CHAP. I. — OIEU. — CIEUX VISIBLES ET INVISIBLES
n création jusqu'à celui où l'iniquité se révéla (;n toi , tu fus préci- » pité alors de la montagne de Dieu K » Une pensée d'orgueil faî donc la cause immédiate de la chute de l'ange, comme une pensée d'orgueil sera la cause de celle de l'homme. La formule est la même : « Je serai semblable au Très -Haut! » se disait Lucifer. (( Vous serez comme des dieux, » dira l'ange déchu à nos premiers parents. Orgueil et liberfé, également funestes cà l'ange et à l'homme, dont l'histoire commencée au ciel par les anges révoltés, se continue sur la terre, pour se perpétuer à jamais dans des tourments éternels ! Mais pendant que Lucifer et les anges rebelles nourrissaient ces projets insensés, l'archange Michel s'écriait : « Qui donc )) est semblable à Dieu? qui voudrait s'égaler à lui? » Et, dans une lutte suprême, le prince du mal, « ce serpent antique, qui séduit » tout l'univers, fat précipité avec ses compagnons des splendeurs )) du ciel -. )) Incessamment soumis aux supplices de l'enfer 3, dont ils traînent la chaîne indissoluble avec eux, il leur a été donné de promener sur le monde lem^s tentations fatales, leurs illusions dangereuses, et c'est pour cela qu'ils ont été appelés « piinces des tc- » nèbres, princes de l'air et du monde *. » Leur chef, que les chœurs des anges nommaient Lucifer, est appelé dans les régions du mal, Satan, c'est-à-dire V ennemi de toute vérité, de toute justice, de tout bien, l'immortel ennemi de toute âme créée à l'image de Dieu et destinée à conquérir par la vertu le trône que l'orgueil de Lucifer a perdu au ciel.
9. Tous les peuples de la terre, toutes les vénérations d'hommes Trarution» ont connu le pouvoir occulte mais terrible de cet ennemi. Les traditions de la chute des anges se sont conservées dans le souvenir de l'humanité et ont laissé des traces dans toutes les théogonies. L'ancien symbolisme chinois conserve à l'esprit du mal l'emblème du dragon, que lui doiment nos Livres saints. « L'orgueil le rendit
aveugle, dit l'y-^Tma^j, lorsqu'il voulut monter au ciel, et il tomba
» Ezechiel, cap. xxvni, 14, 15, 16. — ^ S. Joan., ApocaL, cap. xn, 7, 8, 9. ' S. Pet., Epist. II, njjp. n, 4. — * Ephes., cap. ii, 2; cap. vi, 12. 5 Mémoires concernani les Chinois, tom. I, cités par M. le baron Henrioii lîiitoire ecclésiastique. Migne, tom. I, «o\ 849.
» au sein de la terre, où il gémit sur son orgueil. » Les Perses ont livré l'empire du mal à Afmman *, que les livres Zends nomment aussi Sheitan, dans lequel il est impossible de ne pas voir le Satan de l'Ecriture. Le génie d'Homère a immortalisé la tradition grecque relative à l'ange du mal. Au dix-neuvième chant de l'Iliade il nous •a transmis la fiction mythologique inspirée par les souvenirs du dogme primitif. «Une puissance malfaisante, dit-il, se joue des » aveugles mortels; elle les accable l'un par l'autre; errante au w sein des ténèbres, elle plane sur nos têtes et sème sur le monde I» le malheur et l'outrage. Autrefois elle offensa le Père des dieux )) et des hommes. Soudain Jupiter saisit Até par sa brillante che- » velure; enflammé de colère, il prononça ce serment terrible : Que » dans l'Olympe et le ciel étoile, Até ne reparaisse jamais, elle qui » nous a tous outragés ! Et , d'une main vigoureuse , il la précipita ); des sommets du ciel 2. » Enfin Plutarque, résumant sur ce point les traditions des anciens sages, a écrit ces étonnantes paroles, qu'on dirait empruntées à quelque page inconnue d'un Père de l'Eglise : «Je ne sais, dit-il, si nous ne devons point admettre, toute » estrange qu'elle nous paroisse, cette opinion que l'antiquité nous j) a transmise : qu'il y a des démons envieux et meschants, qui s'at- » tachent par jalousie aux hommes vertueux, mettent obstacle à » leurs bonnes actions, et leur jettent dans l'esprit des troubles et !) des frayeurs qui agitent et quelquefois mesme ébranlent leur » vertu, de peur qu'en demeurant fermes et inébranlables dans le » bien, ils n'ayent en partage, après leur mort, une meilleure vie » que n'est la leur ^. » L'existence des bons anges et leur action protectrice sur l'humanité ne fut donc pas inconnue à la sagesse antique. On sait que Socrate avait son démon familier. « Les puis- )) sances immortelles envoyées par Jupiter, dit Hésiode, sont les » gardiennes des hommes mortels ; leur nombre est de trf>is my-
*■ Ahriman, c'est-à-dire : A'/re caché dans le crime. Exposition du système theo/oi/i'/uc des Perses, par Anquetil-Duperron, cité par M. Aug. Nicolas, Etudt'f yhilosoph. sur le Christianisme, liv. H, chap. iv, pag. 42.
* Uoinère, Iliad., chant XIX^.
3 Plutarque, traduction d'Amyot, Vie de Dion^ num. 2.