Histoire de l'Eglise, en présence de ^rmes nouvelles que revêt la sci^ince irréligieuse.
* I Cor,, cap. XVI; 9; Baron., prœfat. m Annal, ecclesiast,, ad Lectorem, initio iom. I^ in-fol. Yenet^ 1601.
PRÉFACl. m
Le premier, M. l'abbé Rohrbacber inaugura en France, dans un travail d'ensemble, ce& idées fécondes et vraies. On se demanda avec quelque étonnement pourquoi il comprenait dans son ouvrage l'histoire du Testament Ancien. L'habitude exercé sur les esprits un tel empire, que ce procédé passa pour une innovation dont la nécessité ne paraissait pas tout d'abord trèsjustifiée. On avait oublié que tel était le plan indiqué par Fléury lui-même. «La véritable religion, dit-il, a cet avantage, que » Forigine en est certaine et la tradition suivie jusques à nous, » sans aucune interruption. Nous avons entre les mains l'histoire » de Jésus-Christ écrite par ses disciples, témoins oculaires : nous » avons les prophéties qui Tavaient promis si longtemps aupa- » ravant, et nous en savons les dates et les auteurs, à remonter » jusques à Moïse, dont les livres sont les plus anciens qui soient » au monde *. » La même pensée était formulée par Bossuet avec l'élévation et la majesté de son inimitable langage. « Quelle » consolation aux enfants de Dieu, mais quelle conviction de la » vérité , quand ils voient que d'Innocent XI , qui remplit au- » jourd'hui si dignement le premier siège de l'Eglise, on re- » monte sans interruption jusqu'à saint Pierre, établi par Jésus- » Christ prince des Apôtres! D'oii, en reprenant les pontifes qui r> ont servi sous la loi, on va jusqu'à Aaron et Moïse; de là jus- » qu'aux patriarches et à l'origine du monde! Quelle suite, <|uelle » tradition, quel enchaînement merveilleux! Si notre esprif, na- » turellement incertain, et devenu par ses incertitudes le jouet
rieury, Hist. ecciés.^ Préface, pag. i.
JPRÉFACE.
» de ses propres raisonnements, a besoin, dans les questions où » il y va du salut, d'être fixé et déterminé par une autorité cer- > tame, quelle plus grande autorité que celle de l'Eglise catho- » lique, qui réunit en elle toute l'autorité des siècles passés et » les anciennes traditions du genre humain jusqu'à sa première » origine * ! » Telle est, en effet, la généalogie de l'Eglise catho^ lique ; son berceau est contemporain de la création ; le Testament Ancien fut le prélude et la préparation providentielle du Testament Nouveau : le principe et la fin de l'histoire de l'Eglise sont «n Dieu, d'où elle descend et où elle remonte. Elle rattache le temps aux deux rivages de l'éternité.
M. Rohrbacher, et ce sera sa véritable gloire, a remis cette vérité dans tout son jour. Depuis la publication de son grand ouvrage , les adversaires de l'Eglise ont si bien compris ce que la question avait de vital , qu'ils ont dirigé de préférence leurs attaques contre les Livres saints, sur Pautorité desquels elle s'appuie. Les textes sacrés sont redevenus l'objet des études les plus multipliées et les plus diverses : mais telle est leur énergie divine, que les critiques les plus acerbes sont réellement uîi homnage indirect rendu à leur suprême puissance. On ne g'a^taque ainsi qu'à une force immortelle ; si l'Ecriture n'était qu'une œuvre humaine, elle aurait certainement succombé sous les effortt de dix-huit siècles conjurés. C'est là, nous le répétons, le véritable service rendu à l'apologétique chrétienne par M. l'abbé
» Boesuet, Discours sur VHist univers., 2* partie, chap. ixxi, édit. OutheniA* Cktlandre, 1840, pag. 289