OIIAP. I. — CÉLÉBRITÉ D'ABRAHAM DANS LE MOKDÉ ANTIQUE
inscriptions et belles-lettres ^ a mis ce fait hors de- doute. La visite des anges qui, sous la figure de trois voyageurs inconnus, reçoirent l'hospitalité dans la tente du patriarche, s'est transformée, diins les traditions phéniciennes de la Béotie, en un récit mythologique approprié aux croyances du polythéisme. Le pasteur Orieus vivait avec sa femme, loin des villes populeuses, dans une fertile vallée. Avancés en iige, les deux époux, fidèles au culte des dieux, pratiquaient l'hospitalité et donnaient l'exemple de toutes les vertus. Cependant Jupiter leur avait refusé le seul bonheur qui manquât à leur paisible existence, celui de se voir revivre dans un fils. U: jour trois divinités, sous une forme humaine, se présentèrent à la porte du vieillard. Les étrangers, accueilhs par le vertueux couph^ avec une touchante cordialité , sont priés de s'asseoir à la table hospitalière. Le bœuf le plus gras du troupeau est immoh^. et ser^i aux convives après les libations d'usage en l'honneur de Jupiter et des dieux protecteurs des hôtes. A la fm du repas, les étrangers reconnaissants pressent le vieillard de leur demander une faveur, l'assurant qu'ils ont la puissance de la lui accorder, quelle qu'elle puisse être. Orieus, en souriant, et croyant exprimer un vœu malheureusement impossible à réahser, leur demanda un fils. — Dans dix mois vous serez père, répondirent les voyageurs, qui prireni congé du pieux vieillard. Dix mois après, la naissance d'un fil., comblait d'allégresse le cœur des deux époux et animait leur tranquille sohtude. — Dans VOrieus phénicien, il est impossible de méconnaître VOurieus de Chaldée, l'Abraham originaire d'Ur, VOur des Orientaux.
4. Ainsi, astrologue fameux en Perse, inventeur des arts en caratèr» Chaldée, roi puissant et fondateur de villes en Syrie, pasteur chez jî'ItrihJli. les Grecs , Abraham a laissé dans les civilisations antiques une mémoire retentissante, que le génie particulier de chaque peuple a environnée d'une auréole légendaire. Moïse, son historien , va
^Mémoires de l'Acad. des inscript, et belles-lettres, tora. XXI, pag. 43, édii, in-12^ cités par Rohrbacher, Hist. univ. de l'Eglise caihoL, tom. I, pag. 202. — M. Salvador cite également cette tradition mythologique (J. Salvador, Hist, dejt institut, de Moïse, tom. III, pag, 303, 304. Paris, 1828).
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dégager cette grande flgure des fictions et des nuages poétiques, Abral'^m nous apparaîtra, dans un récit sincère et vrai, empreint d'une couleur locale dont les mœurs actuelles de TOrient attestent encore aujourd'hui l'intégrité, non pas comme un savant extraordinaire, mais comme un juste appelé à devenir le père d'une race choisie; non pas comme un philosophe de l'antiquité, visitant les diverses contrées du monde connu, pour y enseigner ou apprendre la sagesse, mais comme un pasteur nomade, qui parcourt avec ses troupeaux les vastes sohtudes de la Syrie, et va demander à l'Egypte, dans un temps de famine, les ahments qu'un sol trop peu cultivé lui refuse; non pas comme un conquérant que la terreur précède et que suit la dévastation, mais comme un chef de tribus, qui repousse, avec l'aide des siens, une agression violente, dont un membre de sa famille a été accidentellement victime; non pas comme le pasteur sédentaire de la fable grecque, voyant approcher la vieillesse aux lieux où s'écoula son heureuse enfance, mais comme le pasteur des temps primitifs, cherchant dans une série de migrations successives le lieu où il plantera définitivement sa tente. Moïse rétablira la vie d'Abraham dans un milieu réel et vrai, les communications du patriarche avec les contrées déjà peuplées nous révéleront dans des détails caractéristiques le côté sensuel des civiHsalions naissantes en Orient, la condition avihe de la femme, la corruption précoce de ces jeunes sociétés, où l'oubli du vrai Dieu ouvrait la porte au désordre des mœurs, sous un climat qui semble d'ailleurs porter à la mollesse et à la volupté. On a cbercbé, dans celte peinture naïve des peuples d'un autre âge, un texte nouveau d'accusations contre Moïse; on a prétendu faire rejaillir sur la sainteté des personnages bibliques, l'odieux de certains détails qui appartiennent précisément aux mœurs générales de l'époque patriarcale. Outre qu'il y a dans ces reproches une injustice évidente, il est impossible de n'y pas voir la trace d'un préjugé exclusif et étroit, qui a dominé trop longtemps nos littératures de l'Occident, et qui consiste à juger rétrospectivement des mœurs d'un autre âge et d'un autre climat, par celles de notre pays et de notre âge. Ce qu'on eût voulut répudier du récit
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de Moïse, en formait réellement le caractère original et y imprimait comme un sceau d'irrécusable authenticité. D'ailleurs l'Orient, ce pays qui semble destiné à immobiliser les traditions et les usages dans une perpétuelle uniformité, nous a enfin laissé pénétrer les secrets de sa civilisation séculaire; et à mesure qu'il a été plus étudié et mieux connu, il s'est présenté, sous ce rapport, tel à peu près, même de nos jours, qu'il était au temps d'Abraham. Comme si chaque progrès des connaissances humaines devait venir, à son jour et à son heure, apporter une nouvelle confirmation au livre divin de la Bible !
§ Bl VocaUoii d'iibram (S3GG-23SO) K
5. La famille Sémitique établie en Chaldée, d'où Abraham tirait Famiiic d'A' son origine, était celle de Tharé. Moïse nous en fait connaître tous les membres. Des trois frères, Abraham, Nachor et Aran, le dernier meurt avant Tharé, leur père^ à Ur, la patrie commune, laissant un fils, Loth. Nachor, qui perpétuera sur le sol chaldéen une branche de la famille, épouse sa nièce, Melcha, fille d'Aran. Abram (car il ne porte encore que ce nom) est marié à Saraï, sa sœur paternelle ^. Cette simple indication des alliances pa-
^ Le lecteur rencoatrera désormais de fréquentes traductions de la Bible, insérées dans le corps de l'ouvrage. Nous avons longtemps hésité sur la forme que nous donnerions à ces traductions. Le système allemand, qui consiste à reproduire strictement un calque défiguré de l'original, nous a paru s'éloigner de lo vérité qu'il atfecte, en dénaturant un langage sublime dans le texte, pour y substituer le mot à mot d'une traduction barbare. « C'est là, dit avec » raison M, Renan, dont nous sommes heureux de partager l'avis en cette » circonstance, c'est là une des facilités que j'envie le moins à nos amis d'où* » tre-Rhiu. La langue française est puritaine; on ne fait pas de conditions » avec elle. On est libre de ne point l'écrire, mais dès qu'on entreprend cette » tâche difficile, il faut passer les mains liées sous les fourches caudines du » dictionnaire autorisé et de la grammaire que Tusage a consacrée. » (E. Renan, Le Livre de Job. Préface, pag. m.) Tout en nous rapprochant donc le plut possible de la torme littérale, notre traduction s'efforcera cependant de n'être point s«rvile. D'ailleurs, quelque soin que nous puissions- y apporter, elle «era toujours infiniment au-dessous de la lecture du texte lui-même et de «es divines magnificences.
* Vere soror mea est, dit Abram en paJ^'Aût de Sara, fîlia patris ihei, et non
360 niSTOIRE DE l'église. — TROISIÈME ÉPOQUE (2296-178o),
triarcales, à des degrés de parenté si rapprochés, est la meilleure preuve de la bonne foi de Moïse. Qu'on rapproche ces circonsitances de l'interdiction légale dont le législateur hébreu frappe les unions contractées entre frère et sœur, utérins ou consanguins *, et de la pénalité à laquelle il les soumet ^, et l'on sera convaincu que la politique de Thomme d'Etat n'a point guidé la plume de l'hislorien. Il lui eût été facile de supprimer ces détails, dont la précision était indifférente au lecteur, et dont l'exemple ne pouvait servir qu'à autoriser les murmures des Juifs, auxquels il imposait des lois d'une sévérité inconnue à leurs pères. Cette rétîexion n'aurait pas échappé à la perspicacité du plus vulgaire des législateurs, mais Moïse écrit la vérité telle qu'elle est, sans exagération comme sans réticences, sans altération comme sans déguisement. La liberté des alliances entre parents, la polygamie même, existaient légitimement à cette époque, où nulle autre loi n'était venue encore restreindre le précepte divin : Croissez et multipliez, des premiers jours, et hmiter les mariages dans les bornes qu'un ordre social nouveau rendait nécessaires. Moïse ne le dissimule pas; il ne cherche pas à atténuer, par la moindre explication, un état de choses si contraire à ses grandes vues de législateur; c'est un fait, il le constate.
Mipraiion de 6. « Or Tharé prit avec lui Abram, son fils; Loth, son petit-fils, dAb'ram. et Saraï , sa belle -fille. Ils quittèrent ensemble Ur de Ghaldée, et s'approchèrent de la contrée des Chananéens, jusqu'à Haran (Charres), où ils se fixèrent ^. » Telle est cette émigration des Térachites, suivant l'expression de M. E. Renan '^. Le savant philologue n'y voit qu'un mouvement des premières familles humaines, une première étape, importante à constater pour l'histoire géné-
filia matris meœ, et duxi eam in uxorem (Gènes., cap. xx, \2). — Pour l'énumération des membres de la famille de Tiiaié, voir Gènes. ^ cap. xi, 26-30. — Un grand nombre d'interprètes ont pensé que Sara n'était pas la fille, mais geulement la petite-fille de Tharé. L'usage des Hébreux ne distingue pas la petite-fille de la fille propre. Saint Jérôme croit que Sara était fille d'Aran, et par conséquent nièce d'Abraham.
4 Leviiic, cap. xvui, 9.-5 Ibid., 29. — 3 Qenes., cap. ïJ, 31. — * Histoire des lang. séinit., pag. 60.
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raie du monde. En dehors de cette considération, qui a sa valeur rëelle, Bossuet, d'accord avec les interprètes catholiques, en aj^ porte une autre qui mérite, au point de vue rehgieux, toute notre attention. La Chaldée était alors le centre du Sabéisme, ou culte des astres, qui fut vraisemblablement la première forme de l'erreur païenne, dont les rameaux couvrirent pendant tant de siècles l'univers entier *. Par quelle gradation l'esprit humain s'était- il incliné vers une doctrine si peu raisonnable, et avait-il abandonne les traditions primitives pour s'égarer dans le champ de ses rêves et adorer des créatures insensibles à son hommage? Cette question philosophique a exercé, de nos jours, la sagacité des plus hautes intelligences 2. La lumière de l'Evangile a tellement inondé de ses clartés divines nos sociétés modernes, que l'idolâtrie nous apparaît comme le fait le plus incroyable et dont la possibilité seule est un problème presque insoluble à nos yeux. Il ne faut rien moins que la notoriélé assurée à jamais à ce fait par les témoignages de toute l'antiquité, pour familiariser notre pensée avec cette étrange aberration. Quand nous hsons les volumineux traités que les Pères de l'Eglise ont consacrés à attaquer l'empire universel de l'idolâtrie dans le monde, il nous semble que tant d'éloquence, d'érudition, de talents, étaient inutiles, et qu'il eût suffi d'un appel au bon sens et à la conscience du genre humain pour en faire justice. Cependant l'idolâtrie était une puissance; elle régna, et sa domination s'exerça non-seulement sur les peuples, mais sur les philosophes, les orateurs, les savants, les poètes, les plus grands génies de l'antiquité. Les rois, les conquérants, les hommes d'Etat, les diplomates, les législateurs furent ses esclaves. Le Sabéisme, né dans la Chaldée , se modifia successivement pour revêtir toutes
* C'est le sentiment du président Riambourg, du P. Ventura, de BergierT €tc. '.Œuvres compl. de Riambourg, Migne, pag. 372-377; Baison philcsO' phique et Raison catholique, par le P. Ventura, l^e confér.; DicUonn. de théologie, par Bergicr, art. Astres; Dissertation sur l'origine de l'idolâtrie (Bible de Vence).
2 Voir Prodrome d'ethnographie, par M. l'abbé Maupied, — et De l'origine et des sources de l'idolâtrie, par M. l'abbé Y an-Hny al. Annales de philosoph., J8o9- 60-61.
362 HISTOIRE DE l'Église. — troisième époque (2296-i78o).
les formes et diviniser tous les objets de la créatioL, depuis le chat de l'Egypte jusqu'au fétiche de l'Océanien. Or l'émigration d'Abram était, suivant la pensée des commentateurs bibliques, une protestation contre le Sabéisme de la Chaldée. Les ancéires du patriarche avaient abandonné le culte du vrai Dieu, pour les rites sabéens. C'est du moins la conclusion naturelle qu'on peut tirer des paroles suivantes de Josué au peuple d'Israël : « Jadis vos pères » habitaient au delà du tleuve (l'Euphrate). Tharé, le père d'Abra- » ham, et Nachor y étaient fixés, et ils servirent des dieux étran- » gers*.» Abram brisa le premier avec Terreur païenne, et saint Cyrille d'Alexandrie pense que la conversion de Tharé fut la récompense de la foi de son fils *. Le vieillard mourut à deux cent cinq ans, au pays de Cbarres.
7. « Alors le Seigneur parla à Abram : Sors de cette terre, lui dit-il, du miheu de ta famille, de la maison de ton père, et viens au pays que je te montrerai. Je ferai de toi la tige d'une grande race; je le bénirai, et je rendrai ton nom illustre. Ma bénédiction sera sur ceux qui te bénissent , ma malédiction sur ceux qui te maudissent; et enfin en toi seront bénies toutes les nations de la terre ^. » Etonnantes paroles, dans lesquelles il nous faut bien voir une prophétie, et la plus immédiatement divine, sans que nous découvrions l'intermédiaire entre Dieu et l'homme, dont M. Renan fait la base de son système du prophétisme hébreu ! Voilà donc qu'au, pasteur Chaldéen qui a dressé ses tentes sur la terre d'Haran, la voix du ciel se fait entendre. A l'époux de Saraï, laquelle n'avait point connu jusque-là les joies de la maternité. Dieu promet une glorieuse descendance. L'objection de Tincrédubté est facile à prévoir. Quoi de plus simple pour Moïse, dira-t-on, de supposer après
* Josue, cap. xxiv, 2. — « Advers. Julian., lib. L — « A la différence de 1) son père, qui était idolâtre, dit Bossuet, Abraham ne vouhit point adhérer » au culte impie des Chaldéens, qui le persécutèrent. » Elevât, sur les MyS' tères, vue semaine, 7^ élévation. — Pour comprendre le motif qui a déterminé Bossuet et les auteurs catholiques à interpréter dans ce sens la première émigration des ïérachites, il faut se reporter au verset 3^ du chapitre VU" des Acte» des Apôtree, où cette doctrine est clairement exprimée.
• Gènes., cap. xn, i-4.
CflAP. I. — VOCATION D'ABRAM (2366-2280). 363
coup celte magnifique prophétie. A l'époque où il écrivait, la race d'Abram était devenue un peuple nombreux, dont l'historien flattait la vanité , en couvrant son berceau d'une protection céleste. L'hypothèse ne manque pas de vraisemblance , et on trouverait mille exemples dans les historiens profanes de ce genre de pro-* phéties rétrospectives, inventées pour caresser un sentiment d'orgueil national. Mais quand Moïse ajoute : « En toi seront bénies toutes » les nations de la terre, » il cite là des paroles qui n'avaient reçu, au moment où il les écrivait, aucun accomplissement, et qui, selon toutes les probabilités humaines, semblaient ne pouvoir jamais s'accomplir. Quelle apparence que le peuple hébreu, fugitif dans le désert, à peine échappé à la tyrannie égyptienne, pour laquelle il avait versé pendant quatre siècles ses sueurs et son sang, cette tribu inconnue au reste du monde, qui errait quarante années dans la solitude, sans que le grand mouvement de l'empire de Sésostris le rencontrât une fois sur son chemin, quelle apparence, disje, qu'il fût destiné à jeter sur tout l'univers cet éclat dont parle la prophétie. Ou Moïse écrivait une absurdité inintelligible pour ses contemporains et pour lui-même, eu enregistrant les paroles qu'il met dans la bouche du Seigneur, et dans ce cas ces paroles ne se seraient pas réahsées; ou il écrivait sous l'inspiiation de Dieu même. Le dilemme n'a pas d'échappatoire. La passion humaine, complice infatigable de l'erreur, insistera peut-être encore : c'est le hasard, dira-t-elle, qui a donné tant de valeur à ces paroles, en leur apportant une confirmation inattendue, sans laquelle on aurait laissé cet incident dans l'ombre. Nous avons déjà retrouvé tant de fois ce miraculeux hasard, qu'il faut, pour ne pas se lasser de l'invoquer, plus de foi que pour croire à la révélation. Et maintenant la prophétie faite à Abram s'est réaUsée dans la plus large étendue. C'est bien en lui, en lui seul, in uno, comme dit saint Paul, qu'ont été bénies toutes les nations de la terre, dans la personne de Jésus -Christ, Fils de Dieu, et fils d'Abraham selon la chair. La promesse générale faite à Eve au seuil de l'Eden, se spécifie dans Abram et devient l'héritage d'une famille, d'une race,
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d'un peuple choisi. L'histoire de cette famille, de celte race, de ce peuple, va devenir l'histoire de l'Eglise avant Jésus -Christ; le développement de la pramesse formera, à travers les ûges et les vicissitudes des empires terrestres, comme le point central autour duquel gravitera le monde antique. Qu'il n'y ait dans cet enchaînement des faits, dans cet accord du passé et de l'avenir qu'un hasard, c'est une explication qui dispense de tout raisonnement, mais qui ne satisfera jamais un homme de bonne foi.
8. L'ordre divin qui prescrit à Abram de quitter le premier séjour de Charres, le sol où reposaient les ossements de son père, les pâturages au milieu desquels il avait dressé ses tentes et vu se multipHer la tribu dont il était le chef, n'atteint pas, comme un préjugé étroit pourrait le faire croire^ une existence sédentaire et fixée; il ne trouble pas, par un départ tumultueux et sans précédents , un ordre social établi. Le patriarche était pasteur , et pasteur nomade, comme le sont encore maintenant les nombreuses tribus arabes de notre colonie africaine, dont les tentes se repHent au matin, après une halte plus au moins longue, sur un sol commun. Tel nous apparaît le départ d' Abram, « qui prend avec lui Saraï, sa femme, Loth, son neveu, et émigré avec ses serviteurs et ses troupeaux, pour entrer dans le pays de Ghanaan. Ils arrivèrent jusqu'à Sichem, près du bocage de-Mourah *. Le Chananéen occupait cette contrée. Or le Seigneur apparut une seconde fois à Abram : La terre que tu as sous les yeux, lui dit-il, je la donnerai à ta postérité. Abram consacra le souvenir de celte nouvelle promesse par un autel qu'il éleva au Seigneur; puis, s'avançant vers la montagne à l'est de Béthel, la Louza des Ghananéens, il dressa ses tentes en ce lieu, ayant Béthel à l'orient, et Haï ^ à
1 M, de Saulcy, Dictionn. des antiq. bibliques , art. Sichem-Garizim, pag. 319. Sichem est devenue la ville actuelle de Naplouse. — La Vulgate traduit par convallem ilhislrem, les expressions hébraïques dont le sens est réellemenl celui que nous indiquons.
* Idem, ibid., art. Béthel et Hdi. — La première de ces deux villes n'e^t plus maintenant qu'un misérable village du nom de Beitin; la seconde, ruinée par Josué, n'existe plus.
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roccident. Il éleva encore un autel en ce lieu, et y invoqua le nom du Seigneur. Dans la suite, il continua sa marche dans le pays de Clianaan, se dirigeant vers le midi *. »
9. Chacune des stations du patriarche est marquée par un mo- vojage nument religieux. Le pays où se déploient ses troupeaux, dans de KgyptTS vastes pâturages, appartient déjà à une colonie de pasteurs de la ^**^^'"^^°®* race de Chanaan, qui en a pris antérieurement possession. Mais le sol n'est pas encore individualisé par une propriété exclusive; l'étranger nomade y trouve un passage Ubre, et le séjour d'Abram au milieu de ces tribus pastorales n'indique aucune restriction de ce genre. Il en sera tout autrement de l'Egypte, où la famine l'oblige à se rendre. A une époque où la culture, irrégulièrement répartie dans de vastes contrées abandonnées presque entièrement aux pâturages, n'avait rien de fixe, ce devait être chose assez commune que la disette; il suffisait, pour la produire, d'un accident atmosphérique survenu dans un rayon de médiocre étendue. Le pays de Chanaan venait d'éprouver un désastre de ce genre; Abram résolut d'aller demander à l'Egypte des ressources qu'il ne trouvait pas sur le sol nouveau où il venait de s'étalihr. Quelle était alors la situation poUtique de la terre de Mesraïm? « Où sont, dit » un récent écrivain, les traces de son inleUigence? Dans l'obélisque • d'Héhopolis, dans une stèle encastrée dans les ruines d'un temple » d'Ammon générateur, et qui porte le nom d'un roi de la seizième » dynastie. Voilà tout ce qui reste de cette époque, et peut-être )) encore les pyramides, dont la nudité presque absolue pourrait in- » diquer qu'elles sont antérieures à l'Ecriture ^. » L'absence de culture intellectuelle, signalée dans ces rares monuments, s'accorde avec l'assertion de Nicolas de Damas, que nous avons reproduite plus haut, sur l'ignorance complète où les prêtres égyptiens vivaient au temps du séjour d'Abram dans leur pays. Le récit de Moïse ne contient pas de renseignements sur ce point particulier, mais il met en lumière toute une autre face de la civilisation égyptienne. Les petites royautés de ce pays vont nous apparaître avec
* Gènes., cap. xn, S-9. — ' M. Tripaid, Moïse, tom. I, pag. 325, .
366 mSTOIRE DE l'ÉGUSE. — TROISIÈME ÉPOQUE (2296-1785).
leur corruption précoce, dont on retrouverait encore aujourd'hui l'image en Orient, où les plaisirs du maître occupent une place offi cielle et sont servis par des princes; où la femme n'est protégée contre l'abrutissante servitude du hnrem, ni par le respect dû à la faiblesse, ni par le sentiment de la dignité humaine, ni par l'atlection d'un frère qu'on peut séduire à force de présents, ni parla tendresse d'un époux dont on peut se débarrasser par un meurtre. Le dialogue d'Abram avec Saraï et l'épisode du voyage des deux époux en Egypte, mettront ces faits dans tout leur jour. « Comme ils approchaient de cette terre, Abram dit à Saraï : Les Egyptiens en vous voyant se diront : Elle est la femme de celui-ci, et ils songeront à me mettre à mort pour s'emparer de votre personne. Dites-leur donc, je vous prie, que vous êtes ma sœur, et ils épargneront ma vie. A leur arrivée, les Egyptiens remarquèrent en effet la belle étrangère; les princes en parlèrent avec éloge au Pharaon, et Saraï fut enlevée pour être conduite à la demeure royale. Cependant les princes comblèrent Abram de présents; ils lui donnèrent des troupeaux de brebis et de bœufs, des serviteurs et des esclaves, des ânes * et des chameaux. Mais le Seigneur appesantit sa main sur le Pharaon, pour venger l'injure faite à Saraï et sauver son innocence. Le roi connut bientôt l'erreur de ses olfîciers; il fit appeler Abram. Pourquoi, lui dit-il, as-tu agi ainsi avec
* C'est la première fois que la Bible nous parle des asini, dont le nom reviendra si souvent dansTénamération des richesses patriarcales. « Si l'Orient, dit » M. Léon de Laborde, n'avait appelé de ce nom que l'animal que nous connais- » sons sous celui d'âne, il est bien certain que nous ne rencontrerions ni les » formes de langage qui nous étonnent, ni les habitudes dont nous deman- » dons l'explication. Supposons un instant, au lieu d'un animal chétif, courbé, » velu, les oreilles pendantes, les yeux cachés dans une fourrure grossière, • et le pas lent et paresseux, un animal élancé, droit de reins nerveux et » sec des jambes, arrondi dans toutes ses formes, la peau lisse et brillante, » parce qu'elle a été rasée et n'a conservé d'un poil gris d'argent ou gris » fauve que les reflets brillants, les oreilles droites, éveillées, intelligentes, » les naeeans et l'œil pétulants. Quel rapport peut-on trouver entre ces deux » animaux? Celui que le plus noble animal, le cheval arabe ou anglais, peut » avoir*' »ec ces petits chevaux qui dans nos rues traînent des charrettes de » légumes. L'âne est donc un noble animal en Orient. » Comment géograph, sur l'Exode, pag. 40»
enAP. I. — VOCATION d'abram (2366-2280). 367
moi? Pourquoi as-lu dissimulé qu'elle fût ton épouse, et, en la faisant passer pour ta sœur, pourquoi m'as-tu exposé à commettre un crime ? Voilà ta femme, reprends-la, et partez. Le Pharaon donna des ordres à ses officiers, qui escortèrent ALram et Saraï, et les firent sortir avec tous leurs biens de la terre d'Egypte ^ » Tous ces détails peignent, ce nous semble, à merveille les petites souverainetés de l'Egypte, dont les listes dynastiques de Manéthon nous ont conservé les noms multipliés. L'arrivée de quelques étrangers est un événement signalé aussitôt à la curiosité d'une population peu nombreuse. L'attention surexcitée à la vue de Saraï, fait comprendre comment la réclusion des femmes deviendra plus tard une habitude générale en Orient. Les présents dont les officiers de Pharaon dotent si magnifiquement Abram, rappellent les infâmes trafics qui déshonorent même aujourd'hui des contrées où l'homme semble d'autant plus pervers, que le climat est autour de lui plus déhcieux; la nature même de ces présents donne à ces monarchies le caractère de royautés pastorales.
Riche en troupeaux, Abram, en quittant l'Egypte, emportait encore, comme plus tard les Hébreux, des lingots d'or et d'argent d'une valeur considérable ^. C'est la première et la plus ancienne mention que nous ofïre l'histoire, de l'usage des métaux précieux comme moyens d'échange et de ti-ansactions commerciales. On se ferait illusion s: l'on donnait à cet emploi primitif de l'or et de l'argent la forme monétaire actuelle. L'art de frapper les monnaies est d'une date postérieure. On se contentait d'évaluer au poids des lingots ou des grains métalliques plus ou moins considérables, et de les échanger, d'après cette base, pour les besoins fort restreints d'un négoce à l'état d'enfance. Les Grecs eux-mêmes conservèrent longtemps cet usage
1 Gems., cap. xn, H-20.
3 Erai autem dives valde possessione auri et argenti (Gènes., cap. xni, 2). — Voit- Dissertation sur Vantujuité de la monnaie frappée au coin, par D. Calmet. Le sa» vant bénédictin prouve qu'au temps d'Abraham, l'or et l'argent n'étaient pas monnayés, et que l'usage de frapper les monnaies, beaucoup plus récent, ne peut guère remonter au delà de l'époque de Crésus. — Voir aussi l'article Monnaies, dans le Dictionn. des [antiquités bibliques, par M. de Saulcy, pag. 515 et 606.
368 uiSTOiRE DE l'Église. — troisième époque (2296-1 78o}.
primitif, rappelé par le nom même de leur obole {iC'.hi?, broche), lingot en forme de broche ou petite verge, d'mi poids détermine'. La drachme {J'pÂyfAA, poignée) valait six oboles; elle était ainsi appelée parce qu'elle représentait ce que la main, en se fermant, pouvait contenir de ces petites verges métalliques ^ sraîton 10. Dc rctour à son dernier campement, entre Béthel et Haï, la Loii. caravane retrouva l'autel élevé au Seigneur, et continua à invoquer le nom du vrai Dieu 2. « Cependant les possessions de Loth s'étaient multipliées; ses troupeaux de brebis et de bœufs, ses tentes nombreuses couvraient la plaine. La même terre ne pouvant désormais suffire aux deux patriarches, dont les richesses s'étaient ainsi accrues, une querelle s'éleva entre les pasteurs d'Abram et ceux de Loth. Or le Ghananéen et le Phéréséen, qui habitaient alors celte contrée, pouvaient prendre parti dans la lutte et la faire dégénérer en une hostilité compromettante. Abram dit donc à Loth : Qu'il n'y ait pas de dissentiment entre nous ni entre nos pasteurs, car nous sommes frères. Voici autour de nous une terre immense; séparons-nous. Si tu prends à droite, j'irai à gauche; si tu préfères la gauche, je m'établirai à droite. Loth, jetant les yeux sur les campagnes voisines, fut frappé de la richesse des vallées du Jourdain, arrosées dans toute leur étendue par des courants fertiles, à cette époque où Dieu n'avait pas encore frappé Sodome et Gomorrhe. Elles rappelaient Taspect qu'offre l'Egypte aux yeux du voyageur qui vient de quitter Ségor. Il choisit donc cette contrée pour y fixer ses tentes, et les deux frères se séparèrent ainsi, Loth pour aller habiter les bourgades voisines du Jourdain et le pays de Sodome, Abram pour demeurer dans la région de Ghanaan. Après cette division, le Seigneur dit à Abram : Lève les yeux, et embrasse du regard toute la terre qui t'entoure, au nord et au midi, h l'orient et à l'occident. Je la donnerai à toi et à ta race pour la posséder à jamais. Je multiplierai ta descendance comme le sable du désert. Qui pourra compter les grains de sable, celui-là pourra compter les fils nés de toi. Lève -toi donc, et par-
» Distertatkn de D. Calmet, déjà citée. — * Gènes. y cap. xiii, 3, 4.
d'Elaiti. Melcbisétlech.
CHAP. I. — VOCATION d'abram (2366-2280). 369
cours cette terre dans sa longueur et dans sa largeur, car Je te la donnerai tout entière. Abram , repliant ses tentes , les transporta sous les chênes de la vallée de Mambré , au pays d'Hébron, et y éleva un autel au Seigneur *. »
11. Mambré, qui avait donné son nom à la vallée des Chênes, Abram déuétait chef d'une tribu d' Amorrhéens habitant ce pays. La division îe'vé parfeToi politique de la Mésopotamie et de la Palestine, au temps d'Abram, nous est présentée dans le récit de Moïse avec les caractères de simpHcité qui conviennent à cette époque primitive. Chaque centre de population a son chef ou roi, exerçant autour de lui une puissance limitée à la tribu, à la bourgade, et ressemblant plutôt à Tautorité du patriarche qu'à une royauté proprement dite. La tribu la plus nombreuse et la plus forte impose à celles qui Tentourent une sorte de vasselage, sans anéantir leur indépendance. Quelques dons annuels en troupeaux ou en productions agricoles devaient être, alors comme aujourd'hui, la forme sous laquelle le chef tributaire reconnaissait la domination d'un voisin plus puissant. Le refus de payer un tel impôt amenait une de ces razzias si fréquentes encore chez les Arabes de nos jours, où Tinvasion subite, suivie du pillage des tentes et de la retraite immédiate du vainqueur,est plutôt une course armée qu'une guerre. C'est une expédition de ce genre dont Moïse nous a retracé le tableau. « Depuis douze ans Bara, roi de Sodome; Bersa, roi de Gomorrhe; Sennaab, roi d'Adama; Séméber, roi de Séboïm, et le roi de Bala payaient le tribut à Chodorlahomor, roi d'Elam. La treizième année, ils refusèrent d'acquitter cet impôt. Chodorlahomor s'unit à Amraphel, roi de Sennaar; Arioch, roi d'Ellazar, et Thadal, roi de Goïm, pour punir
1 Gènes., cap. xiii, 5-ad ultim. — « Hébroû, dit M. de Saulcy, occupe le » fond d'une assez large vallée dont les coteaux sont garnis de beaux oli- » viers et de vignobles. A l'est, elle s'élève un peu sur le flanc de la colline, • et c'est là qu'est placée la mosquée dans laquelle est enfermée, à ce que » l'on dit, le fameux caveau de Makfelah, où furent enterrés Sara et les pa- » triarches Abraham, Isaac et Jac^ob. » [Dictionn. des aniiq. bibliq,, pdg. 353.) — Quant aux chênes de Mambré, les mots hébreux traduits dans la Yulgate par convallem Mambré, sont, Elon Mambré, littéralement, Chênes de Mambré, Cornet, à Lapide, Comment, in Gènes., cap. xni. 18.
les rebelles. Le lieu d'assemblée fut indiqué aux guerriers dans la vallée de Siddim , aujourd'hui couverte par la mer de sel. Us forcèrent à la soumission les tribus des Rapbaïm, des Zuzim et des Emim, et toutes celles des Cborréens, dans les montagnes de Séïr, jusqu'aux plaines de Pharan, à la limite du désert de Cadès. Remontant ensuite vers le nord, ils vinrent camper près de la fontaine ; de Mispbat, et soumirent tout le pays des Amalécites et des Amor- \ rbéens. Les chefs de Sodome, de Gomorrhe et des autres tribus rebelles s^étaient avancés jusqu'à la vallée de Gaddim^ où la lutte s'engagea. Ils furent mis en fuite, et leurs soldats, dans leur course précipitée, tombèrent en grand nombre dans les puits de bitume qui couvraient cette vallée. Le reste se réfugia dans la montagne. Les vainqueurs pillèrent Sodome et Gomorrhe, enlevant tous les vivres et tous les troupeaux, et une multitude de captifs, parmi lesquels se trouvaient Loth et sa famille, qu'ils emmenèrent avec eux en se retirant. La nouvelle en fut apportée à Abram, dans la vallée de MaiTjbré l'Amorrhéen, par un des vaincus échappés au désastre. Or Mambré et ses deux frères, Escol et Aner, avaient scellé un pacte d'alliance avec Abram. Ils se joignirent aux trois cent dix-huit serviteurs jeunes et robustes que le patriarche put armer, et coururent à la poursuite des rois d'Elam jusqu'auprès de Dan. Abram les ayant atteints, fit deux corps de sa troupe, fondit sur eux à la faveur de la nuit, les mit en déroute et les poursuivit jusqu'à Hoba. Tout le butin abandonné par l'ennemi devint sa conquête; il ramena Loth et les autres captifs, les troupeaux, les vivres et les provisions enlevés. À son retour Melchisédech, roi de Salem, vint à sa rencontre, lui oflrant le pain et le vin consacrés, car il était prêtre du Dieu très-haut. Que le Seigneur tout-puissant, s'écriaitil, le créateur du ciel et de la terre, bénisse Abram. Que ce Dieu ?oit béni mille fois, lui dont la protection a livré nos ennemis entre vos mains. Abram offrit au roi pontife la dîme de tout le butin. Cependant le roi de Sodome dit à Abram : Rendez -moi les captifs délivrés par vous, et prenez tout le reste. — Je lève la main vers le Seigneur Dieu tout-puissant, maître du ciel et de la terre! répondit Abram, et je jm^e que, depuis le fil d'une tunique jusqu'à
la courroie d'une chaussure, je ne garderai rien de ce qui vous appartient. Nul de vous ne pourra dire : J'ai enrichi Abram. J'accepterai pourtant la nourriture de mes jeunes guerriers. Quant à Mambré, Aner et Escol, qui m'ont suivi avec leurs hommes, ils prendront leur part du butin *. » Dans celte peinture si vraie d'une expédition militaire au temps d'Abram, on peut constater, avec M. de Bonald *, les traits caractéristiques qui accusent l'époque de transition entre la vie nomade et un état social fixe et sédentaire. Les hommes se réunissent pour défendre un sol qui leur appartient et où ils reviennent après qu'on les en a expulsés. La nécessité de se maintenir sur la terre adoptée comme patrie, et de la préserver des excursions ennemies, crée des alliances et prélude à une véritable organisation militaire, en armant les jeunes hommes les plus robustes de la tribu. Les pasteurs de Tépoque primitive deviendront les soldats des conquérants futurs. Un droit de guerre existe déjà, droit simple et naïf; c'est celui de la force ou de la victoire. La force d'Elam impose le tribut aux races voisines du Jourdain. La victoire fait passer entre les mains d'Abram toutes les richesses du roi de Sodome et de ses alliés, enlevées aux ravisseurs de Sennaar. La conduite d'Abram n'est si noble et si généreuse, en rendant les troupeaux et le butin, que parce qu'il renonce volontairement au droit légitime de la victoire, qui lui permettait de tout garder. A côté de ces considérations philosophiques , si intéressantes au point de vue de l'étude des origines sociales, se présente à notre attention la figure mystérieuse du roi-pontife, lo prêtre du Très-Haut, le premier auquel la Bible donne ce titre, Melchisédech, dont le nom signifie Boi de justice, dont le séjour est Salem {la paix), la future Jérusalem où viendi-a régner le vrai Roi de justice, Jésus-Christ. L'offrande de Melchisédech est aussi Bymbohque : le pain et le vin qu'il présente au patriarche vainqueur, sont la figure du pain et du vin eucharistique, dont Jésus. Christ nourrira les âmes victorieuses des passions. Le sacerdoce
* Gènes., cap. xiv, 1-ad ultlm. — > M. de Bonald, Théorie du pouvoir poîi tique et religieux dans la société civile, démontrée par le raisonnement et l'histoire, tom. II, pag. 84.
372 HISTOIRE DE l'Église. — troisième époque (2296-1785).
de Melcliisédech est l'image du sacerdoce immortel établi par Jésus-Christ dans l'Eglise *.
Alliance du 12. Quand Abram, heureux d'avoir délivré Loth et sa famille, BTec A bran:, fut de rctouT avcc Ics sicus sous les ombrages de la vallée de d'un fils. Mambre, «le Seigneur lui apparut dans une vision : Ne crains rien, Abram, je suis ton protecteur, et je te réserve une récompense infiniment grande ^. » Cette dernière parole faisait allusion au désintéressement du patriarche dans sa récente expédition. « Seigneur mon Dieu, répondit Abram, que me donnerez-vous? Je m'en irai rejoindre mes pères, sans laisser de postérité, car vous ne m'en avez pas accordé. Et voilà que le fils de mon serviteur, Eliézer de Damas, entrera en possession de mon héritage. — Non, répondit le Seigneur, tu n'auras pour héritier que le fils né de toi. Et faisant sortir Abram de sa tente au milieu d'une belle nuit de l'Orient : Regarde le ciel^ ajouta-t-il, et essaie d'en compter les brillantes étoiles. Aussi nombreuse sera ta descendance. Le patriarche crut à cette promesse, et la foi de ce juste fut agréable au Seigneur, qui lui dit encore : Je suis ton Dieu, c'est moi qui t'ai fait quitter la ville des Chaldéens, pour te donner cette terre que ta race possédera après toi. — Seigneur mon Dieu, reprit Abram, à quel signe reconnaîtrai-je la vérité de cette promesse? — Va, lui dit le Seigneur, préparer le sacrifice ordinaire des alliances. Choisis une génisse, une chèvre et un bélier de trois ans, avec une tourterelle et une colombe. Abram s'empressa d'obéir à cet ordre; il disposa les victimes, partagées par le miheu, à l'exception de la colombe et de la tourterelle qu'on laissait entières, de telle façon que les deux parties contractantes pussent passer entre elles, en signe d'alliance ; et il attendit que le Seigneur, en passant, daignât sceller visiblement le pacte solennel. Tout le jour s'écoula ainsi; mais les oiseaux du ciel venaient seuls s'abattre sur le corps des victimes, et Abram les écartait. A l'heure où le soleil disparaissait à l'horizon, un sommeil profond engourdit ses membres fatigués, et, dans une horreur mystérieuse qui le faisait frissonner, les secrets
* Tu es sacerdos in œternum secundum ordinem Melchisedech. Psalm. cix, 5. — « Gènes., cap. xv, L