‹ Histoire de l'écriture dans l'antiquitéChapitre 10 sur 112 · JU · texte numérisé non relu

JU

^ tan

Riz • • •

mi

mao

Di’î

agoii

Têtard

OEil

Bouche

Jardin

Chariot

Hache

Flèche

Vase

mou

kheou

tchc

tclli

^ hou

Les caractères des plus anciennes inscriptions connue.^

ÉCRITURE CHINOISE. Zi3

s’écartent déjà beaucoup des représentations figurées par lesquelles on veut les explicjuer. On peut s’en convaincre par l’inscription ci-dessous, gravée sur une lance, et qui daterait, d’après l’auteur du recueil chinois où elle se trouve reproduite, de plus de 2,00 0 ans avant notre ère^'l En dehors de ces caractères et de quelques autres du même genre, il n’existe qu’une inscription chinoise remontant à une aussi haute antiquité, l’inscription érigée par l’empereur Yu le Grand, 2278 ans avant notre ère, sur le mont Heng-Ghan, dans les montagnes du Hoû-nân, en commémoration des travaux accomplis par lui pour mettre fin aux inondations qui désolaient la Chine. Seulement elle ne nous est connue que par des copies datant déjà de plusieurs siècles et gardées à Pékin dans les archives de l’empire, et tous les efforts faits pour retrouver la pierre sur laquelle elle était gravée sont restés infructueux; aussi n’a-t-il pas manqué de savants pour en contester l’authenticité.

La connaissance en a été apportée en Europe, au commencement du siècle, par le P. Amyot, et depuis, cette inscription a été reproduite et étudiée par

Journal asiatique, avril-mai 1868, p. 368, n° 1.

Mémoires sur l’antiquité de l’histoire et de la cirilisation chinoises [ Journal asiatique, avril-mai 1868).

Pauthier. Si elle est authentique, elle nous représente la forme la plus ancienne de l’écriture chinoise à laquelle on puisse remonter historiquement. Or les caractères de cette inscription sont des hiéroglyphes déjà très altérés; ils appartiennent à l’écriture que les Chinois appellent écriture

des têtards, à cause de la forme des éléments dont elle se compose. Nous en donnons ici quelques-uns, en mettant en regard les caractères correspondants de l’ancienne écri-

ÉCRITURE CHINOISE

ture tclwuen, usitée de l’an 800 à l’an 200 avant notre ère, et ceux de l’écriture courante.

Les hiéroglyphes primitifs des Chinois étaient peu nombreux. Dans toute écriture idéographique, le nombre des caractères doit être très limité. Les Chinois l’avaient, dit-on, fixé à deux cents, de peur des confusions. Ces caractères représentaient pour la plupart des objets matériels. Mais une langue ne peut pas se contenter de deux cents idées. Pour l’enrichir, ils combinèrent ces signes ensemble et en firent des caractères composés. Le tfiniliein^ [tchoung) était représenté par une ligne verticale qui traverse un cercle; le « tonnerre [loui), par quatre roues que rejoignent des lignes droites en zigzag; les «perdrixn et les «faisans 11, par le signe d’oiseau et celui de flèche.

L’emploi de caractères composés était surtout nécessaire lorsque l’idée à exprimer était une idée générale et qu’un seul signe ne suffisait pas à la rendre. C’est ainsi qu’on associa le soleil et la lune, en ne considérant plus que leur qualité commune, la splendeur; le nouveau groupe ijJÎ prit le sens de «briller 11. De même, on fondit les caractères # fftêteii et «mouvement 11 en un seul signe qui désigna une tête en mouvement, c’est-à-dire l’« intelligence 11. L’idée de « descendance 11 fut exprimée par la figure d’un enfant pendu à une chaîne ; la réunion des idéogrammes/mwe et enfant reçut le sens d’« aimer 11; «être compatissant 11^^) fut rendu par un cœur surmonté de deux traits horizontaux, qui signifient deux, pour exprimer l’idée de sentir les peines d’un autre cœur; le «principe du cielu, par un vase renfermant le signe du bonheur; le «principe

Klajirotli, p. 12 d i3.

/iG PREMIÈRE PARTIE.

(le la terres, par le même vase avec le caractère hioiwg Cf malheur

Le nombre des idées que l’on pouvait exprimer de cette manière était encore très limité et la complication des caractères empêchait de les multiplier à l’infini. Pour y remédier, les Chinois imaginèrent d’envisager les caractères qu’ils avaient créés comme étant les signes non plus de certaines idées, mais de cerlains sons. Chaque caractère cessa de représenter une idée ou un objet, pour ne plus représenter que la prononciation attachée à cet objet. C’est le principe même du rébus. D’après ce système, en français, par exemple, l’image du porc, au lieu de désigner l’animal c[ui porte ce nom, serait attachée à la syllabe por, quel qu’en soit le sens; il pourrait s’employer indilTéremment pour toutes les acceptions de cette syllabe, qu’il s’agisse du porc (animal), ou du port de mer, ou d’un port de lettre, ou du port (démarche de l’homme), ou des pores de la peau. Dans une langue comme le chinois, où les mots n’ont jamais plus d’une syllabe, chacun de ces signes devait devenir l’expression constante d’une syllabe. Le phonétisme remplaça presque entièrement l’écriture idéographique. Cette transformation paraît avoir été très ancienne. L’inscription de Yu est déjà en grande partie phonétique.

Le phonétisme, toutefois, avait un inconvénient. Quelque grand que soit le nombre des syllabes (on en compte 1260 en chinois), le nombre des mots d’une langue est beaucoup plus considérable encore; il en résulte que, dans une langue monosyllabique, des mots n’ayant aucune parenté doivent nécessairement se prononcer de la même manière. Un même caractère peut avoir cinq, six ou huit sens dilférents. La confusion serait inextricable sans le secours des clefs.

ÉCRITUME CHINOISE.

lu

TABLEAU DES 2 1 k CLEFS.

ti

JR

fi

rîi

ÜL

TfC

it

Éfe

fi

sfe

ra

JL.

yc.

ip

it

jjC

Sr.

iHi

râ'

ilî

TK

JL

:Jfj-

Tir

fi

Pr

iflili

jï

if

âr

fr

Les clefs sont des signes complémen (aires qu’on ajoute aux différents groupes phonétiques pour en préciser le sens. Le point de départ de ce système est, ainsi que l’a 1res bien dit François Lenormant, la faculté, propre à l’écriture chinoise, de former indéfiniment des groupes complexes avec plusieurs caractères originairement distincts, par un procédé analogue à celui que l’on croit reconnaître dans l’écriture calculiforme. 11 se forme ainsi des agglomérations qui ne sont pas sans quelque analogie avec le mode de reproduction des polypes : les memes lois président à la formation des organismes primitifs, dans la vie des êtres, comme dans la vie du langage et dans celle de l’écriture qui en est l’expression.

Les Chinois ont donc choisi dans le vieux fonds de leur écriture un certain nombre d’idéogrammes répondant aux principales catégories de leur esprit et pouvant servir de rubrique à un nombre correspondant de classes dans lesquelles ils répartissent les mots de la langue d’une façon qui nous paraît assez artificielle. Ils ajoutent ces signes idéographiques aux signes phonétiques, pour guider la pensée et indiquer dans quelle catégorie d’idées doit être cherché le sens d’un mot qui est susceptible de plusieurs significations difierentes. Le nombre de ces signes, c|ue les Chinois appellent po« cr sections If ou rc classes après avoir été longtemps indéterminé, a été fixé, en l’an 1616, à 216, chiffre qui a été depuis définitivement adopté.

Chaque caractère se compose ainsi de deux éléments : le premier, phonétique, indiquant le son de la syllabe qui constitue le mot; le second, idéographique, la clef du rébus, qui nous apprend quel sens il convient de donner à cette syllabe ou à ce mot. Ainsi, le signe ^,pien, par lequel on

ÉCRITURE CHINOISE. ^9

désigne, quand il est seul, les tablettes avec inscription placées au-dessus des portes, donne naissance à toute la série des signes suivants :

qui sont formés de la combinaison du caractère primitif avec diverses clefs, et correspondent à autant de sens différents, bien que tous se prononcent de la même manière : pien. Nous avons donné plus haut la liste des clefs. On en trouvera la valeur dans les de la Grammaire chinoise, par Abel Rémusat Les principales clefs sont celles de Vhomme, de la bouche, de la terre, de la femme, du cœur, de la main, du soleil, des arbres, de Veau, du feu, des maladies, de Vœil, des pierres, des céréales, des bambous, de la soie, de la chair, des plantes, des insectes, des vêtements, de la parole, de la marche, des métaux, des espèces chevalines, des poissons, des oiseaux, des usages, des mayularins, des broderies.

Les clefs sont donc une œuvre de savants et de lexicographes; ce sont des radicaux choisis d’une façon empirique, des déterminatifs, qui nous apprennent à quel genre ou à quelle famille appartient un objet; ils n’en marquent pas le trait distinctif, mais le caractère général. Seulement, ces catégories répondent assez mal à ce que nous appellerions des idées générales. On retrouve dans leur choix le défaut de l’esprit chinois, qui se perd dans les détails, même quand il veut s’élever à la conception du général. L’écriture chinoise est moins le résultat d’un progrès de l’esprit que celui d’une opération mécanique. C’est un casse-tête dont les éléments sont les monosyllabes.

Paris , 1837, in-8°.

ISPBlUEaiS BBrtUSlLflt

PROTOCOLE DE L’INSCRIPTION DU TEMPLE DE CONFUCIUS PAR L’EMPEREUR KHOURILAÏ-KHÂN , EN L’AN

Ils

PtJ

Mi

if

üti w ^ m

II 0 f 'ê

m m lË m

PJf

Ji?.

JL

//Lî*>

lai

Le texte, ainsi que la traduction, sont empruntés à Pautliier {Journal asiatique, janvier i8Ô2, p. 1-^7). L’inscription cliinoise est accompagnée d’une transcription en caractères mongols Pa-sse-pa , sur laquelle Pautliier a fait en caractères latins la transcription dont nous produisons ici un extrait. Cette transcription peut donner une idée de la prononciation chinoise à l’époque où l’inscription a été rédigée.

ÉCRITURE CHINOISE

TRANSCniPTlON.

Ligne 1 . Chang ihen ^ge’ôti ming

Ligne 2. ^hoang di ching dji j/coii djoung tjouei ba szhi gaun K jin dhiiig Khoung tshi

Li gne 3. dji tao chouei hen won chi ngiao (yeoii) ^goue '^gtja dje chou dang tchoîing foûng Kheou

, Ligne Ix. féo Uni méao Chang dou Ta don djeou lou fuou djiô huen "hi hing

Ligne 5. Che mêao hyo cheou yuen djèao ’^hi

TItADVCTIOy.

Saint commandement de l’empereur qui règne par la grâce du ciel suprême. On informe tous les fonctionnaires publics de l’intebieur et de l’extérieur, que, la doctrine de Khoung-lseu (Confucius) étant une loi destinée à régir toutes les générations, ceux qui ont la mission de gouverner les Etats sont spécialement chargés de lui rendre des honneurs publics : dans le temple de la forêt de Khio-feoù (situé dans la province de Chan-toung, où naquit le philosophe), à Ghangtou; dans la capitale de l’empire (Ta-tou); dans les bourgs, les chefslieux de canton, d’aiTondissement et de département de toutes les provinces. En conséquence, il est prescrit de construire des temples (pour l’honorer), des écoles publiques et des collèges (pour y enseigner sa doctrine).

Nous avons vu comment l’écriture cliinoise actuelle, si savante et si compliquée, était sortie, en partie du moins, d’images représentant des objets matériels; cette transformation ne s’est pas faite d’un seul coup; les Chinois ont eu quatre ou cinq écritures différentes, qui répondent à ce que sont chez nous l’écriture gothique, la romaine et l’italique. Le moment capital dans cette évolution a été marqué par la découverte du papier. Jusqu’alors on avait écrit sur de petites planchettes de bambou avec une pointe en même matière, trempée dans du vernis. Avec le papier, le stylet de bambou fut remplacé par le pinceau, dont l’usage explique

l’irrégularité des traits dans l’écriture chinoise, ainsi que les formes anguleuses et symétriques des caractères. Cette révolution dans les matériaux dont on se servait, qui date de l’époque de Tsin-chi Hoang-ti, a donné naissance à l’écriture li-tse ou li-chou cr l’écriture des bureaux ii , qui dilfère peu des caractères actuels.

L’écriture chinoise a pourtant encore subi une modification qui a eu d’importantes conséquence^. Vers le milieu du 1®'’ siècle avant notre ère, les savants chinois ont tiré de l’écriture usuelle une écriture cursive où la forme des caractères disparaît presque entièrement. Ils l’ont appelée Tsao ou Tsao-tse (^Tsao-chou) rr l’écriture des plantes à cause de son aspect en forme de broussailles.

Le tsao est principalement employé dans le commerce, ainsi que dans certains volumes de littérature légère. Il n’a jamais supplanté l’écriture carrée, ou kiaï-chou, qui est universellement usitée dans le Céleste-Empire et où se déploie toute l’habileté calligraphique des Chinois.

ÉCRITURE JAPONAISE

L’écriture cursive chinoise devait avoir une fortune singulière, car c’est elle qui a servi de modèle à Y écriture japonaise. Peu de temps sans doute après l’invention de l’écriture tsao, les Japonais l’ont adaptée à leur langue; ils ont encore abrégé ces caractères, sans avoir égard à leur forme primitive, et ils ont ainsi composé une écriture assez compliquée qu’on appelle le Hira-kana. Cette écriture, qui est très obscure, ne répondant que d’une façon incomplète à leurs besoins, entre le ni® et le vi® siècle, ils ont tiré, non plus de l’écriture cursive, mais de l’écriture chinoise ordi-

ÉCRITURE JAPONAISE

naire, un alphabet de /17 signes syllabiques invariables, le Kata-kana, qui est un vrai syllabaire. Malheureusement, au lieu de l’employer seul, les Japonais emploient conjointement le Hira-kana et le Kata-kana, qu’ils entremêlent encore de caractères chinois; si bien que l’écriture japonaise, assez simple dans son principe, est d’une lecture plus difficile que le chinois lui-même.

C’est surtout dans leurs préfaces que les Japonais, à l’instar des Chinois, usent de toute la fantaisie que leur permet la multiplicité de leurs écritures , ainsi que dans la composition de ces distiques à énigmes qui portent le nom à’Uta^''i et dont ils aiment à orner leurs ouvrages.

EXTRAIT DU EYAKV-NIN IS-SYV.

Haru sügiie Nalû hi-ni kerasi,

Siro tahe-no Koromo hosû teô

Ama-no Kagu-yama.

Oi { j .fr I

Le printemps passé, lorsque l’été arrive, les vêtements d’un blanc pur (que portent les paysans qui ont été mouillés par les pluies printanières) sont exposés au soleil sur le mont (céleste) Kagu-yama. (Composé par l’impératrice Di-tô.)

Des d^érents genres d’écriture employés par les Japonais, par Léon de Rosny {Nouveaux mélanges orientaux, publiés par les professeurs de l’École des langues orientales, Paris, Imprimerie nationale, 1886, p. 6612-598).

SYLLABAIRE JAPONAIS (kATA-KANa).

(sou

sa

go, ngo

pr

ro

né

qui

za

hha

na

yu

zi

ni

va

mé

zou

Icho

mou

mi

zé

khe

ou

si

zo

to

yi

(la

isi

no

khi

dzi

ri

vo

mo

(hou

non

cou

cé

dé

rou

ya

sou

do

7na

ha

va

ir

que

bi

fj

ca

on

hou

io

CO

ff

ga, nga

bé

ta

ié

gui, ngui

ho

ré

té

gou, gnon

so

gai, ngai

L’écriture japonaise ne doit pas être confondue avec une autre écriture de la même région, Y écriture coréenne, qui a été employée en Corée et même, d’après certains auteurs, au Japon avant l’introduction de la langue chinoise, et qui est une écriture alphabétique se rattachant, suivant toutes les vraisemblances, à la même origine que l’alphabet indien. L’alphabet coréen appartient à une autre période de l’histoire de l’écriture; il en sera parlé à la suite des dérivés indiens de. l’écriture araméenne, qui ont conduit l’alphabet phénicien jusqu’aux portes de la Chine.

ÉCRITURE JAPONAISE

On trouvera de plus amples renseignements sur l’histoire des diverses écritures japonaises et sur leur transcription dans les Mémoires du premier Congrès international des orientalistes, tenu à Paris en 1873.

TEXTE JAPONAIS PUBLIE, EN CARACTÈRES ROMAINS, DANS LE CONGRÈS INTERNATIONAL DES ORIENTALISTES

session

, Paris

Ai

Ar

Ar

Ay

tÇ

it

Ai'

Ar

îf

eî?

ij

Ar

Aj

lé

AL

Ar

Ay

Page 1