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CHAP. I. — ABRAHAM

§ 4. — DE LA NAISSANCE d'iSAAG A LA MORT d' ABRAHAM (2266-2191).

23. Naissance de Moab et d'Ammon, fils de Loth. — 24. Abraham chez l'Abîmélech de Gérara. — 25. Naissance d'Isaac (2266). — Expulsion d'Agar et d'Ismaël. — 26. Alliance conclue entre Abraham et l'Abimélech de Gérara. — 27. Sacrifice d'Isaac. — 28. Héroïsme d'Abraham. — 29. Le sacrifice d'Ieaac, figure du Sacrifice de la Croix. — 30. Mort de Sara. Grotte sépulcrale de JMakfélah. — 31. Voyage d'Eliézer eu Chaldée. Isaac épouse Rébecca (2226). — 32. Mort d'Abraham.

§ I. Célébrité d'Abraham dans le monde antique.

i. Le nom d'Abraham, ce patriarche qui représente en ce mo- céiébtisô tient non plus seulement le père d'une race, d'un peuple, d'une braEdans* nation, mais l'ancêtre spirituel de toutes les générations enfantées fane.Témo? à l'Eglise de Jésus-Christ sur tous les points du globe et dans toute fapin, histo'. la durée des âges, a eu dans l'histoire profane un retentissement ^"perse.* vraiment prodigieux. Il serait temps de faire enfin cesser sur ce point l'inexplicable silence des études classiques et de rompre le traditionnel isolement dans lequel on a trop emprisonné nos origines religieuses. Ce n'est donc pas exclusivement sous la plume de Moïse que se retrouve le souvenir du patriarche. Son nom s'est perpétué jusqu'à nos jours, en Orient, sous celui d'Ibrahim *. Sans prétendre, comme l'ont fait quelques auteurs modernes, démontrer l'identité du patriarche biblique avec le Brahma de l'Inde, il y a dans l'antiquité assez de traces historiques et incontestables du souvenir d'Abraham, pour ne pas les laisser dans l'ombre, à une époque qui se vante de son érudition et qui aurait pourtant beaucoup à apprendre en fait d'histoire rehgieuse, parce qu'elle a beau-

* La similitude des deux noms a pu donner. naissance à cette opinion, soutenue pour la première fois au xvi^ siècle, par le fameux orientaliste Guillaume Postel, et embrassée de nos jours par quelques écrivains (M. Tripard, Moïse, tom. I, pag. 522). Voltaire y avait trouvé un prétexte à une étrange prétention. Il y voyait la preuve que les Hébreux avaient emprunté aux livres sacrés de l'Inde l'histoire d'Abraham. L'étyrjologie des deux noms et leur signification sont tellement différentes, qu'il ne paraît pas probable que les deux personnages aient jamais pu se confondre. Brahma vient de bmm, ÊSprit, et demah, puissant; Abraham vient de ab, père, ram, élevé, hammon, des multitudes. — Voir Lettres de quelques Juifs, par l'abbé Guénée, iom. II, pag. 107-112.

HISTOIRE DE l'ÉGLISE. — TROISIÈME fPOQUE (2296-1783).

coup oublie^. On savait au temps d'Eusèbe par exemple, et le siècle de Louis XIV, éclairé sur ce point par la vaste érudition de Huet, n'ignorait pas non plus que la Perse, la Chaldée, la Phénicie, Ix Grèce, avaient chacune leurs traditions écrites sur l'illustre patriarche. (( Abi'aham, dit Artapan , l'historien de la Perse, donna » son nom aux Hébreux. Il se rendit en Egypte, avec toute sa fa- » mille, près du roi Pharéthon (le Pharaon de l'Ecriture), et Fini- » tia aux secrets de la science des astres (ka-rpoMyUv). Après vingt » années de séjour en ce pays, il revint en Syrie. Cependant la » plupart des siens, charmés de la fertilité du sol égyptien, conti- » nuèrent à y demeurer. Nous trouvons dans quelques ouvrages » anciens dont les auteurs nous sont inconnus, une tradition ditfé- » rente sur Abraham. D'après ces écrits, Abraham aurait d'abord » visité la Babylonie, habitée en ce temps par une race de géants.. » Quand les dieux, irrités de l'impiété de ces hommes, les eurent » détruits, et que Bélus, seul épargné par la vengeance céleste, » eut construit à Babylone la fameuse tour qui porte son nom, » Abraham, profondément versé dans la science des astres, par- » courut d'abord la Phénicie, où il propagea ses connaissances, et )) se rendit ensuite en Egypte *. » Il n'est pas sans intérêt de voir î'auteur persan confondre ainsi les événements historiques, et associer le souvenir d'Abraham à celui de la tour de Babel, les deux grands faits qui résument cette époque primitive. Témoignages 2. La Chaldée, représentée par trois de ses historiens, Bérose,

lie Borose, ? jt j.

ïaq.oiùnie ot Eupolèmo et Nicolas de Damas, a placé Abraham en tête de ses

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Damas, histo- anualcs. Voici les expressions de Bérose : « Pendant le dixième âne.

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Cbaidée. » un hommo se rendit célèbre en Chaldée par l'admirable pureté » de ses mœurs, la sagesse de sa vie et sa profonde science des » choses célestes *. » Bérose ne nomme pas cet homme extraordinaire, mais en rapprochant ses paroles de celles d'Eupolème, il est impossible de ne pas reconnaître celui qu'il entend désigner. a Dans le cours du dixième âge, dit Eupolème, la tradition place 0 la naissance d'Abraham à Camarinœ, ville de la Babylonie qui

«Euseb, Pamphil., Prœpar. evang,, lib. IX, cap. xvin. — « Idem, ibid •ap. XVI.

CHAP. I. — CELEBRITE D'ABRAHAM DANS LE MONDÇ ANTIQT3E. 3o5

») porte aussi le nom d'Uria [Ur de la Bible), et dont les Grecs font » mention comme de la capitale des Chaldéens. Noble et sage entre » tous ses contemporains, il passe pour avoir inventé la science » des astres et l'écriture chaldaïque, et se distingua surtout par sa » piété. Un avertissement du ciel le fit passer en Phénicie, où il )) apprit aux habitants à connaître le cours du soleil, de la lune » et des autres astres, ce qui lui valut la faveur du roi phénicien. » Dans la suite, une guerre ayant éclaté entre la Phénicie et FAr- )) ménie, les Arméniens, vainqueurs, emmenèrent parmi leurs pri- » sonniers le neveu d'Abraham. Celui-ci arma ses serviteurs, pour- » suivit les Arméniens, qu'il mit en déroute, et s'empara de leurs » femmes et de leurs enfants. Les Arméniens voulurent traiter avec )) lui de la rançon de leurs prisonniers, mais Abraham se contenta » d'exiger d'eux une somme qu'il distribua à ses soldats, et, sans » vouloir humilier plus durement un ennemi vaincu, remit généj) reusement les captifs en liberté *. » Nicolas de Damas n'est pas moins remarquable. « Abraham, dit-il, régna à Damas, où il vint » s'établir avec une colonie armée, lorsqu'il quitta la Clialdée, an '» delà de Babylone. Peu de temps après, émig^-rant une seconde » fois, il s'établit avec les siens dans le pays des Chananéens, la » Judée actuelle, que sa postérité habite encore. Le souvenir d'A- » braham est resté illustre dans toute la contrée voisine de Damas, » et on y montre de nos jours une bourgade qui porte son nom. » Une cruelle famine étant survenue dans le pays de Chanaan, )) Abraham passa en Egypte, dont il connaissait la fertilité. Il vou- » lait aussi se mettre en rapport avec les prêtres égyptiens et ap- » prendre d'eux leurs doctrines sacrées, pour réformer ses propres » croyances, s'il trouvait celles des Egyptiens préférables, ou pour » importer dans les sanctuaires de Mesraïm ses dogmes religieux, » s'ils étaient plus purs. Ses communications avec les plus doctes 0 Egyptiens ajoutèrent un nouveau lustre à sa vertu et contribuè- » rent à la gloire et à la splendeur de son nom. Il trouva dans les ii plâtres d'Egypte une grande divergence d'opinions et un esprit D de rivalité qui se traduisait par des luttes d'amour-propre enti'e * Euseb. Pampbil., Pr<;epar. emng., Hb. IX, cap. xvi.

0 les chefs d'école. Abraham, en conférant avec chacun d'eux, leur B démontrait la vanité de leurs systèmas et leur faisait compren- )) dre en quoi ils s'écartaient de la vérité. Il acquit, dans ces entre- » liens journaliers et pacifiques, la réputation de la plus haute sa- 0 gesse, unie à une telle puissance de persuasion que nul ne résis- » tait à la clarté de sa parole. C'est ainsi qu'il enseigna aux Egyp- 0 tiens les sciences des nombres et des astres, entièrement ignorées 8 par ce peuple avant lui. L'Egypte les reçut ainsi de la Chaldée, 0 et les transmit plus tard aux Grecs *. » Le passage d'Abraham dans la contrée syrienne de Damas, auquel l'historien fait allusion, n'est rappelé dans l'Ecriture que par l'indication de cette ville comme la patrie d'Ehézer, intendant des serviteurs du patriarche : Damascus Eliezcr ^. Cependant une tradition conservée parmi les Arabes jusqu'à nos jours, rapporte à Abraham la fondation de Damas ^. Ainsi se trouverait vérifiée la parole d'un voyageur moderne, qui décrit avec enthousiasme le merveilleux paysage dont cette ville est le centre. « Sa vaste et féconde plaine, dit-il, les sept D rameaux du fleuve bleu qui Tarrosent, l'encadrement majestueux 0 des montagnes, les lacs éblouissants qui réfléchissent le ciel sur d la terre, la situation géographique entre les deux mers, la per- D fection du climat, tout indique que Damas a été une des premièi) res villes bâties par les enfants des hommes, une des haltes na- D turelles de l'humanité errante, dans les premiers temps; c'est I) une de ces villes écrites par le doigt de Dieu sur la terre, une ») capitale prédestinée comme Constantinople *. » Damas aurait en effet marqué l'une des stations d'Abraham dans les soUtudes de la Syrie, à l'époque où le passage de quelques pasteurs nomades dans une contrée fertile, mais encore inhabitée, désignait à la postérité les cités de l'avenir.

Tradition 3, La Grècc a consacré le souvenir d'Abraham par une de s

greciia; au ^

*b''i'' "^" P^^^ poétiques fictions. Un savant mémoire de l'Académie d

* Euseb. Paruphil., Prœpar. evang., lib. IX, cap. xix. — 2 Gems., cap. s^, 2. — 8 Biblioth. orient., art. Damai y Abraham; Robrbacher, Histoire vnw. de l'Eglise cathol., tom. I, pag, 192, — * Lamartine, Voyage en Orient, tom. If, pag. 78, 79.

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