CHAP. II. — COSMOGONIE EGYPTIENNE, .ETC
D double existence, mortel par son corps, immorteUpar son être » même.
» Immortel, tout lui est soumis; les autres êtres vivants subissent » la loi des deslins K »
32. Quand Marsile Ficin, en 1554, traduisit pour la première fois ^^%^^^[f^ ces textes étonnants des livres hermétiques, le monde savant fut PJ^jJ^n'^J® unanime à les considérer comme apocryphes, et ce jugement a subsisté jusqu'à nos jom-s. Cependant M. Champollion affirme qu'à part certaines interpolations évidemment étrangères au génie égyptien, le fond même de cet ouvrage est d'une authenticité incontestable, et que les monuments hiéroglyphiques lui en ont fourni la preuve ^.
L'Intelligence, le Verbe et V Esprit, dont parle Hermès, semblaient aux critiques modernes un souvenir trop saisissant et une imitation trop parfaite de la Trinité chrétienne, pour n'être pas une addition de date plus récente. Or, dit M. Champollion, « dans le temple » de Kalabschi, en Nubie (le 27 janvier 1829), j'ai découvert une » nouvelle génération de dieux, qui complète le cercle des formes » d'Ammon, point de départ et point de réunion de toutes les es- » sences divines. Ammon-Ra , l'être suprême et primordial, étant » son propre père, est quahfié de mari de sa mère (la déesse )) Mouth). Le terme de cette triade est Konsh, produit à!Ammon et » de Mouth. Cette triade s'étant manifestée sur la terre, se résout » en Osiris^ Isis et Horus. Tous les autres dieux égyptiens ne sont » que des formes de ces principes constituants; ce ne sont que de » pures abstractions du grand Etre ^. »
On le voit donc , sauf la terminologie hellénique que les traducteurs grecs devaient substituer aux expressions égyptiennes des livres d'Hermès, sous peine de rester inintelligibles pom* leurs lecteurs, les inscriptions du temple de Kalabschi révèlent la même ioctrine que les livres hermétiques. La tradition monothéiste et le
* Pin?.ander, édition deTurnèbe, Paris 1554, in-4o. — Traduction de M. Chsmpollion-FigeJtCj Egypte ancienne, pag. 140-142.
2 Champoliion le Jeune, Egypte ancienne, pag. 139. — ^ Champollion, £'^i'p(îif ancienne, pag. 245.
12(3 îiiSTOiRE DE l'Église. — première époque.
dogme primitif d'une Irinilé divine y ont laisse leur empreinte comme dans toutes les autres cosmogonies *. s^réiiorité 33. Il n'est pas sans intérêt de comparer le récit de la Genèse
iili'^nlue dure- ^ ^
cit mosaïque, avec cclui d'Hcrmès Trismégiste. Si jamais l'incrédulité eut un prétexte pour accuser Moïse de plagiat, ce fat dans cette circonstance. Il s'agit en effet de la doctrine sacrée des Egyptiens, des mystères enfouis dans l'intérieur des temples, dissimulés au vulgaire par la politique sacerdotale : le législateur hébreu, élevé à l'ombre d'une protection royale par les prêtres égyptiens, leur a emprunté, diton, toute sa cosmogonie. Notre époque a vu se produire des ouvrages intitulés : Sowres oh Moïse a puisé la 6>?2è5^; l'inspiration divine disparaît ainsi du tc-^le biblique, qui ne nous offre plus qu'un résumé heureux d'une doctrine tout humaine. Mais si Moïse n'a fait que reproduire les Egyptiens, si son récit n'est qu'un abrégé de leurs livres sacrés, si sa parole n'est qu'un écho de la leur, nous devrons trouver une supériorité évidente dans l'original sur la copie, dans le monument primitif sur l'œuvre du compilateur; la source fournit toujours l'eau la plus pure. Or le contraire a précisément lieu ici; ce n'est pas Moïse qui semble avoir copié Hermès; c'est Hermès qui, dans ce qu'il nous oflre de raisonnable, paraît s'èlie inspiré du récit hébraïque; et toutes les fois qu'il s'en écarte, il tombe dans l'absurde. Que représentent les «sept agents» d'Hermès, qui « contiennent dans des cercles » inflexibles, « le monde matériel? » Au point de vue scientifique, que peut signifier une pareiUe énigme? Comment exphquer a le Verbe renfermant en soi les cercles, » et a tournant avec eux » dans un immense tourbillon? Quel rapport l'ensemble de ces cercles pouvait-il avoir avec la «création des animaux privés de raison?» Dans l'œuvre créatrice, quelle part la cosmogonie égyptienne fait-elle au règne sidéral, dont elle no prononce même pas le nom? Quel ordre étabht-elle dans la hiérarchie des créatures terrestres? Quelle époque fixe-t-elle aux créations
» « La religion égyptienne, dit M. Champollion, était un monothéisme pur. a se KianifcstaLt extérieurement par un polythéisme symbolique, c'est-à^din 0 un seul Dieu, dont toutes les qualités et les altributions étaient personni- I» fiées en autant d^agents actifs ou divinités obéissantes. » Ibid., pag. 245.
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successives? Les végétaux, oubliés par Hermès, ne devraient-ils pas avoir leur place marquée dans l'ensemble d*une cosmogonie? Et, malgré les incohérences, les lacunes de l'œuvre égyptienne, quand la Genèse oflre avec le récit hermétique des différences radicales, des détails sans précédents, un ordre complètement étranger, une division de jours, une hiérarchie de création sans analogie, on persisterait à prétendre qu'elle est pourtant la copie de ces livres, la fdle de ces informes monuments! Il suffit de signaler de pareilles exagérations pour en faire justice.
Si l'on veut se convaincre, par une démonstration plus décisive encore, de la supériorité de la Genèse sur tous les récits cosmogoniques, qu'on réunisse les textes d'origine diverse que nous venons de citer; qu'après une étude approfondie et un sérieux examen, on essaie de formuler avec leurs données respectives et en s'inspi rant de ce que chacun peut offrir de meilleur, une rédaction d'ensemble, que l'on comparera ensuite avec la parole de Moïse, et la divine inspiration de nos Livres saints éclatera tout entière. Cette idée n'est pas une simple hypothèse : dans le système qui refuse à la Bible son caractère divin, on suppose que le législateur hébreu a emprunté aux civilisations anciennes les éléments de sa cosmogonie, qu'il les a concentrés dans un corps de doctrine, et que son seul mérite est celui d'un habile compilateur. Pour répondre à cette accusation, l'argument le plus péremptoire consistait à présenter le texte même des récits cosmogoniques, étrangers à colui de Moïse , et de prouver par leur citation exacte qu'aucun d'eux, pris séparément, de même que tous réunis, ne peut fournir ni les détails, ni l'ensemble de la donnée bibhque. La supériorité absolue de la Genèse reste donc étabhe, et cette conclusion ressort légitimement de tout ce qui précède *.
* Ce chapitre ëtait sous presse lorsqu'on nous signala la publication importante faife par M. l'abbé Migne, sous le titre de Livres sacrés de toutes les Reli' gions, sauf la Bible, 2 vol. m-i°. Nous ne saurions trop recommander un pareil ouvrage, qui manquait complètement à nos bibl olhèquss, et qui peut servir à compléter l'étude des cosmogonies comparées.