‹ Histoire de l'beglise depuis la creation Volume 1Chapitre 45 sur 121 · CHAP. Y. — DESCENDANCE DE GAIN, ETC · texte numérisé non relu

CHAP. Y. — DESCENDANCE DE GAIN, ETC

portion de leurs forces physiques; si l'on ajoute que la fécondité puissante de l'espèce humaine, dans son expansion native, fournissait à ces tyrans inconnus des armées sans cesse renaissantes, on ge fera l'idée du sang qui fut répandu alors et abreuva la terre maudite depuis le péché *. Les guerres titaniques et les exploits fabuleux des géants, dont le polythéisme conserva le souvenir, ne sont que Timage des réalités terribles dont le monde fut alors témoin. Les fils des hommes^ ainsi sont-ils appelés dans l'Ecriture, sans doute parce qu'ils avaient banni de leur cœur la pensée du Dieu tout -puissant, les fils des hommes abreuvèrent d'amertume et de douleur la vieillesse d'Adam, leur père. Chacun de leurs forfaits retentissait dans l'âme du premier homme comme un écho prolongé de sa faute primitive; et sans doute les larmes qu'il avait versées sur la tombe d'Abel, se multiplièrent pour tous les crimes de ces nouveaux Caïn.

19. Cependant, à côté de ce développement monstrueux cieis passions humaines, la Bible nous signale les premiers essais des arts et de l'industrie. « Ada, l'une des femmes de Lamech, fut mère de » Jabel, qui le premier enseigna aux pasteurs à se bâtir des tentes. » Jubal, son frère, apprit à accompagner les chants avec la harpe » et la cithare 2. )> Les deux frères de la Genèse sont les mêmes que le Pan et l'Apollon des Grecs. « Sella, l'autre épouse de La- )) mcch, donna le jour à Tubalcaïn, qui le premier étendit le fer et )) l'airain sous le marteau, et en fabriqua des instruments divers. » Il eut pour sœur Noëma ^, » Le Vulcain des poètes est précisément ce Tubalcaïn du texte hébreu. «Tubalcaïn, dit Josèphe, » surpassait tous ses contemporains en force et en courage , et fut » le plus puissant des guerriers. Il eut d'immenses richesses, et vé- )> eut dans une splendeur inconnue avant lui. On lui doit l'art de a forger les métaux *. » Sa sœur Noëma, à laquelle on attribue l'invention précieuse de filer le lin et de tisser la toile, se retrouve dans les souvenirs de la Grèce, sous le nom de Minerve, appelée aussi par les Egyptiens Némana.

* Stolberg, Geschichte der Relig. — « Gènes., cap. IV, 20, 21. — ' Ibid.^ 22» — * Joseph., Antiq. Judaic, lib. I, cap. n.

240 HISTOIRE EE L'ÉGLISE. — PREMIÈRE ÉrOCU>' ('lî)<)3-33()8).

20. On s'est demandé souvent comment le séjour sur la terre d'une race antédiluvienne si puissante et si féconde, n'avait pas laissé dans les entrailles du sol quelques vestiges de son passage. En supposant que les monuments les plus considérables de cette civilisation primitive eussent tous été détruits par le déluge, il semblait du moins que la géologie devait recueillir dans les couches du diluvium quelque trace d'une industrie humaine. Ce problème, dont Cuvier ne vit pas la solution, fut longtemps l'objet des patientes investigations de la science moderne. L'incrédulité se faisait une arme nouvelle, contre la véracité de la Genèse, des résultats négatifs auxquels avaient abouti tant de recherches. Ici, devançant la consécration solennelle de la postérité, qu'il nous soit permis de signaler à la reconnaissance du monde religieux le nom d'im savant pour qui la plus glorieuse des découvertes est venue couronner enfin quarante années de généreux et persévérants efforts. M. Boucher de Perthes sera donc le Christophe Colomb du monde antédiluvien. Seul, avec cette idée persistante de reconstituer les monuments de la civilisation primitive, il a successivement exploré dans toute l'Europe les bancs et les dépôts ossifères des terrains diluviens. De chacun de ses voyages il revenait avec des richesses dont nul ne soupçonnart le prix, et classait dans un véritable mu« sée ces trésors d'un autre âge. Aux dénégations du monde savant, il répondait par des découvertes nouvelles; aux objections des incrédules, il répondait par une érudition dont le champ s'élargissait chaque jour; aux railleries de l'ignorance, il opposait le calme et la dignité d'une conscience qui a pour elle l'avenir. Maintenant cet avenir qui a manqué à tant de génies, est arrivé pour lui aux jours de sa vieillesse. Le monde antédiluvien est découvert. Toutes les académies se sont enfin décidées à le reconnaître et à le constater. L'industrie primitive , les instruments les plus divers , les armes, les outils de ces premiers âges, des figurines, des signes de tout genre, reparaissent à nos yeux comme les témoins irrécusables de la vérité des Livres saints *. L'objection est donc aujour-

> M. Boucher de Perthes, Antiquités celtiques et atUédiluvtenneê, 2 toI. in-8» it57.

ClUr. V. — DESCENDANCE DE CAIN , ETC. 24i

iVhui victorieusement réfutée. La trace de la main humaine dans les dépôts du diluvium est retrouvée. Cette découverte eu appelle une seconde, qui en sera quelque jour le complément naturel : nous voulons parler des débris fossiles de l'homme antédiluvien. (( Leur existence, dit M. Boucher de Perthes, est aujourd'hui dé- » montrée pour les érudits, mais elle ne l'est pas encore pour la )) foule, parce qu'il faut bien convenir que, jusqu'à ce jour, les » rencontres de ces fossiles d'hommes ont été des faits isolés; ce » n'est jamais en masse qu'on les a recueillis. Alors on s'est de- » mandé : Puisqu'il y a de grands dépôts de débi'is de mammin fères, pourquoi n'en existe-t-il pas aussi de ceux de notre espèce? » — Ayez patience ; avant Guvier, vous ignoriez complètement que )) la butte Montmartre recelât des milliers de quadrupèdes de » l'espèce dont il s'agit. Si ce n'est pas à Paris ou en France qu'on » trouve un ossuaire humain, ce sera ailleurs. Oui, cette décou- » verte doit infailliblement avoir lieu; il suffit pour cela d'une » fouille heureuse, du retrait d'un lac ou dune baie, de l'écroule- )) ment d'une montagne. Alors ce ne sera pas un squelette isolé )) qu'on trouvera, c'en sera des miUiers, parce qu'il est certain » qu'antérieurement à la catastrophe diluvienne , les hommes » étaient nombreux sur cette terre, et la preuve, c'est le nombre » de leurs œuvres : par ce qui reste de ces monuments de pierre, » de ces haches, de ces outils en silex, on peut juger ce qu'il y en )) avait. »

21. Le caractère propre de l'industrie antédiluvienne, d'après caractère ses monuments jusqu'ici connus, est marqué par l'emploi général ^apidâLTd? de la pierre ou silex dont sont fabriqués les armes, les haches, les ^anSu-^ couteaux et les instruments les plus déhcats et les plus tranchants, fi^rmanUa^vépropres à couper le bois, le façonner, le pohr. Ce fait vient mer- ^'^l Moit?' veilleusement corroborer le texte de Moïse, et lui apporte une éclatante confirmation. En effet, Tubalcaïn, le premier qui, d'après la Genèse, découvrit l'art de forger les métaux, ferme la hste des descendants de Caïn. Il est le dernier anneau des sept générations des Fils des hommes, jusqu'au déluge. Sa découverte, contemporaine de Tépoque diluvienne, fut par conséquent trop rapprochée de cette

il. te

252 liisTOiRE DE l'Église. —PREMIERE époque (4963-3308'.

grande catastrophe, pour avoir pris une extension considérable. Voilà pourquoi le fer et les autres métaux ne figurent point parmi les productions exhumées jusqu'ici de l'industrie antédiluvienne *. Mais il n'en faudrait pas conclure que cette industrie fài par là même dans un état d'indigente pauvreté. La pierre, habilement travaillée par des procédés dont le courageux savant a pu retrouver la trace, se prêtait, sous la main de ces générations primitives, à presque tous les usages. Des pointes de flèches aussi acérées que le meilleur javelot, figurent par milliers dans ce musée lapidaire. Des lames de pierre, dont les siècles n'ont pas émoussé le tranchant, serviraient encore maintenant aussi bien que l'acier le mieux trempé. Enfin il n'est pas jusqu'aux manches en bois ou en os de tous ces instruments si nombreux et si variés, dont M. Boucher de Perlhes ne soit parvenu à réunir quelques échantillons. C'est ainsi que chaque pas de la science la ramène à la véiité révélée et aux enseignements de la foi.

§ IIS. Descendance de Seih, ou Ses Fils de Dicn.

Importante 22. Parallèlement à la race impie des fils des liommes, héi'iliers

eaTntASgusùn dcs crimcs de Caïn, leur aïeul, Moïse nous expose la ligne généa-

îéeidcTgéné- logique des descendants de Seth, héritiers des traditions saintes et

Siivicnnes" purcs qu'Adam avait transmises à ses enfants. Selon la remarque

de saint Augustin ^, sur laquelle nous ne saurions trop insister, la

liste des dix générations des fils de Dieu, rapportée ici, ne doit

point être considérée comme l'énuméralion complète de la nom-

ï RI. BûiK'her de Perthes, à qui nous avons soumis cette remarque, nous a fait observer que d'ailleurs les chances de conservation pour les instruments fabriqués en fer, pendant l'époque antédiluvienne, étaient beaucoup moiar dres que pour les outils de pierre et de silex. C(?la se conçoit facilementj l'oxydation produite par le long séjour dans les eaux du d:iuviiim, a dû corroder le fer et les autres métaux, si leur usage était alors connu. Il a ajouté qu'il avait eu quelquefois l'occasion de remarquer dans les dépôts où il rencontrait les silex travaillés, des traces ferrugineuses, comme pourraient en fournir des objets de fer complètement oxydés. Jusque-là, il n'avait pa« songé à les recueillir. Il nous a promis d'en faire désormais le sujet d'une étude spéciale.

* S. August., De Civit. Dei, lib. XV, cap. XV.

ClIAP. V. DESCENDANCE DE SETH; ETC. "213

breuse postérité d'Adam jusqu'au déluge. « Moïse, dit ce grand » docteur,voulantdescendre les temps, par certains degrés généa-p » logiques, jusqu'à la naissance de Noé, a signalé seulemeût les » générations qui se présentaient dans cet ordre, négligeant toutes » les antres comme étrangères à son sujet. C'est ainsi qne plus tard » l'évangéliste saint Matthieu en usera pour la généalogie tempo- » relie de notre Seigneur Jésus-Christ. »

.^3. Voici donc, dans cet ordre restreint, la liste des générations Généalogie d'Adam. Après la mort d'Abel, « Eve donna le jour à un fds qu'elle patSaJifae» » nomma Selh, en disant : Le Seigneur m'a rendu un fils pour te- *°*^'^'^°*»«»* » nir la place d'Abel, mis à mort par Caïn *. » La racine hébraïque du nom de Seth signifie en effet substitution, fondement. Dans les deux sens cette acception est vraie, puisque Seth fut substitué au juste Abel, son frère, et qu'il devint le nouveau fondement de la cité de Dieu.

I. a Or Adam avait cent trente ans lorsqu'il engendra Seth, à son » image et à sa ressemblance. Et les jours d'Adam, après la nais- » sance de- Seth, furent encore de huit cents ans; il eut des fils et » des filles; le nombre total de ses jours fut de neuf cent trente e ans, et 1 mourut ^.

II. » A l'âge de cent cinq ans, Seth engendra Enos. Et les jours » de Seth, après la naissance d'Enos, furent de huit cent sept ans; » il eut de 5 fils et des filles; le nombre total des jours de Seth fut » de neuf* îent douze ans, et il mourut.

m. » Enos était âgé de quatre-vingt-dix ans quand u engendra 0 Caïnan. 11 vécut huit cent quinze ans après cette naissance; et il D eut des fils et des filles. Le nombre de ses jours fut de neuf cent i> cinq ans, et il mourut. Ce fut de son temps que le nom de Fils de f> Dieu commença à être donné à la descendance d'Enos ^.

IV. » Caïnan était âgé de soixante -dix ans quand il engendra

» Gènes. yC<\\i. iv, 25. — * Ibid., cap. v, 3, 4. — Nous suivons ii;i, pourl'éuumérationdes auiiées, le texte delà Vulgate. Les différences chronologiques de cette version avec celle des Septante, seront examinées dans le paragraplie suivant.

5 Gènes., cap. iv, 26. — Tel est le sens que nous croyons devoir donner au texte hébreu, traduit dan? la Vulgate par : Iste cœpit invcca>^e noincn Dcmini* Mous en exposerons plus loin la raison,;

» Malaléel. Il vécut huit cent quarante ans après cette naissance; » et il eut des fils et des filles. Le nombre total des jours de Gaïnan 3> fut de neuf cent dix ans, et il mourut.

V, )) Malaléel était âgé de soixante-cinq ans quand il engendra t> Jared. Il vécut huit cent trente ans après cette naissance ; et il )) eut des fils et des filles. Le nombre total de ses jours fut de huit )) cent quatre-vingt-quinze ans, et il mourut.

Al. )) Jared était âgé de cent soixante-deux ans quand il engen- )) dra Hénoch. Il vécut huit cents ans après la naissance d'Hénoch; » il eut des fils et des filles. Le nombre total de ses jours fut de » neuf cent soixante-deux ans, et il mourut.

VIL » Hénoch était âgé de soixante -cinq ans quand il engendra » Mathusalem. Il vécut trois cents ans après la naissance de Ma- » thusalem; il eut des fils et des filles; et le nombre total de ses » jours fut de trois cent soixante-cinq^ans. Le Seigneur l'accompa- )) gna dans toutes ses voies^ et il disparut de la terre, parce que » Dieu l'enleva.

YÏII. )) Mathusalem était âgé de cent quatre-vingt-sept ans quand I) il engendra Lamech. Il vécut sept cent quatre-vingt-deux ans » après la naissance de Lamech; il eut des fils et des filles. Le )) nombre total de ses jours fut de neuf cent soixante-neuf ans, et )) il mourut.

IX. » Lamech était âgé de cent quatre-vingt-deux ans quand il )) engendra un fils, qu'il appela Noé, en disant : Celui-ci nous con- » solera dans nos travaux et les œuvres de nos mains, sur cette j) terre que le Seigneur a maudite. Lamech vécut cinq cent quatre- )) vingt-quinze ans après la naissance de Noé ; il eut des fils et des » filles. Le nombre total de ses jours fut de sept cent soixante-dix- )) sept ans, et il mourut.

X. » Noé était âgé de cinq cents ans quand il engendra Sem, M Ch.i'm et Japhet. »

24. Ainsi dix générations patriarcales séparent, dans le récit de Moïse, la création de l'homme du déluge universel. Leur énumé* ration, que nous avons voulu scrupuleusement traduire, est nette, déiïge.'^ précise et ne laisse pas ^nferevoir de lacune. Or ces dix généra-

Page 1