CHAP. YI. — CONSTRUCTION DE L'ARCHE. Î
de la force, de riiitelligence colossales d'une race dont, sans Moïse, nous ne connaîtrions pas authentiquement l'existence, et pour laquelle la construction de l'arche, loin d'être impossible, ne dut être qu'un jeu.
10. Mais, reprennent les adversaires de nos Livres saints, en ad- j?tait-ii po$« mettant comme un fait cette construction merveilleuse, quel esprit sembier'^dJ
• • • 1 M «Tt ' XT / j. couiiles de
raisonnable pourra jamais concevoir la possibilité, pour ^oé et ses tousiesam-
«, ,,. . -, y -If - 11 j mauipourle»
fils, de réunir toutes les espèces d animaux, de les ramener des faire Centrer contrées les plus lointaines, de l'Amérique par exemple, séparée par les mers du continent asiatique, pour les introduire à une époque fixe dans les compartiments de l'arche? Cette objection repose sur trois hypothèses également fausses. Elle suppose i° que les continents antédiluviens avaient la même disposition que ceux de notre époque ; 2° que toutes les espèces animales n'avaient pas leurs représentants dans les pays habités par les hommes ; 3° que Noé, ou ses fils, ou ceux qu'il lui eût convenu d'appeler à son aide, étaient chargés de rassembler ces animaux, absolument comme les naturalistes reçoivent d'un gouvernement la mission d'explorer les plages les plus lointaines, pour en rapporter des types d'animaux rares ou inconnus. Or, s'il est un fait scientifiquement constaté, c'est que nos continents et nos climats actuels sont compl-étement différents de ceux de l'âge antédiluvien. Cuvier allait même jusqu'à affirmer que la catastrophe diluvienne a a en- » foncé et fait disparaître les pays qu'habitaient auparavant les » hommes, et qu'elle a au contraire mis à sec le fond de la der- » nière mer et en a formé les pays aujourd'hui habités *. » Ce sont les paroles mêmes de ce grand homme, et, sans vouloir les entendre dans un sens universel et absolu, qu'il ne leur donnait peutêtre pas lui-même et qui n'admettrait aucune exception, elles sont cppendant assez formelles pour que nous soyons en droit de conclure à un bouleversement profond dans la configuration topographique du globe , occasionné par le déluge. Nous avons déjà eu l'occasion, à propos du peuplement de l'Amérique, de signaler les
* Discours sur les Révolutions du globe*
découvertes de la science moderne sur cette question. Il ne fut pas sans doute plus difficile aux animaux antédiluviens qui pouvaient habiter le continent américain, de communiquer avec l'Asie, qu'il ne le fut aux animaux postdiluviens, de passer d'Asie en Amérique. Mais si l'inondation diluvienne dut modifier si profondément le sol terrestre, son influence sur les climats ne fut pas moindre. Ce fait est constaté par la présence, dans nos terrains diluviens, de races d'animaux, les didelphes par exemple, qui ne sont plus connus maintenant qu'en Amérique et dans la Nouvelle -Hollande. Donc il n'est pas permis de dire que les diverses races d'animaux ne pouvaient, à l'époque du déluge, avoir des représentants dans les pays habités par l'homme. Et enfin il est faux que Noé eût été chargé de rassembler lui-même les animaux qui devaient entrer dans l'arche. La Bible nous a déjà fait assister à la revue de tout le règne animal, convoqué devant le premier homme pour que chac[ue espèce reçût de lui un nom. En hsant le récit de cette majestueuse scène, la pensée n'est venue à personne d'imaginer qu'Adam, pour la rendre possible, avait dû parcourir d'abord l'univers et amener dans les campagnes du Paradis Terrestre tous les sujets de son empire. Ce qu'Adam ne fit point, Dieu qui venait de créer toutes les espèces et toutes les races, le fit par un acte de sa souveraine et toute -puissante volonté. Noé n'eut pas à agir autrement; le texte de Moïse est formel. « Prends, dit le Seigneur, » un couple de chaque espèce, » non pas rassemble, va chercher au loin; mais prends : comme le berger prend au milieu de son troupeau la brebis qu'il veut choisir; comme le général, au milieu de son armée, prend le soldat qu'il lui plaît de désigner. Armée ou troupeau, dans l'un et l'autre cas, fut donc rassemblé par le Seigneur.
Lacsparité 11. Ici uous rencontrous l'objection sur laquelle les incrédules ét'aft-eîiïsnf- out insisté avcc une prédilection particulière, et qui forme comme contLnirXs Ic foud de toute leur argumentation. Jamais, disent -ils, une de chaque archc dc la dimcnsion que Moïse détermine, n'aurait pu contenir espèce j^ nombre d'animaux que suppose la conservation des espèces actuelles. Or, toutes les espèces actuelles descendant nécessairement,
CHAP. "Vl. — CONSTRUCTION DE L*AKCHE. * .
dans l'hypothèse , des couples renfermés dans l'arche , il devient complètement absurde d'ajouter foi au récit génésiaque. — Examinons au point de vue scientifique cette fameuse objection *. Le règne animal, d'après la classification de M. de Blainville, se partage en trois grandes divisions : 1° les zygomorphes (à forme paire) ; 2° les actinomorphes (à forme rayonnée) ; 3° les amorphes (sans forme déterminée). Or tous les individus composant les deux catégories des amorphes et des actinomorphes vivent exclusivement dans l'eau, et n'eurent par conséquent point à entrer dans l'arche. Reste l'unique catégorie des zygomorphes, qui se subdivise en trois types : les malacozoaires ou mollusques, les entomozoaîres ou articulés extérieurement, les ostéozoaires ou vertébrés. Le type des mollusques habite les eaux; il en est de même de celui des entomozoaires, à l'exception des myriapodes; mais tous les naturalistes connaissent radmh'able industrie avec laquelle ces petits animaux savent mettre leurs œufs à l'abri des causes de destruction. Les neiges, les pluies, les inondations de nos hivers n'atteignent jamais ce dépôt, enfoui par une prévoyance instinctive merveilleuse dans des cavités dont l'orifice est hermétiquement fermé. De tout le règne animal, un seul type, celui des ostéozoaires, doit donc appeler notre attention. Il contient cinq classes : 1° les poissons que le déluge ne pouvait atteindre; 2° les amphibiens, pour lesquels il en fut de même; 3° les reptiles, dont quelques-uns, tels que les crocodiles et les tortues vivent dans l'eau, et dont le plus grand nombre put se conserver dans des trous souterrains, sans avoir besoin de l'arche; 4° les oiseaux, dont il faut retrancher tous les palmipèdes ou nageurs, et un certain nombre d'espèces d'échassiers qui vivent sur l'eau; 5° entin les mammifères, dont il faut excepter tous les cétacés, tous les pachydermes aquatiques et plusieurs rongeurs, comme les castors. « Ainsi;, conclut M. Glaire, le nombre des animaux qui durent » entrer dans l'arche se réduit à la majeure partie des espèces » d'oiseaux et de mammifères. Or, si l'on considère que les espèces
* Voir, pour plus de détails, le § 4, de V Arche de Noé, dans Les Livres saints vengés, tom. I, pag. 290, par M. l'abbé Glaire, dont nous analysons ici la savante déuionstration.
» de ces deux dernières classes sont presque toutes connues, au D point que la découverte d'une nouvelle espèce d'oiseau ou de » mammifère est un événement dans la science, et si l'on veut se » donner la peine de visiter le musée de Paris, qui est sans con- » tredit l'un des plus complets du monde, on verra que les salles » qui contiennent la plus grande partie des espèces connues de 1) mammifères et d'oiseaux dans leur grandeur naturelle, forment » à peine un étage d'un bâtiment qui est loin d'avoir les dimen* i sions de l'arche de Noé *. » Ce n'est pas tout : la qualification d'espèces, que nous donnons aux diverses variantes d'une même race, est loin d'avoir un sens absolu et rigoureusement déterminé : la science actuelle n'a pas encore sur ce point formulé des principes certains, et l'on peut, sans s'exposer à être démenti par les naturalistes de bonne foi, affirmer qu'il leur serait impossible en ce moment de résoudre cette question. Cependant, sans cette énumération préalable, on ne voit pas comment on pourrait sérieusement soutenir que l'arche était insuflisante à contenir toutes les espèces d'animaux. Ces considérations préliminaires établies, il restait à donner une idée précise des ressources que pouvait offrir le bâtiment construit par Noé, dans les dimensions si nettement indiquées par Moïse. La coudée, mesure commune aux Egyptiens et aux Juifs, nous est parfaitement connue, et son étalon se retrouve encore au Caire. Elle avait vingt pouces de notre ancienne mesure de France. Par conséquent, dit M. le vice -amiral Thévenard ^, « les trois cents coudées de l'arche donnent cinq cents pieds » de long; les cinquante coudées, quatre-vingt-trois pieds de large, » et les trente coudées, cinquante pieds de haut. Ces trois dimen- D sions forment un volume de deux milHons soixante-quinze mille p pieds cubes pour la capacité totale. » En répartissant cet espace entre tous les individus qui devaient habiter l'arche, l'illustre marin démontre qu'en réservant mille pieds cubes pour chaque homme; en portant le nombre des espèces de mammifères et d'oiseaux à 2,280, soit 4,560 individus, chiffre fort exagère, car nous
* Les Livres saints vengé f, tome I, page 293. — 2 Mémoires relatifs à la marine, par le vice-amiral Théveuard, ancien chef de construction, tome IV, page 253.