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CHAPITRE VI

A l’autre extrémité de l’Asie, dans la vallée qui sépare . le Tigre de l’Euphrate, on trouve, aussi haut que remontent les traces de la civilisation, un autre système d’écriture idéographique, l’écriture cunéiforme, qui a régné sans conteste sur toute l’Asie antérieure jusqu’à l’invention de l’alphabet et s’y est maintenue pendant de longs siècles encore, jusqu’aux bouleversements qui ont suivi la conquête d’Alexandre. Les inscriptions assyriennes les plus récentes datent du 1®'' siècle de l’ère chrétienne.

Le déchiffrement des inscriptions cunéiformes remonte à cent ans à peine. Il a eu pour point de départ non pas une inscription unique, mais une série d’inscriptions rédigées en plusieurs langues; seulement, les trois langues employées dans ces inscriptions sont toutes écrites en caractères cunéiformes

Au milieu des défilés qui séparent la Perse de la Mésopotamie, on voit sur un pic isolé, à une hauteur inaccessible, un bas-relief colossal qui représente Darius recevant des rois enchaînés. Des deux côtés de ce bas-relief, au-déssous

L’histoire du de'chiffrement des inscriptions cunéiformes a été écrite de la façon la plus complète, et avec une singulière pénétration de vue, par M. Fritz Horamel, dans son remarquable Ahriss cler Geschichte des alteii Orients (Nôrdlingen, 1887). On y trouvera l’indication très exacte de tous les travaux relatifs à celte matière.

et au-dessus, se trouvent des inscriptions qui comptent plusieurs centaines de lignes : ce sont les célèbres inscriptions de Beliistoun, ou Bisoutoun, dans lesquelles Darius raconte ses victoires en langue perse, en langue médique, en langue assyrienne. D’autres inscriptions en caractères analogues se lisent sur le tombeau de Darius, à Nakch-i-Boustam, ainsi que sur les portes du palais de Persépolis. Ces dernières, depuis longtemps signalées par Chardin et par d’autres voyageurs, ont été les premières à fixer l’attention des savants.

Dès l’abord, on y reconnut trois systèmes d’écriture différents. Ce n’est pas l’écriture cunéiforme assyrienne, mais l’écriture perse, beaucoup moins compliquée, qui fut décbifl'rée la première. En efl'et, tandis que dans l’écriture assyrienne les mêmes signes ont une valeur tantôt idéographique, tantôt syllabique, l’écriture perse est en grande partie alphabétique; elle se compose donc d’un nombre de caractères très restreint, dont il était plus facile de déterminer la valeur.

Le voyageur Carsten Niebubr, le père de l’historien, fut le premier à apporter quelque clarté dans ces recherches. Par un examen attentif des inscriptions qu’il avait copiées au cours de ses voyages, il parvint à démontrer, en 1778, que l’écriture perse devait se lire de gauche à droite et que les clous y formaient certaines combinaisons constantes; il put ainsi déterminer Ô2 caractères distincts. Quelques années plus tard, en 1798, Tychsen reconnut que le clou en diagonale qui se rencontre de place en place servait à séparer les mots. Sa découverte eut pour effet d’isoler les mots et ouvrit la voie au déchiffrement, en permettant d’opérer non plus sur des caraclères dont on ne connaissait

pas la valeur, mais sur des mots dont on pouvait deviner le sens.

L’année 1802 fut décisive pour le déchiffrement des inscriptions acliéménides. Le Danois Munter reconnut dans un des groupes le mot correspondant au titre de (croiii, sans toutefois parvenir à en déterminer la lecture. Il affirmait en même temps que ces inscriptions dataient des rois achéménides et que la langue dans laquelle elles étaient écrites devait beaucoup se rapprocher de celle du Zeiid-Avesta. Mais riionneur du déchiffrement des inscriptions acliéménides appartient en propre à Grotefend. Une analyse pénétrante des différents groupes de caractères et des divers agencements dans lesquels ils se présentaient lui donna l’idée, qu’avait aussi eue Munter, de chercher dans un certain groupe, qui revenait à plusieurs reprises, l’équivalent du titre «roi des rois 11, précédé et suivi de noms royaux. Quels étaient ces rois? Parmi les princes acliéménides, deux noms seuls pouvaient répondre aux conditions exigées par la succession des groupes de caractères cunéiformes correspondants : ceux de Darius et de Xerxès. Appliquant à leur décliiffrement non la forme grecque, mais la forme hébraïque de ces noms, il lut successivement :

D - â - r - h - é - ou - sh

Lu aujourclTiui : D-â - ra - ya - va - ou-sh

«ïï Z< tTt << tTt

Kh - sh - h - c - r - sh - ê

Lu aujourd’hui : Kh-sha-y - a - r - sh-â

Et Hystaspe :

n TT << -ItÏ ttt ^

G - z-ch - t - a - s - P

Lu aujoiirclTuii : V -i- ch - t - â - s - pa

Pu is, à l’aide des valeurs qu’il avait obtenues, il reconnut le mot zend khsehio (corrigé plus tard en klishajalija^ dans le groupe correspondant au titre de roi; il devina enfin, plutôt qu’il ne lut, le mot « Achéménideii. Il avait ainsi déterminé i3 lettres; les travaux ultérieurs ont confirmé la valeur de 8 d’entre elles. Sa découverte fut communiquée dans l’automne 1802 à l’Académie de Gôttingue.

La clef était trouvée. Toutefois, Grotefend, qui avait fait preuve d’une pénétration extraordinaire dans le décbilTrement de ces textes, manc[uait des connaissances philologiques nécessaires pour pousser plus loin ses découvertes ; le décliilfrement resta stationnaire jusqu’en i836, A cette date, le problème fut repris de trois côtés à la fois, par Eugène Burnouf, par Lassen et par Rawlinson. Les travaux de Lassen, mais surtout la méthode comparative rigoureuse de Burnouf et sa profonde connaissance des langues de l’Orient, permirent de fixer définitivement la valeur de presque toutes les lettres de l’alphabet persépolitain et firent entrer ces études dans une voie dont elles ne se sont plus écartées. La même année, sir Henry Rawlinson copiait avec tout le soin possible la grande inscription de Behistoun et, peu de temps après, il envoyait en Europe la traduction des premières lignes. L’analyse des éléments de l’écriture y était peut-être poussée moins loin que dans les essais de Burnouf et de Lassen, mais elle portait sur

des matières beaucoup plus étendues. Son déchiffrement, repris et continué à l’aide des beaux travaux de Burnouf sur le Yaçna, aboutit à la publication intégrale des inscriptions de Behistoun dans le journal de la Société asiatique de Londres, de 1 8/i6 à i 8^19 , et il peut être considéré comme définitif. Les travaux de MM. Oppert et Spiegel font complété sur plus d’un point, mais sans en modifier les résultats.

Le déchiffrement des cunéiformes perses n’était, comme l’a ditM. Maspero, qu’un acheminement à l’intelligence des textes babyloniens, assyriens et mèdes. Déjà Eugène Burnouf avait réuni de nombreux matériaux pour le déchiffrement des inscriptions assyriennes; la mort vint interrompre ses travaux. La découverte de Ninive par M. Botta, consul de France à Mossoul (18/16), les fouilles de M. Layard à Koyoundjik et à Nimroud (18/19-1851), facilitèrent singulièrement la tâche, en livrant au public une grande quantité de documents nouveaux, qui ornent le musée du Louvre et le Bi'ilish Muséum.

Presque en même temps (1 85 1-1 85/i)', M. Oppert explorait la Mésopotamie en compagnie de Fulgence Fresnel; si leur mission fut moins riche en découvertes épigraphiques, elle eut des résultats importants par le jour qu’elle a jeté sur récriture babylonienne et sur l’histoire de la Clialdée. M. Oppert les a consignés dans l'Expédilion en Mésopotamie^^\ où ont été exposés pour la première fois, d’une manière suivie, les principes du déchiffrement des inscriptions chaldéennes et assyriennes.

De divers côtés, en effet, les savants s’étaient appliqués

J. Oppert, Expcdilion scientifique en Mésopotamie (t. I, Paris, i863; t. II, 1869, in-4°).

ÉGRITUKE CUNÉIFORME.

à l’étude des inscriptions assyriennes. Parmi ceux qui posèrent les bases de leur déchiffrement et firent de l’assyriologie une discipline scientifique, il faut nommer en première ligne MM. Ravvlinson, Hinks, mort trop tôt, et Fox Talbot, en Angleterre ; M, de Saulcy et surtout M. Oppert, en France. M. Menant, puis Fr. Lenormant s’engagèrent les premiers sur leurs traces; fexemple fut suivi par MM. Schrader, Fr. Delitzsch, Haupt, Sayce, Pinches, Halévy, Strassmaier, St. Guyard, Amiaud, Pognon, dont les efforts se sont étendus à fensemble des problèmes très complexes que soulèvent les inscriptions cunéiformes.

Quelle était la langue des écritures cunéiformes qui occupaient le second rang sur l’inscription de Bebistoun? On ne peut encore le dire avec certitude. Il y a de fortes raisons pour supposer que c’était la langue des Mèdes; mais, jusqu’à présent, on n’est pas arrivé à comprendre d’une façon certaine cette troisième catégorie de textes.

Dans ces dernières années, le champ des études cunéiformes s’est encore considérablement agrandi par suite de nouvelles découvertes. En 1878, George Smith entreprit en Assyrie et en Baby Ionie des fouilles qui ont ramené à la lumière des milliers de briques couvertes d’écriture, formant la bibliothèque d’Assurbanipal et comprenant des syllabaires, des textes juridiques et grammaticaux, des copies d’anciennes inscriptions et, parmi elles, les célèbres tablettes du Déluge. Les découvertes de George Smith nous ont livré toute une série de textes d’un aspect fort archaïque et qui ne pouvaient s’expliquer par les mêmes règles que fassyrien. Ces inscriptions, que l’on comprend en partie, bien qu’on ne sache pas comment elles devaient se prononcer, ont donné naissance à une nouvelle branche d’études assyriolo-

giques, les études appelées accadiennes par Fr. Lenormant, sumériennes par M. Oppert, et qui ont provoqué des controverses passionnées. George Smith mourut le 19 août 1876, victime de son dévouement à la science. Les fouilles furent reprises, après sa mort, par Hormuzd Rassam, qui a retrouvé, de 1877 à 1881, tant en Assyrie qu’à Babylone, outre i,ûoo nouvelles briques, les portes de bronze de Balawat et l’édit de Cyrus.

Enfin, en 1887, des paysans découvraient en Egypte, à Tel-el-Amarna, plusieurs centaines de tablettes cunéiformes analogues à celles du palais d’Assurbanipal. S’il faut en croire les traductions, forcément encore incomplètes, des savants les plus autorisés en ces matières, ces tablettes contiendraient la correspondance, en assyrien, des gouverneurs égyptiens de Syrie ou de certains princes indigènes avec les rois d’Egypte Aménopbis III et Aménophis IV. Les caractères employés sur ces tablettes sont des caractères du type babylonien, fort semblables à ceux cjue l’on était jusqu’à présent habitué à rapporter au temps de Nabuchodonosor.

Tout cela bouleverse si profondément les idées reçues, que l’on éprouve quelque hésitation à accepter d’emblée ces traductions et qu’on en attend encore la confirmation. Si elles se confirmaient, elles prouveraient que l’écriture cunéiforme jouait, 1,700 ans avant notre ère, un rôle capital dans toute l’Asie occidentale, et qu’elle était employée, même en dehors de la Ghaldée, pour les relations olficielles de peuple à peuple. En tout cas, ces découvertes jettent une lumière bien particulière sur ces dépôts de tablettes dont les découvertes de George Smith nous avaient fourni un exemple; elles dénotent un développement littéraire extraordinaire et nous attestent la réalité de ces «villes des

livres -n, dont certains indices faisaient soupçonner l’existence, sur différents points du monde ancien, et qui étaient les véritables bibliothèques de l’antiquité.

Toutes ces découvertes ont été surpassées en importance par celles qui ont été faites par M. de Sarzec, de 1876 à 1881, à Telle, dans la Basse-Ghaldée. M. de Sarzec a retrouvé l’un des plus anciens centres de la domination chaldéenne, et il en a rapporté tout un ensemble de statues couvertes d’inscriptions du caractère le plus antique, ne remontant pas à moins de 3, 000 à ^,5oo ans avant notre ère. C’est tout l’ancien empire chaldéen qui revient à la lumière. On peut voir au musée du Louvre ces monuments, qui paraissent dater d’hier, tant ils sont bien conservés. Ces découvertes, dont M. Heuzey est en train de publier les résultats dans un ouvrage monumental*), nous ont donné des aperçus tout nouveaux sur l’antiquité de la civilisation des Chaldéens et sur l’bistoire de leur écriture.

L’écriture cunéiforme représente donc les langues et les civilisations très différentes qui se sont succédé dans l’Asie occidentale. Est-elle d’origine sémitic[ue? La question a été discutée et l’est encore. Suivant la plupart des savants qui s’occupent de ces matières, elle aurait été créée pour une langue de la famille des langues tartares, que les inscriptions sumériennes nous auraient conservée. M. Halévy, au contraire, soutient que le sumérien n’a jamais existé et que l’on prend pour une langue une sorte de cryptographie qui n’est cj[u’une autre manière d’écrire l’assyrien.

En tout cas, les textes cunéiformes de la Mésopotamie nous révèlent deux systèmes d’écriture différents. Nous en

Découvertes en Chaldéepar E. de Sarzec, ouvrage accompagné de planches, publié par L. Heuzey (livr. 1 à 3, Paris, Leroux, i88Aà 1891 ,in-fol.).

avons la preuve dans ces glossaires trouvés parmi les tablettes de la bibliothèque d’Assurbanipal et qui sont sur deux colonnes, dont la seconde est la traduction ou l’équivalent, en caractères cunéiformes assyriens, de la première. Sans prétendre trancher la question de la langue dans lacjuelle sont écrites les inscriptions sumériennes et sans se faire le champion de ce nom de louranien qu’on a peut-être été un peu trop prompt à leur appliquer, il semble dilïicile de ne pas y voir l’œuvre d’une civilisation différente de celle des Assyriens et qui l’a précédée. Les inscriptions de Tello ne laissent guère de doute à cet égard; elles nous attestent l’originalité profonde de cette antique civilisation cbaldéenne dont on contestait l’existence. On ne peut admettre qu’un peuple arrivé à un aussi haut degré de développement se soit servi, non pas dans des livres ou sur des tablettes magiques, mais sur ses monuments officiels, d’une écriture destinée à ne pas être comprise.

Nous entrevoyons donc avec une certaine clarté la genèse de l’écriture cunéiforme. Elle nous apparaît comme une création des premiers Chaldéens, au temps où Nemrod, suivant la légende, fonda Babel. Adoptée parles Assyriens, elle s’est répandue, avec leur empire, au nord et à l’est, en Arménie, en Médie, en Susiane, en Perse. Même en Mésopotamie, l’écriture cunéiforme nous présente deux types bien distincts : le type babylonien et le type ninivite, l’un plus archaïque, l’autre plus simple, qui ont toujours conservé quelque chose de la différence des deux civilisations.

Le principe de l’écriture cunéiforme est le même que celui de l’écriture chinoise et des hiéroglyphes égyptiens : c’est une peinture des idées ou des objets. On croit encore

reconnaître quelques-unes des figures dont elle se composait primitivement, bien que fort altérées déjà, dans les inscriptions les plus anciennes de la période clialdéenne. Ces inscriptions présentent surtout un caractère qui les distingue nettement des inscriptions plus récentes : elles

sont linéaires. Les traits n’y ont pas cette forme triangulaire qui les fait ressembler à des coins et qui a donné son nom à l’écriture cunéiforme. La célèbre rc stèle des vautours que nous publions d’après M. Heuzey et qui est

certainement un des morceaux les plus anciens des inscriplions cunéilormes, peut servir de type pour ce genre d’écriture.

Mais l’habitude d’écrire sur la brique et les procédés que les Assyriens employaient pour cela ont de bonne heure amené une profonde transformation dans l’aspect des caractères. La façon dont on attaquait la brique fraîche avec le burin produisait au commencement de chaque trait un élargissement en tête de clou. Peu à peu on s’habitua à donner plus d’importance à ce petit triangle, et ce qui n’était qu’un accident devint le caractère distinctif de l’écriture, même dans les inscriptions lapidaires. On commence à remarquer cette tendance sur les belles statues en basalte des premiers rois clialdéens c|ui font partie de la collection de Sarzec, au musée du Louvre, ainsi c[ue sur les autres monuments de cette époque ;

L’élément fondamental de l’écriture assyrienne parvenue à son plein développement est un clou, horizontal vertical y ou recourbé en forme de coin dont les diverses combinaisons forment les caractères, plus compliqués à Ba-

byloiie, plus simples et déjà plus rapprochés de l’écriture perse à Ninive.

Gomme spécimen du type babylonien, on peut prendre une de ces briques que l’on trouve en si grand nombre dans les ruines de Babylone et qui portent la marque de Nabuchodonosor imprimée avec un timbre en bois sur la terre fraîche :

Nabii-kudurri-usur sar Babilu zanin bit Saggatu au bit Zi-da habal ristan sa Nabu-j}al-usur sar Babilu : Anaku.

Nabukuduriussur roi de Babylone, fils aîné de Nabopalasar, roi de Babylone, restaurateur de la tour et de la pyramide. Moi.

Malgré leur date relativement récente, ces briques, avec lesquelles étaient construits les deux grands édifices de Babylone, la tour à étages et la pyramide, ont un certain air archaïque, et font penser au récit de la tour de BabeB'^ :

Et ils se dirent l’un à l’autre :

rr Allons! briquetons des briques Et cuisons-Ies au feu.»

Et la brique leur tint lieu de pierre Et le bitume de ciment.

Genèse, xi, 3.

On voit même encore sur certaines briques le bitume qui servait à les relier entre elles. Les procédés de construction n’ont guère dû varier à Babylone, où la pierre était presque inconnue.

L’écriture du type assyrien s’étale sur tous les monuments de Ninive et de Kalali, L’obélisque de Nimroud, qui est au Dritish Muséum et dont nous reproduisons l’ime des faces d’après un moulage , peut en servir d’exemple. Ce monument en basalte noir, dont le couronnement rappelle les tours à étages, contient le récit des victoires de Salmanasar IL On peut en fixer la date environ à l’an 860 avant J.-G. 11 est accompagné de bas-reliefs du plus haut intérêt, qui représentent le roi Salmanavsar recevant l’hommage et les présents des rois vaincus ou tributaires. Chaque prince est accompagné des produits de son pays. On voit défiler successivement des éléphants, des chevaux, des chameaux, des antilopes, des singes géants tenus en laisse. Au second registre, un personnage est prosterné devant le roi; au-dessous, se lit la légende : Jahoua bin omri, «Jéhu fils d’Omriii. Derrière lui, on remarque les nez fortement recourbés des juifs qui portent des barres d’argent et d’or. L’inscription, qui est en caractères très nets, appartient à ce que l’on pourrait appeler l’époque classique de l’assyrien. A partir de ce moment, l’éci’iture assyrienne n’a plus guère changé.

A f origine, l’écriture cunéiforme était idéographique; mais de très bonne heure elle est devenue en grande partie syllabique. L’écriture assyrienne ne fait plus guère usage des idéogrammes que pour les noms propres. Elle diffère toutefois du chinois en un point qui est essentiel : tandis que le chinois est une langue isolante, où tous les mots sont

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des monosyllabes, l’assyrien, comme toutes les langues sémitiques, est une langue à flexions, où les mots peuvent avoir plusieurs syllabes. 11 en est résulté que, lorsqu’on a pris les signes idéographiques pour en faire des signes phonétiques, on a donné à chaque caractère, par un procédé analogue à celui que nous avons rencontré dans l’écriture mexicaine, non pas la valeur du mot entier, mais la valeur de la première syllabe du mot, lorsqu’il en avait plusieurs.

On a ainsi obtenu des signes non seulement pour les syllabes simples, formées d’une consonne et d’une voyelle, mais pour toutes les syllabes complexes, c’est-à-dire formées d’une voyelle et de plusieurs consonnes. Les syllabes complexes, à leur tour, peuvent s’écrire de deux manières : soit en décomposant la syllabe complexe de façon à en faire deux syllabes simples, dont la seconde commence toujours par la voyelle qui termine la première, soit au moyen d’un caractère spécial répondant à la syllabe complète; c’est ainsi que la syllabe dur pourra s’écrii’e par un seul caractère : dur, ou bien par la réunion des deux caractères : du-ur. Qui sait même si l’on n’arrivera pas un jour à reconnaître c[ue, dans certains cas du moins, les caractères cunéiformes ne répondaient pas déjà à des sons simples, c’est-à-dire à des lettres ?

On trouvera plus loin la liste des syllabes simples, suivies de la série des formes de plus en plus archaïques d’où elles dérivent. La liste des syllabes complexes est beaucoup plus longue et plus difficile à dresser, à cause de la multiplicité des valeurs de chaque signe. Ceux qui voudront avoir le tableau de leurs valeurs les plus usuelles en assyrien le trouveront dans \ Histoire ancienne de M. Maspero; ceux qui désireront pousser cette étude plus loin devront consulter

le Syllabaire assyrien de M. Menanlt^V qui a besoin d’être complété par le Tableau comparé des écritures babylonienne et assyrienne, dressé par MM. Amiaud et Mécbineau d’après les découvertes de M. de Sarzec Cette multiplicité de valeurs se retrouve même dans les syllabes simples. Il ne faut pas croire en effet que chaque caractère eût, dès l’origine, la valeur syllabique unique que lui attribue l’assyrien moderne. Presque tous ces caractères avaient des valeurs multiples, dont l’assyrien même ne s’est jamais affranchi, malgré la simplification qu’il leur a fait subir.

Une des principales difficultés de l’écriture cunéiforme assyrienne réside dans l’emploi simultané de caractères idéographiques et syllabiques; car il arrive constamment qu’un même caractère peut se prononcer de différentes manières, suivant qu’on lui assigne sa valeur phonétique ou l’une des valeurs idéographiques dont il est susceptible. La difficulté serait inextricable pour les noms propres, qui s’écrivent souvent d’une façon purement idéographique, si, à côté de cette écriture étymologique, on ne trouvait d’autres textes où ils sont écrits d’une façon purement phonétique. C’est ainsi que le nom de Babylone est rendu en général par les trois caractères :

Din - tir

Menant, Syllabaire assyrien (Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions , i” sf^rie, t. VII, Paris, 1 869-1 878), et Manuel de la langue assyrienne , Paris, Imprimerie nationale, 1880.

Paris, Leroux, 1887, in-8°. Voir aussi Abel et Winckler, Keilschri/ltexte zum Gebrauch bei Vorlesungen, Berlin, 1890, in-foi.

mais, sur d’autres textes, nous le trouvons écrit phonétiquement :

Ba - bi - lu

à l’exception du dernier signe, qui est idéographique.

De même, le nom de Nabuchodonosor est écrit tantôt idéographiquement :

T-f tï= Y ::;:i

An - pa - sa - du - sis tantôt phonétiquement :

Na - bi - uv - l'u - du - ur - ri - u - su

ur

Une autre diüiculté, résultant aussi de l’origine idéographique de l’écriture assyrienne, consiste en ce qu’un même caractère a souvent plusieurs valeurs syllabiques, et que, réciproquement, plusieurs signes différents peuvent répondre au même son. On appelle les premiers polyphones, les seconds homophones.

Afin de mieux faire saisir au lecteur le génie de cette écriture, nous donnons ici le tableau des signes les plus usuels des syllabes simples dans l’écriture assyrienne, avec leurs formes correspondantes dans le babylonien moderne, dans l’écriture archaïque, enfin dansles inscriptions linéaires des premiers monuments chaldéens

Nous avons dressé ce tableau à t’aide du Syllabaire de M. Menant et du Tableau comparé de MM. Amiaud et Méchineau. On a utilisé autant que possible les caractères linéaires gravés par Ttniprimerie nationale pour le travail de M. Menant. Toutefois ceux qui étaient devenus insuflisanis par suite des dernières découvertes ont été remplacés.

SÉMITIQUE

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