‹ Histoire de l'beglise depuis la creation Volume 1Chapitre 44 sur 121 · CHAP. V. — DESCENDANCE DE GAIN, ETC · texte numérisé non relu

CHAP. V. — DESCENDANCE DE GAIN, ETC

imprimant la sainteté d'un sacrement*. Lamech,le cinquième descendant de Caïn, viola ouvertement le précepte du Soigneur. « Il » prit à la fois deux épouses, Ada et Sella *. » Les passions de son premier aïeul semblèrent revivre en sa personne. Le récit de la Genèse présente ici un caractère tout particulier, qui a frappé les interprètes de la Bible. Moïse quitte le ton de lliistorien pour prendre celui du poëte. Voici ses expressions : « Or Lamech dit à h ses épouses, Ada et Sella : Ecoutez ma voix, feinmos de Lamech, )) prêtez l'oreille à mes paroles : j'ai tué un homme sous mes )) coups; j'ai mis à mort un adolescent dans ma colrre. Mais si le » meurtrier de Caïn devait être puni sept fois, le meurtrier de )) Lamech sera puni septante fois sept fois 3. » Un lecteur un peu familiarisé avec la poésie hébraïque, en reconnaîtra immédiatement ici le rhythme et le parallélisme habituels. On peut donc supposer que Moïse a intercalé dans sa narration ces deux versets d'un hymne traditionnel, anciennement composé sur celte primitive histoire, et que les fils d'Israël chantaient encore dans le désert de Sin. Nous aurions ainsi, dans ce passage, siûvant la judicieuse remarque de Fleury *, un fragment du plus antigue poëme connu.

17. Dans la terrible et mystérieuse solennité ue col aveu, au sein Tradition de la famille, à l'ombre du foyer domestique, devons-nous voir Jcrime'dè" l'effet d'un remords cuisant, l'aiguillon vengeur d'une conscience ^^î'raiuuô^ bourrelée, qui poursuit le meurtrier jusqu*^ ^l-ms le repos et le si- 'nVent*"caïDr lence des nuits? Ou, comme d'autres interprètes l'ont pensé, n'y a-t-il dans cette confidence q;ue la préoccupation de l'homicide, qui craint la punition de son fo.'^fait et la prévient en se couvrant du précédent îirrêt rendu par la justice divine contre Caïn? La Genèse, dans son laconisme, ne nous fournit pas d'éléments qui puissent aider à résoudre cette question. Nous n'avons pas non plus de renseignements authentiques sur les détails de ce double homicide; cependant une tradition juive ^t respectable par son anti-

» Cornel. à Lapide, Comment, in Gènes., cap. iv, 19. — • Genes>:, cap. iv, 1». — • Gènes., cap. iv, 23, 24. —'* Disc, sur la poésie des Hébreux, opuscules de l'abbé Fleury, in-8», 1780, tom. II, pag. 664. — » Jogeph., Antiq, Judaic., lib. I, cap. II.

son aïeul.

quité, et longtemps admise par les doctem-s catholiques euxmêmes *, mérite à ce double titre d'être rapportée ici. Adoptée par Josèplie, elle nous a été transmise par saint Jérôme, et des théologiens illustres ^ n'ont pas hésité à lui accorder un certain degré d'autorité. Suivant cette tradition, la victime qui serait tombée sous les coups de Lamech, aurait été Gain lui-même, et voici dana quelles circonstances. Lamech chassait dans une forêt, accompagné d'un jeune homme que la tradition ne fait pas connaître. Sous le fourré du bois, un mouvement assez prononcé et le bruit des branches écartées comme par quelque bête sauvage, furent remarqués par le jeune homme. Il désigna cette place à Lamech, et celui-ci, s'élançant au hasard, frappa l'objet inconnu. Un grand cri se fit entendre, c'était Gain le fratricide. Gain, dont la vie s'écoulait loin d'Hénochia, dans les sohtudes les plus reculées, qui venait de tomber sous les coups de son petit-fils ! Lamech, couvert du sang de son aïeul, dans le désespoir où le jeta cette erreur involontaire, tourna sa fureur contre son compagnon, auteur innocent de cette horrible scène. 11 se précipita sur lui et le tua 3.

18. Quelle que soit la valeur historique de ce récit traditionnel, il n'en est pas moins certain que le meurtre et les passions adultères se perpétuaient dans la race de Gain. « Elle n'attendit pas, » dit Josèphe, qu'Adam fût mort, pour se livrer à tous les désordres » et à tous les crimes. Ghaque génération semblait prendre à tâche » de surpasser en infamie celle qui l'avait précédée. On vit alors » les guerres homicides, les dévastations et les brigandages. L'or- » gueil et la soif des jouissances ne connurent plus de bornes *. » Ge témoignage de l'historien juif mérite d'être pris en sérieuse considération. Si l'on réfléchit que les Sylla ou les Marins antédiluviens, qui armèrent les premiers les frères contre les frères dana des batailles gigantesques, pouvaient se promettre une vie de sept ou huit cents ans ; que leurs passions s'exaltaient encore en pro-

1 Torniell., Annales sacri, tom. I, pag. 127; Fleury, Discours sur la poésie dei Hébreux, loc. cit. — * Raban-Maur, de Lyra, Tostat, Cajétan, etc. ; cf. Cornel. à Lapide, Comment, in Gènes., cap. iv, 23. —* Torniell., Annales sacri, loc. cit.; Cornel. à Lapide, etc. •— * Joseph., Antiq. Judaic. ,lih, I, cap. ni.

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