‹ Histoire de l'beglise depuis la creation Volume 1Chapitre 47 sur 121 · Amegalar. 10. Xisuthrus · texte numérisé non relu

Amegalar. 10. Xisuthrus

Sanchoniaton parle comme Bérose. Dix générations se succèdent

dans son récit, depuis Ouranius, le fds du ciel, le père du genre humain, jusqu'à « la race présente des mortels ^. » La Chine nous a offert dans ces derniers temps une analogie non moins frappante entre ses traditions et les données bibliques. Ce n'est plus seulement le nombre sacramentel des dix générations antédiluviennes qui a été retrouvé dans ses antiques annales ; les noms mêmes des patriarcbes de la Genèse nous sont apparus avec une signification identique à celle de l'hébreu, dans l'idiome du peuple de Confucius. VAdam de Moïse, le Iloang chinois, ont tous deux une étymologie présentant l'idée de ten^e rougeâtre. Adam a été formé de la terre par Jéhovah,le Seigneur; Iloang , i^ar Fou-Hi, le Seigneur suprême. Bao, TAbel chinois, le second fds de Iloang, ne -laisse pas de postérité. Son frère aîné, Kiong-Sang, est le Caïn de la Bible, et les deux noms ont la même signification radicale. La liste chinoise se poursuit avec le même parallèle jusqu'à Ti-Ko, le Noé de Moïse, qui a pour fds Yao, le Yapet de la Bible et de tous les his-^ toriens grecs ou romains ^ L'Inde elle-même , avec sa fabuleuse mythologie et ses légendes hyperboliques, compte dix avatars ou âges successifs, depuis l'apparition du premier de ses dip/ix, jusqu'à Manou, le Noé oriental *, dont le nom est le même que celui

* Eusèî). de Ces., Chroniq., liv. I, chap. i. — ^ Volney, Recherches sur l'hist, ancienne, tora. I, pag. 146. — ^ Iqs Patriarches antérieurs à Noé, retrouvés à Idt Chine {Annales de philos, chrét., tom. XVI, 2^ série, pag. 115).

* Volney, loc. cit. — Me est l'article indien; Nou est le Noé de la ifiblô,

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du patriarche biblique. Dans cet accord merveilleux des souvenirs du genre humain avec la liste généalogique de Moïse, nous trouvons une preuve nouvelle de la véracité des Livres saints. La réponse de l'incrédulité tant de fois reproduite à ce propos, et l'invocation d'une rencontre fortuite qui amène constamment des analogies si évidentes, nous semble un puéril subterfuge, indigne de fixer les esprits sérieux. Moïse, en supposant qu'il eût inventé tout ce qu'il a écrit sur les origines de l'histoire, aurait pu rencontrer juste une ou deux fois; mais qu'il eût réussi à combiner tellement son système que ni la science, ni les traditions, ni les monuments, ni l'histoire ne le puissent surprendre en flagrant délit d'ignorance ou d'imposture, voilà qui dépasse la portée de l'imagination humaine. Et pour être incrédule à ce point, il faut un parti pris d'aveuglement dont l'efl'ort déconcerte la pensée et déshonore la raison.

Le patriarche 25. On a pu remarquer quB le récit biblique, dans la série des apocryphes générations antédiluviennes, est fort sobre de détails. Les noms des son nom. patriarches y sont encadrés entre une date de naissance et de mort, avec un laconisme plein de majesté, il est vrai, mais qui ne révèle rien de plus à la légitime curiosité de l'histoirs. Nous allons essayer de rattacher à chacun de ces noms les commentaires les plus accrédités dont la tradition ait gardé le souvenir. Le substitué d'Abel, le patriarche qui renoue la chaîne brisée des rapports de l'homm-^ avec Jéhovah et commence la lignée des justes que saint Augustin appelle la cité de Dieu, Seth, dont la naissance est saluée par Adam et Eve comme une consolation à leur immense douleur, « se mon- » tra, nous dit l'historien Josèphe, digne des espérances qu'il avait » inspirées. Il reçut avec docilité les leçons de son père, s'attacha » à lui pt ^t remarquer ses inclinations vertueuses dès son plus » jeune âge K » Suidas ajoute que sa piété et sa sagesse le firent bénir de Dieu, et que son nom est resté célèbre dans la mémoire des peuples, parce que le premier il apprit aux hommes à graver

appelé de même par les Arabes Nouh al Nabi, Noé le prophète (Rohrbacher, HiS' ioire univers, de l'Eglise cathol., 2^ édit., tome I, pages 158, 159). * JoscdIi., Antiq. Judnic, lib. 1, cap. ii.

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leurs pensées sur la pierre ou le bois, à l'aide des caractères ^ On lui attribue encore la première découverte en astronomie, et Ton prétend qu'il donna des noms à sept planètes dont il avait observé le cours sous le ciel pur de l'Orient. La Bibliothèque impériale conserve un manuscrit chaldaïque intitulé : L'astronomie donnée par un ange au patriarche Seth 2. Nous sommes loin d'attacher à ces différentes traditions une valeur que l'Eglise n'a pas consacrée; mais si elle ne les a point autorisées, elle ne les a pas non plus interdites. Et nous sommes en droit de confirmer ces récits par un autre passage de Josèphe, où l'historien juif rapporte que les fils de Seth érigèrent deux colonnes, l'une de briques, l'autre de pierres, sur lesquelles ils gravèrent les connaissances littéraires et astronomiques de leur aïeul. «On assure, ajoute-t-il, que la colonne de » pierres se voit encore aujourd'hui en Syrie. » A côté de ces traditions dont l'antiquité du moins, à défaut d'autre mérite, ne saurait être contestée, une secte d'hérétiques dont saint Epiphane a décrit les erreurs, s'empara du nom de Sctli et se fît appeler Séthiens. Rameau détaché du gnosticisme au 11^ siècle de notre ère, cette hérésie appuyait ses extravagantes doctrines sur de prétendus ouvrages de Seth, échappés au déluge et renfermant, disait-on, la science primitive dans toute sa pureté. De nos jours encore, les mahométans assurent que Dieu envoya à Seth jusqu'à cinquante volumes, qui lui furent apportés du ciel; et l'on retrouve dans toute l'Arabie des livres qui portent le nom de ce patriarche. C'est sans doute à cette classe d'ouvrages apocryphes que se rattache le manuscrit de la Bibliothèque impériale dont on a vu plus haut le titre. Si l'on songe que les gnostiques se vantaient de posséder un livre intitulé : Pénitence d'Adam, un autre qu'ils appelaient V Evangile d'Eve; et qu'enfin ils montraient un traité d'astronomie faussement attribué à Abel, on s'étonnera moins de voir si multipliées les œuvres apocryphes de Seth ^. Il suîfît de signaler de pareilles aberrations pour en faire justice.

* Voy. Coniel. à Lapide, Comment, in Gènes., cap. iv, 25. — * D. Geillier, tom. I, pag. 264 édit. Vives. — 3 /6îc?.,pag. 261. 262, 263,

Origine dn

nom de « Fils de Dieu, »

donné, à l'époque du patriarche Enos, aux

descendants de Setb.

26. Enos, ainsi appelé d'un mot hébreu dont la signification est infirmité, semble avoir reçu du pieux patriarche Seth, comme un témoignage d'humble résignation, ce nom qui convient si justement aux misères originelles de l'humanité déchue. « Alors, dit le » texte hébreu, on commença à appeler les hommes du iiom de » Fils de Dieu. » Les interprètes * ont laborieusement étudié ce verset de la Genèse, traduit dans la Vulgate par les mots latins ; hie cœpit iJtiocare nomen Dcmini. Or il paraît, après mûre réflexion, impossible de prendre ces paroles dans le sens que, seulement au temps d'Enos, le nom de Dieu eût commencé à être invoqué. Que deviendraient en effet les sacrifices d'Abel et de Caïn, dont il a été précédemment parlé? Que deviendraient les rapports de Dieu avec ces deax frères, dont la Genèse fait une mention si exphcite? Comment accorder ce sens avec les paroles d'Eve, qui, à chaque naissance de ses fils, les place sous l'invocation du Seigneur? Comment enfin supposer qu'Adam vivant encore, Adam témoin des merveilles de la création, victime désolée et repentante de l'aveugle passion qui l'avait précipité, lui et toute sa race, dans la dégradation du péché, Adam que -tous les docteurs catholiques s'accordent à nous présenter comme le t\^pe de la pénitence et comme le premier des justes auquel le sang rédempteur ouvrit les portes du ciel; Adam, disons-nous, eût pu oubher le nom du Seigneur, et le réapprendre, à la seconde génération, de la bouche d'Enos, son petitfils? 11 y a là tout un ensemble d'impossibilités historiques et morales, qui ne permet pas d'entendre le mot de la Genèse selon le sens obvie de la traduction latine. Nous croyons donc avec saint Cyrille d'Alexandrie, Théodoret, Suidas, que pour trouver la solution de cette difficulté, il faut rapprocher le verset de la Genèse dont il est ici question, de celui où les descendants de Seth sont appelés «Fils de Dien.y) Filii Lci, et donner au texte hébraïque dont la formule rigoureuse est celle-ci : « Alors on commença d'ap- » peler du nom de Jchovah, » le sens qu'à l'époque d'Enos on

» Voy. ces différentes interprétations : Torniell., Annales sacri, tom. I, p. 123; Cornel. à Lapide, Comment, in Gènes., etc.

Qj^p. V. -« DESCENDANCE DE SETH, ETC. 249

commença à distinguer la descendance des justes par le nom de Fils de Dieu, comme on appelait Fils des hommes la lignée de Caïn. 27. Caïnan, Jared, Malaléel, qui suivent dans la liste des dix premiers patriarclies , sont compris indistinctement par Jos^phe dans cett3 courte noticç. « Seth, dit-il, laissa des descendants qui » marchèrent comme lui dans les voies de la justice et de la vertu. » Ils demeurèrent dans le pays qui les avait vus naître, et vécurent » comblés des bénédictions célestes, dans une parfaite concorde. » Adam, dans un esprit prophétique, leur annonçait qu'avant de » périr par le feu, dans une catastrophe finale, le monde serait ra- » vagé par les eaux d'un déluge universel ». » Dieu avait-il révélé au père du genre limnain la vengeance qui attendait, dans un prochain avenir, les crimes des Fils des hommes; ces paroles de Josèphe le font clairement entendre. Mais si la voix d'Adam fut inutile pour détourner des sentiers de l'injustice et de la corruption les enfants de Caïn, la miséricorde divine leur ménagea d'autres avertissements non moins solennels. Le patriarche Hénoch, digne fils des saints, fit retentir sur la tête des coupables les menaces de la vengeance céleste. Un passage authentique de sa prophétie nous a été conservé dans l'Epître cathoHque de saint Jude 2. «, Voici que le » Seigneur s'approche, disait-il. Il vient entouré des saintes mifices. )) Il vient taire justice de tous, punir les impies de toutes lem'S œu- » vres d'iniquité, de tous les blasphèmes que les pécheurs ont osé » jeter à la face de Dieu. » Pendant trois siècles ces lugubres accents se firent entendre anx oreilles des générations perverses du monde antédiluvien. Puis la voix prophéti {ue se tut sur la terre; « Hénoch ne reparut plus ^ » au sein de cette société corrompue. « Dieu l'avait enlevé ^ » du miheu de tant d'impiétés et de crimes; et (( nul, dit Josèphe, n'a jamais rien écrit de sa mort ^ » La remarque de l'historien juif n'a pas arrêté l'imagination d'/.ben-Ezra et des autres rabbins modernes, qui prétendent qu'HÀ/och, dans un sommeil paisible, mourut sans douleur, et que 'son ûjie fut transportée au ciel. Cette explication fut adoptée., on ne sait pour-

1 Joseph., Aniïq. Judaic, lib. I, cap. 11. — « S. Jud., Epist cdthol., yen. 14, 15. — 3 Gènes., cap. v, 24. — * Ibid. — s Joseph., Antiq. Judaic, lib. I, cap. m.

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quoi, par Calvin, car elle semble complëtement indifférente au système (l'hérésie du réformateur genevois; et elle est si forraollement démentie par l'Ecriture sainte, qu'il est impossible de la soutenir. « Eu récompense de sa foi, dit saint Paul, Hénoch fut enlevé de ce » niunde, pour qu'il ne souffrît pas la mort. Il ne se retiouva plus, p parce que le Seigneur l'avait enlevé. Mais avant cette translation, » il avait mérité le témoignage que lui rend l'Ecriture, d'avoir été » agréable à Dieu ^ » — « Hénoch, dit l'auteur de l'Ecclésiastique, » plut au Seigneur; il fut transporté dans le Paradis, pour revenir » prêcher la pénitence aux nations 2. » Des textes si précis ne laissent aucun doute sur la réalité de la translation mystérieuse d'Hénoch, et renversent toutes les suppositions hasardées par l'exégèse juive et calviniste. Tous les saints Pères s'accordent unanimement: à interpréter ainsi le verset de la Genèse, et ils appliquent à Hénochj et à Elle le passage de l'Apocalypse où saint Jean nous enseigne] qu'aux derniers jours du monde, ces deux témoins du Seigneur reparaîtront au miheu des hommes, pour combattre, dans une luttei suprême, l'Antéchrist et ses milices impie ^ ^.

28. Telle est la doctrine catholique sur le grand prophète quîj occupe le septième rang dans la liste des patriarches antédiluviens. Ici comme toujours, l'erreur, attentive à se glisser sur les pas dej la vérité, a voulu s'emparer du nom d'Hénoch au profit de ses doctrines perverses. Le passage de saint Jude que nous avons cité, ne] lais!,^e aucun doute sur la réalité des prophéties d'Hénoch. D'ha-j biles faussaires firent circuler un livre entier sous cet illustre pa-| tronage. La fraude obtint un succès dont elle eut droit d'être fière, Tertullien, Clément d'Alexandrie et quelques autres docteurs des] premiers siècles de l'ère chrétienne ont admis trop facilement l'a torité du prétendu Livre d'Hénoch, Cependant saint Augustin, av

> «'. Paul., Epist. ad Hebr., cap. xi, 5. — - Eccli., cap. xliv, 16.

» g. Joan., Apocal., cap. xi; S. Iren., Advers. hœrcs., lib. V, cap. v; Tertull., De Anima, cap. L; S. Hiiar. Pictav., in Matth.,cîi\). xx ; S. Ambros., in Psa'.m^i xcv, n. 10; S. Hieronyra., Epist. 148 ad Marceilam; S. August., Contra Julia'j num, lib. VI, cap. xxx; S. Gregor. Magn., In Job, cap. xviii et xxii, etc.' — Voir tons ces textes dans la Dissertation sur le patriarche Hénoch, par D.j Calmet (Bible de Vence).

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