‹ Histoire de l'écriture dans l'antiquitéChapitre 17 sur 112 · ÉCRITURE ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

ÉCRITURE ÉGYPTIENNE

L’étude ri’ un cartouche de l’obélisque de i’île de Philæ, dédié à Cléopâtre, lui livra le nom de cette princesse et lui prouva du même coup que les hiéroglyphes pouvaient se lire tantôt horizontalement, tantrUde haut en bas, en suivant le sens général de l’écriture.

La Lettre à M. Dacier relative à ralphabet des hiéroglyphes phonétiques (Paris, 1822, in-8”) fit connaître au monde savant la découverte de GhampoHion. Deux ans après parut son Précis de système hiéroglyphique, qui apporta la confirmation de ses premiers déchiffrements. 11 y appliquait sa méthode non seulement à d’autres cartouches royaux, mais à des textes courants, et il démontra que la même règle convenait aux uns et aux autres, et cj[ue les Egyptiens possédaient un alphabet, c’est-à-dire un ensemble de signes répondant non pas à des syllabes, mais à des articulations isolées. Il put ainsi jeter les bases de la grammaire égyptienne et reconnaître dans la langue des hiéroglyphes la forme la plus ancienne d’un dialecte dont la langue copte marque le dernier terme. A dater de ce moment, la science égyptologique était fondée, malgré les oppositions et les animosités, qui sont le sort de tous ceux qui s’écartent de la voie battue, et qui n’ont pas cessé de poursuivre GhampoHion jusque dans la tombe. Il mourut en 1882, à l’âge de hk ans.

Depuis lors, i’égyptologie est entrée dans le concert des sciences philologiques, et notre siècle a vu une grande école d’égyptologues, de tous les pays de l’Europe, marcher, sans hésitations et sans reculs, à une intelligence toujours plus complète des textes. Nous ne pouvons nommer tous ceux qui ont contribué à porter ces études au degré de cerli-

tude qu’elles ont aujourd’hui; mais il nous faut citer les noms des vétérans de la science égyptologique dont les travaux ont consacré la métliode inaugurée par Ghampollion : en Italie, Salvolini et Rosellini; en Angleterre, Birch; Lepsius en Allemagne; en Hollande, M. Leemans, qui est un des survivants de cette première époque; en France, enfin, Charles Lenormant, Nestor de l’Hôte , et surtout Emmanuel de Bougé, qui a fait porter ses efforts sur l’étude des formes grammaticales et dont les travaux ont mis la langue égyptienne presque sur le meme rang que les langues classi- (|ues. En même temps, Mariette en Egypte créait le musée de Boulaq et soumettait toute la vallée du Nil à des fouilles méthodiques, qui ont été poursuivies, depuis sa mort, avec un rare bonheur, par M. Maspero, l’élève et le continuateur du vicomte de Bougé.

Ghampollion divise les hiéroglyphes en trois classes, qui comprennent :

1" Les caractères figuratifs;

2” Les caractères symboliques;

3° Les caractères phonétiques.

Les caractères figuratifs sont ceux qui expriment l’objet même dont ils représentent à l’œil l’image plus ou moins abrégée : la lune une montagne un serpent w, une sandale |, un miroir une fleur *5i.

Les caractères symboliques servent principalement à exprimer les idées abstraites, qu’il n’était possible de rendre que par des images conventionnelles ou allégoriques. Les caractères symboliques sont donc le plus souvent des ca-

raclères figuratirs détournes de leur sens primitif et plus ou moins modifiés. Grâce à la perfection que les Egyptiens avaient atteinte dans fart de dessiner les hiéroglyphes et à la richesse des renseignements fournis par des monuments écrits s’échelonnant sur un espace de quarante siècles, on peut saisir, mieux que dans aucune autre langue, les procédés au moyen desquels on a tiré les symboles des images et en suivre les transformations successives.

Le procédé le plus simple et le plus fréquent consiste à prendre l’abstrait pour le concret : un homme à genoux, les mains levées, rendra l’idée d’adoration; une lampe suspendue au plafond, ou une étoile au ciel ’][r, l’idée de nuit et d’obscurité. Mais souvent le rapport est plus complexe : tantôt on forme les symboles en prenant la cause pour l’effet, par exemple, le disque du soleil pour l’idée de jour; tantôt encore on les forme par métaphore : l’abeille désigne le roi, un têtard, des centaines de mille; ou bien par énigmes, c’est-à-dire par des métaphores dans lesquelles le rapport entre le signe et l’idée est très éloigné, quelquefois même purement conventionnel : la plume d’autruche rend l’idée de justice, parce que toutes les plumes des ailes de cet animal sont égales. Un même signe peut donner naissance à plusieurs catégories de symboles; ainsi l’œil •«>- signifiera: 1° la vue; 2° la veille; 3° la science.

Souvent on laisse à la figure sa forme primitive; mais d’autres fois on l’abrège et on n’en garde que la partie essentielle; on prend la partie pour le tout, par exemple : la tête de bœuf ¥ pour le bœuf; deux bras, dont l’un tient un bouclier, l’autre une javeline fcl, pour rendre l’idée de combat; deux jambes en marche dans le sens de l’écriture A expriment l’idée de progression; en sens inverse

PBEMIÈRE PARTIE.

l’idée de rétrogradation. D’autres fois, au contraire, on a des .symboles complexes qui sont formés de la réunion de plusieurs signes figuratifs.

Par ce côté, l’écriture égyptienne ressemble aux autres écritures idéographiques. Là où elle diffère, c’est que, en devenant une écriture phonétique, elle ne s’est pas arretée, dans l’analyse des éléments du langage, à la syllabe, mais qu’elle a atteint presque du premier coup la lettre. Dès la vi" dynastie, c’est-à-dire plus de 3,ooo ans avant notre ère, les Egyptiens possédaient vingt-deux articulations différentes, et se servaient, pour rendre chacune d’elles, d’un ou plusieurs signes alphabétiques :

ra

A ou À ... .

H ou H'

A ou A . . .

X ou Kii

S, SS Su.. . .

OZZZl

W ou F. .

B ou V. . .

GouK

rrm

D ou T

T', Ts, Dj. . .

La per

sistance

des formes hiéroglyphiq

ues nous per-

met encore d’entrevoir la façon dont sont nées les lettres de cet alphabet. Le principe des hiéroglyphes phonétiques

a consisté à attribuer à certaines images la valeur de la première lettre du mot égyptien par lequel on les désignait dans la langue orale. Ainsi, par exemple, la lionne représente en hiéroglyphes la lettre l, parce que le nom de la lionne, en égyptien Jabô, commençait par une l; de même l’aigle figurait un a, parce que et aigle w se disait ahom, mot qui commençait par un a. 11 en est résulté certains doubles emplois, même dans l’alphabet.

Les Egyptiens ne se sont jamais servis de ces caractères à l’exclusion de tous les autres. A côté de l’alphabet, ils employaient des signes syllabiques en grand nombre; mais, ces signes syllabiques ayant le plus souvent, comme en assyrien, des valeurs multiples, ils ont été amenés à y adjoindre, eux aussi , une ou plusieurs lettres indiquant la prononciation du mot. Ainsi, le signe de la syllabe am -j- suffit pour exprimer cette syllabe, mais on peut le faire précéder d’un a | -j-, ou le faire suivre d’un m ou même le placer entre un a et un M sans que la prononciation de la syllabe am,

qu’on peut encore écrire , avec les caractères alphabétiques seuls, en subisse aucune modification. On trouvera dans le livre de M. Maspero la liste de ces signes syllabiques, qui ont fait de l’écriture égyptienne l’une des plus savantes et des plus parfaites, mais en même temps des plus compliquées.

L’écriture égyptienne nous apparaît donc, contrairement à ce qu’on pourrait croire, comme une écriture devenue en grande partie phonétique et même alphabétique. Dans ces hiéroglyphes, qui ne semblent composés que d’images et de symboles, l’élément idéographique occupe une place très à part et relativement restreinte. Nous ne trouvons pas dans l’écriture égyptienne le même mélange de caractères

iPütuEate R&TiO'tJ

idéographiques et phonétiques qu’en assyrien. L’emploi des hiéroglyphes idéographiques dans le corps des mots est limité à quelques cas spéciaux, principalement lorsqu’on veut rendre par un seul signe certains mots répondant à des idées d’un emploi très général : l’idée de vie ^ ankli, l’idée de Dieu “] nuter.

L’idéogramme, presque absent du corps des mots, reparaît à la fin sous la forme du déterminatif. Pour préciser le sens des mots, les Egyptiens ajoutent à la fin un hiéroglyphe représentant soit l’objet lui-même, soit un caractère commun à toute une classe d’objets, et qui ne se prononce pas. C’est ainsi que l’inéroglyphe qui se lit anhh et peut signifier soit la ccvieiî, soit l’cr oreille , est accompagné, quand il doit avoir ce dernier sens, de l’image de l’oreille C’est un déterminatif spécial. Au contraire, le déterminatif générique qui représente un homme portant la main à sa bouche, se mettra à la suite de tous les mots qui marquent un acte matériel de la bouche, ou une idée abstraite pouvant entraîner cet acte : boire, crier, parler, méditer. Les déterminatifs se mettent même après des mots écrits d’une façon purement phonétique. Par exemple, le mot pain, nous dit encore M. Maspero, se compose de deux parties : la première phonétique, est

formée du syllabique aq, et de son complément j, q; la seconde représente l’objet même, le pain.

Les déterminatifs sont très nombreux et très variés. Ils sont empruntés au ciel et à la nature, à l’homme, aux différentes parties du corps, aux animaux, à tous les produits de l’industrie humaine. Pour en donner une idée, nous empruntons à M. Maspero la liste des principaux déterminatifs tirés de l’homme :

ài L’homme et la femme ordinaires.

Les dieux, les ancêtres, les rois, toutes les personnes ve'-

nérahles.

^ Toutes les actions : i“ de la bouche; 2° de la pense'e.

A Le repos, la tranquillité, la faiblesse.

^ L’adoration.

L’impiété, le crime; 2“ l’ennemi.

')( 1“ La hauteur; 2“ l’exaltation, la joie.

1° Le chef; 2® la dijjnité.

1“ L’enfant; 2® l’éducation; 3° le renouvellement.

] 1® Embaumement; 2® rites, usages; 3® images, formes.

Les déterminatifs égyptiens sont donc de véritables peintures figuratives, destinées à représenter aux yeux l’objet ou l’idée dont les signes précédents nous donnent la valeur littérale, et, tout en restant toujours idéographiques, ils répondent à la fois, dans une certaine mesure, par leur caractère, tantôt générique, tantôt spécial, aux clefs des Chinois et aux compléments phonétiques des Assyriens.

Nous terminons cet exposé en donnant, d’après M. Devéria, l’analyse de la dernière ligne de la pierre de Rosette :

nç Ç

i©CZDI J/

IMi-f—m

«œÆ^TEPEOYAlOOYTOlZAEIEPOIZ

KAIENXnPIOlZKAlEAAHNIKOlZrPAMMAZIN

KAIZTHZAIENEKAZTrîlTnNTEHPnTnNKAI

Le texte grec a été restitué conjecturalement, ainsi qu’il suit, par Letronne. La partie incluse entre deux crochets [ ] manque sur la stèle originale.

[To Sè -^rlf^iayLa. tovto dvaypa^j/at èiv) alrfXrjv éx a-]Tspeov X/ôov tq7s T£ iepoTs xa) èyyiwpiois xat éXXtjvtxoîs ypappLaaiv xat alijaat èv éxdalcf) twv ts 'uspw’ïuv xa) SsvTépcû[v xa) ipiiav ispûv -apos Tri ^ov alwvo^ioM (3aa-tXéci)s sixovi].

C’est-à-dire :

Enfin, que ce décret soit gravé sur une stèle de pierre dure, en caractères sacrés, locaux et grecs, et placé dans chaque temple des premier, second et troisième ordres, près de l’image du roi toujours vivant.

Voici maintenant l’analyse du texte hiéroglyphique :

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ni'û

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soit gravé

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