‹ Histoire de l'beglise depuis la creation Volume 1Chapitre 48 sur 121 · CHAP. V. — DESCENDANCE DE SETH, ETC · texte numérisé non relu

CHAP. V. — DESCENDANCE DE SETH, ETC

son regard d'aigle, eut bientôt découvert l'imposture. Il la signalait en ces termes : « Rejetons les fables de ces écritures dites apo- )) cryphes, parce qu'elles ont dérobé leur origine à nos pères, de » qui nou-s avons reçu l'autorité des véritables Ecritures par une » succession très-certaine et très-connue. Bien qu'il se trouve quel- » que vérité dans ces apocryphes , cependant les faussetés nom- » breuses qu'elles renferment les destituent de toute autorité cano- » nique. Ainsi quoique, d'après le témoignage de saint Jude dans » son Epître, il soit certain que le septième descendant d'Adam, » Hénoch, a écrit sous l'inspiration divine, c'est pourtant à juste » litre que les livras qui portent son nom ont été exclus du canon » des Ecritures. Leur antiquité même les a rendus suspects, et le » défaut de tradition légitime a appelé lo doute sur leur authenti- » cité. Les fables sur les géants, sur leur origine céleste et leur » descendance des anges du ciel, sont rejetées par les esprits sé- » rieux comme indignes du nom dont elles s'autorisent. Ce Livre » n'est donc qu'une informe ffoduction de quelque imposteur ou » de quelque hérétique anonyme, comme une infinité d'autres qui » ont paru sous le nom des patriarches et des prophètes, et que » l'EgUse a rejetés parmi les apocryphes *. » Saint Jérôme 2, Origène lui-même ^ portent du Livre d' Hénoch un jugement analogue. Cet ouvrage ne nous était connu, jusqu'à ces dernières années, que par des fragments cités dans la Chronograpltie de Georges Syncelle ^, et pubhés pour la première fois, au commencement du xvii^ siècle, par Joseph Scahger ^. Les passages ainsi conservés justifiaient pleinement l'appréciation de saint Augustin; ils avaient trait à la généalogie fabuleuse des géants, issus des unions monstrueuses des mauvais anges avec les filles des hommes. Depuis, le Livre entier d' Hénoch, que l'on croyait perdu, a été retitnavé dans une traduction éthiopienne, et publié d'abord par Richard l^wrence, en Angleterre, puis en latin par Strier, à Stuttgard, 1840 ' Il ne saurait plus maintenant rester un doute sur l'origine relativement

1 S. August., De Civit. Dei, lib. XV, cap. xxni; lib. XVIII, cap. xxxvni. — • * S. Hieron., in Cntalogo, cap. iv. — ^ Origen., Contra Celsum, lib. V, pag. 267. — * Georg. Syncell., Chronogr., pag. 11. — ^ Jos. Scalig., Thésaurus temporum tomplectcns Eusebii Pamphili Chronicon, iô09, Leyde, in-fol., pag. 403.

récente de cette proauction apocryphe. Le monde savant s'est rangé à l'opinion de Téditeur anglais, qui a démontré que le prétendu Livre d'Hénoch est l'œuvre d'un Israélite presque contemporain de l'ère chrétienne. L'auteur anonyme a dû vivre dans une région beaucoup plus septentrionale que la Palestine, et tout porte à croire qu'il descendait d'une famille juive transférée en Assyrie à l'époque de la captivité de Babylone ^

29. Hénoch eut pour fils Matliusalem, dont la longévité dépassa celle de tous les patriarches, et qui, d'après les calculs les pins exacts, termina sa vie quelques mois seulement avant le déluge universel, quand Lamech, son fils, était mort, et que Noé, son petitfils, avait déjà près de six cents ans. Cette puissance de vie dont jouissait alors la race humaine, est un fait que la Genèse affirme nettement, et qui a provoqué de la part d^s adversaires de nos Livres saints les objections les plus fréquentes. Les dix générdons patriarcales depuis Adam jusqu'à Noé, embrassent en effet, d'après la chronologie de l'ère vulgaire, une période de seize cents ans. Et non-seulement la moyenne de chaque génération qui serait, d'après ce calcul, de cent soixante ans, dépasserait encore les proportions actuelles de la vie des hommes, ]uais la durée de chacun des patriarches fut telle, qu'à l'exception d'Hénoch dont nous avons vu la translation au ciel, la plupart d'entre eux dépassèrent l'âge de neuf cents ans. Le tableau suivant fera mieux saisir ces faits et donnera l'idée des longs rapports des générations patriarcales entre elles.

* D. Ceillier, Histoire génér. des auteurs sacrés^ édit. Vives, tom. I, pag. 265.

« Les citations du Livre d'Hénoch faites dans le Sohar, dit le savant éditeur, » prouvent la grande autorité dont il a joui chez les Juifs et suffiraient, en » l'absence [în témoignage de saint Jude, pour démontrer qu'il ne peut être » l'ouvr/itî*» 'i'»m chrétien. Cependant on y trouve une mention expresse des » trois ^•'rscunes divines, la première nommée Seigneur des esprits, la seconde » Seigne^Mr élu, et la troisième désignée aussi par le nom de Seigneur ^ comme » cette autre personne qui reposait sur les eaux, au commencement du monde. » Nul doute que le Seigneur élu, appelé aussi Messie, Fils de l'homme, Fils de la » femme, etc., ne soit une Personne divine, puisqu'elle a piéexisté au monde, » qu'elle reçoit les adorations des anges, et que la troisième personne lui est » égale en puissance. — Ce fait est important dans la controverse contre l«s » Juifs. »

CUAP. Y.

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