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CHAPITRE PREMIER

L’ORIGINE DE L’ALPIIARET.

A une époque que nous ne pouvons préciser, mais qui remonte peut-être à i,5oo ans avant J.-G., c’est-à-dire environ à l’époque de Moïse, l’alphabet a fait son apparition sur la côte de Syrie. Le témoignage presque unanime de l’antiquité en attribue l’invention aux Phéniciens. On connaît les vers célèbres où Lucain s’est fait l’interprète de la tradition d’après laquelle les Phéniciens furent les premiers qui osèrent fixer les sons de la parole par de grossiers caractères :

Phœnices primi, famæ si credltiii', ausi Mansurani rudibus vocem signare figuris.

D’autres auteurs font honneur de cette découverte aux Syriens. Que ce soient les Phéniciens, ou les Syriens, ou même les Hébreux qui l’aient inventé (nous manquons encore des éléments nécessaires pour trancher la question), l’alphabet est sorti du groupe des populations cananéennes qui étaient avec l’Egypte dans un commerce journalier : voilà ce qui paraît aujourd’hui à peu près certain.

IIG

L’alphabet, toutefois, n’a pas été créé de toutes pièces; suivant l’opinion aujourd’hui la plus généralement admise, il est né de l’écriture égyptienne, comme celle-ci était sortie, par un développement naturel, des anciennes écritures pictographiques. Champollion^, le premier, avait émis cette idée; M. de Bougé l’a reprise et en a entrepris la démonstration à l’aide d’arguments qui paraissent concluants. Les peuples cananéens ont emprunté l’écriture aux Egyptiens, comme ils leur avaient emprunté leur architecture, leur art et, en partie, leur mythologie. Seulement, en l’adoptant, ils lui ont fait subir la plus grande transformation dont l’histoire de l’écriture nous offre l’exemple : ils n’ont retenu de cette immense quantité de signes que ceux qui correspondaient à des articulations simples, c’est-à-dire aux consonnes, et ils les ont adoptés à l’exclusion de tous les autres. Ils ont ainsi obtenu vingt-deux caractères, qui devaient suffire à rendre tous les sons d’une langue et toutes leurs combinaisons possibles; et comme les éléments de la parole sont sensiblement les mêmes chez tous les peuples, cet alphabet a pu s’appliquer, au moyen de certaines modifications, à toutes les langues.

C’est ainsi qu’est né l’alphabet, qui a été, suivant l’expression de M. Renan, une des plus grandes créations du génie humain. Celte création a consisté à rendre par l’écriture non plus des idées, ni des mois ou des syllabes, mais les éléments primordiaux de la parole. Si l’on cherche à se

Lellre à M. Dacier, p. 8o.

Vicomte Emmanuel de Rouge, Mémoire sur l’ origine égyptienne de r alphabet phénicien, Paris, 187/1. Le mémoire de M. de Rougé, lu en 1859 devant l’Académie des inscriptions, puis égaré, a été retrouvé et publié depuis sa mort, avec quelques cliangements , par son fils M. J. de Rouge.

ORIGINE DE L’ALPHABET

rendre compte de la cause qui a amenéja création de l’alphabet, on arrive à la conviction qu’il est né, comme toutes les grandes découvertes, d’un besoin pratique, des nécessités commerciales, qui exigeaient une écriture plus simple, plus maniable et plus accessible à tous. C’est là même encore une raison pour en attribuer la paternité au peuple commerçant par excellence , c’est-à-dire aux Phéniciens. L’alphabet ne pouvait d’ailleurs prendre naissance que chez un peuple qui ne fût pas lié par une longue tradition littéraire. Il fallait en outre, suivant une remarque de Lepsius, un peuple tenant peu de compte des voyelles, pour décomposer la syllabe et isoler les consonnes.

On est moins d’accoid sur la manière dont s’est fait cet emprunt. Les formes intermédiaires nous manquent. D’api ’ès le système de M. de Bougé, qui a été adopté par la plupart de ceux qui s’occupent de ces questions, les Phéniciens auraient emprunté les formes de leurs vingt-deux lettres à l’écriture cursive, c’est-à-dire à l’ancienne écriture hiératique, et leur alphabet aurait été complet du premier coup. M. Halévyû), au contraire, suivant en cela M. A. Lévy, de Breslau, soutient que l’emprunt a été fait directement aux hiéroglyphes, mais qu’il a porté sur douze ou treize lettres seulement; les autres auraient été formées au moyen de traits différentiels. Nous donnons, aux deux pages suivantes, le système de M. de Bougé et celui de M. Halévy. Dans le premier tableau, nous avons mis à côté des formes de l’inscription d’Esmounazar, les seules que connût M. de Bougé, les formes beaucoup plus anciennes que de nouvelles découvertes nous ont révélées.

Mélangés d’épigrapliie séinilique, p. 168 et suiv.

ÉcniTURE

HlÉn.UIQUE.

INSCniPTlOiN

D'ESMOUN.AZAR.

PHÉNICIEN

ARCHAÏQUE

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