‹ Histoire de l'beglise depuis la creation Volume 1Chapitre 6 sur 121 · SECOND JOUR DE LA CRÉATION · texte numérisé non relu

SECOND JOUR DE LA CRÉATION

14. Firmament. Valeur de cette expression appliquée à l'atmosphère. Action de l'atmosphère. Azur céleste.

15. L'empire des eaux. — 16. Spectacle de l'Océan. — 17. Loi d'agitation ei de salubrité des mers. — 18. Action de la chaleur sur les eaux. — 19. La mer, source intarissable de vie. — 20. Et appareat arida. Emersion de la terre du sein des ondes. —21. Création des végétaux. La géologie confirme

2 IIISTOÎP.E DE l'église. — PREMIÈRE l'i-OQUi!:.

l'ordre de création indiqué par Moïse. — 22. Tous les véritables progrès de la science se font et se feront dans ce sens. — 23. Discussion du texte hébreu de la Genèse, qui indique les trois grands genres de végétaux dans l'ordre où la géologie les découvre elle-même. — 24. Organisation du règne végétal.

25. Première irradiation du soleil, de la lune et des étoiles sur la terre. Li distinction établie par Moïse entre la lumière primitive et celle des astres dépassait toutes les connaissances de son époque, et n'a été scientifiquement comprise que dans les temps modernes. — 26. Preuves de fait en faveur de l'époque assignée par la Bible à l'apparition de la lumière sidérale. — 27. Constitution du globe solaire. Rapport de cette question avec le texte de Moïse. — 28. Intérêt qui s'attachait aux investigations de la science sur ce point. — 29. Découverte d'Herschell sur la constitution du soleil, confirmant la vérité du récit génésiaque. — 30. Réfutation de l'objection vulgaire tirée de la petitesse relative de la terre et de la grandeur du soleil. — 31. Puissance divine dans le gouvernement des mondes.

32. Les poissons et les oiseaux. L'ordre de création des animaux prouve la révélation du récit de Moïse. — 33. Témoignage de Cuvier confirmant l'antériorité de la création des poissons. — 34. La géologie confirme de même la réalité de l'apparition des oiseaux avant les animaux terrestres. Ptérodactyles. — 35. Découvertes d'Ornitichnites et de l'oiseau fossile, Gastonus Parisiensis .

36. Animaux terrestres. Nouvelle interprétation du verset 20 de la Genèse, par M. l'abbé Glaire. — 37. Trois questions importantes se rattachant à la création du règne animal. — 38. L'ordre indiqué par Moïse pour cette création est confirmé par la science. Prétendue découverte d'un squelette préadamite à OEningen. — 39. Témoignage de Cuvier. — 40. Les récentes investigations de la géologie confirment ce témoignage. — 41. Insinuation de M. E. Renan. — 42. Question des générations dites spontanées. — 43. Exposé de la controverse d'après M. Milne-Edwards. — 44. Conclusion de ce naturaliste, et citations de MM. de Quatrefages, Dumas, Payeu et Van- Bénéden. — 45. Accord du texte de Moïse avec la scieuce actuelle sur ce* point. — 46. Question de Vâ)ne sensitive ou âme des bêtes. — 47. Historique de la question. — 48. Opinion peu connue de Cuvier sur cette question. — 49. Sentiment de ce grand homme sur le matérialisme. Conformité de sa doctrine avec la Bible. — 50. Le monde avant l'homme

g 1. Dieu. >>^ Cieux visibles e& invisibles

1. Que l'esprit humain efface, s'il se peut, de sa pensée toute trtice des objets matériels, toute image de ce qu'il a vu ou entendu; qu'il

CIUP. I. — DIEU. — CIEUX VISIBLES ET I^^V1.3lDLES. 3

s'élance par delà l'horizon du fini et que, recueilli dans la profondeur de ses méditations, il essaie de se dégager du monde extérieur pour entrer dans le domaine de l'infini. Avant tous les temps, avant tous les êtres, quand rien de ce qui frappe nos sens, ni la terre, ni les cieux, ni le firmament, ni les astres n'existaient encore. Dieu était. Le vide, le néant n'étaient pas autour de lui, car il est immense; et son immensité, plénitude de l'être, remplissait tout. Néant, mot stérile inventé par l'erreur pour déguiser la faiblesse du génie humain, qui ne saurait s'élever seul et par ses propres forces à la connaissance de l'être ! Dieu était : la sofitude n'était pas autour de lui; car il est vie, action, mouvement et puissance. Sa royauté n'est point comme les royautés de la terre, qui ont besoin d'emprunter leur éclat à ce qui les environne. Dieu était : splendeur, gloire, lumière, tout était en lui; et ainsi, dans cette majesté infinie, il se suffisait à lui-même; ou plutôt, car les expressions manquent à l'indigence de notre langage pour donner l'idée de la vie qui est en Dieu, il n'avait pas à se suffire à luimême : il était; et rien ne saurait manquer, rien ne saurait être un besoin pour l'Être infini, tout-puissant, immense, qui est tout, qui remplit tout, qui ne connaît point la succession des temps, qui n'a ni passé, ni présent, ni avenir. L'Eternité, c'est lui; l'Infini, est son nom; l'Être, est sa vie; quand on a dit de Dieu qu'il est, on a dit de lui tout ce qu'il est permis à notre parole de dire , et mille fois plus qu'il ne sera jamais donné à notre caduque inteffigence de comprendre. De bornes, il n'en a pas; d'obscurités et de décadences, de fciiblesse ou d'isolement, celui qui est toute lumière, toute vie, toute force, toute action ne saurait en avoir. En Dieu, désirer, c'est produire, puisque sa volonté est aussi féconde que pui^sante; en Dieu, vivre,- c'est être heureux, d'un bonheur sans cesse renaissant et toujours immortel; en Dieu, l'espérance, c'est la possession; jouir, c'est son essence même.

2. Dieu est, il se connaît, il s'aime. Mais, ô merveille de cette nature de Dieu, en qui tout est mystère impénétrable pour noire raison, et dont nous ne savons que ce qu'il a daigné nous apprendi-e lui-même! ces trois attributs : l'Être, la Connaissance, l'Amom- no

sont pas, comme dans notre ûme, trois qualités simples : ce sont trois personnes, consubstantielles, égales eu puissance, en sagesse, en bonté; et ces trois personnes, distinctes sans division, unies sans confusion, liiérarchiquement graduées sans supériorité ou infériorité de puissance , ces trois personnes sont un seul et même Dieu. Trinité dans l'unité, unité dans la Trinité : voilà notre Dieu, voilà le mystère de l'essence divine, qui va créer le monde et commander la fécondité au néant.

In prhcipio. 3^ ^^ ^^ commencement. Dieu créa le ciel * et la terre. »

Voilà en peu de mots l'origine du monde. «Au commencement» c'est-à-dire avant le commencement de tout ce qui a dû commencer pour être, Inprincipio, Dieu, qui n'avait pas eu de commencement, Dieu, réternelle iécondité, donna leur commencement aux êtres créés -. Ainsi la matière n'est pas une partie de Dieu, comme le prétendent les panthéistes. Elle a son origine, la même que l'originc du temps, car le temps est la durée de la matière et son contemporain, comme l'éternité est la durée et la contemporaine de Dieu. Or ce qui a une origine, un commencement, ne saurait être Dieu. La matière n'est pas non plus l'œuvre du hasard ni l'assemblage fortuit de molécules flottantes dans les abîmes de l'éternité, aammc le prétendent les matériahstes. Qu'est-ce qu'une matière éterncilc, sinon une matière qui serait Dieu? Et comment supposer un Dieu-matière, partagé, divisé en miUiers d'atomes, épars toute une éternité dans des espaces imaginaires, réunis un jour par une force inconnue, par une loi de cohésion arbitraire, qu'on nomme le hasard? Un hasard assez puissant pour lancer dans les cieux les sphères immenses qui y décrivent leurs orbites dans le plus majestueux et le plus harmonieux concert; assez intelligent pour fixer des lois à ces mondes de lumière, et pour abdiquer immédiatement uprès son empire et s'enlever le droit de troubler par un nouveau

♦ Gènes., cap. i, 1. — Le texte original emploie ici la forme plurielle les deux. Nous constatons cette différence entre l'hébreu et la Vulgate, tout en conformant notre traductioû à cette dernière, qui a été approuvée par l'Eglise.

* Voir Dossuet, Elévations sur les Mystère»,

du Dieu créateur,

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hasard l'ordre si fortuitement établi une première fois ; un hasard assez ingénieux pour réaliser la succession des jours et des nuits, des saisons, des éclipses, des marées; pour répandre la vie à tous les échelons des êtres et en assurer la perpétuité par la liiéiarcliie des générations; pour donner à l'homme l'esprit, à l'animal l'instinct, à la plante la végétation; pour improviser l'ordi-e et les lois des trois règnes animal, végétal et minéral; pour asseoir les roches granitiques sur leur base immuable et veiller à la vie de l'être microscopique qui respire à l'état d'infiniment petit dans une goutte d'eau ; ce hasard ne serait-il pas le Dieu que les matérialistes ne veulent pas reconnaître , et dont Moïse inscrit le nom paternel au berceau des mondes: In principio Deus creavit cœlum et terram?

4. La notion d'un Dieu créateur dépasse certainement la portée js^^tj^Q naturelle de l'esprit humain : et ici il nous faut constater que la philosophie païenne, par l'organe de ses plus illustres représentants, ne s'est jcimais élevée à cette hauteur. Elle est restée un échelon au-dessous, et commence l'histoire du monde par le chaos. La puissance divine organise la matière ; mais celte matière, qui lui avait donné antérieurement l'existence? d'où sortait-elle? comment arrivait-elle aux mains de l'ouvrier qui devait lui donner sa forme, la modeler, l'assouplir et la rendre féconde ? Ce sont là des problèmes dont Platon lui-même * n'entrevit pas la solution. L'absence de cette notion d'un créateur caractérise toutes les théogonies antiques, et l'imagination des poètes comme les méditations des sages du polythéisme arrivent forcément au même résultat : elles divinisent le chaos ; ne pouvant lui trouver une origine , on le fit Dieu. Si l'habitude de la vérité ne nous ôtait pas en quelque sorte le sentiment de sa valeur, nous comprendrions mieux peut-être le prix de la simple et magnifique révélation de Moïse dans ces premières paroles ; « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. ))

5. Il faut aussi remarquer ce premier degré de l'œuvre créatrice, essentiellement distinct des six jours qui vont suivre. Combien de fois n'a-t-on pas répété avec l'école philosophique du xviii^ siècle

* Voir le Timée et le traité des Lois.

que Moïse, dans sa Genèse, ne s'occupe que de la terre, quoique la terre ne soit qu'un point dans l'immensité et un atome dans le système universel des mondes? C'est là une objection que la seule lec-* turc du premier verset de la Genèse suffît à réfuter, a Au commencement Dieu créa le ciel, » c'est-à-dire, selon Tinterprétation des saints Pères, d'abord le ciel invisible des anges, intelligences célestes dont la génération, les combats, les chutes et les triomphes nous sont = racontés dans d'autres passages de l'Ecriture ; et ensuite le ciel visible, ensemble majestueux des corps célestes qui exécutent dans l'espace leurs révolutions selon l'ordre tracé par la main créatrice. Moïse, l'historien de l'humanité, n'a pas écrit les annales de ces milliers de mondes qui gravitent autour de leurs soleils, dont la lumière arrive à peine à nos yeux. Mais il leur a fixé une date : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. » Les u: -os. 6. Le quatrième concile de Latran •, confirmant la tradition des Pères et des docteurs, nous enseigne que « dès le commencement )) des temps. Dieu créa à la fois l'ange et le monde. » L'interprétation que nous donnons au mot ciel, du premier verset de la Genèse, en l'appliquant à la création des anges, est donc appuyée sur la doctrine même de l'Eglise. Nous savons, par le témoigiuige de l'Ecriture, que ces nobles intelligences entomaient la majesté de Dieu quand il marquait à la terre sa place dans l'immensité et quand il répandait la vie à grands flots sur son sein. « Où étais-tu, dit le » Seigneur à Job, lorsque j'asseyais la terre sur ses bases inébran- » labiés, quand les astres du matin chantaient mes louanges et que » les fils de Dieu tressaillaient d'allégresse 2? » Substances immaté-

* Firma fide credendum est, Deum ab initio temporis simul utramque de ni" kilo condidisse crtaturam^ spiritualem et corpoream, angelicam~el tnundanam, (Voir Coruélius à Lapide, Comment, in Genesim , ad ^. 1. Edit. Vives, tom. I. Il est curieux de rapprocher cette doctrine de l'Eglise de la tradition hébraïque conservée dans un livre apocryphe, intitulé : La petite Genèse, dont le texte hébreu existait encore au temps de saint Jérôme. 11 y était dit que, le premier jour de la création, Dieu avait créé les puissances célestes avant les autres créatures. Zonar,, \ib. \ annal,, yag. ij Dgm Ceillier, Hi^t, générale des Auteurs sacrés. Edit. Vives, tom. I, pag. 39^

* Job, cap. xxxvni, 4-7.

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rielles, les anges sont nommés dans TEcritm'e « Tarmée de Dieu *, » Jes « ministres du Seigneur, » les (( chœm^s célestes. » Us forment, 1) dit saint Denys l'Aréopagite, les innombrables phalanges d'esprits » bienheureux dont l'énumération dépasserait la faiblesse des cal- » culs humains -. » Leur hiérarchie, définie par ce Père et adoptée par l'Eghse , comprend les neuf ordres des Séraphins, Chérubins, Trônes, Dominations, Principautés, Puissances, Vertus, Archanges et Anges. Dans le plan divin de la création ils occupent le premier rang. Ils forment autour du trône de Dieu la grande harmonie des intelhgences, dont le concert des mondes est en quelque sorte l'image matérielle. L'immortalité, l'incorruptibilité, l'immatérialité sont les glorieux privilèges de leur essence spirituelle. L'homme, leur frère par l'âme, leur est inférieur par le corps qui l'asservit à la matière : Minuisti eum paulo minus ab angelis. Par la plus noble partie de lui-même, il tient à la nature angélique,il participe à son immortalité; par le corps, il tient aux êtres infériem^s et se trouve ainsi occuper le second degré de l'échelle des êtres.

7. Les anges reçurent, le jour de leur création, avec la vie spirituelle, une mission de puissance et de protection sur le monde. (( Quand Dieu créa les purs esprits, dit Bossuet, autant qu'il leur » donna de part à son intelligence, autant leur en donna-t-il à son » pouvoir; et en les soumettant à sa volonté, il voulut, pour l'ordre )) du monde, que les natures corporelles et inférieures fussent sou- » mises à la leur, selon les bornes qu'il avait prescrites. Ainsi le ,) monde sensible fut assujetti, à sa manière , au monde spirituel et » intellectuel ; et Dieu fit ce pacte avec la nature corporelle, qu'elle î serait mue à la volonté des anges, autant que la volonté des » anges, en cela conforme à celle de Dieu, la déterminerait à cer- )) tains etfets... C'est peut-être de ces vertus ou puissances qu'il est ») écrit : «Dieu, sous qui se courbent ceux qui portent le monde ^.)) » Et, quoi qu'il en soit, nous voyons dans ces paroles une espèce de )) présidence de la nature spirituelle sur la corporelle *. » Mais s'ils

1 Psalm. en, 21. — * De Cœlesti hiérarchie, cap. xiv.

5 Deus, sub quo curvantur qui portant orbem. Job, cap. IX, 13.

* Bossuet, Elévations sur les Mi/stères,xxui^ semaine, S^ élévation.

s HISTOIRE DE L'ÉGLISE — PREMIÈRE ÉPOQUE.

exercent ce pouvoir sur les sphères, s'ils président au mouvement des cieu'^^si l'Apocalypse nous parle de ceux qui commandent aux vents et aux tempêtes, qui dirigent le cours des astres, Daniel nous apprend qu'ils sont aussi préposés au gouvernement des empires ; il nomme l'ange qui préside aux destinées des Perses, des Grecs, des Hébreux *. Saint Jean nous les montre comme les protecteurs des Églises particulières. «Le Seigneur, dit saint Ambroise, n'a » pas seulement chargé les évêques de la conduite du troupeau » fidèle, il y a destiné les anges eux-mêmes ^. » Enfin la foi de l'Eglise nous enseigne qu'un d'entre eux est spécialement chargé de veiller sur chacun de nous, et qu'ils sont ainsi les pasteurs invisibles des âmes.

8. L'impeccabilité ne fut point d'abord le privilège de la nature angéhque. Il semble que, dans la création des natures intelligentes, Dieu ait voulu, suivant la pensée de saint Augustin , traiter son ouvrage avec une sorte de respect. Il laissa à l'ange, comme plus tard à l'homme, la liberté; cette faculté, l'attribut le pkis glorieux de l'inteUigence , devint l'occasion de la chute de l'ange et de l'homme. Comment l'erreur, le désordre, le mal se produisirent-ils au sein de tant de lumières, d'harmonies et de célestes clartés? L'Ecritm'e, sans nous dévoiler entièrement ce mystère d'iniquité, dont les conséquences dureront l'éternité tout entière, nomme cependant le premier et le plus illustre des anges révoltés contre la souveraine majesté de Dieu. ((Comment es-tu tombé du ciel, Luci- » fer, astre brillant du matin? Tu disais dans ton cœur : j'élèverai » encore mon vol vers les cieux; je placerai mon trôae sur les n astres de Dieu, je m'environnerai de la majesté des nuées, et je » serai semblable au Très-Haut ! Te voilà maintenant plongé dans » les profondem's de l'abîme 3. » « Toi, le chérubin à la vaste puisn sance, qui protégeais les légions des anges, tu fus placé au som- » met des montagnes célestes, tu passais radieux au milieu de ces » esprits de flammes; parfait dans tes voies, depuis le jom* de ta

« Daniel, cap. x, 13, 20, 21; xn, 1. — * S, Ambroise, lib. III in Lucam. • Isa., cap. XIV, 12, 13, 14, 15.

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