DIVERSES EXHORTATIONS AUX SAUVAGES YVROG N ES
Il est désormais inutile de vous apporter des raisons tirées de la Foy, pour vous empescher de vous enyvrer ; on vous a dit cent fois :
1°. Que Dieu haïit, et a plus d'horreur d'un homme yvre, que vous, vos parens, la Robbe noire; vous savez combien vous les fâchez.
29, Que le Saint Esprit qui estoit en votre cœur, en sort, à l'entrée de l’yvrognerie.
39°. Quele Démon y entre, .
49, Que votre âme devient laide et puante.
5©, Que vous vendez, pour un demi-arr, votre âme et votre salut.
6°, Que cette Eau-de-vie sera le feu qui ne s’éteindra pas dans l'Enfer, pour vous brusler,
7°. Vous appelez ici les fléaux de la peste, de la guerre et de la famine, par votre yvrognerie,
8°. Vous perdez l’usage des sacremens et de la Foy. 99, A la fin, accablés de dettes, vous quittez la Foy.
Tout cela ne vous touche point, non plus que les raisons naturelles.
1°. Vous usez votre santé ; les chaudières mesmes s’usent bien par la force de l’Eau-de vie. Vous mourrez tous étiques ; à cause de cela votre foye sera tout noir ; vous ne vivrez plus aussy longtemps que vos ancêtres qui ont précédé l'Eau-de-vie,
29. Vous estes au hasard d’'estre tuez à coups de couteau ou de geler, ou de vous noyer ; en voila vingt-huit,
3°, Vous estes faits comme des nourceaux; vous vautrant dans ia boue, hays, méprisés, moqués de tous.
49, Vous n'estes plus considérables, perdant votre réputation parmy les François et vos neveux.
5°, Comme vos hardes ne tiennent point à votre corps, et que vos mains sont lachées par l’Eau-de-vie, vous perdez vos couvertes, et estes dépouillés des soldats, qui vous voyans Jestes et braves au cabaret, vous suivent comme un castor, ou un ours à la trappe, pour vous dépouiller ; ils décousent les galons de vos hardes, en font des mitasses, s’en 2ccommodent, &c.
6. Vous vendez, pour un coup d’Eau-de-vie, ce qui vous coûte beaucoup; vous dérobez et dépouillez vos familles,
7°. Vous êtes hays de vos femmes et des Robbes noires.
8°. Vous cassez la teste à vos amis: bruslez votre Village ; battez vos femmes, ravagez vos moissons. Ce n’est pas estre camarade, amy, fils ou mary: c’est estre un bourreau, un buveur, un ennemy : que feroient les Iroquois ?
9S, Un cheval, quand il n’a plus soif, ne boit plus.
10®, Cette boisson est traitresse ; on ne peut s’en humecter, sans estre yvre ; vous buvez sans manger.